Pou

Pou
Nom vernaculaire ou
nom normalisé ambigu :
Le terme « pou » s'applique en français à
plusieurs taxons distincts.
pou
Pou de tête
Pou de tête
Taxons concernés

Divers groupes

Le terme de pou, qui nous vient d'un nom latin ayant le même sens, est un nom vernaculaire ambigu qui désigne avant tout, en français, un insecte parasite de l'homme, Pediculus humanus. À partir de ce sens premier, il a été utilisé pour faire référence à de très nombreux animaux de taille variable et d'appartenances zoologiques variées, mais dont la caractéristique la plus fréquente est qu'il s'agit d'arthropodesinsectes ou crustacésectoparasites d'animaux ou de plantes.

Sommaire

Étymologie

Issu du latin populaire pediculus, diminutif du latin classique pedis. Ce terme est attesté à l'époque impériale à la fois comme l'insecte parasite hématophage, c'est-à-dire les phthiraptères, et comme le pou de mer[1].

Histoire

Les poux sont les plus vieux compagnons de l'homme. Des scientifiques ont déjà trouvé un pou vieux de 10 000 ans. Chaque espèce de mammifère a son pou spécifique, ce dernier parasitant oiseaux (et peut-être s'accrochant sur des théropodes à plumes) et mammifères il y a 115 à 130 millions d'années (étude génétique sur 69 lignées de poux)[2]. D'autres recherches sur l'ADN des poux suggèrent qu'ils se sont répandus sur l'espèce humaine à partir de gorilles il y a 2 millions d'années[3].

Les Amérindiens les dégustaient avec plaisir, les esquimaux les considéraient comme une nourriture fortifiante au point de les chasser sur la peau des phoques pour agrémenter leurs repas.

Les poux avaient également, par le passé, une valeur marchande mais surtout sociale. Les séances d'épouillages ou « grooming » faisaient partie des rites collectifs, tissant les liens entre membres d'une même tribu. Le pou était en effet considéré comme une sécrétion naturelle du corps humain : Aristote ou Galien le nommait « ver de peau ». Louis XI félicite un membre de sa cour qui remarque un pou sur son épaule, « Louis XIV grouillait de poux sous sa perruque ». Au XIXe siècle, se « chercher des poux dans la tête » était une activité noble car les poux étaient considérés comme porteurs de chance et sensés guérir des maladies[4].

Vers 1850, le développement des insecticides change cette vision : les poux sont alors associés à la notion de crasse et la contamination s'installe vers la fin du 20e siècle dans les milieux défavorisés ne pouvant s'acheter ces insecticides. De même, les peuples ne disposant pas de ces insecticides mettent au point leur propre technique d'éradication. Les poux développant une résistance aux insecticides, cette notion de crasse et contamination se transmet à toutes les classes sociales[5].

Les poux de l'homme

Lorsqu'il est employé seul, sans autre qualificatif, le mot désigne systématiquement les poux de l'homme, espèces hématophages susceptibles d'occasionner de véritables désagréments, voire des maladies, pédiculoses ou phtiriases. De longue date, les auteurs ont remarqué la coexistence de trois formes de poux humains. L'une d'elles est nettement distincte à la fois sur le plan morphologique et écologique, vivant essentiellement dans la région pubienne et périanale. Elle était déjà connue sous le nom de « pou du pubis » à l'époque de Rabelais[6] mais a très tôt reçu en français un nom vernaculaire particulier, le « morpion », puisque ce terme figure dans le Dictionnaire de l'Académie française dès 1694[7].

