Prison de l'Entrepôt des cafés


Prison de l'Entrepôt des cafés
Prison de l'Entrepôt des cafés
Plaque commémorative située sur la façade de l'ancien entrepôt, au 2 rue Lamoricière
Plaque commémorative située sur la façade de l'ancien entrepôt, au 2 rue Lamoricière
Présentation
Type Ancienne prison
Date de construction Fonctionne comme prison du 1er décembre 1793 à la fin janvier 1794
Géographie
Pays Drapeau de France France
Département Loire-Atlantique
Localité Nantes
Coordonnées 47° 12′ 37″ N 1° 34′ 13″ W / 47.210278, -1.57027847° 12′ 37″ Nord
       1° 34′ 13″ Ouest
/ 47.210278, -1.570278
  

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Prison de l'Entrepôt des cafés

La Prison de l'Entrepôt des cafés était une prison de Nantes sous la Révolution, construite en 1788[1].

Sommaire

Situation et historique

L'Entrepôt des cafés était situé en bordure du port de Nantes. Après la bataille de Savenay (23 décembre 1793 - 3 nivôse an II), 8 000 à 9 000 hommes, femmes et enfants y sont enfermés, quelques personnes seulement en sont ressorties vivantes[2]. Les noyades et les fusillades ajoutées au froid, à la faim et au typhus vident le lieu en quelques semaines.

L'énorme bâtiment s'étendait au bout du port, à l'écart du centre-ville et à égale distance des carrières de Gigant (où les pelotons d'exécutions opèrent) et de la Loire[3]. C'est le département qui prend l'initiative d'écarter le choix du couvent des Petits-Capucins, jugé trop exigu, et de lui préférer l'Entrepôt. Le site présente tous les avantages et les bâtiments, formant un quadrilatère autour d'une cour fermée, sont assez vastes pour abriter six mille prisonniers.

Fonctionnement de la prison

Le comité révolutionnaire de Nantes nomme Dumais, ancien propriétaire de l’entrepôt, comme gardien, cependant ce dernier meurt rapidement, touché par l’épidémie et est remplacé par Musson[4]. Quant à la garde de la place, elle est forte de 200 soldats[5].

L’Entrepôt, réquisitionné par Département, commence à être employé comme prison dans les derniers jours d’octobre 1793, mais c’est surtout à partir des premiers jours de décembre qu’il voit arriver un afflux de prisonniers vendéens pris pendant la Virée de Galerne[6].

Du 1er décembre 1793 au 20 janvier 1794, cette prison tourne à plein. Des milliers de Vendéens y connaissent la faim, la souffrance et la mort. L'absence d'écrou[7], le flou des responsabilités, la consigne de silence imposée à tous ceux qui ont affaire à l'endroit, tout prédispose au pire dénouement. Les possibilités de sortir vivant de l'Entrepôt semblent avoir été des plus minimes.

Selon un rapport de Carrier, une révolte frappe l’Entrepôt à cette période, elle est mâtée suite à une mitraillade qui coûte la vie à 8 à 900 brigands. Cependant cette déclaration a été démentie par de nombreux témoins, ceux-ci précisent même que les prisonniers marchaient avec « docilité » au supplice[8].

Témoignages

  • Parmi les témoignages de quelques rescapés, celui de Julienne Boishéraud. Elle entre à L'Entrepôt le 27 décembre 1793 et sort le 18 janvier 1794, grâce à la complicité du médecin Augustin Darbefeuille. Beaucoup plus tard elle relate ses souvenirs :

« En vain essayerais-je de faire le tableau de ce séjour affreux : je ne connaissais pas d'expression suffisante. Il faut y avoir habité pour s'en faire une juste idée. Je dirai seulement que partout on voyait l'image de la mort : ce n'était que mort et mourants. Ceux-ci n'avaient pas encore expiré que ces monstres venaient les prendre par un membre pour les traîner comme des bêtes hors de la maison. S'ils vivaient encore, ils les roulaient avec le pied et disaient froidement : "ce sera pour demain..." »

« Nous voyions paraître des prisonniers qui disparaissaient à l'instant. Un soir, on en amena trois cents, le lendemain, il n'y en avait plus. Deux, trois fois par jour, l'on fusillait sans interrogatoire et sans jugement. »

  • Les rares médecins autorisés à entrer dans l'Entrepôt en gardent un souvenir inaltérable. Thomas, qui le parcourt à l'époque de son plus grand engorgement raconte :

« A l'Entrepôt, je trouvai une quantité de cadavres épars çà et là ; je vis des enfants palpitants ou noyés dans des bailles pleines d'excréments humains"[9],[10]. »

Le chef de bataillon Picard écrit dans le registre des déclarations :

« A Noël dernier, étant allé conduire des soldats à l’Entrepôt, la curiosité de voir les prisonniers me fit monter dans tout le local ; j’y vis plusieurs enfants morts, de l’âge de dix à douze ans, parmi les autres vivants. Passant par les greniers, je vis une femme qui me dit, ainsi qu’à ceux qui étaient avec moi, de prendre son enfant qu’elle nourrissait, disant qu’elle allait mourir[11]. »

