Revolution copernicienne


Revolution copernicienne

Révolution copernicienne

La révolution copernicienne est la transformation des méthodes scientifiques et des idées philosophiques qui a accompagné le changement de représentation de l'univers du XVe au XVIIIe siècle, faisant passer les représentations sociales accompagnant les représentations mentales de l'univers, d'un modèle géocentrique, selon Ptolémée (IIe siècle, déjà adopté au IVe siècle av. J.-C. par la plupart des Grecs), au modèle héliocentrique défendu par Nicolas Copernic, perfectionné par Johannes Kepler, Galilée, et Isaac Newton.

La révolution copernicienne, au sens propre, consistait à expliquer le monde, et les objets qui le composent, par la gravitation, appelée loi universelle de la gravitation en raison de son caractère considéré comme général à l'époque.

Sommaire

Grandes phases de la révolution copernicienne

Représentations du monde avant la Révolution copernicienne (avant 1510)

Pour la représentation du monde antérieure au XVIe siècle en Occident, consulter :

Dès l'Antiquité, on avait conscience que la terre était sphérique. On la plaçait au centre de l'univers. Seul Aristarque de Samos dans l'Antiquité suggéra que la Terre tournait autour du Soleil.

Après les grandes invasions, l'Occident revint en général à une représentation de la Terre plate, même si la représentation sphérique n'était pas complètement oubliée.[réf. nécessaire] Il fallut attendre les Croisades et les échanges avec la civilisation arabo-musulmane pour que la croyance en une Terre sphérique commence à se généraliser, avec la traduction des ouvrages antiques (Ptolémée, Aristote). Cependant, au XIIIe siècle, seules les tranches les plus cultivées de la population en occident prenaient conscience de la forme sphérique de la Terre. En effet, Albert le Grand et Roger Bacon avaient introduit cette connaissance dans les universités.

Après la guerre de Cent Ans, les personnes les moins instruites dans la société occidentale n'avaient donc pas encore conscience des possibilités théoriques de "circumnavigation" qu'entraînaient la forme sphérique de la Terre. Cette information se diffusa progressivement, par des ouvrages tels que le Livre des merveilles du monde de Jean de Mandeville (à ne pas confondre avec le devisement du monde de Marco Polo). Jean de Mandeville était un explorateur originaire de Liège. Il fut qualifié quelquefois d'imposteur ou d'affabulateur de génie. Toujours est-il que, après un voyage de 34 ans en extrême orient (1322-1356), ce qui était considérable pour l'époque, il compila les informations de son voyage et de ceux de missionnaires franciscains et dominicains. Le livre des merveilles du monde, manuscrit rédigé en trois versions, puis traduit en 250 exemplaires dans une dizaine de langues vernaculaires, dut avoir un retentissement important dans la société. On est à peu près sûr qu'il influença le jeune Christophe Colomb (circumnavigation...).

Entre le XIIe et XVe siècles, la représentation du monde qui se met en place en occident est donc une représentation géocentrée, qui s'appuie sur les références suivantes :

D'autres ouvrages présentaient une représentation cosmographique géocentrée, tels que lImago mundi de Pierre d'Ailly. LImago mundi fut rédigé en 1410, et imprimé pour la première fois en 1478). Christophe Colomb en avait un exemplaire.

Les grandes découvertes, et principalement les voyages de Vasco de Gama, de Christophe Colomb vers l'ouest, et de Magellan, la découverte consécutive de nouvelles terres situées entre l'Europe et l'Asie ainsi qu'une meilleure connaissance par les Européens des territoires de l'extrême orient, eurent un grand retentissement en Europe, et firent prendre conscience de la rotondité de la Terre à toutes les tranches de la population.

Il est nécessaire également d'avoir en tête qu'aux XIVe et XVe siècles, on ne faisait pas de grosse différence entre l'astrologie, l'astronomie, la géographie, la cosmologie, la cosmographie, etc.

La prise de conscience collective équivalente sur les mouvements respectifs de la Terre et du Soleil (héliocentrisme) n'aura lieu que plus tard.

À la fin du XVe siècle, l'astronome danois Tycho Brahe avait proposé un système intermédiaire entre le système géocentrique et le système héliocentrique, dans lequel le Soleil et la Lune tournaient autour de la Terre immobile, tandis que Mars, Mercure, Vénus, Jupiter et Saturne tournaient autour du Soleil.

Donc, au début du XVIe siècle, les traités qui faisaient référence étaient le traité du ciel d'Aristote et l'Almageste de Ptolémée. Dans la représentation d'Aristote, la Terre était sphérique et fixe au centre de l'univers. Celui-ci était partagé entre le monde sublunaire, et le monde supralunaire, où se déplaçaient le Soleil et les planètes en tournant autour de la Terre. Le monde supralunaire était composé de sphères considérées comme parfaites, c'est-à-dire sans aspérités. Dans le monde supralunaire, on distinguait également la sphère des étoiles fixes. Mais les Écritures saintes, qui contenaient quelques passages cosmologiques (voir ci-dessous la section passages cosmologiques de la Bible) faisaient également référence, non seulement chez les théologiens (catholiques et protestants), mais aussi chez la plupart des astronomes qui y étaient attentifs.

Il est nécessaire de bien distinguer ces deux représentations : forme sphérique (géocentrisme) / héliocentrisme, même si d'un point de vue chronologique et sociologique, il y eut des recouvrements entre les deux représentations cosmologiques.

Copernic et les premières prises de position des savants et des théologiens (1510-1610)

Nicolas Copernic (14721543), le savant humaniste qui a changé notre vision du monde en plaçant le Soleil au centre de l'Univers (peinture de Jan Matejko)

Copernic est le premier à avoir proposé un modèle dans lequel le Soleil était fixe au centre de l'Univers, les planètes décrivant une trajectoire qu'il pensait circulaire. Il conçut sa doctrine dès 1510 et l'exposa dans le De revolutionibus en 1543.

