Noble simplicité et calme grandeur


Noble simplicité et calme grandeur

Johann Joachim Winckelmann

Johann Joachim Winckelmann
Portrait par Angelika Kaufmann, 1764.
Portrait par Angelika Kaufmann, 1764.

Naissance 9 décembre 1717
Stendal
Décès 8 juin 1768 (à 50 ans)
Trieste
Nationalité Allemagne Allemagne
Profession(s) Historien de l’art, archéologue

Johann Joachim Winckelmann, né le 9 décembre 1717 à Stendal et assassiné le 8 juin 1768 à Trieste, est un archéologue, antiquaire et historien de l’art allemand.

Il peut être considéré comme le fondateur de l’histoire de l'art et de l’archéologie en tant que disciplines modernes. Il fut le précurseur du néo-classicisme allemand et européen et il reste l’auteur d’une œuvre de référence et d’une correspondance très souvent citées.

Sommaire

Années de formation

Né à Stendal dans l’est de l’Allemagne, de milieu modeste (son père est cordonnier), il est devenu l’expert mondial en architecture de l’Antiquité et le principal théoricien du mouvement néoclassique du XVIIIe siècle.

Après avoir entrepris des études de théologie protestante à contrecœur à l’Université de Halle (Saxe-Anhalt), et avoir fait ce qu’on nommait alors ses humanités, il vécut modestement comme précepteur auprès d’enfants de familles nobles.

Puis, en 1748, il se fit engager comme bibliothécaire auprès du grand historien, le comte Heinrich von Bünau, à Nöthnitz près de Dresde. Après qu’il se fut converti au catholicisme, en 1754, ce dernier, lui fit ouvrir les portes de la fabuleuse collection d’art de la Cour de Saxe et celle de la renommée.

Œuvres

Portrait par Raphael Mengs, 1755.
Portrait par Anton von Maron, 1768.

Il publie alors en 1755 son ouvrage : Gedanken über die Nachahmung der griechischen Werke in der Malerei und Bildhauerkunst, Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture qui aura un retentissement international.

Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, lui octroie une pension conséquente pour continuer ses études à Rome, et étudier les œuvres d’art de l’Antiquité in situ.

Il est invité à travailler à la cour pontificale comme Bibliothécaire du cardinal Albani, puis prélat des Antiquités et scripteur de la bibliothèque vaticane.

Au cours des années suivantes, il publiera :

  • une réplique fictive de son premier essai de 1755: Sendschreiben über die Gedanken (Epitre sur les Réflexions), et d’une réponse à cette réplique: Erlaüterung der Gedanken, Explication des réflexions)
  • en français : Description des pierres gravées du feu Baron de Stosch.
  • en allemand, à l’adresse de ses bienfaiteurs : Über die Baukunst der Alten (1762, Remarques sur l’architecture des Anciens), augmentée d’un compte rendu sur les temples de Paestum.
  • l'Abhandlung von der Fähigkeit der Empfindung des Schönen in der Kunst und dem Unterrichte in derselben, 1769 (Des réflexions sur le sentiment du beau dans les ouvrages de l’art et sur les moyens de l’acquérir, première traduction française, 1786).
  • en italien : Les Monumenti antichi inediti, spiegati ed illustrati (1767) (Monuments inédits de l’Antiquité expliqués et illustrés), son histoire de l’art, modèle d’ouvrage encyclopédique pendant plus d’un siècle, qui a été très souvent cité et qui a contribué à éduquer le goût de l’élite intellectuelle.

Défenseur inconditionnel de l’art grec, il y voit les caractéristiques absolues du beau, il apparaît ainsi comme un adversaire du baroque et du rococo.

Sa connaissance intime et prodigieuse des œuvres, acquise notamment lorsqu’il travaillait au Vatican et lors de ses visites des fouilles de Herculanum et de Pompéi, et du musée royal de Portici[1], est mise au service de ce qu’il considère comme sa mission : former le goût de l’élite intellectuelle de l’Occident. La formule qu’il trouve pour caractériser l’essence de l’art grec, « noble simplicité et calme grandeur », va inspirer des générations d’artistes et d’architectes après lui comme Benjamin West et Jacques-Louis David, sans oublier les théoriciens de l’art et écrivains allemands comme Lessing, Goethe et Schiller.

J.J. Winckelmann rejette la nature sensuelle de l’art, manifestation des passions de l’âme, et invente le « beau antique » en marbre blanc (ignorant comme ses contemporains qu’il était revêtu de polychromie), dont l’esthétique est fondée sur l’idéalisation de la réalité et conditionnée par la liberté politique, la démocratie.

Se basant sur les travaux du comte de Caylus en qui il reconnut une influence importante, il contribua à faire de l’archéologie une science plutôt qu’un passe-temps de riche collectionneur. Son œuvre principale est l'Histoire de l’Art de l’Antiquité (1764), dans laquelle il distingue quatre phases: le style ancien, le style élevé, le beau style et l’époque des imitateurs, qui ont toujours cours aujourd’hui ('style archaïque', 'premier classicisme du Ve siècle', puis 'second classicisme du IVè', enfin 'style hellénistique') . Il conçoit cette succession à l’image de l’évolution biologique d’un organisme vivant.

Ces deux œuvres fondamentales ont été immédiatement traduites en français.