Un autre médecin, Pariset, relate :

« Je sentis une odeur fade et douce qui me donnait à vomir. Je traversai lentement les salles : elles avaient perdu pendant la nuit plus de cent de leurs tristes habitants, spectres pâles, décharnés, couchés, abattus sur les planchers[12]. »

Fonbonne, directeur général des hôpitaux, est informé de la présence dans l’entrepôt d’une famille de sa connaissance, il se rend sur place :

« On nous indique un cachot affreux par sa puanteur et son obscurité. Nous demandons une chandelle, et, en cherchant cette famille, jusque dans la paille, où ces infortunés se pressaient les uns contre les autres pour se garantir du froid, nous trouvâmes des femmes mortes dans cette paille, et la jeune fille cachée, moitié d’épouvante et de froid, dans les habillements de sa mère. Celle-ci loin d’accepter nos offres et nos secours : Non, dit-elle, ma fille périra avec moi ; nous périrons toutes ensembles[13]. »

Fermeture de l'Entrepôt

Ancienne savonnerie Bretonne occupant le site de l'ancienne Prison de l'Entrepôt des cafés.

Par crainte de voir le typhus déborder sur la ville et parce que les fusillades et noyades commencent à vider la prison, les autorités révolutionnaires décident d’évacuer les prisonniers. Le 21 janvier, le district écrit à la municipalité que « A l’Entrepôt, il existe une odeur si fétide que plusieurs de nos frères qui y montaient la garde, y ont perdu la vie ; citoyens, frères et amis, voilà le mal, nous vous confions le remède, au nom de l’humanité, du bien public et de notre patrie. Activité, exactitude et surveillance[14].  »

Jean-Baptiste Carrier lui-même s'alarme et réclame « un prompt nettoiement par les brigands eux-mêmes afin de point compromettre la santé des bons citoyens ».

Déméphitiser (désinfecter) l'Entrepôt demande plus de trois semaines. Les cadavres sont placés sur des tombereaux puis envoyés au nouveau cimetière de Gigant, appelé la Salle-Verte. Le 26 janvier 1794, Pariset, qui supervise l'opération, écrit : « J’ai aperçus les cadavres amoncelés ; je les ai fait couvrir d’une mauvais voile ; le tombereau s’est rendu à midi et demi juste, huit brigands ont aidé à le charger, et, au bout de quelques minutes ils sont partis pour la Salle-Verte[15]. »

Le 30 janvier, il ajoute : « Je me suis rendu ce matin à l'Entrepôt ; le travail allait son train ; je n'ai pas vu plus de cinq à six tombereaux ; le fumier exhalait une odeur exécrable. J’ai fait déplacer les onze ouvriers qui chargeaient les tombereaux, je les ai conduits aux bateaux qui avaient chacun besoin de six hommes, pour être promptement vidés ; onze à douze brigands ont chargé eux-mêmes les tombereaux[16]. »

La prison de de l’Entrepôt est vidée pendant ce nettoyage, de l’eau empoisonnée avec de l’acide sulfurique est donnée aux détenus[17], puis les survivants sont envoyés aux noyades du 29 au 31 janvier[18]. Le 1er février, les derniers rescapés sont transférés sur les navires[19].

Les risques d'épidémies ont largement contribué à la décision de liquider au plus vite les détenus. Selon l'analyse du docteur Xavier Bernier ces risques étaient réels, la menace d'une épidémie encore plus grave que celle qui ravagea prisons et hôpitaux ne faisait pas de doute.

Reconversion et destruction

Après la fermeture de la prison, le bâtiment est nettoyé et un atelier de salaisons y est établit fin mars 1794[20]. L'entrepôt fût ensuite convertis en caserne de cavalerie[1]. C'est dans la nuit du 21 au 22 septembre 1839 qu'il est détruit lors d'un incendie[1] , faisant 5 morts et de nombreux blessés[21]. Après l'incendie seule la façade demeura. Le site est ensuite reconverti en savonnerie, aujourd'hui désaffectée.

Bibliographie

  • Alfred Lallié, Les prisons de Nantes pendant la Révolution, Imprimerie Vincent Forest et Émile Grimaud, 1883 , p. 52-60.

Notes et références

  1. a, b et c (fr)Médaille commémorant l’incendie de l’Entrepôt des Cafés de Nantes sur www.loire-atlantique.fr. Consulté le 20novembre 2010.
  2. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 53.
  3. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 54.
  4. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 54-55.
  5. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 58.
  6. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 53-54.
  7. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 55.
  8. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 58.
  9. Alfred Lallié, les Noyades de Nantes, 90.-Campardon, Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (Procès de Carrier), II, 55. Déposition de l'officier de Santé Thomas.
  10. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 57.
  11. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 56.
  12. Nicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, Éditions Pays et Terroirs, 1995 , p.92.
  13. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 57.
  14. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 58-59.
  15. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 59.
  16. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 60.
  17. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 59-60.
  18. Alfred Lallié, Les noyades de Nantes, p. 74.
  19. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 60.
  20. Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, p. 60.
  21. F.J. Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes tome III, 1840

Voir aussi

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