Voir : Copernic et le système héliocentrique

Selon les vœux mêmes de Copernic, cette doctrine resta pendant longtemps confinée à un cercle restreint de spécialistes. Elle provoqua néanmoins des réactions de la part des savants et des théologiens. La plupart des astronomes restèrent fidèles au géocentrisme, tandis que la quasi-totalité des théologiens prirent position contre la théorie héliocentrique de Copernic. Parmi les théologiens réformés, on peut citer Melanchthon, et parmi les théologiens catholiques, Bartolomeo Spina, son collaborateur le dominicain Giovanni Maria Tolosani, et le théologien jésuite Nicolaus Serarius.

Les astronomes de leur côté avaient développé une doctrine intermédiaire entre le modèle géocentrique et le modèle héliocentrique (voir équivalence des hypothèses).

C'est en 1610 que Galilée commence ses observations astronomiques avec la lunette qu'il a mise au point.

Dans cette période, et avant que Galilée n'intervienne, la doctrine de Copernic reste confinée à quelques spécialistes, de sorte qu'elle ne rencontre que des oppositions ponctuelles de la part des théologiens, les astronomes restant le plus souvent favorables à la thèse géocentrique.

Galilée et l'interdiction des écrits coperniciens (1610-1633)

Voir aussi : Galilée attaqué et condamné par les autorités

Galilée commença dès 1610 à faire la propagande de la théorie copernicienne à Florence et à Rome. Il rencontra des résistances de la part des philosophes et des théologiens.

Bien que convaincu de la justesse de la théorie copernicienne et s'appuyant sur les observations qu'il effectuait grâce à sa lunette, il ne parviendra pas à apporter la preuve irréfutable que la terre tourne sur elle-même et tourne autour du Soleil.

En 1615, le carme Paolo Antonio Foscarini prit une position favorable à l'héliocentrisme, en montrant que cette hypothèse n'était pas contraire aux Écritures saintes. La controverse prit une telle ampleur que le cardinal Bellarmin, pourtant favorable à Galilée, fut obligé d'intervenir le 12 avril. Il écrivit une lettre à Foscarini où il condamnait sans équivoque la thèse héliocentrique en l'absence de réfutation concluante du système géocentrique. Tout en reconnaissant l'intérêt pratique, pour le calcul astronomique, du système de Copernic, il déclarait formellement imprudent de l'ériger en vérité physique. Galilée de son côté était bien conscient des difficultés que posait le système de Copernic par rapport aux passages cosmologiques de la Bible, comme le montre sa lettre à Christine de Lorraine (1615), mais il revendiquait une autonomie dans ses recherches.

En 1616, les écrits coperniciens furent mis à l'index, et les ouvrages favorables à l'héliocentrisme furent interdits, sans qu'il fût interdit de débattre de l'héliocentrisme dans une hypothèse purement mathématique. Toutefois, on ne considérait pas les idées héliocentriques comme hérétiques, mais simplement comme téméraires[1] Le cardinal Bellarmin notifia personnellement l'interdiction à Galilée.

En avril 1624, Galilée fut reçu en audience par le pape Urbain VIII, qui l'encouragea à reprendre par écrit l’analyse et la comparaison entre les plus grands systèmes astronomiques, le modèle copernicien pouvant aussi être pris en compte, pourvu que ce soit dans une perspective purement mathématique.

En 1632, Galilée publia, à la demande d'Urbain VIII, le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Galilée développait dans cet ouvrage ses idées favorables à l'héliocentrisme. Il pensait avoir trouvé dans le phénomène des marées une preuve de l'héliocentrisme [2]. D'autre part, Galilée retourna l'argument de la toute-puissance divine qu'Urbain VIII lui avait demandé d'insérer dans l'ouvrage dans un sens favorable à l'héliocentrisme [3]. L'année suivante (1633), Galilée fut traduit devant le tribunal de l'Inquisition qui jugea qu'il avait enfreint dans cet ouvrage l'interdiction de 1616, qu'il avait présenté l'héliocentrisme comme une thèse et non simplement comme une hypothèse mathématique, et développé des idées contraires aux Écritures saintes.

Galilée fut condamné à l'emprisonnement à moins d'abjurer ses opinions considérées comme hérétiques. Galilée abjura. Sa peine fut commuée par Urbain VIII en assignation à résidence.

Poursuite des recherches et levée de l'interdit (1633-1757)

Urbain VIII donna l'ordre de faire connaître la condamnation de Galilée à tous les professeurs de mathématiques et de philosophie. Les copies de la sentence et de l'abjuration de Galilée furent envoyées dans l'Europe entière et suscitèrent la surprise des savants [4].

René Descartes, d'après Frans Hals.

C'est ainsi qu'en novembre 1633, René Descartes apprit la condamnation de Galilée. C'est la raison pour laquelle il renonça à publier son Traité du monde et de la lumière[5]. Il reçut l'année suivante une version du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Pensant que Galilée s'y était mal pris pour démontrer la thèse héliocentrique, Descartes entreprit une carrière philosophique pour proposer une nouvelle méthode de pensée se détournant de la scolastique, carrière qui commença avec le célèbre Discours de la méthode (1637).

La controverse et le procès de Galilée mettaient en effet en évidence les limites de la méthode scolastique, trop spéculative et ne prenant pas assez en compte les résultats de l'expérience. Descartes fut le philosophe qui se démarqua le premier[réf. nécessaire] de la scolastique et de la philosophie aristotélicienne. Il proposa un système philosophique essentiellement rationaliste, dans lequel la recherche de la vérité reposait sur la raison et les « lumières naturelles » et non sur les lumières de la foi.

