Origine du virus de l'immunodéficience humaine


Origine du virus de l'immunodéficience humaine

L'origine du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) serait simienne selon la théorie la plus communément admise par la communauté scientifique, fondée sur l'analyse phylogénétique des lentivirus (famille à laquelle appartient le VIH), qui lie les deux types de VIH (VIH-1 et VIH-2) avec le virus d'immunodéficience simien (VIS), virus qui est également la cause chez les singes d'un syndrome d'immunodéficience, au même titre que celui du sida chez l'Homme.

Selon plusieurs études, le passage du singe à l'Homme aurait eu lieu durant la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle.

Sommaire

Histoire

Avant la découverte de l'agent infectieux générant la maladie appelée sida, de multiples hypothèses que l'on pourrait facilement qualifier aujourd'hui d'extravagantes furent émises [1]. Si l'origine simienne et africaine [2] de la maladie est actuellement un fait qui semble bien acquis [3], la voie par laquelle le virus fut généré, tout autant que le moment où cela s'est produit, ont nourri une controverse.

Origine des VIH, le VIS

Les deux types de VIH (VIH-1 et VIH-2) infectant l'espèce humaine dérivent des virus de l'immunodéficience simienne (VIS), équivalents simiens des VIH[4]. Ainsi, certaines souches de VIH-2 sont impossibles à distinguer des souches VIS retrouvées chez les mangabeys de l'Ouest Africain et il existe une superposition parfaite des zones d'épidémies humaines et simiennes pour le VIH-2[5]. En 1990, une équipe suggérait que le VIH-1 avait pour origine les populations de chimpanzés, se fondant sur l'organisation identique des génomes des souches VIH-1 et des VIS retrouvées chez les chimpanzés[6]. En 1999, l'origine simienne des souches humaines de VIH-1 était confirmée par la mise en évidence chez des patients camerounais de souches extrêmement proches des VIS circulant chez les chimpanzés de la même région[5].

L'analyse phylogénétique des lentivirus a confirmé le lien entre le VIS et le VIH. Cependant, les deux types de VIH (VIH-1 et VIH-2) sont assez éloignés l'un de l'autre ; et, alors que le VIH-1 est proche du VIScpz (infectant une sous-espèce de chimpanzés dits Pan troglodytes troglodytes)[7], le VIH-2 est plus proche des VISsmm (infectant les mangabeys enfumés) et des VISmac (infectant les macaques). Ainsi, le VIH serait issu de deux introductions séparées, une pour le VIH-1 et une autre pour le VIH-2[8],[9].

Passage du singe à l'Homme

L'infection par le VIH doit être considérée comme une zoonose, au même titre que d'autres maladies virales[5]. Le réservoir de VIS est particulièrement important : on a recensé dix-huit espèces de singes infectés par des virus très différents sur le plan génomique et antigénique, ce qui implique que de nouvelles souches pourraient infecter l'espèce humaine[5].

Le passage des différentes souches de VIS, du singe à l'Homme, peut être expliqué par le fait que les singes sont souvent capturés pour servir de gibier ou d'animal de compagnie, et des expositions à du sang contaminé, lors de morsures ou par blessures lors du dépeçage des animaux peuvent expliquer comment ces virus ont infecté l'homme[5]. C'est la théorie dite du chasseur de viande de brousse, qui a été retenue par la communauté scientifique. D'autres théories ont pu être avancées pour expliquer ce passage du singe à l'homme dont la plus connue et la plus âprement discutée fut celle du vaccin anti-polio.

Bien que généralement létal pour les virus, le franchissement de la barrière des espèces, s'il réussit, peut permettre au virus de muter et ainsi s'adapter à son nouvel hôte[10],[11].

La datation du franchissement de la barrière des espèces n'est pas clairement définie, mais plusieurs études font remonter l'apparition du VIH au début du XXe siècle[12],[13], voire avant, entre 1884 et 1924[14].

La théorie du chasseur de viande de brousse

Cette théorie initialement avancée par Beatrice Hahn, Paul Sharp et Bette Korber et reprise par Stanley Plotkin, Hilary Koprowski ainsi que par Paul Osterrieth, suppose la contamination d'un chasseur par le virus simien : cela a dû se produire suite à une morsure par un animal, ou par une écorchure à l'occasion du dépeçage d'un animal infecté. La consommation de viande insuffisamment cuite aurait pu être également une voie de contamination [15] Cela se serait produit dans les années 1930, dans l'ouest de l'Afrique centrale dans des pays comme le Cameroun, la Guinée Équatoriale, le Gabon ou le Congo Brazzaville. La personne ainsi infectée, ou une personne infectée par lui, serait arrivée à Kinshasa (alors Léopoldville) où le virus aurait été transmis à d'autres personnes. De là, le virus, épousant la circulation humaine, aurait remonté le fleuve Congo pour gagner d'abord d'autres parties de ce qui est aujourd'hui la République Démocratique du Congo pour se répandre ensuite en d'autres régions d'Afrique dans les années 1970.

