Louis XVI de France


Louis XVI de France
Louis XVI
Antoine-François Callet - Luís XVI.jpg
Portrait de Louis XVI par Antoine-François Callet, Musée d'Art de São Paulo (vers 1780)

Titre
Roi de France et de Navarre
puis Roi des Français
10 mai 177410 août 1792
&&&&&&&&&&&0666718 ans, 3 mois et 0 jour
Couronnement 11 juin 1775,
en la cathédrale de Reims
Premier ministre Robert Turgot
Jacques Necker
Prédécesseur Louis XV
Successeur Conseil exécutif provisoire
(Commune insurectionnelle de Paris)
Convention nationale
(Ire République)
Napoléon Ier (Empereur des Français)
Louis XVIII (Roi de France)
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis-Auguste de France
Date de naissance 23 août 1754
Lieu de naissance Royal Standard of the Kingdom of France.svg Versailles (France)
Date de décès 21 janvier 1793 (à 38 ans)
Lieu de décès Flag of France (1790-1794).svg Paris (France)
Père Louis-Ferdinand de France,
dauphin de France
Mère Marie-Josèphe de Saxe
Conjoint Marie-Antoinette d'Autriche
Enfants Marie-Thérèse de France
Louis-Joseph de France
Louis-Charles de France
Sophie-Béatrice de France
Héritier Louis-Stanislas de France (1774-1781)
Louis-Joseph de France (1781-1789)
Louis-Charles de France (1789-1791)
Résidence Château de Versailles
Palais des Tuileries

Grand Royal Coat of Arms of France.svg
Monarques de France

Louis XVI — né Louis Auguste de France le 23 août 1754 à Versailles et mort le 21 janvier 1793, guillotiné sur la place de la Révolution à Paris — est roi de France et de Navarre (1774-1791), puis roi des Français (1791-1792).

Louis XVI est le fils du Dauphin Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Il succède à son grand-père Louis XV en 1774. Il est le frère aîné des futurs rois Louis XVIII et Charles X, de Clotilde de France, reine de Sardaigne qui a été Vénérable en 1808 et d' Élisabeth de France.

Le règne de Louis XVI est marqué par des réformes importantes concernant le droit des personnes : abolition de la torture en 1781 et 1788, abolition du servage dans le domaine royal en 1779, abolition du péage corporel des juifs d'Alsace en 1784, édit de tolérance des protestants en 1787. Il est aussi marqué par quatre tentatives de réformes profondes du royaume (1774-1776, 1781, 1787 par deux fois) passant par l'instauration d'un impôt direct égalitaire (en remplacement de la taille inégalitaire) et d'assemblées provinciales élues destinées à contrôler cet impôt. Ces dernières réformes butèrent sur l'hostilité des privilégiés, en particulier celle de la noblesse de robe, celle du Parlement de Paris et celle de la Cour de Versailles. Louis XVI tenta alors de passer outre leur opposition en présentant ses réformes devant une assemblée de notables (1787) puis devant les états généraux (1789).

Les dernières années du règne de Louis XVI sont marquées par la Révolution française qui, tout en reprenant certaines des réformes soutenues par le roi avant 1789, transforment le rôle politique du roi et le système de gouvernement de la France en mettant fin à la monarchie absolue de droit divin. Dans un premier temps, le roi Louis XVI devient un monarque constitutionnel en butte à une opposition de plus en plus hostile. Dans un second temps, le roi est renversé le 10 août 1792 par les sections républicaines, la monarchie abolie puis la République proclamée. Dès lors surnommé « Louis le Dernier » ou « Louis Capet » par les Révolutionnaires, Louis XVI est inculpé pour trahison par ces derniers sur l'accusation de ne pas avoir respecté son rôle constitutionnel, d'avoir manœuvré secrètement contre la Révolution et d'avoir tenté de fuir la France (arrestation de Varennes en 1791). Jugé coupable par la Convention nationale, il est condamné à mort et guillotiné le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution à Paris. Considéré d'abord soit comme un traître à la patrie soit comme un martyr, les historiens français ont fini par globalement adopter une vue nuancée de la personnalité et du rôle de Louis XVI, décrit comme un honnête homme mû par de bonnes intentions, mais qui n'était pas à la hauteur de la tâche herculéenne qu'aurait représentée une profonde réforme de la Monarchie.

Sommaire

Biographie

Famille

Louis Auguste naît le 23 août 1754 au château de Versailles où il est ondoyé le même jour par l'aumônier du roi[1]. Il est le troisième fils du dauphin Louis-Ferdinand et de sa seconde épouse Marie-Josèphe de Saxe

Fratrie

Ses frères et sœurs utérins :

  1. Marie Zéphyrine de France (1750-1755) ;
  2. Louis de France (1751-1761), duc de Bourgogne ;
  3. Xavier de France (1753-1754), duc d'Aquitaine ;
  4. Louis Stanislas Xavier de France (1755-1824), comte de Provence, qui deviendra roi sous le nom de Louis XVIII en 1814 (reconnu comme tel dès la mort de Louis XVII en 1795 par certaines puissances européennes) ;
  5. Charles Philippe de France (1757-1836), comte d'Artois, qui deviendra roi sous le nom de Charles X à la mort du précédent ;
  6. Clotilde de France (1759 – 1802), reine de Sardaigne de 1796 à 1802 par son mariage avec le roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne ;
  7. Élisabeth de France (1764-1794), elle partage jusqu'aux derniers instants le sort de la famille royale. Elle est guillotinée.

Louis Auguste porte initialement le titre de duc de Berry. Ses deux frères aînés meurent pendant son enfance: Xavier de France (1753-1754) en 1754, et surtout Louis de France (1751-1761) duc de Bourgogne, très admiré par sa famille. À 11 ans, par le décès de son père Louis-Ferdinand de France, fils du roi Louis XV de France, le 20 décembre 1765, il devient l'héritier au trône de France et reçoit le titre de dauphin.