Voir aussi :
* Section conséquences philosophiques
* Le projet cartésien : la recherche d’une science universelle
* les Principes de la philosophie

Ce fut Newton qui développa le modèle mathématique permettant d'expliquer le mouvement des planètes autour du Soleil selon des trajectoires elliptiques, à partir de la force de la gravitation universelle.

Voir aussi : Isaac Newton et les discussions autour de la pesanteur

Devant la preuve optique et mécanique de l'orbitation de la terre, les ouvrages de Galilée furent enlevés de lIndex en 1741 par Benoît XIV, puis les écrits coperniciens furent à leur tour enlevés de lIndex en 1757.

Après la levée de l'interdit (après 1757)

Le procès de Galilée eut comme conséquence que les recherches nouvelles se faisaient désormais en dehors des cercles traditionnels de la scolastique, qui perdit du terrain. Pendant les Lumières, et dans les siècles qui suivirent, Galilée devint une figure emblématique de la science alors que l'Église apparaissait comme obscurantiste (voir ci-dessous la section conséquences philosophiques).

A posteriori, la condamnation de Galilée démontra les erreurs de la plupart des théologiens, ainsi que Jean-Paul II le reconnut officiellement en 1992 à l'issue des travaux de la commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne. Les hommes d'Église se rendirent compte progressivement du danger qu'il y avait à interpréter les Écritures saintes de façon littérale. Il fallut attendre le XIXe siècle pour assister à un renouvellement des études bibliques (exégèse et herméneutique), tant du côté catholique que du côté protestant. Les protestants travaillèrent beaucoup au XIXe siècle sur l'Ancien Testament (voir la section renouvellement des études bibliques).

Chronologie de la Révolution copernicienne

  • Nicolas de Cues (1401-1464) est l'un des premiers astronomes à proposer une représentation qui se rapproche de l'héliocentrisme.
  • Regiomontanus (1436-1476) s'intéresse aux théories de Nicolas de Cues, mais adopte finalement la théorie du géocentrisme.
  • 1512 : Nicolas Copernic rédige un court traité De Hypothesibus Motuum Coelestium à se Contitutis Commentariolus, qu'il termine vers 1515, mais qui ne sera pas publié de son vivant. Dans cet ouvrage, qu'il dédie au pape, Copernic estime que la Terre décrit une trajectoire circulaire autour du Soleil. Une phrase illustre bien l'ampleur de la faille (que Freud qualifiera de blessure narcissique) que l'ouvrage introduit dans la représentation géocentrique de l'univers : « Tous les mouvements apparents que l’on constate au firmament sont dus aux mouvements de la Terre et non du firmament ».
  • 1547-1548 : le dominicain Giovanni Maria Tolosani critique Copernic et réfute la doctrine héliocentrique d'abord sur la base de la Bible, puis en s'appuyant sur la doctrine cosmologique d'Aristote et de Ptolémée, dans un opuscule intitulé Du ciel suprême immobile [i.e. l'empyrée] et de la terre tout en bas stable et des autres cieux et éléments intermédiaires mobiles.
  • 1549 : dans les Initia doctrinae physicae, Melanchthon prend position contre l'héliocentrisme en invoquant les enseignements de la raison et ceux de la révélation.
  • 1570 : l'astronome jésuite Christophe Clavius réfute Copernic essentiellement sur des bases astronomiques et physiques, et rappelle que le copernicianisme est aussi contraire à la Bible.
  • 1577-1578 : Michael Maestlin se déclare en faveur de la cosmologie de Copernic en 1578 dans son traité de la comète de 1577, Observatio & Demostratio Cametae Aetherei.
  • 1580-1600 : la doctrine de l'équivalence des hypothèses est discutée ; elle visait à concilier les conceptions ptoléméenne (géocentrisme) et coperniciene (héliocentrisme) du monde.
  • 1600 : Giordano Bruno est condamné au bûcher plus sur ses positions théologiques jugées hérétiques et ses attaques répétées contre le dogmatisme, que parce qu'il s'était basé sur Copernic pour développer son système philosophique d'un univers infini peuplé de mondes identiques
  • 1604 : quand surgit la supernovae SN 1604 dans la Voie lactée, la « nouvelle étoile » achève de jeter le trouble dans les esprits à propos du dogme de l'immuabilité du ciel. D'autant que les mesures expérimentales faites sur « la nouvelle étoile » amènent nombre d'astronomes (dont Kepler et Galilée) à rejeter de plus en plus ouvertement l'ancien système des étoiles fixes.
  • 1608 : Invention de la lunette d'approche, en Hollande vers 1608 (grossissement 3 fois). L'attribution de cette invention est difficile à établir, car plusieurs personnes cherchèrent à en obtenir le brevet. C'est néanmoins l’opticien hollandais Hans Lippershey qui fut le premier à présenter un exemplaire d'une lunette fin septembre 1608; Jacques Metius présenta une demande de brevet plusieurs semaines après Lippershey; Sacharias Janssen fut connu par son fils qui prétendit en 1634 qu'il en était l'inventeur...
  • 1610 : dans son Commentaire sur le livre de Josué, le théologien jésuite Nicolas Serarius dénonce le caractère doctrinalement dangereux du modèle copernicien, allant jusqu'à parler d'hérésie à son sujet.
  • 1610 : Kepler prend connaissances de la découverte de quatre satellites tournant autour de Jupiter grâce aux observations de Galilée avec sa lunette astronomique et écrit une lettre de soutien publiée sous le titre de Dissertio cum Nuncio Sidero (Conversation avec le messager des étoiles), puis après avoir lui-même observé ces satellites, il publie ses observations dans Narratio de Observatis Quatuor Jovis Satellibus.
  • 1615 : dans une lettre à Christine de Lorraine, Galilée fait état de ses interrogations sur les observations qu'il a effectuées, par rapport aux passages cosmologiques de la Bible, ainsi qu'à quelques passages des livres d'Aristote.
  • 1615 : dans la lettre sur l'opinion des Pythagoriciens et de Copernic touchant la mobilité de la Terre et la stabilité du Soleil, le théologien carme Paolo Antonio Foscarini soutient la conciliabilité du texte de la Bible avec l'hypothèse héliocentrique.
  • 1616 : l’édit anticopernicien de 1616 du cardinal Bellarmin admoneste Galilée, condamne le système de Copernic en tant que système philosophique, mais n’interdit pas de débattre du mouvement de la Terre dans un contexte « purement mathématique ».
  • 1618 : Johannes Kepler formule la troisième loi sur le mouvement des planètes.
  • 1624 : Galilée est reçu en avril en audience par le pape Urbain VIII, qui l'encourage à reprendre par écrit l’analyse et la comparaison entre les plus grands systèmes astronomiques, le modèle copernicien pouvant aussi être pris en compte, pourvu que ce soit dans une perspective purement mathématique.
  • Septembre 1632 : Urbain VIII reçoit le dialogue sur les deux grands systèmes du monde et décrète l'ouverture d'un procès contre Galilée.
  • Novembre 1633 : Descartes apprend la condamnation de Galilée.
  • 1634 : Descartes reçoit de son ami Beeckman l'ouvrage dialogue sur les deux grands systèmes du monde qui a valu à Galilée sa condamnation ; Descartes suspend la publication de son propre ouvrage, le traité du monde et de la lumière, et préfère donner une orientation philosophique à sa carrière.
  • 1659 : John Locke lit Descartes et commence à s'intéresser à la philosophie.
  • 1686 : Robert Boyle écrit A Free Enquiry into the Vulgarly Received Notion of Nature.
  • 1687 : Newton formule la théorie de la gravitation, qui confirme les thèses de Galilée.
  • 1741 : devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre, le pape Benoît XIV donne l'imprimatur aux ouvrages de Galilée,
  • 1757 : le pape Benoît XIV lève l'index sur les ouvrages relatifs à l'héliocentrisme,
  • 1820 : le chanoine Settele s'apprête à publier ses éléments d'optique et d'astronomie, et se voit opposer un refus d'imprimer. L'auteur injustement censuré s'adresse au pape Pie VII, dont il reçoit en 1822 une sentence favorable.
  • 1835 : le livre de Copernic, le commentaire sur le livre de Job de Zuniga, la lettre de Foscarini, l'Epitome de Kepler (condamné en 1619), et le Dialogue de Galilée disparaissent des listes d'ouvrages interdits par Rome.
  • 1965 : le concile Vatican II déplore certaines attitudes d'esprit qui ont existé parfois parmi les chrétiens eux-mêmes, en raison d'une perception insuffisante de la légitime autonomie de la science, et fait une courte allusion à Galilée.
  • 1979 : Jean-Paul II parle longuement de Galilée à l'Académie pontificale des sciences.
  • 1981 : une commission présidée par le cardinal Paul Poupard, est chargée de réexaminer l'affaire Galilée.
  • 1992 : la commission présidée par le cardinal Paul Poupard présente ses conclusions. Elle reconnaît les erreurs commises par la plupart des théologiens lors de l'affaire Galilée.