Les opposants à cette hypothèse d'une transmission accidentelle du singe à l'homme, au cours d'une chasse, font valoir qu'elle n'explique pas pourquoi le SIDA est apparu soudainement alors que le singe - porteur du SIV depuis plusieurs milliers d'années - est depuis toujours chassé en Afrique. De la même façon il est reproché à cette théorie de ne pas rendre compte de la simultanéité de l'apparition des cas contaminés et de leur localisation géographique. Par ailleurs, les pygmées - grands chasseurs, ne sont quasiment pas infectés par le VIH (les cas constatés seraient à mettre sur le compte de rapports sexuels avec les peuples bantous voisins). De même, l'étude menée par Nathan Wolfe et Donald Burke [11] pour mettre en évidence des traces de contamination par SIV dans une population de chasseurs cueilleurs du Cameroun n'a pu produire aucun résultat confortant l'hypothèse de la contamination par la viande de brousse.

Les travaux de Preston Marx et Ernest Drucker[16],[5] peuvent répondre à l'argument interrogeant la date de déclenchement de l'épidémie : la réutilisation de seringues non stérilisées , l'usage de pistolets injecteurs, à l'occasion d'actes médicaux divers (des vaccinations certes, des transfusions etc.) ont pu considérablement contribuer à accroître l'épidémie[17]. Cette hypothèse fut portée à son extrémité par un groupe de chercheurs mené par Gisselquist qui alla jusqu'à affirmer en 2003 que ces mauvaises pratiques médicales étaient responsables de 60% des contaminations [18].

D'autres arguments viennent expliquer pourquoi l'épidémie s'est développé dans la deuxième partie du vingtième siècle :

Les hypothèses avancées sont que les VIS ne seraient pas particulièrement adaptés à l'espèce humaine et que les éventuelles contaminations survenues par le passé seraient restées isolées faute de conditions épidémiologiques suffisamment favorables à la diffusion de ces virus dans notre espèce[5]. Ainsi l'isolement dû à l'absence de moyens de transport modernes (tels que la voiture, le bus ou encore l'avion) et l'absence de développement de villes importantes auraient empêché le VIH de se propager.

L'origine de l'épidémie, devenue par la suite une véritable pandémie, est expliquée par le développement de l'urbanisation, la paupérisation, la prostitution, les déplacements de populations, les changements de comportement sexuel et l'apparition des drogues injectables[5],[10],[11].

En août 2011, le Dr Jacques Pépin publie un ouvrage, The Origins of AIDS, où, reprenant la théorie du chasseur, il expose le rôle de différentes interventions médicales (injections non stériles lors d'actions contre la syphilis, le pian, la lèpre, la tuberculose...) dans la propagation de l'épidémie[19].

La théorie du vaccin anti-polio ( en cours d'élaboration )

C'est la théorie selon laquelle le passage du VIS à l'homme aurait eu lieu à l'occasion d'une trentaine de campagnes de vaccination anti-polio pratiquées en République démocratique du Congo[20], ainsi qu'au Rwanda Burundi entre 1957 et 1960. L'argument premier de cette thèse est d'ordre épidémiologique [21]: il s'appuie sur une coïncidence non seulement temporelle mais aussi géographique liant les premiers cas de sida avec les campagnes de vaccination avec un vaccin polio oral ( OPV ) expérimental "CHAT" [22] qui fut administré à environ un million d'africains. Hooper fait ainsi valoir que 64% des cas de SIDA observés en Afrique avant 1981 et 87% des échantillons testés HIV-1[23] positifs avant 1981 viennent des villes et des villages mêmes où ce vaccin a été utilisé vingt années plus tôt. Documentée et ayant fait l'objet de recherches, cette théorie qui n'a pas été retenue par la communauté scientifique, est toutefois encore défendue aujourd'hui par Edward Hooper qui la fit le plus[24] connaître mais qui n'en était pas à l'origine.

C'est Louis Pascal, un Américain, qui émit pour la première fois cette hypothèse en 1987[25]. Sans aucune affiliation académique, il ne parvint pas alors à se faire publier. En 1992 toutefois, un éditorial du Journal of Medical Ethics, appelait les chercheurs à prendre cette hypothèse – OPV Theory – en considération[26]. Indépendamment de Louis Pascal, deux équipes proposèrent chacune une hypothèse reliant le SIDA au vaccin polio : Il y eu d'abord l'article resté sans suite des professeurs Gerasimos Lecatsas et Jennifer J. Alexander[27], puis celui de Blaine Elswood – un militant américain – et de Raphael Stricker - un scientifique – que le journal Research in Virology demandera d'abord d'écourter avant d'accepter finalement de la publier en 1993 mais accompagnée d'un éditorial désapprobateur.

