Lit (mobilier)

Lit (mobilier)
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Le lit, tableau de Toulouse-Lautrec (1892).
Lit à la polonaise et son baldaquin relevé, petit appartement de la Reine, château de Versailles.

Un lit est un meuble utilisé principalement pour dormir, et donc généralement placé dans une chambre dont il est le meuble caractéristique. On s'y allonge pour se détendre ou se reposer, on s'y assied pour lire, et on s'en sert pour les activités sexuelles. Mais aussi pour naître (le lit de travail à l'hôpital) et pour mourir.

Sommaire

Description

La malade, tableau de Félix Vallotton (1892). De haut en bas, on remarque l'oreiller, le traversin, les draps, le matelas, le sommier.

Les lits ont connu des formes et des tailles différentes. Les premiers sont constitués d'un empilement de paille. Ils sont par la suite surélevés pour éviter la poussière, le froid et les rats, vecteur de maladies comme la peste. La monture du lit peut être faite de bois ou de métal. Celle-ci encadre un sommier fait de lattes de bois ou de métal et pouvant être muni de ressorts.

Lits, literie et couchages

Article détaillé : Literie.

Dans l'Antiquité

Lit en bois doré du XIVe siècle av. J.-C. de Toutânkhamon.
Lit et repose tête de la reine Hétep-Hérès Ire, la mère de Khéops.
Lectus triclinaris dans un Triclinium

Les premiers lits (8000 ans avant JC) n'étaient guère plus que des tas de paille ou d'autre matière naturelle (par exemple, tas de feuilles de palmier, peaux pafois emplies d'eau pour s’isoler de la terre froide) posés à même le sol. Lieu de sociabilité, il sert à se reposer, manger, recevoir, travailler (la fonction de ce « lit de jour » persistera jusqu'au XVIIe siècle). Un progrès important fut réalisé lorsque, pour éviter les courants d'air, la saleté et les parasites, ils furent surélevés.

En Égypte antique, les gens aisés avaient des hauts châlits accessibles par des marches, isolés par des rideaux et munis de traversins ou d'oreillers. L'élite de la société égyptienne comme les pharaons et les reines avaient parfois des lits en bois doré incrustés de matières précieuses (ivoire, or, argent), munis de tabourets relevant les pieds et d'un appui-tête en pierre, métal bois ou ivoire sculpté servant à soutenir les volumineuses coiffes des pharaons. Les Assyriens, Mèdes et Perses avaient des lits similaires, souvent décorés avec des incrustations ou des appliques de métal, de nacre ou d'ivoire. Les bas-reliefs montrent également l'existence de lits pour manger.

En Grèce antique, la plus ancienne mention d'un lit est sans doute celui d'Ulysse, une tcharpaï, lit avec un cadre en bois et quatre pieds dont le sommier est un treillis de cordes serrées autour du cadre. Ulysse rapporte également la façon dont il a conçu le lit nuptial, pour lui et Pénélope, à partir d'un ancien tronc d'arbre énorme d'olivier. Homère mentionne l'incrustation d'or, d'argent et d'ivoire sur des lits en bois. Le lit typique grec avait un cadre en bois, avec une planche à la tête et des bandes de cuir lacées à travers sur lesquelles des peaux étaient placées. À une époque ultérieure, le châlit était plaqué de bois précieux, en ivoire massif plaqué en écaille de tortue et avec des pieds d'argent, ou le plus souvent en bronze. Les oreillers et les couvertures devinrent également plus coûteux et plus beaux. Les lieux les plus réputés pour leur fabrication étaient Milet, Corinthe et Carthage. Les lits pliants apparaissent, comme le montrent les vases peints.

Dans la Rome antique, les riches Romains mangeaient sur des couches et dormaient de même, au besoin, recouverts de draps de lin. Plus généralement, on dormait sur de simples tapis ou nattes faits de fibres (roseau, foin), de laine, de plumes ou de crin, en se couvrant de couvertures faites de feutre ou de laine, éventuellement agrémentées de cotonnades, de fourrures ou même de soieries (selon la bourse et le climat). Des petits coussins étaient placés à la tête et parfois à l'arrière. Ils étaient souvent conçus pour deux personnes, avaient une planche ou une balustrade à l'arrière ainsi que sur la tête du lit. Les courtepointes étaient parfois luxueuses, généralement en pourpre brodée avec des figures en or. De riches tentures tombaient jusqu'au sol. Les lits des gens aisés étaient souvent en bronze incrusté d'argent, l'empereur Héliogabale en avait une en argent massif. Dans les murs de certaines maisons de Pompéi étaient aménagées des alcôves qui étaient probablement fermées par des rideaux ou des cloisons coulissantes. Plusieurs types de lits étaient utilisés[1] :