Par ailleurs il écrivit pour le jeune aristocrate balte Friedrich von Berg le Traité sur la capacité à ressentir le Beau (1763), où l’on peut lire: « Comme la beauté humaine doit être conçue, pour être comprise, en une seule idée générale, j’ai remarqué que ceux qui ne sont attentifs qu’aux beautés du sexe féminin et qui ne sont pas ou guère émus par celles du nôtre ont rarement la faculté innée, globale et vive de ressentir la beauté en art. Cette beauté leur semblera imparfaite dans l’art des Grecs, vu que les plus grandes beautés de celui-ci relèvent davantage de notre sexe que de l’autre. » Cet enthousiasme pour la beauté masculine est peut-être révélateur aussi de ses tendances homosexuelles.

Le « roman » de sa mort

Alors qu’il faisait étape à Trieste, le 8 juin 1768, Winckelmann fut assassiné dans sa chambre par Francesco Arcangeli, repris de justice séjournant dans la même auberge, à qui il avait montré des médailles antiques que l’impératrice Marie-Thérèse lui avait offertes[2]. Il fut enterré dans la cathédrale de Trieste.

Un important procès eut lieu, à l’issue duquel le meurtrier fut condamné au supplice de la roue. En dépit de spéculations plus ou moins oiseuses sur le mobile du crime (crime passionnel homosexuel, meurtre commandité par un archéologue concurrent, par les milieux diplomatiques, les Jésuites, etc.), la version la plus probable demeure celle du crime crapuleux. Il n’est cependant pas interdit aux romanciers, amateurs de faits divers et adeptes de l'histoire-fiction de broder autour de ce « mystère ».

Bibliographie

  • Sämtliche Werke, éd. J. Eiselein, 12 vol., Donaueschingen, 1825-1829, réimpr. Osnabrück, 1965 ;
  • Kleine Schriften. Vorreden. Entwürfe, éd. W. Rehm, Berlin, 1968 ; Briefe, 4 vol., ibid., 1952-1957 ;
  • Geschichte der Kunst des Altertums (Histoire de l'art chez les Anciens), 1764), Ppremière traduction française par Sellius, 2 vols (Paris, Saillant, 1766). trad. M. Huber, 3 vol., Paris, 1789 ;

Unbekannte Schriften, éd. S. von Moisy, H. Stichtermann & L. Tavernier, Bayerischen Akademie, Munich, 1987 ;

  • Il Manoscritto fiorentino, éd. M. Kunze, Olschki, Florence, 1994.
  • Monuments inédits de l'Antiquité expliqués et illustrés (1762); Monumenti Antichi Inediti Splegati ed Illustrati, Rome, 1767;
  • De l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture.
  • Rélexions sur l'imitation des œuvres grecques.
  • Remarques sur l'architecture des Anciens (1762)
  • Histoire de l'Art dans l'Antique (1764)
dernière édition française: Pensées sur l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture, traduit de l'allemand par Laure Cahen-Maurel, éditions Allia, Paris, 2005.

Sur Winckelmann

  • É. Décultot, Johann Joachim Winckelmann : enquête sur la genèse de l'histoire de l'art, coll. Perspectives germaniques, P.U.F., Paris, 2000
  • J. W. von Goethe, Winckelmann und sein Jahrhundert, Tübingen, 1805
  • H. C. Hatfield, Winckelmann and His German Critics, 1755-1781, New York, 1943
  • J. G. Herder & J. W. von Goethe, Le Tombeau de Winckelmann, J. Chambon, Nîmes, 1993
  • C. Justi, Winckelmann, seine Leben, sein Werke und seine Zeitgenossen, 2 vol., Leipzig, 1866-1872, éd. W. Rehm, 3 vol., Cologne, 1956
  • K. Kraus, Winckelmann und Homer, Berlin, 1935.
  • A. Nivelle, « Winckelmann », in Les Théories esthétiques en Allemagne, Paris, 1955
  • W. Pater, « Winckelmann », in The Renaissance, Londres, 1873
  • É. Pommier dir., Winckelmann, colloque, Document. franç., Paris, 1991
  • É. Pommier, Winckelmann, naissance de l'histoire de l'art (2003)
  • H. Rüdiger, Winckelmann und Italien, Krefeld (R.F.A.), 1956
  • H. Stöcker, Zur Kunstanschauung des XVIII, Jahrhunderts. Von Winckelmann bis Wockenroder, thèse, Berne, 1902.
  • B. Vallentin, Winckelmann, Berlin, 1931
  • H. Zeiler, Winckelmanns Beschreibung des Apollo im Belvedere, Zurich, 1955.
  • Gli atti originali del processo criminale per l'uccisione di G. Winckelmann, éd. C. Pagnini, Trieste, 1964 ;
  • Efthalia Rentetzi, Johann Joachim Winckelmann und der altgriechische Geist, in “Philia -Universität Würzburg”, vol. I, (2006), pp. 26-30.

Notes et références

  1. Robert Étienne, La Vie quotidienne à Pompéi, 1989, (ISBN 2010153375), pp 51-52
  2. Ce fait divers constitue le sujet du livre de Dominique Fernandez, Signor Giovanni, Éditions Balland, 2002, ISBN : 2715814038

Liens externes

  • La Bibliothèque numérique de l'INHA (Paris) propose plusieurs ouvrages traduits de Winckelmann.
  • D'autres version sur archive.org.


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