Entre temps, le journaliste texan Tom Curtis informé de l'hypothèse de Elswood, la retravaillera pour la soumettre – augmentée d'interviews de Koprowski, Sabin, Salk – au magazine Rolling Stone en 1992[28]. Cet article[29] connut immédiatement une très large audience, non seulement dans des média grand public mais aussi dans la presse scientifique dans laquelle une controverse se développa par articles successifs. L'institut Wistar – à l'origine du vaccin utilisé en Afrique – constitua un comité d'experts qui rendit son rapport non pas dans une revue reviewée mais à l'occasion d'une conférence de presse en octobre 1992. Aussitôt, Koprowski et Wistar poursuivirent en justice pour diffamation Tom Curtis et le magazine Rolling Stone. Celui-ci fut quitte[30] de toute peine au seul prix d'un article rectificatif - le 9 décembre 1993[12] - disant en substance qu'aucune preuve scientifique n'imputait l'origine du SIDA aux vaccins [31]. La thèse avancée par Curtis quitta alors l'actualité éditoriale et scientifique[32] tandis que Curtis lui même connut un discrédit durable .

Dès 1990, un journaliste britannique, Edward Hooper, interpellé par cette hypothèse, commence un long travail d'investigation qui l'amène à recueillir documents et témoignages sur le terrain. Il est soutenu par Bill Hamilton, un biologiste reconnu, qui l'accompagne au Congo pour recueillir des données. Hooper exposa le résultat de son travail dans un livre fleuve, de 1097 pages, intitulé The River, A Journey to the Source of HIV and AIDS. Paru en 1999[33] aux USA et en Grande Bretagne, mais jamais traduit en français, cet ouvrage connut une large diffusion et fut abondamment commenté. Peu de temps auparavant, Julian Cribb fit également paraître (en 1996) un ouvrage sur le sujet intitulé The White death.

La confrontation de la thèse proposée par Hooper avec celle défendue par ses opposants s'ensuivit par le biais de différents articles. Elle culmina à l'occasion de la conférence qui se tint à la Royal Society de Londres les 11 et 12 septembre 2000 et à la suite de laquelle la théorie du vaccin anti-polio fut présentée comme défaite. Hooper ne le considéra pas ainsi , comme il eut plus le loisir de l'exposer à la conférence moins médiatisée de l'Accademia Nazionale dei Lincei qui se tint à Rome en 2001.

Après sa mort annoncée à Londres, la thèse bénéficia d'une nouvelle notoriété suite à la réalisation par une équipe franco-canadienne du documentaire Les origines du sida[34]. Diffusé à partir de 2003 dans des festivals puis à la télévision, ce documentaire, qui n'abordait pas les aspects phylogénétiques, apportait des éléments nouveaux dont la valeur a été catégoriquement contestée par Koprowski, Osterrieth et Plotkin[35].

L'hypothèse du vaccin contre la polio tombe si l'on peut démontrer l'existence de cas de SIDA avant les campagnes de vaccination : Hooper s'est donc attaché à enquêter sur les premiers cas de SIDA cliniquement reconnus et notamment sur celui de David Carr qui avait d'abord [13] été présenté comme la premier cas connu de décès par SIDA (en 1959). Les résultats d'analyses additionnelles par le DR David Ho viendront indirectement appuyer l'hypothèse de Hooper : David Carr ne serait pas décédé du SIDA [36].

La controverse porte plus spécifiquement sur les points suivants :

  • résultat des tests effectués sur des lots de vaccin : l'examen d'un échantillon du vaccin d'origine conservé dans les laboratoires Wistar, testé négativement, fut alors présenté comme l'argument mettant un terme à cette polémique. Faute de savoir si cet unique échantillon fit effectivement parti d'un lot utilisé en l'état sur place, Hooper s'oppose à cette conclusion.
  • les chimpanzés vivant à proximité de Lindi étaient-ils d'une espèce susceptible d'être infectés par le VIS ?
  • les chimpanzés de Lindi étaient-ils infectés par le VIS considéré comme l'ancêtre du VIH ?
  • du matériel biologique extrait des chimpanzés fut-il utilisé ?
  • même si des reins de chimpanzés ont été utilisés, le VIS aurai-t-il pu survivre dans les doses vaccinales ?
  • interprétation des données phylogénétiques : contestées par Kevin De Cock lors de la conférence de Londres[37], les données épidémiologiques qui sont à la base de la théorie du vaccin polio sont toujours considérées comme valables par Hooper qui pointe des faiblesses dans l'étude de De Cock[38].