La victoire des thèses de Galilée a commencé d'intervenir avec le succès de la théorie newtonienne. La victoire définitive a été obtenue par la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre et les mesures de levées d'index de la première moitié du XVIIIe siècle.

Conséquences philosophiques

Le projet cartésien en réaction à la condamnation de Galilée

Dans ce contexte, le projet cartésien d'une science universelle se conçoit comme une réaction contre la scolastique, et contre les "aristotéliciens" : après avoir appris en novembre 1633 le résultat du procès de Galilée, Descartes reçut de son ami Beeckman l'ouvrage de Galilée, le dialogue sur les deux grands systèmes du monde, en 1634, soit un an après la condamnation de Galilée.

Descartes renonça à la publication de son propre ouvrage, le traité du monde et de la lumière (1632), dans lequel il défendait la thèse de l'héliocentrisme[6]. Ce traité ne fut publié qu'en 1664. Il inaugura sa carrière philosophique avec le Discours de la méthode (1637). Dans les méditations sur la philosophie première (1641), Descartes décrivit une forme de doute, très axée sur le sujet, qualifiée quelquefois d'hyperbolique. Descartes cherchait à refonder la philosophie sur un principe premier, le cogito, appelé à remplacer la cause première de la scolastique. Descartes écrivit aussi les Principes de la philosophie (1644) et recherche de la vérité par les lumières naturelles.

La conversion de Pascal aux thèses jansénistes

La conversion de Blaise Pascal, qui aboutit à son adhésion aux thèses jansénistes (Jean Duvergier de Hauranne abbé de Saint-Cyran, Antoine Arnauld), se comprend quant à elle à la fois comme une critique du laxisme des autorités ecclésiastiques, particulièrement des méthodes casuistiques introduites par les Jésuites au début du XVIIe siècle, et d'une réaction par rapport au rationalisme cartésien.