La distinction entre les deux autres formes est autrement plus subtile puisqu'elle ne repose pas sur des critères morphologiques évidents, mais sur la localisation : le « pou de tête » (Pediculus humanus capitis) ne vit que sur le cuir chevelu où il se nourrit et les cheveux où il pond, alors que le « pou de corps » (Pediculus humanus corporis) s'alimente sur le reste du corps et vit par ailleurs dans les plis de vêtements peu ou pas lavés. Les zoologistes les ont affectés d'une nomenclature à trois noms habituellement réservée aux sous-espèces, mais la question de savoir s'il s'agit d'espèces à part entière, de sous-espèces ou d'autre chose continuait de faire débat jusqu'à l'apparition d'études moléculaires récentes sur ce sujet qui montrent que l'homme a commencé à perdre les poils de son corps il y a 2 millions d'années[8]. En effet, Pediculus humanus corporis dérive directement de la prolifération de Pediculus humanus capitis comme le montre la biologie du pou[9], les deux sous-espèces ayant commencé à diverger il y a plus de 72 000 ans[10].

C'est en tout cas à l'ensemble de ces deux formes de Pediculus humanus que l'on réserve très généralement l'appellation de « pou » au sens strict.

Les phthiraptères

Les poux humains appartiennent au sous-ordre des anoploures au sein de l'ordre des phthiraptères. Pour les zoologistes, les quelque 500 espèces décrites d'anoploures sont donc aussi collectivement des « poux », dans un sens plus large. Au-delà, jusqu'à une date assez récente (1985), les autres sous-ordres des phthiraptères étaient considérés comme formant un ordre séparé, celui des mallophages — aujourd'hui obsolète — communément nommés « poux des oiseaux » parce que parasitant très majoritairement les oiseaux, et en dépit du fait que certaines espèces de mammifères étaient également concernées. D'autres appellations ont plus récemment été utilisées pour ces deux ensembles, simples traductions des appellations anglaises correspondantes : « poux suceurs » pour les anoploures et « poux broyeurs » ou « poux mâcheurs » pour les mallophages.

Les acariens

L'acarien Dermanyssus gallinae, le « pou rouge » des amateurs de volières

Leur condition d'ectoparasites, leur alimentation hématophage et leur appartenance aux arthropodes ont suffi à certaines espèces d'acariens pour leur valoir l'appellation vernaculaire de « poux ». C'est le cas pour certaines tiques que l'on voit occasionnellement nommer « poux de chien » ou plus rarement encore « poux des bois ». C'est aussi le cas pour certains petits acariens parasites des volailles et des oiseaux de volière : le « pou rouge » (Dermanyssus gallinae) ou le « pou noir » (Ornithonyssus Sylviarum). De la même manière, en Guyane, on appelle « poux d'agouti » diverses espèces d'acariens de la famille des Trombiculidae, proches des aoûtats.

Les diptères

Braula caeca, le « pou des abeilles », est en fait un diptère parasite.

Pour les mêmes raisons que ces acariens (absence ou réduction des ailes, mode de vie ectoparasite), quelques espèces de diptères sont également connues sous le nom de « poux ».

Le « pou du mouton » (Melophagus ovinus) appartient à une famille de diptères, les Hippoboscidae, sortes de mouches aptères ou ailées, parasites obligatoires des oiseaux et des mammifères. Les représentants de cette famille sont d'ailleurs collectivement désignés sous le nom de louse flies, c'est-à-dire « mouches-poux », dans la littérature anglo-saxonne. L'analogie avec les poux véritables est d'autant plus nette chez le pou du mouton qu'il est aptère ; les milieux vétérinaires le nomment plus volontiers « faux pou du mouton »[11].

Comme les poux du mouton, les « poux des abeilles » (Braula caeca) sont des ectoparasites dépourvus d'ailes, mais contrairement à eux ils ne se nourrissent pas de sang : accrochés aux pièces buccales des abeilles, ces insectes minuscules détournent à leur profit une partie de la nourriture collectée par les ouvrières.