L'autre argument fort - mais contesté - repose sur l'hypothèse que ces vaccins auraient été cultivés sur des reins[39],[40] de chimpanzés - porteurs du virus simien le plus proche du VIH - et non pas sur reins de singes asiatiques comme l'avance[41] Koprowski (les macaques Rhésus sont exempts des VIS "incriminés" ):,. Dans son livre The River, Hooper a en effet mis en évidence l'existence près des laboratoires de Stanleyville (aujourd'hui Kisangani), dans le camp de Lindi, d'une ménagerie ayant accueilli entre 1957 et 1960 près de 600 chimpanzés[42] et ce dans des conditions favorisants l'éventuelle contamination des singes entre eux. De surcroît, après la tenue de la conférence de Londres en décembre 2000, Hooper a recueilli des témoignages attestant de la préparation de vaccins sur place, ou plus précisément de l'amplification du vaccin sur des reins de chimpanzés. Ces témoignages qui figuraient dans le documentaire Les origines du sida ont été récusés par Koprowski et Osterrieth pour lesquels tous les vaccins utilisés pendant ces campagnes de vaccination émanaient directement des laboratoires Wistar à Philadelphie sans jamais subir quelque préparation que ce soit dans le Laboratoire Médical de Stanleyville. Ceci parait toutefois hautement improbable, en raison de la décroissance de titrage du vaccin dans le temps et des conditions de transport de l'époque.

Par ailleurs, lorsque la communauté scientifique avance que d'autres régions du monde ont bénéficié de ce vaccin sans connaître l'épidémie naissant dans l'ex-Congo belge au début des années 1980, Edward Hooper propose de mettre à l'épreuve certaines de ses hypothèses sur le cheminement des différentes souches de virus, en prenant en compte le contexte historique, notamment aux États-Unis, à Haïti, et en Allemagne de l'Ouest[43]. De façon générale, la spécificité de la campagne de vaccination menée par Hilary Koprowski, au Congo belge, sur un million d'Africains, se trouve dans son utilisation du chimpanzé au mépris de toute considération sanitaire, selon l'enquête du journaliste[34].

Cette explication est réfutée par la communauté scientifique[11], notamment par le biais d'une étude parue dans la revue Nature en 2004, qui écarte catégoriquement cette hypothèse. Les principaux points de cette réfutation portent sur la grande différence génétique entre le virus du SIDA humain (VIH1) et le virus du SIDA du singe (SIVcpz), sur des études montrant la présence du VIH1 dans la région de Kisangi plus de 30 ans avant les expériences d'Hillary Koprowski ainsi que sur l'absence totale d'ADN d'un de ces deux virus dans les échantillons conservés de cette campagne de vaccination[44].

Hooper a répondu à cette étude par plusieurs communiqués dénonçant les conflits d'intérêts des intéressés dans ce domaine[45],[46].

Réalisée dans le cadre de la controverse, l'étude de Bette Korber remet en cause la date de l'apparition, mais son équipe a reconnu que leurs travaux ne permettaient pas de remettre définitivement en cause le scénario décrit par Hooper. Pour que ce scénario soit valable selon eux, le vaccin anti-polio aurait dû produire neuf versions génétiquement distinctes du VIH, ce qui a été estimé impossible[47]. Pour sa part, Hooper s'entête à affirmer, envers et contre toute preuve, que son hypothèse est correcte[48] et que la campagne de vaccination à grande échelle a pu produire de multiples versions du VIH. Gerry Myers, travaillant tout comme Bette Korber à Los Alamos, juge que les données produites ne permettent en rien de trancher et que la conclusion de Korber « n'est qu'un pur jugement »[49].

Autres voies de passage

Charles Gilks a signalé dès 1991, puis en 2001, que d'anciennes expériences sur le paludisme (à des fins thérapeutiques, mais aussi simplement théoriques) auraient pu favoriser le passage de virus simiens du singe à l'homme et ainsi être à l'origine de l'épidémie[50]. Cette hypothèse ne semble pas avoir été ensuite dûment examinée.

Premiers cas documentés

Le premier signe documenté d'infection par le VIH chez l'Homme remonte à 1959[51], année où une prise de sang est effectuée sur un homme à Léopoldville (l'actuelle Kinshasa), dans le Congo belge[9]. Suivent alors plusieurs patients atteints de maladies rares (notamment la maladie de Kaposi), aujourd'hui considérées comme maladies opportunistes dans les cas d'infections par le VIH. Des tests VIH ont par la suite confirmé la présence du virus.