Jean Lacouture note [7] :

« En 1646, il (Blaise Pascal) fait la connaissance de disciples de Saint-Cyran qui lui font découvrir que marcher sur les traces de Copernic et de Galilée pour libérer la physique du poids mort d'Aristote et de la scolastique n'est que la démarche d'une vaine raison, impliquée dans la souillure de l'humanité tout entière, et que tout ce génie qui bouillonne en lui ne le conduit qu'à le divertir d'une révélation terrible et rédemptrice. Que signifie un savoir qui ne jette pas l'homme au pied de la Croix ?
Dès lors, et à jamais, Blaise Pascal - sans abandonner pour autant ses travaux scientifiques - vivra hanté par l'universelle corruption de la nature humaine conduite invinciblement au mal. Au cœur de cet océan de souillures, il se sent appelé à se dresser dans un combat sans trêve ni merci, avec le sentiment, écrit François Mauriac, de vivre au plus près de lépreux inconscients de leur lèpre et voué à observer avec autant de soin que la pesanteur de l'air la corruption de la nature. »

Blaise Pascal critiqua la casuistique et ses tenants jésuites de la Sorbonne (fidèles à la scolastique), d'une façon particulièrement virulente dans les Provinciales (1656) (surtout les lettres IV et V). Ces lettres furent publiées à plus d'une dizaine de milliers d'exemplaires. Elles eurent un impact considérable à l'époque et encore pendant les Lumières.

Article détaillé : les Provinciales.

Depuis la victoire des jésuites, la position officielle de l'Église catholique est de déplorer l'aveuglement de Pascal qui ne se rendait pas compte que, par de tels écrits, il donnait des armes aux adversaires du catholicisme. On en aura un exemple dans l'Encyclopedia Catholica :

« Que Pascal ait pensé faire un travail utile, c'est toute sa vie qui en témoigne, aussi bien que ses déclarations à son lit de mort. Sa bonne foi ne peut pas sérieusement être mise en doute, mais certaines de ses méthodes sont plus discutables. S'il n'a jamais sérieusement altéré les citations des casuistes qu'il faisait, comme on l'a quelquefois accusé injustement de l'avoir fait, il les arrange un peu et de manière peu sincère; il simplifie à l'excès des questions compliquées et, dans sa façon de présenter les solutions des casuistes, il se permet quelquefois de mêler sa propre interprétation. Mais le reproche le plus grave qu'on puisse lui adresser est d'avoir injustement fait tort à la Société de Jésus, en l'attaquant exclusivement et lui attribuant un désir d'abaisser l'idéal chrétien et de mitiger le code de la morale dans l'intérêt de sa politique; il a par là discrédité la casuistique elle-même en refusant de reconnaître sa légitimité voire, dans certains cas, sa nécessité, si bien que ce ne sont pas seulement les jésuites, mais la religion qui a souffert dans ce conflit, même s'il a contribué à accélérer la condamnation par l'Église de certaines théories laxistes. Ainsi, sans le vouloir ni même s'en rendre compte, Pascal a fourni des armes aussi bien aux incroyants et aux adversaires de l'Église qu'aux partisans d'une morale indépendante.

L'impact sera grave sur l'image des jésuites et de l'Église catholique. Marc Fumaroli, cité par Jean Lacouture [8] note :

« La modernité jésuite, à l'épreuve de la France, apparut à la fois choquante et démodée, et la fidélité jésuite à Aristote, à Cicéron, à saint Thomas, sembla impure et équivoque. Bien quils fussent en fait, par leur encyclopédisme, les derniers tenants de l'Antiquité vivante, les jésuites passèrent pour traîtres à l'Antiquité. Bien qu'ils fussent par leur adaptation aux réalités du monde de la Renaissance, les premiers historiens, sociologues et ethnologues du catholicisme, ils furent tenus pour ses pires réactionnaires... »

Autres prises de position philosophiques

Spinoza et l'intuition

Spinoza aborda la métaphysique, quelque temps après Descartes, en apportant davantage d'importance à l'intuition que ce dernier. Bergson s'inspira sur ce point de Spinoza au XXe siècle.

Kant et la survie de la métaphysique

La conception de la métaphysique changea ainsi progressivement. Kant écrivit sa critique de la raison pure, en grande partie pour sauver la métaphysique, qui était gravement menacée par la révolution copernicienne. Kant ajusta les fondements et les concepts de la métaphysique, en vue de renouveler l'éthique et le droit.

Questionnement sur la scolastique et l'aristotélisme

La controverse ptoléméo-copernicienne a d'abord ébranlé, puis provoqué l'abandon des théories géocentriques soutenues par les tenants de l'aristotélisme. Ceux-ci s'appuyaient sur la description de l'univers physique contenue dans quelques livres d'Aristote, notamment le traité du ciel : selon ces théories, le monde était un assemblage ordonné d'objets spécifiques et soumis à leur nature propre : monde lunaire des objets légers et sub-lunaire des objets lourds, etc.

Dans un premier temps, les scientifiques, à cette époque plus soumis aux autorités religieuses (Église catholique ou réformateurs) et plus attentifs aux Écritures saintes, tentèrent de concilier le système géocentrique (Ptolémée, Aristote, passages des Écritures saintes laissant entendre que la terre était immobile) et le système héliocentrique, par l'équivalence des hypothèses, mais cela ne suffit pas.

Dans l'organisation des enseignements de l'époque (scolastique), on faisait moins de différence qu'aujourd'hui entre la cosmologie et la théologie. La théologie et la métaphysique étaient les enseignements les plus prestigieux à l'université. Les nouvelles théories cosmologiques ont reposé sur l'expérimentation, en particulier l'observation avec des lunettes astronomiques. L'expérimentation était précisément l'un des maillons faibles de la méthode scolastique, qui était très spéculative. On voit en effet le franciscain Roger Bacon critiquer la scolastique sur ces aspects dès le XIIIe siècle. Il ne faut pas sous-estimer pour autant la philosophie scolastique, qui comprenait des méthodes éprouvées, tant en logique, qu'en éthique, et même en métaphysique.

En fait, les hommes du XVIIe siècle semblent ne pas avoir fait la distinction entre la philosophie d'Aristote, et ses traités scientifiques (physique, ...) basés sur une observation directe de la nature. Aristote était un philosophe avant d'être un scientifique. A l'époque de Galilée, théologie, philosophie et science étaient beaucoup plus interdépendants qu'à notre époque, qui reconnaît le principe d'autonomie de la science.