Ascendance

À droite, le duc de Berry, futur Louis XVI, à gauche, le comte de Provence, futur Louis XVIII en somptueux costumes de cour. Peinture de François-Hubert Drouais (1756)

Descendance

Le 16 mai 1770, le dauphin Louis Auguste épouse l’archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche[2], fille cadette de François de Lorraine, grand-duc de Toscane et empereur souverain du Saint Empire romain germanique et de son épouse Marie-Thérèse, archiduchesse d'Autriche, duchesse de Milan, reine de Bohême et de Hongrie. Cette union est la concrétisation d’une alliance visant à améliorer les relations entre la Maison de Bourbon (France, Espagne, Parme, Naples et Sicile) et la Maison de Habsbourg-Lorraine (Autriche, Bohême, Hongrie, Toscane). Les époux bien qu'étant alors âgés de 14 et 15 ans ne consommeront réellement leur mariage que sept ans plus tard. De leur union, quatre enfants naissent, mais ils n'auront pas de descendance :

Baptême et éducation

Le 18 octobre 1761, le même jour que son frère Louis Stanislas Xavier, Louis Auguste est baptisé par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles. Son parrain est Auguste III de Pologne, représenté par Louis Philippe, duc d'Orléans, et sa marraine est Marie Adélaïde de France[3]. Il devient Dauphin en 1765, par la mort de son père.

Ses parents dirigent eux-mêmes ses études et deux fois par semaine son travail est examiné par le dauphin. Il est élevé dans une religion stricte, et est formé à des principes conservateurs par son gouverneur, le duc de La Vauguyon. Ce dernier rédige des mémoires pour son élève dont le sujet principal est la morale politique. Le modèle qui lui est proposé est celui d'Idoménée, héros des Aventures de Télémaque de Fénelon : c'est celui du « bon roi », celui dont le premier impératif est de toujours être bon. Au total, son éducation politique présente deux aspects contradictoires : il doit à la fois être le roi chrétien, lieutenant de Dieu qui se fait obéir mais aussi le roi du bonheur, de la prospérité matérielle qui doit savoir s'oublier pour le bonheur de ses peuples. Et ce second aspect est privilégié car le futur Louis XVI est tenu à l'écart des affaires, on ne lui apprend pas à gouverner[4].

Élève studieux, il se passionne pour plusieurs disciplines scientifiques. Selon l'historien français Ran Halévi[5] : « Louis XVI a reçu l’éducation d’un « prince des Lumières » — C’était un monarque éclairé ». Les professeurs d'histoire Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek précisent que : « Louis XVI connaissait le latin, l’allemand, l’espagnol, maîtrisait l’anglais parfaitement, pratiquait la logique, la grammaire, la rhétorique, la géométrie, l’astronomie. Il avait une culture historique et géographique incontestable et des compétences en économie ». Ils estiment qu’« il est très influencé par Montesquieu, qui lui inspire une conception moderne de la monarchie détachée du droit divin »[6].

Son règne voit la fin de l'Ancien Régime

À la suite du décès de Louis XV, le 10 mai 1774, Louis Auguste devient roi de France. Il a 19 ans. Le 11 juin 1775 en la cathédrale de Reims, il est sacré selon la tradition[7] remontant à Pépin le Bref.

La fin du règne de son grand-père avait été marqué par les suites diplomatiques et financières de la défaite après la guerre de Sept Ans. Louis XV avait effectué une dure mise au pas du parlement qui s'opposait à son absolutisme fiscal, et avait entamé une tentative de réformes économiques et institutionnelles, avec son ministre René Nicolas de Maupeou (1771). L'image de la monarchie était dégradée (en particulier d'un point de vue moral, le parti dévot reprochant la présence de Madame Du Barry et de l'influence de l'esprit des lumières). La volonté de rupture de Louis XVI est marquée par le renvoi des ministres de Louis XV (août 1774) et la recherche des conseils de Maurepas, autrefois disgracié par son grand-père.

Marqué par ses lectures de Fénelon et influencé par la philosophie des Lumières, le nouveau Roi tente d'être un roi bienfaisant : il veut faire le « bonheur de son peuple ». Voulant modérer l'absolutisme autoritaire de ses prédécesseurs, dès le début de son règne, Louis XVI rétablit les Parlements en novembre 1774. Il accepte et soutient des évolutions législatives (comme la suppression de la torture) demandées par les disciples des Lumières. Il cherche à concilier les notions nouvelles de liberté et de tolérance avec l'Ancien régime, et montre un grand souci de l'opinion publique.

À au moins quatre reprises (avec Turgot, Necker, Calonne, Loménie de Brienne, puis Necker de nouveau), il tente de poursuivre des réformes plus ou moins profondes du royaume, et plus spécifiquement l'instauration d'un impôt égalitaire. Il se heurte à chaque reprise à l'opposition des élites du pays (la majorité de la noblesse et une partie du clergé) et de son entourage (la cour, la reine, etc.). Or, sur ce point, les Parlements, composés de la noblesse de robe attachée au maintien des privilèges, s'opposent également aux projets de réforme fiscale. Louis XVI, qui est un légaliste, n'entend jamais excéder les pouvoirs que lui donnent les lois fondamentales du royaume, ni user de la force contre le peuple. Il doit donc faire avaliser ses réformes. L'échec de la voie parlementaire, puis d'une réunion d'une assemblée des notables conduit au dernier épisode de cette confrontation avec la convocation des États généraux, au cours desquels Louis XVI espère pouvoir faire plier en toute légalité les deux ordres qui le bloquent.

Si le blocage systématique des réformes par la noblesse et le haut-clergé est le problème politique majeur de son règne, le déficit croissant en est le problème économique principal. Le coût de la cour, celui des travaux publics de modernisations (des routes par exemple) et l'endettement lié à la guerre (soutien aux États-Unis) rendent cruciale la question de la dette. Or, là aussi le roi pense qu'elle ne peut être résorbée que par de grandes réformes écornant certains privilèges. Les états généraux, convoqués par le Premier ministre pour tenter de les mener à bien le plus paisiblement possible, échappent assez vite à son contrôle. Le roi et ses frères, Marie-Antoinette elle-même, étaient initiés à la loge maçonnique des trois frères à l'Orient de Versailles[8].

Louis XVI par Duplessis

Le ministère Turgot 1774/1776

Turgot est appelé par Louis XVI comme contrôleur général des finances. Un choix audacieux : Turgot avait écrit des articles économiques de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, un ouvrage semi-interdit.

Turgot s'attelle alors à un projet « révolutionnaire » de mise en place d’une pyramide d’assemblées élus à travers le royaume : municipalités de communes, d’arrondissement puis de province et une municipalité de royaume. Comme l'explique en 1854 l'historien Victor Duruy : « C’étaient là de bien grandes nouveautés ; Turgot en projetait d’autres plus redoutables : abolition des corvées qui pesaient sur les pauvres ; établissement sur la noblesse et le clergé d’un impôt territorial ; mais amélioration du sort des curés et vicaires, qui n’avaient que la plus petite portion des revenus de l’Église, et suppression de la plupart des monastères ; égale participation de l’impôt par création d’un cadastre ; liberté de conscience et rappel des protestants ; rachat des rentes féodales ; un seul code : un même système de poids et mesures pour tout le royaume ; suppression des jurandes et maîtrises qui enchaînaient l’industrie ; la pensée aussi libre que l’industrie et le commerce ; enfin, comme Turgot s’occupait des besoins moraux aussi bien que des besoins matériels, un vaste plan d’instruction publique pour répandre partout les Lumières »[9].