En 1969, aux États-Unis, un adolescent de quinze ans meurt à l'hôpital de Saint-Louis (Missouri) d'une forme particulièrement violente de maladie de Kaposi. Un test VIH est effectué en 1987 par des chercheurs de l'université Tulane qui détectent la présence du VIH-1 dans le sang de l'adolescent, confirmant ainsi les soupçons apparus dès 1984. Lors de son entretien avec les médecins, le garçon avait déclaré être né à Saint-Louis et n'avoir jamais voyagé ou reçu de transfusion sanguine. Les médecins soupçonnaient le garçon d'être un prostitué, ce qui soutiendrait la thèse d'une contamination sexuelle et impliquerait l'existence d'un cas préalable aux États-Unis.

En 1976, un matelot norvégien, sa femme et leur fille de neuf ans meurent des suites du sida. Le matelot avait présenté les premiers signes d'infections dès 1966, soit quatre ans après avoir séjourné dans des ports le long des côtes de l'Afrique de l'Ouest.

En 1977, un chirurgien danois, le docteur Grethe Rask, décède des suites du sida, après avoir séjourné au Congo dans les années 1970.

Début de l'épidémie

C'est le 5 juin 1981 que commence officiellement l'épidémie de Sida, lorsque le CDC note dans sa revue Morbidity and Mortality Weekly Report une recrudescence de cas de pneumocystose chez cinq hommes homosexuels à Los Angeles[52]. Dans les mois qui suivent, de plus en plus de cas sont recensés dans plusieurs autres villes du pays et il est noté chez plusieurs de ces personnes un état d'immunodépression[53].

En raison du fait que nombre de patients ont eu de nombreuses relations sexuelles, il est suggéré en juin 1982 qu'un agent infectieux transmis sexuellement pourrait être la cause de cette immunodépression, mais rien n'est vraiment sûr à ce moment[54].

Comme les premiers malades sont exclusivement homosexuels, le syndrome est appelé par certains le gay-related immunodeficiency disease (GRID)[55], mais les autorités sanitaires se rendent compte rapidement que d'autres personnes sont touchées, comme les hémophiles[56], les usagers de drogues par injection intraveineuse hétérosexuels, ou encore des immigrants haïtiens[57].

En vue d'abandonner cette dénomination erronée, le CDC créé le terme Acquired immune deficiency syndrome (AIDS)[58], qui est ensuite traduit dans d'autres langues :

  • afrikaans : Verworwe Immuniteits Gebrek Sindroom (VIGS)
  • espagnol : Síndrome de Inmunodeficiencia Adquirida (SIDA)
  • français : syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA)
  • irlandais : Siondróm Easpa Imdhíonachta Faighte (SEIF)
  • portugais : Síndrome da Imunodeficiência Adquirida (SIDA ou AIDS au Brésil)
  • russe : Синдром приобретённого иммунного дефицита (SPID) ou иммунодефицита

La découverte en 1983 de l'agent infectieux, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), marque le début de la recherche sur ce virus qui en décembre 2007 est la cause de la contamination de plus de 30 millions de personnes depuis la découverte du Sida en 1981[59].

Théories diverses

À côté des faits communément admis par la communauté scientifique, qui considère que le VIH provient d'une mutation du VIS, plusieurs théories ont vu le jour.

Contestation de la responsabilité du VIH dans le sida

Cette hypothèse conclut à une erreur de jugement de la part de la communauté scientifique en ce qui concerne l'épidémiologie de la maladie, et, plus particulièrement, le lien de cause à effet entre le VIH et le sida, et l'existence même du VIH. Malgré sa possible pertinence, cette hypothèse est rejetée par la quasi-totalité de la communauté scientifique[60].

Campagnes de vaccination de l'OMS

Le 11 mai 1987, le London Times publie un article intitulé Le vaccin antivariolique à l'origine du sida[61] présentant l'hypothèse du docteur William Campbell Douglass, qu'il a rendue publique en septembre 1987 lors d'une conférence organisée par la Fédération nationale de la Santé (National Health Federation) à Monrovia en Californie[62]. Selon l'article du London Times un conseiller du l'OMS a déclaré : « Maintenant je crois que cette campagne de vaccination est à l'origine de l'explosion du sida ». Pour sa part, Robert Gallo aurait également déclaré que le vaccin « peut effectivement activer une infection dormante comme celle du VIH », mais il n'a plus jamais parlé de cela[61].

L'accusation de l'OMS par Douglass vient d'un passage d'un Bulletin de l'OMS de 1972[63] où il est proposé d'étudier si les virus sont capables d'avoir des effets sélectifs sur le système immunitaire. Pour Douglass, la chose est claire : « C'est ce que fait le sida. Ce que l'OMS dit mot pour mot c'est cuisinons un virus qui détruira de façon sélective les cellules T d'un individu, une immunodéficience acquise ».