Affranchissement de la science de la tradition scolastique et aristotélicienne

Les hésitations des scientifiques, qui à cette époque étaient soumis aux autorités religieuses (Église catholique ou réformateurs), les erreurs d'interprétation de la plupart des théologiens du XVIIe siècle, notamment lors du procès de Galilée (1633), la confirmation des thèses héliocentriques avec Newton et les preuves optiques de la trajectoire orbitale de la Terre, ont eu pour conséquence que la science s'est affranchie de la tradition aristotélicienne.

Les scientifiques ont appris progressivement à s'exprimer dans d'autres cercles que la scolastique, inaugurant le principe d'autonomie de la science.

L'image de l'Église ternie

La confirmation des thèses de Galilée sur le mouvement de la Terre a révélé a posteriori le caractère trop littéral et dogmatique de l'interprétaton des textes de la Bible au XVIIe siècle, ce qui a terni durablement l'image de l'Église catholique et du christianisme en général dans les milieux scientifiques et philosophiques. Cela se ressent encore aujourd'hui.

Il n'y eut pas, au XVIIIe siècle, de théologien qui fût à la hauteur de cet enjeu, alors que la traduction de la Bible de Lemaître de Sacy, avec des modifications syntaxiques et grammaticales (voir logique de Port-Royal) eut probablement une influence sur les philosophes des Lumières.

Les levées d'index de la première moitié du XVIIIe siècle (1741, 1757) n'ont pas vraiment constitué une reconnaissance implicite des erreurs de l'Église vis-à-vis de Galilée, de sorte que l'Église fut qualifiée d'obscurantiste par certains philosophes des Lumières. Au lieu de reconnaître ses erreurs, l'Église s'est pendant longtemps enfermée dans une politique du silence.

Le pape a déclaré lors de la conclusion des travaux de la commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne en 1992 :

« À partir du siècle des Lumières, et jusqu'à nos jours, le cas Galilée a constitué une sorte de mythe, dans lequel l'image que l'on s'était forgée des événements était passablement éloignée de la réalité. Dans cette perspective, le cas Galilée était le symbole du prétendu refus par l'Église du progrès scientifique, ou bien de l'obscurantisme « dogmatique » opposé à la libre recherche de la vérité. Ce mythe a joué un rôle culturel considérable ; il a contribué à ancrer de nombreux scientifiques de bonne foi dans l'idée qu'il y avait incompatibilité entre, d'un côté, l'esprit de la science et son éthique de recherche et, de l'autre, la foi chrétienne. Une tragique incompréhension réciproque a été interprétée comme le reflet d'une opposition constitutive entre science et foi. Les élucidations apportées par les récentes études historiques nous permettent d'affirmer que ce douloureux malentendu appartient désormais au passé.
On peut tirer de l'affaire Galilée un enseignement qui reste d'actualité par rapport à des situations analogues qui se présentent aujourd'hui et peuvent se présenter demain. »

Suites de la révolution copernicienne

Naissance de la science moderne et autonomie de la science

La controverse ptoléméo-copernicienne a vu s'affronter les points de vue des scientifiques (astronomes, mathématiciens et physiciens) et des théologiens avec des tensions sans précédent, au sujet de l'interprétation des Écritures saintes, et des passages cosmologiques de la Bible. Le cas de Galilée en particulier a montré que les scientifiques avaient besoin d'une certaine autonomie par rapport aux autorités ecclésiastiques pour effectuer leurs recherches. La révolution copernicienne a vu ainsi, avec la naissance de la science moderne, apparaître le principe d'autonomie de la science.

Changement de configuration du savoir

Le philosophe Michel Foucault, dans les mots et les choses, identifie un changement dans la configuration du savoir (épistémè), qui s'est produit selon lui entre le milieu du XVIIe siècle (époque de Descartes et Pascal) et 1825 environ.

Rejet de la métaphysique par les idéologies

Après cette période de mise en doute de la métaphysique, la période qui suivit la Révolution et l'Empire vit l'émergence de philosophies matérialistes, quelquefois franchement idéologiques.

Dans les années 1820, au XIXe siècle, et dans la première moitié du XXe siècle s'est développée la doctrine du saint-simonisme, du nom de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (en abrégé Saint-Simon, à ne pas confondre avec le duc de Saint-Simon, le célèbre mémorialiste de Louis XIV).

Le comte de Saint-Simon prétendait remplacer Dieu par la loi universelle de la gravitation. Dans sa lettre d'un habitant de Genève à ses contemporains (1803), il fit référence à Isaac Newton, comme le symbole du scientifique idéal, élevant une sorte de culte aux scientifiques.

Cette doctrine connut un certain succès, sous la forme de la philosophie des réseaux, selon Pierre Musso.

La doctrine de Saint-Simon inspira un certain nombre d'idéologies matérialistes, comme le positivisme (Auguste Comte), le marxisme, ...

Auguste Comte parla d'une loi des trois états, faisant passer l'humanité de l'âge théologique, à l'âge métaphysique, puis à l'âge positif. Il est intéressant de rapprocher cette loi des trois états des bornes chronologiques indiquées par Michel Foucault:

Selon Auguste Comte, l'astronomie était la première science à parvenir à l'état positif.

Article détaillé : Auguste Comte.

Repentance de l'Église

Article détaillé : repentance de l'Église.

Lors de la conclusion des travaux de la commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne en 1992, l'Église a officiellement reconnu ses erreurs dans l'affaire Galilée.