Une vaste coalition d’intérêts se forme contre Turgot : détenteurs du monopole sur le grain, parlementaires appartenant à la noblesse de robe (opposés au remplacement de la corvée par un impôt payé par les propriétaires, et qui déclare que « le peuple est taillable et corvéable à volonté et que c’est une partie de la constitution que le roi est dans l’impuissance de changer »), patrons des jurandes, privilégiés, etc. À cette coalition s’ajoute l’entourage immédiat du roi : le ministre Maurepas, la reine Marie-Antoinette. Louis tente d'abord de résister, seul, aux corps privilégiés et à son entourage immédiat afin de soutenir le plan de réformes révolutionnaires de Turgot. En mars 1776, il déclare encore : « Je vois bien qu’il n’y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple »[10].

Mais, après deux années de résistance, Louis XVI et ses ministres réformateurs finissent par céder aux pressions. Malesherbes démissionne. Louis XVI doit se résoudre à renvoyer Turgot, le 12 mai 1776, et à revenir peu après sur ses réformes (rétablissement des corvées et des maîtrises)[11].

Le ministère Necker

Louis XVI en 1779 par Augustin Pajou

En octobre 1776 Louis XVI fait appel à Necker comme « directeur des Finances » (l'équivalent du « contrôleur général des Finances »). Une triple révolution : c’est un banquier roturier, un étranger (Genevois) et de surcroît un protestant.

Necker et Louis XVI remettent sur le métier les réformes les plus essentielles du royaume. L’administration de Necker est ainsi marquée par l’affranchissement des derniers serfs du domaine royal par une ordonnance du 8 août 1779[12]. Refusant l'abolition sans distinction de la servitude personnelle, il abolit toutefois dans tout le royaume le « droit de suite », et affranchit tous les « main-mortables [les serfs] des domaines du roi », ainsi que les « hommes de corps », les « mortaillables » et les « taillables » [d'où vient l'expression « taillable et corvéable à merci »][12]. Cette ordonnance avait été favorisée par l'intervention de Voltaire, qui avait plaidé en 1778 la cause des serfs de l'abbaye de Saint-Claude du Mont-Jura[12]. Il autorise en outre les « engagistes qui se croiraient lésés » par cette réforme à remettre au roi les domaines concernés en échange de contreparties financières[12]. Afin de favoriser l'imitation de son acte royal d'affranchissement des serfs dans les domaines royaux, l'ordonnance précise que « considérant bien moins ces affranchissements comme une aliénation, que comme un retour au droit naturel, nous avons exempté ces sortes d'actes [d'affranchissement] des formalités et des taxes auxquelles l'antique sévérité des maximes féodales les avaient assujettis »[12].

Néanmoins l'ordonnance n'est guère appliquée[12], et le servage persiste localement jusqu'à la Révolution qui l'abolit avec les privilèges lors de la célèbre nuit du 4 août 1789.

Il abolit en outre la question préalable (appliquée aux condamnés à mort). « Il projetait aussi une organisation d’assemblées provinciales, mais dans un simple but d’administration financière. » ajoute l'historien Victor Duruy[13].

Après la publication en 1781 par Necker du Comptes rendu de l’état des finances en 1781, « la guerre qui avait si bien réussi contre Turgot recommença sous son successeur », explique Victor Duruy. Le parlement refusa l’édit qui ordonnait le rétablissement des assemblées provinciales, et les courtisans, menacés dans leurs dépenses somptuaires, usèrent de la calomnie pour saper l'autorité du roi et de ses ministres. Louis XVI et Necker ne purent tenir longtemps devant l'opposition des privilégiés. Necker remit sa démission au roi, qui l'accepta le 21 mai 1781[14].

Le 8 août 1779, un édit autorise les femmes mariées, les mineurs et les religieux à toucher des pensions sans autorisation (notamment celle du mari en ce qui concerne les femmes mariées)[15].

Le ministère Calonne

Louis XVI appelle Charles Alexandre de Calonne, qui avait une réputation de bon technicien de la finance, comme contrôleur général des Finances (novembre 1783) puis ministre d'État pour remplacer Necker. Calonne entreprend pendant trois années une politique de dépenses et d’emprunts, de « relance » selon certains (grands travaux dans les transports, l'industrie, traité de commerce avec l'Angleterre en 1786), destiné à rétablir le crédit de l'État par les moyens inverses de ceux du rigoureux Necker.

Mais c'est l'échec. Calonne doit se résoudre au même plan de réformes que ses prédécesseurs : libéraliser le commerce intérieur par la suppression des douanes intérieures, supprimer les traites, réduire la taille, remplacer les corvées en nature médiévales par une prestation en argent, transformer la Caisse d’escompte en une banque d’État et surtout « soumettre les privilégiés à l’impôt et à une subvention territoriale ; établir des assemblées provinciales » élues qui répartiraient cet impôt. Comme dans le plan de Turgot, Calonne prévoyait une pyramide d'assemblées locales (assemblées paroissiales et municipales, assemblées de districts) élues par les contribuables.

Louis XVI aurait lancé à Calonne : « C'est du Necker tout pur que vous me donnez là ! », mais le plan serait plus proche de celui de Turgot. L'un des principaux rédacteurs du projet est le physiocrate Pierre Samuel du Pont de Nemours, ancien collaborateur de Turgot.

Pour ne pas avoir à affronter la minorité privilégiée des parlementaires (groupe puissant de la noblesse de robe), qui refusent toujours les réformes et l'égalité fiscale, le gouvernement convoque une assemblée de 144 notables (en fait toujours essentiellement des privilégiés) pour lui soumettre son projet. Mais, réunie en février-mars 1787, celle-ci refuse l’impôt territorial égalitaire. Louis XVI, qui l'avait soutenu pendant plusieurs mois, retire brutalement son soutien à Calonne en avril 1787[16], peut-être sous l'influence de la cour, de la reine, ou de l'opinion publique.