  • lectus cubicularis ou torus : lit de sommeil surélevé (accessible par un gradin ou un marche-pied) avec comme évolution par rapport à son modèle grec des pieds tournés, une tête et un pied de lit
  • lectus genialis ou lectus adversium : lit nuptial plus décoré, placé dans l'atrium à l'opposé de la porte
  • lectus discubitorius ou lectus triclinaris, lit de table sur lequel le Romain se couchait, posé sur le coude gauche, utilisé notamment dans le Triclinium avec trois lits disposés en U
  • lectus lucubratorius, lit pour étudier et travailler
  • lectus funebris ou lectus emortualis, lit funéraire sur lequel étaient transportés les morts vers le bûcher funéraire

Du Moyen Âge à la révolution industrielle en Europe

Les lits étaient de simples caisses de bois garnies (ou non), plus tard recouvertes d'un matelas. Originellement ce sont des sacs, faits de paille pour la majorité, de plumes pour les plus riches. Au fil du temps, le fourrage est remplacé par des textiles ; depuis le coton jusqu'aux fibres artificielles.

  • Les plus fortunés dormaient sur des matelas faits de lin (comme les draps) et bourrés de duvet d'oie ou de canard, dans des lits de bois à baldaquin. Les puissants donnaient également audience allongés sur un lit de jour (à l'origine du lit de justice du roi) ou symbolisent leur haute lignée familiale par le lit de parade dans la salle d'apparat (en).
  • Les classes moyennes dormaient sur des matelas faits d'un feutre fin (comme les draps) et bourrés de laine de mouton cardée, de crin ou de plume d'oie ou de plume de canard. Si les lit-armoires sont très en vogue dans certaines régions françaises (Bretagne, Poitou, Auvergne), il faut généralement se contenter de simples banquettes, parfois garnies de bas flancs.
  • Les plus pauvres dormaient souvent tout habillés sur des litières faites de foin ou sur des matelas posés à même le sol, faits d'un sac de bure, bourré de paille de blé ou de son (les fameuses paillasses), de copeaux de bois, de cosses de pois, éventuellement de feuilles de fougère (censées préserver la bonne santé) ou de Vitex agnus-castus (censées préserver la chasteté comme le recommande l'Église), bure parfois enveloppée dans des draps de chanvre pour que cela gratte moins. Ces matériaux, sains mais rustiques, avaient l'avantage d'absorber l'humidité et d'isoler des sols froids. Ils apportaient donc un certain confort, même si plusieurs personnes se partageaient le lit, comme dans les auberges. De plus, contrairement aux tissus précieux inlavables[2] des lits des nobles, ils étaient jetés lorsqu'infectés de puces et punaises. Dans les fermes, on dormait le plus près possible de l'âtre, dans la salle commune.

Au Moyen Âge, il est le meuble le plus important dans la demeure des pauvres (seul meuble confortable de la maison, il est l'endroit où l’on naît, on dort et on meurt) commes des plus fortunés chez qui il est le symbole de prestige et de pouvoir (il est l'endroit où on reçoit, on travaille, on juge comme par exemple le lit de justice du roi). Dès le XIIIe siècle, dans les traités d'hygiène et de vie, les médecins écrivent leurs recommandations pour bien dormir : le prince comme le paysan dort nu mais avec un bonnet de nuit censé protéger le cerveau, organe de l'âme jugé sensible ; le ciel de lit apparaît au XIVe siècle avec un rôle fonctionnel (il protège de la poussière du plancher terré) et symbolique (il protège des rayons lunaires jugés maléfiques ou nocifs). Le dormeur récite une prière avant d'aller se coucher pour mourir pendant le sommeil, mort redoutée à l'époque car il n'a pas le temps de remettre son âme à Dieu et de recevoir l'extrême-onction ; le ciel de lit, comme le berceau, est orné de signes protecteurs (soleil, étoiles, saints). Le « lit idéal » doit avoir un dos de lit pour se protéger du froid, être isolé par des courtines (tentures de lit) et surélevé par une planche épaisse ou estrade, garni d’un matelas moelleux, surmonté d’un ou plusieurs (selon la richesse) surmatelas appelés couettes – les médecins spécialisés en "litologie" recommandent la plume pour l’hiver, la laine ou le coton pour l’été – recouvertes de draps, couvertures et courtepointe, fourrures[3].