Désinformation

L'opération INFEKTION est une campagne de désinformation qui fut mise sur pied à partir de 1983 par le KGB pour faire croire que le SIDA était une arme biologique développée par le Pentagone[64].

Références

  1. Comme une origine extraterrestre, ou la fabrication d'un virus par un laboratoire militaire d'où il se serait échappé : c'était la thèse de Jakob Segal qui s'est avéré agir pour le compte du KGB opération Infektion ; Theodore Strecker proposa un scénario inverse [1]. Édifiant également des raisonnements sur une trame conspirationniste : Alan Cantwell (auteur d'AIDS And the Doctors of Death: An Inquiry into the Origin of the AIDS Epidemic) et Leonard Horowitz
  2. Mirko Grmek dans son livre Histoire du sida - Début et origine d'une pandémie actuelle paru en 1989 - dans lequel il exposait aussi le concept de pathocénose - n'excluait alors pas que l'épidémie se fut déclenchée suite à la réintroduction en Afrique d'une souche plus virulente que celle supposée y avoir eu précédemment cours [2]
  3. Néanmoins, le Pr Jean-Claude Chermann contestait toujours cette hypothèse, qu'il qualifiait d'"américaine" - dans le livre cosigné avec le journaliste Olivier Galzi Tout le monde doit connaître cette histoire. Pour lui, le VIH serait un virus ancien contenu par les macrophages, non originaire d'Afrique, qui n'était pas originellement létal. Il rappelle avoir émis cette hypothèse avec P. Galéa dès 1998 dans VIH as a cause of AIDS and associated diseases, , Genetica, 1998,104:133-142 ;
  4. Hahn BH, Shaw GM, De Cock KM, Sharp P M. AIDS as a zoonosis: scientific and public health implications. Science, 2000, 287, 607-614. PMID: 10649986, Science
  5. a, b, c, d, e, f, g et h (fr) François Simon, « Le point sur l'origine du VIH et sa diffusion dans l'espèce humaine », mai 2001. Consulté le 28 janvier 2008
  6. Huet T, Cheynier R, Meyerhans A et al. Genetic organization of a chimpanzee lentivirus related to HIV-1. Nature, 1990, 345, 356-359. PMID: 2188136, Nature.
  7. (fr) IRD, « Vingt-cinq ans après la découverte du virus du SIDA, des chercheurs identifient son réservoir naturel », 24 mai 2006. Consulté le 29 juillet 2008
  8. (en) James H. Strauss et Ellen G. Strauss, Viruses and Human Disease, San Diego, Academic Press, 2002 (ISBN 0-12-673050-4), « Viruses That Use Reverse Transcriptase - The Origins of HIV », p. 204 et 205 
  9. a et b (fr) Elie Tolédano, Nicolas Vabret, Patrice Gouet et Antoine Corbin, « Epidémiologie des virus de l'immunodéficience humaine (HIV) », Département de Biologie de l'École normale supérieure de Lyon. Consulté le 2 octobre 2008
  10. a et b (en) John B. Carter et Venetia A. Saunders, Virology Principles and Applications, John Wiley & Sons, 2007 (ISBN 978-0-470-02387-7), « Origins and evolution of viruses - Evolution of new viruses », p. 267 à 269 
  11. a, b et c (en) Sarah Barbara Watstein et Stephen E. Stratton, The Encyclopedia Of HIV And AIDS, Facts On File, 2003 (ISBN 0-8160-4808-8), « Origin of HIV », p. 227 et 228 
  12. (en) Korber B, Muldoon M, Theiler J, Gao F, Gupta R, Lapedes A, Hahn BH, Wolinsky S, Bhattacharya T, « Timing the ancestor of the HIV-1 pandemic strains », Science, 9 juin 2000. Consulté le 27 janvier 2008
  13. (fr) Philippe Lemey, Oliver G. Pybus, Andrew Rambaut, Alexei J. Drummond, David L. Robertson, Pierre Roques, Michael Worobey et Anne-Mieke Vandamme, « et al (2004) Genetics.pdf The Molecular Population Genetics of HIV-1 Group O », Genetics Society of America, 5 avril 2004. Consulté le 27 janvier 2008
  14. (fr) Pierre Melquiot, « Le virus du sida a contaminé l'homme il y a plus d'un siècle » sur Actualites-news-environnement.com, 2 octobre 2008. Mis en ligne le 2 octobre 2008, consulté le 2 octobre 2008
  15. . On a pu également avancer une contamination à l'occasion de rituels sexuels faisant intervenir des singes : cet argument n'est plus guère cité aujourd'hui.
  16. "Serial human passage of simian immunodeficiency virus by unsterile injections and the emergence of epidemic human immunodeficiency virus in Africa", by P.A. Marx, P.G. Alcabes and E. Drucker, Phil. Trans. Roy. Soc. Lond. B; 2001; 356; 911-920.