En janvier 1784, Louis XVI abolit le péage personnel qui pesait sur les juifs d'Alsace[17].

Le ministère Brienne

Le 1er mai 1787, Louis XVI appelle l'évêque libertin Etienne-Charles de Loménie de Brienne au Contrôle général des Finances. Brienne reprend toujours les mêmes réformes indispensables mais avec en face de lui le Parlement de Paris. Il réussit à faire le libre-échange à l’intérieur du pays, l'instauration d'assemblées provinciales élues, ainsi que le rachat des corvées. « Mais la lutte s’engagea vivement à propos de l’impôt du timbre et de la subvention territoriale. Le roi tint un lit de justice et fit enregistrer les deux derniers édits »[18].

Devant la protestation du parlement, Louis XVI l’exile à Troyes en août 1787 et ne le rappelle que lorsque les parlementaires acceptent d'étendre l'impôt direct à toutes les formes de revenus. Mais les parlements s'opposent à un nouvel emprunt d'État[18]. Ils finissent par faire appel aux états généraux dans l'espoir de bloquer la réforme de l'impôt égalitaire. Brienne accepte leur tenue et quitte le pouvoir le 25 août 1788.

Le 17 novembre 1787, Louis XVI demande à Malesherbes de lui remettre un rapport en vue d’améliorer la situation des juifs en France[19].

Le second ministère Necker

Devant la banqueroute de l’État, Louis XVI fait de nouveau appel à Necker, le 25 août 1788. Il reprend une revendication du parlement : la convocation des états généraux en 1789. Cette mesure se retourne contre les privilégiés, notamment parce que Necker se prononce en faveur du doublement de la participation du tiers état.

Diverses réformes

C'est sous son règne, le 24 août 1780[20] que la « question préparatoire »[note 1] est abolie puis, le 1er mai 1788, un nouvel édit supprime la « question préalable »[note 2]. Les parlements refusent toutefois d'entériner cet édit et le roi doit tenir un lit de justice pour l'imposer le 8 mai 1788. De nombreux travaux publics sont également lancés notamment en matière d'assèchements de marais.

À la suite de la première tentative d'unification des poids et mesures du royaume de France du roi Philippe le Long aux états généraux d'Orléans, en 1321, ainsi que les suivantes jusqu'à celle du roi Louis XV en 1770, Louis XVI va concrétiser cette longue série de tentatives en signant le 8 mai 1790 le projet d'unification des poids et mesures du Royaume de France, proposé par Talleyrand. Suite au rapport du 19 mars 1791 de l'Académie des Sciences, et sur proposition du Chevalier Jean-Charles de Borda, le « mètre » de Burattini, mieux défini, est adopté comme unité de longueur. Dès le 26 mars 1791, la proposition de Jean-Charles de Borda est transmise par Condorcet à l'Assemblée. Les tâches réparties entre les savants : Borda, Cassini, Lavoisier, et Hauj aboutiront à la détermination du mètre, de la seconde et du kilogramme, fondements du système métrique qui aujourd'hui s'appelle Système international d'unités (SI), appliqué suite à la métrification dans tous les pays du monde, à l'exception des États-Unis, de la Grande-Bretagne (où les panneaux routiers restent libellés en miles et la bière vendue en pintes), du Liberia et du Myanmar.

Politique extérieure

La reddition de l'armée anglaise, à Yorktown. Louis XVI est un prince pacifique, mais soucieux du prestige de sa couronne, il accorde des crédits importants à la Marine et engage victorieusement la France dans la guerre d'Indépendance américaine.

La France joue un rôle géopolitique prépondérant en Europe. L'alliance avec les puissances Catholiques lui permet d'éviter tout conflit en Europe. Pour rétablir la position française après la perte des colonies outre-mer, soucieux de contrecarrer les avancées anglaises outre-mer, et de prendre la revanche du traité de Paris de 1763 désastreux pour la France, le roi dote l'armée d'une marine qui rivalise pour la première fois depuis la guerre de Succession d'Autriche (quarante ans auparavant) avec celle de l'Angleterre, notamment lors de la guerre d'Indépendance des États-Unis où la France aide militairement les insurgents. Louis XVI joue un rôle important dans la modernisation de la Marine française. Selon l'historien de la mer André Zysberg (université de Caen) : « C’est un roi géographe qui se passionne pour la mer ; il lit avec passion les récits de voyage, s’informe sur les techniques nouvelles de navigation. Il développe un programme de construction, augmente les crédits de la flotte de guerre, améliore les conditions de vie des matelots, sujet crucial à l’époque ; il promeut au mérite, contre la tradition, les chefs d’escadre issus de la guerre d'Amérique[21]. » La flotte française retrouve un niveau de puissance qu'elle n'avait plus connu depuis Louis XIV. L'intervention de la Marine royale s'avère décisive dans la victoire franco-américaine de 1781.

Il poursuit la politique traditionnelle française d'appuyer des missions catholiques au Proche-Orient. Face au vide créé par l'interdiction de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) en 1773, il choisit les Lazaristes pour les remplacer dans les missions en territoire ottoman. Le Pape Pie VI accepte ce changement, symbolisé par la prise en charge du centre des missions catholiques en Orient, le Lycée Saint-Benoît à Istanbul, par la Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul, le 19 juillet 1783. Il reconnait comme valide les actes de naissances, mariages, décès de ses sujets protestants en 1788 (Edit de Tolérance).

Un roi simple mais érudit

Louis XVI a été longtemps caricaturé comme un roi un peu simplet, manipulé par ses conseillers, peu au fait des questions de pouvoir, avec des marottes comme la serrurerie et une passion envahissante pour la chasse.

Cette image est en partie due à son attitude envers la cour, et surtout en raison des calomnies du parti Lorrain et en premier M. de Choiseul, le comte de Mercy, l'Abbé de Vermond et enfin Marie-Thérèse d'Autriche.

Grand chasseur, Louis XVI était aussi un prince studieux et érudit, qui aimait autant la serrurerie et la menuiserie que la lecture. Il était féru d'histoire, de géographie, de marine et de sciences. Il fit de la marine une priorité de sa politique étrangère, et en a une connaissance théorique si pointue, qu'il se plut, quand il visita le nouveau port militaire de Cherbourg (et vit pour la première fois la mer), à faire des remarques dont la pertinence stupéfia ses interlocuteurs.