Après la révolution industrielle

L'emploi du sommier, qui n'était au départ qu'un simple treillis de branches entrelacées, tend à se généraliser. On en trouve à lattes, à ressorts, à treillis de toile. Si la forme des lits a suivi les modes et styles (Louis XV, Empire, Louis-Philippe, bateau)[4], la nouveauté consiste surtout à employer de nouveaux matériaux. L'emploi du fer et de l'acier concurrence le bois et le cuivre et permet en outre la fabrication de ressorts hélicoïdaux ou à boudins qui augmentent le confort du couchage. Le coton prend une place prépondérante pour les draps et les enveloppes de couettes ou de matelas. Accessoirement, le kapok remplit duvets et matelas bon marché.

À partir de 1900, avec l'introduction des fibres de viscose (fibranne, mais aussi rayonne ou soie artificielle) les fibres synthétiques tendent à prendre une place prépondérante .

Le lit depuis la révolution industrielle

Lits superposés dans une chambre d'enfant
Lits superposés du porte-avion Clémenceau .

Ces meubles, qui étaient plutôt petits (à la taille des gens mais aussi pour mieux garder la chaleur) tendent à s'agrandir.

  • À côté des lits traditionnels, apparaissent le lit cage et le cosy mais aussi les lits escamotables : canapé transformable, fauteuil-lit, lit vertical, lit gigogne, lit à plateau mobile, et pour les scouts et les soldats, les lits de camp qui ont l'immense avantage de pouvoir se transformer facilement en brancards.
  • Pour les enfants, le traditionnel lit à barreaux verticaux est suivi du lit en toile, matelassé, pliable (lit-valise ou lit-parapluie).
  • Dans les structures de soins et au domicile des malades, on indique, sur avis médical, l'utilisation de lits dits « médicalisés » motorisés, à commande électrique, avec parties articulées et mobiles : relève-buste, repose-jambe supérieur et inférieur, réglables en hauteur, sur roulettes avec système de blocage, tête et pied de lit, potence, barrières amovibles, pied porte-sérum etc... Les matelas étant souvent adaptés à la pathologie de la personne concernée (Mousse, mousse découpée, mousse moulée, mousse visco-élastique, matelas à air, avec / sans compresseurs, etc...). Ces lits « médicalisés » sont disponibles en pharmacies. Le pharmacien est en effet un professionnel de santé, il est donc déontologiquement et professionnellement responsable du matériel médical qu'il livre.

Les matelas

Article détaillé : Matelas.

La composition des matelas s'est considérablement diversifiée. Traditionnellement à ressorts, remplis de laine ou d'un mélange crin-laine, les matières utilisées ont évolué vers le coton, les fibres synthétiques, le lainage, les mousses PU, mousses viscoélastiques (dites à mémoire de forme), mousse de polyester, et latex.

Couvertures

Draps

Ils sont faits de coton, de lin, de métis (tissu réalisé avec une chaîne en coton et une trame en lin, avec un minimum de 40 % de lin), de soie ou de matières synthétiques.

Normes au XXIe siècle

La plupart des pays ont adopté des dimensions standard pour les matelas. Les matelas de ratio 2 sur 1 sont le standard des pays anglo-saxons.

Taille du matelas (largeur × longueur)
US et Canada[5] Australie UK Europe
1 place 97 × 191 cm 91 × 191 cm 90 × 200 cm
Double 137 × 190 cm 140 × 200 cm
Queen size
(UK : King)
152 × 203 cm 160 × 200 cm
King size
(UK : Super King)
193 × 203 cm 183 × 203 cm 183 × 198 cm 180 × 200 cm

En France, un lit à une personne doit faire 0,90 m en largeur et 1,80 m en longueur. Il n'existe pas de normes pour la hauteur, dans l'armée[Laquelle ?] : 0,70 m pour les hommes de troupe et 0,90 pour les cadres[6].

Autres couchages

Les berceaux

Le berceau ou petit lit était un lit miniature. Parfois fait de barreaux doublés à l'intérieur d'un tissu de laine (le molleton) et surmonté d'un léger baldaquin.

Accessoires

Accessoires de chauffage

Aux siècles passés, les demeures étaient fort mal chauffées et il était indispensable de réchauffer un lit glacial avant d'y entrer. Pour cela, on utilisait :

  • les bouillottes, en vessie de porc puis en caoutchouc, remplies d'eau très chaude, placées au pied du lit ;
  • les bassinoires de cuivre, remplies de braises, avec lesquelles on repassait les draps ;
  • le moine, sorte de bassinoire qui s’accrochait sous le lit ;
  • des briques laissées au four, puis entourées de gros chiffons et placées dans le lit.

Moustiquaires

Faites de tulle, imprégnées ou non d'insecticide, elles sont fort utiles sous les climats tropicaux.

Descentes de lit

Elles sont faites de laine, rarement de fourrure, puis de coton ou de nylon.