  17. La position de Preston Marx ne s'aligne toutefois pas totalement sur celle du "transfert naturel" : en 2004 il publiait un article dans lequel il prenait ses distances avec la qualification de zoonose cfThe history of SIVS and AIDS: epidemiology, phylogeny and biology of isolates from naturally SIV infected non-human primates (NHP) in Africa. dans Front Biosci. 2004 Jan 1;9:225-54.ou encore dans :AIDS as a zoonosis? Confusion over the origin of the virus and the origin of the epidemics. in :J Med Primatol. 2004 Oct;33(5-6):220-6.
  18. Gisselquist et al.; Int. J. STD AIDS; 2003; 14; 144-147, 148-161 et 162-173
  19. http://www.nytimes.com/2011/10/18/health/18aids.html
  20. ancienne colonie belge appelée Congo belge à l'époque
  21. En plus d'Hamilton, d'autres scientifiques soutiendront cette thèse , comme par exemple Omar Bagasra HIV and Molecular Immunity: Prospects for the AIDS Vaccine (BioTechniques Books, 1999); ISBN 1-881299-10-4
  22. La controverse a également pu prendre appui sur cet acronyme , Louis Pascal spéculant que CHAT signifierait CHimpanzée ATtenuated ce que démentit formellement Koprowski
  23. En ce qui concerne le HIV-2 , Hooper pointe du doigt les expérimentations effectuées par le professeur Lépine
  24. D'autres personnes soutinrent cette hypothèse ou une de ses variantes ; ainsi Kyle WS. dans Simian retroviruses, poliovaccine, and origin of AIDS. Lancet. 1992 Mar ; ou encore Reinhardt V, Roberts A. The African polio vaccine-acquired immune deficiency syndrome connection. in Med Hypotheses. 1997 May;48(5):367-74 ; Lecatsas G, Alexander JJ. Safe testing of poliovirus vaccine and the origin of HIV infection in man. S Afr Med J 1989;76:451 ( ils publièrent une autre lettre en 1992 dans le Lancet); Hamilton WD. AIDS theory v lawsuit [letter]. In: Cribb J. The white death. Sydney, Angus & Robertson, 1996: 254–7 ; Burr T, Hyman JM, Myers G. The origin of acquired immune deficiency syndrome: Darwinian or Lamarckian? Philos Trans R Soc London B Biol Sci 2001;356:877–87; Nelson-Rees WA. Responsibility for truth in research. Philos Trans R Soc London B Biol Sci 2001;356:849–51.
  25. C'est Eva Lee Snead qui évoqua le lien entre Sida et vaccination anti-polio dans son émission de radio du 31 mai 1987,Natural Living with Gary Null sur WABC in New York City. Louis Pascal entendit cette émission, ce qui le poussa à étudier l'hypothèse émise (en écartant la « responsabilité » du SV40 mise en avant par Snead)[3]
  26. Accès à l'éditorial du Journal of Medical Ethics, 1992, Volume 18, pages 3-4[4]. Ce sont également les textes de Louis Pascal qui attirèrent l'attention de Bill Hamilton; ce dernier soumit deux lettres aux journaux "Science" d'une part et "Nature" d'autre part qui ne furent pas publiées [5]
  27. Lecatsas, G. and Alexander, J. J. Safe testing of poliovirus vaccine and the origin of HIV infection in man. South African Medical Journal, Vol. 76, 21 October 1989, p. 451.
  28. 626 (19 March), pp. 54-61, 106, 108
  29. The origin of AIDS
  30. Le magazine Rolling Stone dut tout de même débourser 500.000 $ de frais d'avocats pour arriver à ce résultat Investigating the origin of AIDS: some ethical dimensions qui résulte d'un accord à l'amiable et non pas d'une décision de justice. Un journaliste du Houston post,Brad Tyer, relève que le frère de Tom Curtis, Michael Curtisspécialiste de droit Constitutionnel a produit un document (""Monkey Trials: Science, Defamation, and the Suppression of Dissent," dans the William and Mary Bill of Rights Journal)qui aurait pu orienter cette décision.
  31. Depuis cette époque, la controverse scientifique se déroulera toujours avec en arrière-plan des contraintes judiciaires, le plus souvent virtuelles, mais parfois bien réelles [6] : la validation de l'hypothèse OPV n'aurait pas manqué d'entraîner des actions en justice à l'encontre du laboratoire .
  32. Notamment, les laboratoires Wistar n'entreprirent alors aucun test pour vérifier l'éventuelle contamination des lots de vaccins restants
  33. En juin 2000 il sortira en édition de poche , préfacé par William Hamilton