Louis XVI donnant ses instructions au capitaine de vaisseau La Pérouse pour son voyage d’exploration autour du monde, par Nicolas-André Monsiau, (1817)

Sur le plan scientifique, il mandata Jean-François de La Pérouse pour effectuer le tour du monde et le cartographier. N'en n'ayant plus de nouvelles régulières à partir du 16 janvier 1788. Il avait annoncé dans sa dernière lettre quel devait être son parcours et l'époque probable de son retour, vers l'été 1789. Sans nouvelles depuis longtemps, le roi fit envoyer deux navires à sa recherche. Le 28 février 1790, l'Assemblée constituante décréta qu'une prime serait accordée à tout marin donnant des nouvelles de l'Expédition[22]. La nouvelle expédition, lancée depuis peu, était menée par des capitaines qui périrent aussi avant leur retour, pendant la Révolution. Louis XVI, aurait alors demandé des nouvelles de cette entreprise jusque sur l'échafaud. En 1794 parut un opuscule intitulé : Découvertes dans la mer du Sud. Nouvelles de M. de La Pérouse jusqu'en 1794, Paris, Everat, 1794, in-8°, dont les détails ne furent confirmés qu'en 1828 et 2005[23]. Sur le plan agricole, Louis XVI favorisa également l'implantation en France de la culture de la pomme de terre, la faisant cultiver à proximité de Versailles.

Depuis Louis XIV, la noblesse était en grande partie « domestiquée » par le système de cour. L'étiquette régissait la vie de la cour en faisant du roi le centre d'un cérémonial très strict et complexe. Cette construction de Louis XIV visait à donner un rôle à une noblesse qui avait été jusque là souvent rebelle et toujours menaçante pour le pouvoir royal.

Au sein de la cour, la noblesse voyait sa participation à la vie de la nation organisée en vase clos dans un subtil système de dépendances, de hiérarchie et de récompenses, et ses velléités d'autonomie vis-à-vis de l'autorité royale nettement réduites. Louis XVI hérita de ce système. La noblesse était au service du roi et en attendait des récompenses et des honneurs. Même si l'écrasante majorité de la noblesse n'avait pas les moyens de vivre à la cour, les textes montrent bien l'attachement des nobles de province au rôle de la cour, et l'importance que pouvait prendre la « présentation » au roi.

Comme son grand-père Louis XV, Louis XVI eut les plus grandes peines à entrer dans ce système qui avait été construit un siècle auparavant par son quadrisaïeul pour répondre à des problèmes qui n'étaient plus d'actualité. Ce n'était pas par manque d'éducation : il fut le premier monarque français à parler couramment anglais ; nourri des philosophes des Lumières, il aspirait à trancher avec l'image « louis-quatorzienne[note 3]» du roi en constante représentation. Cette image du roi simple rejoint celle des « despotes éclairés » de l'Europe, comme Frédéric II de Prusse.

Le refus d'entrer dans le grand jeu de l'étiquette explique la très mauvaise réputation que lui fera la noblesse de cour. En la privant du cérémonial, le roi la privait de son rôle social. Ce faisant, il se protégeait également. Si à l'origine la cour servait à contrôler la noblesse, la situation se renversa très vite : le roi se trouvait à son tour prisonnier du système.

La mauvaise gestion par Louis XV puis par Louis XVI de cette cour, le refus par les Parlements (lieu d'expression politique de la noblesse et d'une partie de la haute bourgeoisie judiciaire) de toute réforme politique, ainsi que l'image souvent désastreuse de la capricieuse reine dégraderont peu à peu son image : beaucoup de pamphlets le ridiculisant viennent d'une partie de la noblesse qui supporte mal le risque de perdre sa place particulière, le décrivant non pas comme le roi simple qu'il était, mais comme un roi simplet.

Roi sous la Révolution

Le monarque constitutionnel

Louis XVI en 1786
Louis XVI jurant fidélité à la Constitution en 1790 (tableau de Nicolas Guy Brenet).
Article détaillé : Révolution française.

Après la prise de la Bastille, le roi se rend de son plein gré à Paris, le 17 juillet, où il est accueilli par le maire de la nouvelle municipalité, Bailly. Le roi accepte la cocarde bleue et rouge (aux couleurs de la ville de Paris) que lui offre Bailly et la place sur son couvre-chef orné de blanc. Par cette visite et ce geste, le roi entérine ainsi les conséquences de la journée révolutionnaire du 14 juillet. Dès lors, l'abolition des privilèges fut votée dans la nuit du 4 août, et le 26 août la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est adoptée. Toutefois, ce n'est que le 5 octobre que le roi accepte de signer les décrets consacrant les décisions prises en août. À la suite de quoi, une foule venue de Paris, majoritairement composée de femmes, après avoir envahi la résidence royale (le château de Versailles) exige le transfert de la famille royale au Palais des Tuileries en plein centre de Paris.

Article détaillé : Journées des 5 et 6 octobre 1789.

L'Assemblée nationale décréta le 10 octobre 1789, lors de la discussion sur le mode de promulgation des lois, que la formule serait : « Louis, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État, roi des Français à tous présents et à venir, salut ». Pour certains, le nouveau titre du chef de l'État serait donc « roi des Français » à partir de cette date. Rien pourtant d'anormal qu'à partir du 6 novembre 1789, il fit commencer ses actes officiels (lettres patentes, lois, etc.) par la formule « Louis, par la grâce de Dieu, et par la Loi constitutionnelle de l'État, roi des Français », puisqu'il se conformait à la formule de promulgation qui avait été décrétée le 10 octobre par l'Assemblée constituante. Le nouveau sceau royal, utilisé à partir de février 1790, porta l'inscription : « Louis XVI par la grâce de Dieu et par la loy constitutionnelle de l'État Roy des François ». Le 14 juillet 1790, lors de la fête de la Fédération, sur le Champ-de-Mars, le roi, La Fayette et le peuple de Paris (260 000 Parisiens et 14 000 Fédérés) prêtent serment « d'être à jamais fidèle à la nation, à la loi et au roi » et le 21 octobre de la même année, le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc qui était la couleur de l'étendard royal.

Le roi des Français

Joseph II au « roi des Français » : « Que fais-tu là, beau-frère ? Je sanctionne. »

Pour d'autres, il n'aurait été déclaré roi des Français que par la Constitution du 3 septembre 1791 (texte intégral) (chapitre II, article 2 : « le seul titre du roi est Roi des Français »), « acceptée » par le roi le 13 septembre 1791. Les pouvoirs du roi y sont en effet limités et précisés. Louis XVI n'est plus roi par la grâce de Dieu, mais roi des Français, c'est-à-dire non plus un souverain de droit divin, mais en quelque sorte le chef, le premier représentant du peuple français. Il conserve la totalité des pouvoirs exécutifs, qu'il exerce en vertu de la loi humaine[24]. Cette constitution maintenait en outre le changement du titre du dauphin en « prince royal » (qui avait eu lieu le 14 août 1791).