Le cardinal Poupard, président de la commission, a déclaré :

« C'est dans cette conjoncture historico-culturelle, bien éloignée de notre temps, que les juges de Galilée, incapables de dissocier la foi d'une cosmologie millénaire, crurent, bien à tort, que l'adoption de la révolution copernicienne, par ailleurs non encore définitivement prouvée, était de nature à ébranler la tradition catholique, et qu'il était de leur devoir d'en prohiber l'enseignement. Cette erreur subjective de jugement, si claire pour nous aujourd'hui, les conduisit à une mesure disciplinaire dont Galilée « eut beaucoup à souffrir ». Il faut loyalement reconnaître ces torts, comme vous l'avez demandé, Très Saint-Père. »

Le pape a déclaré dans son discours lors de la conclusion des travaux de la commission :

« Ainsi la science nouvelle, avec ses méthodes et la liberté de recherche qu'elle suppose, obligeait les théologiens à s'interroger sur leurs propres critères d'interprétation de l'Écriture. La plupart n'ont pas su le faire.
Paradoxalement, Galilée, croyant sincère, s'est montré plus perspicace sur ce point que ses adversaires théologiens. « Si l'écriture ne peut errer, écrit-il à Benedetto Castelli, certains de ses interprètes et commentateurs le peuvent, et de plusieurs façons ». On connaît aussi sa lettre à Christine de Lorraine (1615) qui est comme un petit traité d'herméneutique biblique. »

Aujourd'hui

Au-delà du modèle copernicien

  • L'évolution des théories scientifiques.

Les découvertes scientifiques de la deuxième moitié du XIXe siècle, et surtout du XXe siècle ont montré que la gravitation n'est pas la seule force de l'univers. On trouve en effet l'électromagnétisme, l'interaction faible, et l'interaction forte. Les découvertes de la relativité (générale et restreinte), ainsi que la physique quantique, ont conduit à revoir la prétention selon laquelle l'univers est prédictible selon des "lois" scientifiques. La notion de hasard a été réintroduite, par exemple la théorie des jeux.

Ainsi, aujourd'hui, le modèle héliocentrique de l'univers apparaît comme insuffisant : il ne permet pas d'expliquer la déviation du périhélie de Mercure, la courbure des rayons lumineux dans le voisinage des corps célestes de forte masse, les trous noirs, les pulsars, les quasars, etc.

Du reste, le Soleil n'est pas fixe, comme on le croyait à l'époque de Galilée : il tourne autour du centre de la Voie lactée, qui est composé surtout de nuages d'hydrogène. Ces nouvelles théories cosmologiques ont pu être obtenues grâce à la radioastronomie, avec de nouveaux types d'instruments, les radiotélescopes, comme celui de Nançay.

  • L'Eglise et la révolution copernicienne.

Jean-Paul II déclarait dans son discours de clôture des travaux de la commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne, le 31 octobre 1992 :

« Au temps de Galilée, il était inconcevable de se représenter un monde qui fut dépourvu d'un point de référence physique absolu. Et comme le cosmos alors connu était pour ainsi dire contenu dans le seul système solaire, on ne pouvait situer ce point de référence que sur la terre ou sur le soleil. Aujourd'hui, après Einstein et dans la perspective de la cosmologie contemporaine, aucun de ces deux points de référence n'a plus l'importance qu'ils présentaient alors. Cette remarque ne vise pas, cela va de soi, la validité de la position de Galilée dans le débat ; elle entend indiquer que souvent, au-delà de deux visions partielles et contrastées, il existe une vision plus large qui les inclut et les dépasse l'une et l'autre. »

Utilisations de l'expression en dehors du champ astronomique

L'expression révolution copernicienne n'a vraiment de sens qu'employée dans son contexte historique. Il est pourtant devenu d'usage courant de l'employer de manière métaphorique dans des contextes contemporains, notamment pour justifier des changements de perspective dans une discipline donnée, en particulier dans le domaine scientifique. Ainsi, dans Ni Dieu, ni gène, Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo soutiennent que la génétique n'a pas encore effectué sa révolution copernicienne, et est encore prisonnière du concept aristotélicien d'espèce.

En philosophie, l'utilisation la plus fameuse de l'expression est celle de Kant, qui qualifie de « révolution copernicienne » la nouvelle théorie de la connaissance qu'il propose : en considérant que la connaissance ne résulte pas d'une simple observation passive du monde mais d'un acte de notre esprit (qui élabore des concepts, procède à des expériences), il estime avoir placé le sujet au centre de la connaissance et non l'objet comme ses prédécesseurs.

Michel Foucault parle, pour notre époque, d'un nouveau changement de conception du monde. Il qualifie les conceptions du monde liées aux époques de l'Histoire d'épistémè. Selon lui, nous entrons dans l'hypermodernité.

Renouvellement des études bibliques

On peut distinguer deux causes à la controverse ptoléméo-copernicienne :

La philosophie scolastique paraissait trop « spéculative » (c'est le terme employé par Descartes dans le discours de la méthode) aux scientifiques de l'époque, car elle consistait seulement en dialogues, mais ne prenait pas en compte les résultats des expériences scientifiques.

À cette raison s'en ajoute une seconde sur les traductions des textes de la Bible, surtout de l'Ancien Testament, comme le laisse penser la lettre de Galilée à Christine de Lorraine. Les traductions successives du texte hébreu en grec (Septante), puis en latin (Vulgate) ont probablement entraîné des déformations de sens sur quelques passages clés pour l'interprétation par des scientifiques. La méthode d'interprétation (herméneutique) des Écritures saintes, à savoir la doctrine des quatre sens de l'Écriture, définie par Origène (IIIe siècle) et Jean Cassien (Ve siècle) a été prise en défaut. Cette méthode était à la base des lectures dans les monastères (Lectio divina), et était intimement liée à la théologie scolastique.

Des compléments de recherche sont nécessaires sur le contexte du procès pour confirmer les raisons de la condamnation et son impact (voir article Galilée).