  34. a et b (en) Origin of AIDS; (fr) Les origines du SIDA, documentaires
  35. cf ;Postscript relating to new allegations made by Edward Hooper at the Royal Society Discussion Meeting on 11 September 2000 [7]
  36. How scientists discovered false evidence on the world's "first AIDS victim"[8]
  37. K.M. De Cock, "Epidemiology and the emergence of human immunodeficiency virus and acquired immune deficiency syndrome"; Phil. Trans. Roy. Soc. Lond. B; 2001; 256; 795-798.
  38. en faisant remarquer que Cock ne prend pas en considération les vaccinations ayant eu lieu au Rwanda et au Burundi (qui représentaient la moitié des vaccinations pratiquées avec le vaccin CHAT) [9]
  39. (fr) Composition des vaccins
  40. (fr) Sauvés par les singes!
  41. Les laboratoires Wistar n'ont d'abord pas donné d'informations claires et précises. Koprowski - qui travaillait pour Wistar - a d'abord prétendu que les vaccins étaient préparés sur embryons de poulet, pour ensuite affirmer qu'ils furent effectivement cultivés sur reins de singes, mais sur reins de singes asiatiques. La controverse sur ce point crucial se nourrit de l'absence de documents écrits qui auraient été égarés à l'occasion du déménagement des laboratoires d'Afrique aux Etats-Unis
  42. 500 chimpanzés communs (Pan troglodytes) et 80 chimpanzés pygmées/bonobos (Pan paniscus)
  43. (en) Hooper E, Michael Worobey’s wobbly research into the early history of HIV, article
  44. Worobey M, Santiago ML, Keele BF, Ndjango JB, Joy JB, Labama BL, Dhed'A BD, Rambaut A, Sharp PM, Shaw GM, Hahn BH., Origin of AIDS: contaminated polio vaccine theory refuted. Nature, 22 avril 2004 ;428(6985):820
  45. (en) Untruths, misrepresentations and spin: the dubious methods and tactics used by Stanley Plotkin's group in the "Origins of AIDS" debate
  46. (en) The new round of legal threats by doctors Koprowski and Plotkin
  47. (en) Edgar Hooper responds : Aids ’began with virus from a chimp’, 9 juin 2000
  48. (en) Origin of AIDS - An Alternative Scenario, 6 février 2000
  49. (en) New research on AIDS origin discounted, 16 juin 2000
  50. [10] voir aussi : J. Goudsmit, Viral Sex (Oxford Univ. Press, New York, 1997).
  51. dont l'échantillon porte le nom de ZR59
  52. (fr) Pneumocystis Pneumonia --- Los Angeles, Centers for Disease Control and Prevention, 5 juin 1981. Consulté le 29 juillet 2008
  53. (fr) Epidemiologic Notes and Reports Persistent, Generalized Lymphadenopathy among Homosexual Males, Centers for Disease Control and Prevention, 21 mai 1982. Consulté le 29 juillet 2008
  54. (fr) A Cluster of Kaposi's Sarcoma and Pneumocystis carinii Pneumonia among Homosexual Male Residents of Los Angeles and range Counties, California, Centers for Disease Control and Prevention, 18 juin 1982. Consulté le 29 juillet 2008
  55. (en) Lawrence K. Altman, « Clue Found on Homosexuals' Precancer Syndrome », The New York Times, 18 juin 1982. Consulté le 30 juillet 2008
  56. (en) Epidemiologic Notes and Reports Pneumocystis carinii Pneumonia among Persons with Hemophilia A, Centers for Disease Control and Prevention, 16 juillet 1982. Consulté le 30 juillet 2008
  57. (en) Opportunistic Infections and Kaposi's Sarcoma among Haitians in the United States, Centers for Disease Control and Prevention, 9 juin 1982. Consulté le 30 juillet 2008
  58. (en) Unmesh Kher, « July 27, 1982 - A Name for the Plague », Time. Consulté le 30 juillet 2008
  59. (fr) Quelques chiffres sur le VIH/sida sur Sida-info-service.org. Consulté le 28 novembre 2008
  60. (en) Jon Cohen, « The Duesberg Phenomenon », Science, 9 décembre 1994. Consulté le 20 avril 2008
  61. a et b (en) The London Times - "Smallpox Vaccine Triggered AIDS Virus"
  62. (en) W. H .O. Murdered Africa, septembre 1987
  63. Bulletin of the World Health Organization, Volume 47, p.259, 1972
  64. (en) Thomas Boghardt, « Operation INFEKTION - Soviet Bloc Intelligence and Its AIDS Disinformation Campaign », dans Studies in Intelligence, vol. 53, no 4, décembre 2009 [texte intégral (page consultée le 4 septembre 2009)] 

Filmographie

Bibliographie

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