Les parasites des plantes

Les cochenilles sont parfois collectivement nommées « poux des plantes »

Parmi les parasites des plantes, ce sont surtout les cochenilles que l'on désigne sous le nom de « poux ». D'une manière générique, les professionnels les nomment régulièrement « poux des plantes », ou « poux des serres », ou encore « poux collants ». Certaines espèces ont toutefois reçu des noms plus spécifiques comme :

  • le « pou de San José » (Quadraspidiotus perniciosus),
  • le « pou rouge de l'oranger » (Chrysomphalus dictyospermi),
  • le « pou rouge de Floride » (Chrysomphalus adonidum),
  • le « pou de Floride » (Chrysomphalus ficus),
  • le « pou de Californie » (Aonidiella aurantii),
  • le « pou noir de l'oranger » (Parlatoria ziziphi),
  • le « pou blanc » (Icerya seychellarum),
  • le « pou à poche blanche » (Pulvinaria iceryi),
  • le « pou des Hespérides » (Coccus hesperidum),
  • etc.

Les poux aquatiques

Dans le milieu aquatique, l'appellation de « pou » concerne également — pour l'essentiel — des crustacés ectoparasites ou épibiontes, surtout de vertébrés (poissons, tortues, cétacés).

Ectoparasites

Les représentants de la famille des Cyamidae sont connus sous le nom de « poux des baleines ». Ce sont en effet des parasites obligatoires des cétacés dont la totalité du cycle se déroule sur l'hôte, sans stade larvaire nageur ; la contamination se fait par contact direct. Il s'agit de véritables parasites qui se nourrissent à partir de la peau des baleines et autres cétacés. Ils sont également collectivement nommés whale lice (poux de baleine) en anglais.

Les « poux des poissons » d'eau douce correspondent le plus souvent au genre Argulus

De nombreux parasites externes de poissons ont reçu le nom de « poux ». Ils correspondent à quatre grands groupes de crustacés : les branchioures, les copépodes et les isopodes. Il règne toutefois une certaine confusion dans l'application de ces noms vernaculaires, en particulier pour les termes les plus généraux — « pou de mer », « pou de poisson » — qui peuvent concerner divers types de parasites. Les qualificatifs concernent tantôt l'habitat (« pou de mer », plus rarement « pou de rivière »), tantôt les hôtes (« pou de poisson » ou, plus spécifiquement, « pou du saumon », « pou de la carpe », « pou de sarde », etc.).

Les branchioures sont tous parasites externes de poissons, et majoritairement de poissons d'eau douce. C'est le plus souvent à eux que s'adressent les noms de « pou de poisson » et — autrefois — « pou de rivière »[12], en particulier les représentants du genre Argulus qui parasite de nombreuses espèces, surtout de cyprinidés, bien connu des pêcheurs et des aquariophiles. Comme les poux véritables, mais contrairement à la plupart des autres ectoparasites des poissons, ces petits crustacés conservent la capacité de se déplacer librement sur leur hôte ; ce sont néanmoins d'authentiques parasites, qui disposent de pièces buccales spécialisées leur permettant de s'ancrer solidement dans la peau des poissons et de s'y alimenter. Le « pou de la carpe » appartient à cette catégorie.

Le « pou du saumon », Lepeophtheirus salmonis

L'expression « pou de poisson » s'applique aussi à diverses catégories de copépodes attachés à de très nombreux poissons marins, d'eaux saumâtres et d'eaux douces. Plus de 2 000 espèces de copépodes sont parasites, mais ils appartiennent pour la plupart à deux ordres, les Monstrilloida et surtout les Siphonostomatoida ; ce dernier comporte à lui seul 18 familles et 1 550 espèces environ (75 % du total), dont 1 050 sont considérées comme parasites de vertébrés, presque exclusivement de poissons, et la plupart ectoparasites[13]. C'est à des représentants de ce groupe que l'on donne généralement le nom de « poux » : « poux de poissons », « poux de mer » ou plus spécifiquement « poux du saumon ». Les plus connus appartiennent à la famille des Caligidae, et notamment aux genres Lepeophtheirus et Caligus susceptibles de causer d'importants dégâts dans les populations sauvages et cultivées de salmonidés[14].

Cymothoa exigua, un « pou de mer » de la famille des Cymothoidae.