Le 14 septembre 1791, Louis XVI jure fidélité à ladite constitution.

L'épisode de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes est célèbre. Un plan de fuite avait été étudié par la reine à la fin de l'année 1790. En avril 1791, les événements entraînent sa réalisation. Une manifestation l'empêche physiquement de se rendre au château de Saint-Cloud. Les révolutionnaires s'opposent en effet à ce qu'il fasse ses Pâques avec un prêtre réfractaire à la constitution civile du clergé. Le roi se décide alors à quitter la ville de Paris le 20 juin avec sa femme, sa sœur et ses deux enfants, Marie-Thérèse et Louis-Charles. Il est arrêté à Varennes-en-Argonne le 21 juin malgré la présence de 60 hussards de Lauzun.

Un document intitulé Déclaration à tous les Français, rédigé par Louis XVI afin d'expliquer ce départ de Paris[25] qu'il avait laissé au Tuileries, a été bloqué d'abord par la Fayette puis par l'Assemblée. Il ne fut jamais diffusé dans son intégralité. D'une part, Louis XVI y stigmatise les Jacobins et leur emprise croissante sur la société française. D'autre part, il y explique sa volonté : une monarchie constitutionnelle avec un exécutif puissant et autonome vis-à-vis de l'Assemblée. Ce document historique majeur, traditionnellement appelé « le testament politique de Louis XVI » a été redécouvert en mai 2009[26]. Il est au Musée des lettres et manuscrits à Paris. Le roi commente son sentiment sur la révolution, en critique certaines conséquences sans pour autant rejeter les réformes importantes comme l'abolition des ordres et l'égalité civile.

Cet épisode de la fuite de Varennes est exploité par les partisans d'une République (les caricaturistes révolutionnaires s'en donnent à cœur joie) et l'idée d'en finir avec la monarchie prend plus d'ampleur, surtout lors de l'épisode de la fusillade du Champ-de-Mars.

Appel nominal sur le jugement de Louis XVI, supplément au numéro 77 du journal Le Républicain, première page

Un mouvement important parmi les révolutionnaires commence à réclamer le départ du roi. Les Cordeliers rédigent plusieurs pétitions contre lui, soutenus par des journaux comme le Républicain. Les Jacobins décident de suivre les Cordeliers, ce qui crée une rupture en leur sein. Une partie de leurs membres créèrent le club des Feuillants. C'est dans ce contexte que la constitution du 13 septembre 1791, évoquée ci-dessus, est proclamée.

Le jeu politique extrêmement complexe de l'année qui suit conduit à la déchéance du roi. Le pays subit de très fortes tensions. Dans les campagnes, les récoltes sont bonnes, mais la politique libérale conduite par l'Assemblée entraîne une pénurie alimentaire et de nombreuses émeutes, malgré des réserves souvent excédentaires. En plus de ces tensions sociales, la guerre est le principal facteur des difficultés de la monarchie.

Cette guerre voulue par tous les partis est acceptée par le roi qui semble, à partir de là jouer « la politique du pire » envisageant la défaite des Girondins comme l'occasion de rétablir un régime moins révolutionnaire. Les défaites de l'armée française entraînent le vote de décrets plus radicaux auxquels le roi met son veto. Les débats qui s'ensuivent, les menaces maladroites des armées étrangères inspirées par les émigrés et les émeutes organisées par les révolutionnaires poussent l'Assemblée législative à décréter la suspension du roi.

Louis XVI est donc suspendu par l'Assemblée le 10 août 1792, après la prise des Tuileries par le peuple de Paris, et détrôné lors de la première séance de la Convention nationale qui décrète, le 21 septembre 1792 que « la royauté est abolie en France » et que « l'An I de la République française » partira du 22 septembre 1792. Louis XVI perd alors tous ses titres, les autorités révolutionnaires le désignent sous le nom de Louis Capet (en références à Hugues Capet, dont le surnom est considéré, de manière erronée, comme un nom de famille).

Le procès de l'ancien roi et son exécution

Le procès

Gravure de 1791: tête de Louis XVI sur un porc.

Considéré comme un citoyen ordinaire, Louis Capet est déclaré coupable de « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l'État » par la Convention nationale (auto-instituée en tribunal) lors d'un premier vote le 15 janvier 1793, par 707 voix pour 718 votants.

Puis, avec une majorité étroite, condamné à mort au manège du château des Tuileries, à la suite de la « séance permanente du mercredi 16 et du jeudi 17 janvier 1793 » et du scrutin rectificatif du 18. Un vote nominal, suivi d'une justification des votants à la tribune, aboutit à la peine de mort. Sur 721 votants, 361 votent la mort sans condition, 26 la mort avec l'amendement Mailhe, 44 avec diverses modalités de sursis, 290 pour d'autres peines (détention, bannissement, fers).

Morisson (de La Bassetière), seul député royaliste de la Vendée, ne vota pas (juger le roi est sacrilège).

Vergniaud, ajoutant aux 361 votes inconditionnels les 26 favorables à l'amendement Mailhe, annonça 387 pour la mort.

La majorité requise étant de 361 voix, la Convention proclame donc l’exécution du roi sans la différer . Ce dernier scrutin ne souffrit cependant pas de contestations du fait de sa nature nominale.

On commence à le surnommer « Louis le dernier »[27].

Le 19 janvier a lieu un nouvel appel nominal : « Sera-t-il sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ? ». Le vote est terminé le 20 à 2 h du matin : sur 690 suffrages, 310 sont pour, 380 contre.

Louis XVI écrit à la Convention pour réclamer un délai de 3 jours (afin de se préparer à la mort), et la permission de communiquer librement avec sa famille ; ce délai lui est refusé, mais il peut faire ses adieux à sa famille et se confesser à un prêtre insermenté, l'abbé Henry Edgeworth de Firmont.

L'exécution (21 janvier 1793)

Article détaillé : Exécution de Louis XVI.
Monuments funéraires à la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette, basilique Saint-Denis.

Louis XVI fut guillotiné le lundi 21 janvier 1793 à Paris, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde). Le couperet siffla à 10 heures 22, notamment sous les yeux de cinq ministres du conseil exécutif provisoire.