Il s'agirait donc d'un problème d'exégèse plutôt que d'un problème d'herméneutique.

Les protestants approfondirent l'étude de l'Ancien Testament au XIXe siècle.

À partir de Léon XIII, puis avec Pie XII, l'Église catholique introduisit des consignes pour les études bibliques : en herméneutique (interprétation des textes) ainsi qu'en exégèse (étude des textes anciens).

Le pape Pie XII n'a pas été particulièrement ému par la théorie du Big Bang, à laquelle il a réagi par cette expression : fiat lux !

La plupart des papes modernes ont reconnu les talents de Galilée. Le pape Jean-Paul II a reconnu les erreurs commises par la plupart des théologiens dans l'interprétation des Écritures lors du procès de Galilée, à la suite des travaux menés par la commission d'étude de la controvrse ptoléméo-copernicienne entre 1981 et 1992

Article détaillé : repentance de l'Eglise.

Il n'en reste pas moins que la philosophie d'Aristote a été quasiment exclue des enseignements philosophiques en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, et qu'on n'y fait guère référence encore aujourd'hui dans les programmes de philosophie.

Passages cosmologiques de la Bible

Les quelques passages cosmologiques de la Bible que les théologiens ont opposé à la théorie héliocentrique [9] sont les suivants (ces passages sont issus d'une traduction moderne de la Bible, et ne rendent donc pas compte des modifications qui ont eu lieu au cours des siècles à la suite des travaux d'exégèse et des différentes traductions) :

  • Psaume 18, 8 : « La terre fut ébranlée et trembla, les fondements des montagnes s'agitèrent, et ils furent ébranlés, parce qu'il était courroucé » ;
  • Psaume 19, 5-6 : « Leur son parcourt toute la terre, leurs accents vont jusqu'aux extrémités du monde. C'est là qu'il a dressé une tente pour le soleil. Et lui, semblable à l'époux qui sort de la chambre nuptiale, s'élance joyeux, comme un héros, pour fournir sa carrière. »
  • Psaume 103, 11 : « Car autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa bonté est grande envers ceux qui le craignent. »
  • Ecclésiaste 1,4-5 : « Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche, et il se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau. »
  • Josué 10, 12-13 : « Alors Josué parla à Yahweh, le jour où Yahweh livra les Amorrhéens aux enfants d'Israël, et il dit à la vue d'Israël: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée d'Ajalon ! Et le soleil s'arrêta, et la lune se tint immobile, jusqu'à ce que la nation se fut vengée de ses ennemis. Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Juste? Et le soleil s'arrêta au milieu du ciel, et ne se hâta point de se coucher, presque un jour entier. »
  • Isaïe 38-8 : « Voici que je vais faire reculer l'ombre en arrière, des degrés qu'elle a descendus sur les degrés d'Achaz sous l'influence du soleil, soit de dix degrés. Et le soleil recula de dix degrés sur les degrés qu'il avait descendus. »

Deux autres psaumes contiennent également des passages cosmologiques :

  • Psaume 93, 1 : « Yahweh est roi, il est revêtu de majesté, Yahweh est revêtu, il est ceint de force : Aussi le monde est ferme, il ne chancelle pas ». (voir aussi la traduction de Louis Segond : Ps 93. 1).
  • Psaume 96, 10 : « Dites parmi les nations: " Yahweh est roi; aussi le monde sera stable et ne chancellera pas ; il jugera les peuples avec droiture. " »

Citation

« Prêtez-moi seulement votre attention ; je vais vous conduire plus loin que vous ne pensez. En effet, c’est de ce doute universel que, comme d’un point fixe et immuable, j’ai résolu de dériver la connaissance de Dieu, de vous-même, et de tout ce que renferme le monde. »

Descartes, recherche de la vérité par les lumières naturelles.

Notes et références

  1. Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, sous la direction de Francesco Beretta.
  2. En fait, le phénomène des marées s'explique par l'attraction lunaire, et son cycle presque journalier est dû à la rotation de la Terre sur elle-même.
  3. Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, sous la direction de Francesco Beretta, pages 67-90
  4. Galilée en procès, Galilée réhabilité ? sous la direction de Francesco Beretta, pages 63-64
  5. Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, sous la direction de Francesco Beretta, page 64
  6. Voir ce lien
  7. Jean Lacouture, Jésuites
  8. Jean Lacouture, Jésuites
  9. Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, pages 26 et 30


Voir aussi

Articles connexes

Aspects scientifiques

Aspects philosophiques

Aspects historiques, représentation du monde

Aspects religieux

Aspects médiatiques

Bibliographie

  • Marin Mersenne ou la révolution mécaniste, Robert Lenoble, Vrin, 2000.
  • Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galileo Galilei, traduction par René Fréreux et François de Gandt. Paris, Seuil, Points Sciences, 2000. ISBN 2-02-041635-2.
  • Traité du monde et de la lumière, Descartes.
  • Copernic et la révolution copernicienne, Jean-Jacques Szczeciniarz, Flammarion, 2001.
  • La révolution copernicienne, Thomas-Samuel Kuhn, Le livre de poche, ISBN 2-253-05933-1.
  • Galileo Galilei, 350 ans d'histoire (1633-1983), ouvrage collectif sous la direction de Mgr Paul Poupard, Desclée International, Tournai 1983.
  • L'affaire Galilée, cardinal Paul Poupard, édition de Paris, octobre 2005.
  • Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, sous la direction de Francesco Beretta. Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2005. ISBN 2-88011-369-5.
  • Descartes, Samuel S. de Sacy, Seuil, réédité en 1996.
  • L'Image du monde des Babyloniens à Newton, Joëlle Fontaine et Arkan Simaan, Adapt éditions, 1999.

Lien externe

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