Les Cymothoidae sont une famille d'isopodes — des crustacés parents des cloportes — dont presque tous les représentants sont parasites externes de poissons, marins le plus souvent[15]. Depuis le XIXe siècle au moins, ils sont eux aussi connus sous le nom de « poux de mer »[16], plus rarement « poux de poisson ». Ces animaux s'attachent plus ou moins étroitement à leur hôte : soit de façon totalement externe, généralement sous les écailles, soit sur les branchies ou dans la bouche, soit diversement enfoncés dans la musculature. Parmi les représentants les plus connus de cette catégorie, on peut citer Anilocra physodes, parasite de nombreux poissons des mers européennes et nord-africaines, Cymothoa exigua, espèce californienne provoquant l'atrophie de la langue des poissons dont elle habite la bouche, ou les membres du genre Livoneca dont certains, originaires des eaux douces brésiliennes, sont retrouvés sur des poissons importés par les aquariophiles.

Épibiontes

Divers organismes utilisent les surfaces externes d'animaux de plus grande taille comme simple support, sans entretenir de relation parasitaire véritable avec eux. Dans ce cas de figure, l'analogie avec les vrais poux est très lointaine, ces épibiontes ne ressemblant pas, même approximativement, à un insecte phtiraptère, ni au plan morphologique, ni pour ce qui concerne le mode de vie. Certains ou pourtant reçu le nom de « poux » : il s'agit de balanes, crustacés se fixant normalement de façon permanente sur différents substrats marins, le plus souvent rocheux, mais dans le cas présent sur des cétacés et des tortues.

Notes et références

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Pou » du CNRTL.
  2. (en) Vincent S. Smith et coll, « Multiple lineages of lice pass through the K–Pg boundary », dans Biology letters, 6 avril 2011 [texte intégral] 
  3. (en) David L. Reed et coll, « Pair of lice lost or parasites regained: the evolutionary history of anthropoid primate lice », dans BMC Biology, vol. 5, no 7, 7 mars 2007 [texte intégral] 
  4. « Planète poux », documentaire du réalisateur Thierry Berrod, 2002
  5. Les poux Emission de France Inter du 26 août 2010
  6. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Morpion » du CNRTL.
  7. Morpion dans le Dictionnaire de L'Académie française, 1st Edition (1694)
  8. (en) Burgess, I.F., 2004. Human lice and their control. Annual Review in Entomology, 49, 457-481. Article
  9. W. Li et al, Genotyping of human lice suggests multiple emergences of body lice from local head louse population, revue PloS neglected Tropical Diseases, mars 2010.
  10. John Travis, (August 23, 2003). The naked truth? Lice hint at a recent origin of clothing, Science News n°64, août 2003,p. 118
  11. Faux pou sur CERISA, portail de la santé animale et de la santé publique vétérinaire.
  12. Cuvier, F.G., 1826. Dictionnaire des sciences naturelles. F.G. Levrault, Strasbourg, Paris, tome 43, p. 160. "pou+de+rivière" Lire en ligne
  13. Benz, G. W., 1993. Evolutionary biology of Siphonostomatoida (Copepoda) parasitic on vertebrates. PhD (thèse), University of British Columbia, p.1 (8 Mo) Résumé
  14. (en) Nagasawa, K., 2004. Sea Lice, Lepeophtheirus salmonis and Caligus orientalis (Copepoda:Caligidae), of Wild and Farmed Fish in Sea and Brackish Waters of Japan and Adjacent Regions: A Review. Zoological Studies 43 (2), 173-178. Article
  15. (en) Brusca, R.C., 1981. A monograph on the Isopoda, Cymothoidae (Crustacea) of the Eastern Pacific. Zoological Journal of the Linnean Society, 73, 117–199. Article
  16. Bosc, 1803 in Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, appliquée aux arts, principalement à l'agriculture et à l'économie rurale et domestique. Deterville, Paris, tome 18, p. 405. Lire en ligne

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes


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