Dans son ouvrage Le Nouveau Paris, paru en 1798, l'écrivain et essayiste politique Louis Sébastien Mercier raconte l'exécution de Louis XVI en ces termes : « […] est-ce bien le même homme que je vois bousculé par quatre valets de bourreau, déshabillé de force, dont le tambour étouffe la voix, garrotté à une planche, se débattant encore, et recevant si mal le coup de la guillotine qu'il n'eut pas le col mais l'occiput et la mâchoire horriblement coupés ? »

Il fut enterré au cimetière de la Madeleine, rue d'Anjou-Saint-Honoré, dans une fosse commune et recouvert de chaux vive. Les 18 et 19 janvier 1815, Louis XVIII fit exhumer ses restes et ceux de Marie-Antoinette pour les faire inhumer à la basilique Saint-Denis le 21 janvier. En outre, il fit édifier en leur mémoire la Chapelle expiatoire à l'emplacement du cimetière de la Madeleine.

Le 3 mai 1826 place de la Concorde, Charles X pose la première pierre du monument à la mémoire de Louis XVI. Mais la statue ne sera en fait jamais édifiée. Son socle servira de base à l'obélisque de Louxor dressé en 1836. L'actuel pont de la Concorde portait le nom de Louis XVI avant la Révolution.

Pour anecdote, quelques jours avant son exécution, il s'intéressait encore au sort de La Pérouse et de son expédition.

Acte de décès de Louis XVI dans l'état civil de Paris

L'acte de décès de Louis XVI est rédigé le 18 mars 1793. L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris en 1871 mais il avait été recopié par des archivistes. Voici ce que dit le texte :

Du lundi 18 mars 1793, l'an Second de la République française.
Acte de décès de Louis CAPET, du 21 janvier dernier, dix heures vingt-deux minutes du matin ; profession, dernier Roy des Français, âgé de trente-neuf ans, natif de Versailles, paroisse Notre-Dame, domicilié à Paris, tour du Temple ; marié à Marie-Antoinette d'Autriche, ledit Louis Capet exécuté sur la Place de la Révolution en vertu des décrets de la Convention nationale des quinze, seize et dix-neuf dudit mois de janvier, en présence 1° de Jean-Antoine Lefèvre, suppléant du procureur général sindic du département de Paris, et d'Antoine Momoro, tous deux membres du directoire dudit département et commissaires en cette partie du conseil général du même département ; 2° de François-Pierre Salais et de François-Germain Isabeau, commissaires nommés par le conseil exécutif provisoire, à l'effet d'assister à ladite exécution et d'en dresser procès-verbal, ce qu'ils ont fait ; et 3° de Jacques-Claude Bernard et de Jacques Roux, tous deux commissaires de la municipalité de Paris, nommés par elle pour assister à cette exécution ; vu le procès-verbal de ladite exécution dudit jour 21 janvier dernier, signé Grouville, secrétaire du conseil exécutif provisoire, envoyé aux officiers publics de la municipalité de Paris cejourd'huy, sur la demande qu'ils en avaient précédemment faite au ministère de la justice, ledit procès-verbal déposé aux Archives de l'état civil ;
Pierre-Jacques Legrand, officier public (signé) Le Grand
[28].

Historiographie

Sous la phase jacobine de la Révolution française, Louis XVI est traité de « tyran » et considéré comme un traître à la patrie, jouant double jeu : il aurait fait semblant d'accepter les mesures de la Révolution française, pour sauvegarder sa vie et son trône, tout en souhaitant secrètement la guerre, de connivence avec les princes étrangers qui déclarent la guerre à la France révolutionnaire.

De son côté, le courant royaliste contre-révolutionnaire a dressé dès la même époque le portrait d'un « roi martyr », conservateur, très catholique, aimant son peuple mais incompris de lui.

Sur sa personnalité

En 1900, le leader socialiste Jean Jaurès, juge Louis XVI « indécis et pesant, incertain et contradictoire » . Il estime qu'il n'a pas compris la « révolution dont lui-même avait reconnu la nécessité et dont il avait ouvert la carrière » ce qui l'a empêché d'en prendre la tête pour former une « démocratie royale » car « il en était empêché par la persistance du préjugé royal ; il en était empêché surtout par le poids secret de ses trahisons. Car il ne s'était pas efforcé seulement de modérer la Révolution : il avait appelé l'étranger pour la détruire. »[29].

Les historiens de la Révolution française du XXe siècle, Albert Soboul, Georges Lefebvre, Alphonse Aulard, Albert Mathiez, s'inscrivent dans la lignée jacobine qui considère que Louis XVI a trahi la Révolution française.

Un courant historiographique, de réhabilitation, place Louis XVI dans la filiation des Lumières. C'est par exemple la biographie de l'historien Jean de Viguerie (université de Lille) (Louis XVI le roi bienfaisant, 2003). Pour lui, « Nourri de Fénelon, ouvert aux Lumières, croyant que gouverner était faire le bien, Louis XVI, roi singulier, prince attachant, ne pouvait qu'être sensible à l'aspect généreux de 1789, puis choqué - voire révolté - par les dérives révolutionnaires. Roi bienfaisant, il fut emporté par une tourmente imprévisible, presque imparable »[30].

Dans la même lignée se situe la biographie de l'écrivain Jean-Christian Petitfils (Louis XVI, 2005) pour qui Louis XVI est : « un homme intelligent et cultivé, un roi scientifique, passionné par la marine et les grandes découvertes, qui, en politique étrangère, joua un rôle déterminant dans la victoire sur l’Angleterre et dans l’indépendance américaine. Loin d’être un conservateur crispé, en 1787, il voulut réformer en profondeur son royaume par une véritable Révolution royale[31] ».

Pour le Dictionnaire critique de la Révolution Française de François Furet, Mona Ozouf (1989), les historiens « ont pu le peindre tantôt en roi sage et éclairé, désireux de maintenir le patrimoine de la couronne en conduisant les évolutions nécessaires, tantôt en souverain faible et imprévoyant, prisonnier des intrigues de cour, naviguant au jugé, sans pouvoir jamais peser sur le cours des choses. À ces jugements, il existe des raisons politiques, puisque le malheureux Louis XVI est pris au premier rang dans la grande querelle de l’Ancien Régime et de la Révolution ». François Furet croit dans le double jeu du roi.