Oreillers et polochons

Les oreillers étaient à l'origine de simples coussins et les polochons ou traversins une enveloppe remplie de plumes ou de vieux chiffons.

Tenues de nuit

Traditionnellement, hommes et femmes portaient une chemise de nuit, un bonnet et des chaussettes de nuit en laine très fine puis en coton. Aujourd'hui, hommes et femmes portent un pyjama en coton ou en fibres synthétiques, ou dorment nus afin de mieux aérer leur peau et ne pas gêner la circulation sanguine par un vêtement. Les femmes portent aussi des nuisettes. Certains portent encore, au lever, veste d'intérieur, robe de chambre et « sortie de lit » en coton, en laine ou en soie.

Anecdotes

  • Le berceau d'Henri IV en 1554, encore visible dans son château de Pau, était fait d'une carapace de tortue, facile à balancer.
  • L'actrice Sarah Bernhardt dormait les dernières années de sa vie dans son cercueil[réf. nécessaire]. Ceci, disait-elle, afin de s'y habituer mais aussi de le rentabiliser.
  • Le général de Gaulle, qui mesurait près de 1,90 m, exigeait dans ses déplacements officiels des lits à sa mesure[réf. nécessaire] : longs de 2 mètres.
  • Des psychologues de l'université de Munich ont élaboré en 2010 une expérience où des sujets ont le choix de disposer un lit à leur convenance dans une pièce : la majorité l'ont disposé au fond de la pièce, loin de la porte et du côté vers lequel s'ouvre le battant. Selon ces chercheurs, ces sujets reproduisent le comportement de l'homme préhistorique qui devait trouver pour dormir un endroit sûr, à l'abri des prédateurs, le moins visible possible, mais offrant un point de vue idéal sur les accès au lieu[7].

Proverbes

  • Comme on fait son lit on se couche.
  • Qui dort avec des chiens attrape des puces.
  • Le lit est une bonne chose, si l'on n'y dort, on s'y repose.
  • Le lit est l'écharpe de la jambe.
  • Au lit et à la chandelle, laide vaut presque autant que belle.
  • Femme qui rit, à moitié dans ton lit.
  • La table remet, le lit repose.
  • Même si les yeux ne dorment pas, au lit les os se reposent.
  • Mieux vaut bon sommeil que bon lit.
  • Qui chante au lit et siffle à table, s'il n'est pas sot, il ne s'en faut de guère.
  • Qui dort dine.

Citations

Ma belle si tu voulais, nous dormirons ensemble
dans un grand lit carré…
Dans le mitan du lit coulerait une rivière.
Tous les chevaux du Roy pourraient y boire ensemble.
[...] Qu'il soit de marbre ou de sapin
Quant au lit qui sera le mien
Dans le néant ou la lumière
Je veux qu'on ne le fasse point
Et qu'on y laisse un petit coin
Pour un ami que j'ai sur terre
Cet ami que je laisserai
Quand il me faudra dételer
Pour l'aventure ou la poussière
Ce frère de mes longues nuits
Et que l'on appelle l'ennui
Au fond du lit des solitaires
Le lit
Quand s'endort le mystère
Sans bruit
Dans la vie passagère
  • 90 % des gens naissent et meurent au lit, on y passe en moyenne 30 ans de sa vie. On aurait donc grand tort à négliger ce mobilier. (Henri Mondor)
  • Le lit est l'endroit le plus dangereux du Monde : 90 % des gens y meurent ! (Mark Twain)

Le lit en argot

Le pucier ~ Le plumard, la plume, le plumzingue ~ Le pieu, le pieutard ~ Le pageot, le page ~ Le paddock.

Notes et références

  1. Mémoires de l'Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, 1836, p. 34 
  2. Lorsqu'ils sont infestés, les seravntes enduisent le châlit de matières censées désinfecter : coriandre, eau de concombre, fiel de bœuf au vinaigre.
  3. Danièle Alexandre-Bidon, exposition « Au lit au Moyen Âge ! » dans la Tour Jean-sans-Peur, 2011
  4. Différents styles de lits
  5. Mattress Size Guide : USA & Canada - MattressSizes
  6. Dans la brigade franco-allemande, il y avait un problème de standard entre les couettes germaniques et les draps et couvertures françaises.
  7. (en) Matthias Spörle & Jennifer Stich, « Sleeping in Safe Places : An Experimental Investigation of Human Sleeping Place Preferences from an Evolutionary Perspective », dans Evolutionary Psychology, vol. 8, 17 mai 2010, p. 405-419 [texte intégral (page consultée le 4 octobre 2010)]  [PDF]

Annexes

Bibliographie

  • J. Justin Storck, Le Dictionnaire pratique de menuiserie, ébénisterie, charpente

Article connexe

Lien externe


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