Sur la fuite de Varennes

Dans l'article spécifique à l'épisode de Varennes, le paragraphe intitulé Controverses est consacrée au téléfilm Ce jour-là, tout a changé : l'évasion de Louis XVI, diffusé en 2009 sur France 2, dont le conseiller historique est l'écrivain Jean-Christian Petitfils. Il y est montré un Louis XVI, toujours très populaire en province, qui s'évade de la capitale où il est prisonnier afin d'organiser un nouveau rapport de forces avec l'Assemblée afin de proposer une nouvelle constitution, équilibrant mieux les pouvoirs.

Sur son procès

Le procès de Louis XVI s'appuie principalement sur l'accusation de trahison envers la patrie. Les écrivains Paul et Pierrette Girault de Coursac estiment que la faute des liens de Louis XVI avec l'étranger revient à un parti réactionnaire qui menait la « politique du pire ». Leur ouvrage de réhabilitation de Louis XVI (Enquête sur le procès du roi Louis XVI, Paris, 1982) affirme que l'armoire de fer contenant la correspondance secrète du roi avec les princes étrangers aurait été fabriquée de toute pièce par le révolutionnaire Roland pour accuser le roi. L'historien Jacques Godechot a vivement critiqué les méthodes et conclusions de cet ouvrage, estimant pour sa part que la condamnation de Louis XVI était inscrite d'office dans son procès, car le souverain déchu était traité comme un « ennemi à abattre » par les révolutionnaires[32].

L'une des réponses classiques apportées à la question du procès est politique et dépasse la simple personne du roi. L'historien communiste Frédérick Genevée (lycée du Kremlin-Bicêtre, membre du Conseil national du PCF et responsable des archives) avertit ainsi : « Ne banalisons pas l’acte. Ils ont réussi à s’extraire d’un millénaire de croyances dans le caractère quasi surnaturel du souverain. Ils ont libéré la société française d’une pesanteur obscurantiste dont on a du mal à imaginer la force et les conséquences. (...) Aujourd’hui, il serait vain pour l’historien de tenter de justifier ou de condamner. Il s’agit d’analyser. Quant aux militants de la libération humaine, hostiles à la peine de mort, ils n’ont pas à voir dans cette décapitation une méthode atemporelle de lutte. Nous n’avons plus de roi ni personne d’autre à condamner. Le mérite en revient en partie aux fondateurs de la République et à ceux qui jugèrent Louis XVI[33]. »

Notes et références

Notes

  1. Phase de torture qui vise à obtenir les aveux de l’inculpé.
  2. Visant à obtenir les noms d’éventuels complices, avant l’exécution d'une peine.
  3. Louisquatorzienne : adjectif, s'écrit soit d'un seul mot ou avec un tiret entre louis et quatorzienne, voir Le trésor de la langue française informatisée.

Références

  1. Registre des baptêmes (1754) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines
  2. Pierre Lemoine, Guide du Musée et domaine national de Versailles et Trianon, p. 94
  3. Registre des baptêmes (1761) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines
  4. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, Rocher, 2003, p. 30-46
  5. Ran Halévi, Louis XVI, faut-il le réhabiliter ? dossier in revue L’Histoire, n°303, novembre 2005, p. 34
  6. Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek, Un même personnage, des images contradictoires : Louis XVI, site de l'Académie de Lille.
  7. http://www.archive.org/stream/CeremoniesDuSacreDeLouisXvi/DtailsDeLaCrmonieDuCouronnementDeLouisXviEn1775#page/n0/mode/2up
  8. Charles Porset, Hiram sans-culotte? Franc-maçonnerie, lumières et révolution: trente ans d'études et de recherches, Honoré Champion, 1998, p.  207.
  9. Victor Duruy, Histoire de France, 1854, tome II, pages 426-427.
  10. Victor Duruy, op. cit., page 427.
  11. Victor Duruy, op. cit., page 427-429.
  12. a, b, c, d, e et f Louis Firmin Julien Laferrière, Histoire du droit français, Joubert, 1837, p.  510 sq. (texte en ligne sur Gallica et d'autres sites)
  13. Victor Duruy, op. cit., pages 429-431.
  14. Victor Duruy, op. cit., page 431.
  15. François André Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises : depuis l'an 420 jusqu'à la révolution de 1789 , Belin-Le-Prieur, Verdiere, 1833, p. 286
  16. Victor Duruy, op. cit., page 448.
  17. Élie Barnavi, Histoire Universelle des juifs, Hachette, 1993
  18. a et b Victor Duruy, op. cit., pages 449-450.
  19. Élie Barnavi, Histoire Universelle des juifs, Hachette, 1993
  20. Christian Carlier et Marc Renneville, Chronologie relative aux peines et aux prisons en France - De l’Ancien Régime à la Restauration
  21. Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek, « Un même personnage, des images contradictoires : Louis XVI » sur le site de l'Académie de Lille ; citant André Zysberg, « Louis XVI, le roi qui aimait la mer », L’Histoire, n°270, novembre 2002.
  22. Jules Antoine Taschereau, Revue rétrospective, ou Bibliothèque historique, H. Fournier et cie., volume 4, 1834, p.  303.
  23. Jules Antoine Taschereau, op. cit., p. 303.
  24. Michel Biard et Pascal Dupuy, La Révolution française : dynamiques, influences, débats, 1787-1804, Armand Colin, collection U, 2004, p.65
  25. Déclaration de Louis XVI à tous les Français, à sa sortie de Paris, sur Wikisource
  26. Le testament politiquede Louis XVI a été retrouvé aux États-Unis, Le Point, 20 mai 2009
  27. Jacques Roux, Discours sur le jugement de Louis le dernier, sur la poursuite des agioteurs, des accapareurs et des traîtres (1er décembre 1792)
  28. Texte cité notamment par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 806.
  29. Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française, 1900. Réédité en 2006 par Tallandier et Max Gallo sous le titre Louis XVI et [1]
  30. Jean de Vigueries, Louis XVI le roi bienfaisant, Éditions du Rocher, 2003, 4e de couverture.
  31. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005, 4ème de couverture.
  32. Jacques GodechotAnnales historiques de la Révolution française, 1983, volume 254, Numéro 254, pp. 643-645
  33. Frédérick Genevée, « L'exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 eut un retentissement universel », L'Humanité, 20 janvier 1993.

Annexes

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Articles connexes

Évènements de sa vie
Contexte

Bibliographie

Ouvrages d'Histoire
Fiction

Filmographie

  • Patrick Le Gall, Louis XVI, roi programmé (1989) documentaire sur le parcours du monarque jusqu'à la Révolution et son image après sa mort.

Liens externes

Voir aussi


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