Traite de Tordesillas


Traite de Tordesillas

Traité de Tordesillas

Traité de Tordesillas, folio 6 recto, Bibliothèque nationale de Lisbonne

Le traité de Tordesillas est un traité international établi à la fin du XVe siècle pour établir le partage du Nouveau Monde, considéré comme terra nullius, entre les deux puissances coloniales émergentes, l'Espagne et le Portugal, avec pour ligne de partage un méridien nord-sud localisé à 370 lieues (1770 km) à l'ouest des îles du Cap-Vert — méridien qui se situerait aujourd'hui à 46° 37' ouest. Il a été rédigé à Tordesillas en Castille. La version castillane du traité a été ratifiée à Arevalo par le roi Ferdinand II d'Aragon et la reine Isabelle Ire de Castille le 2 juillet 1494. La version portugaise du traité a été ratifiée à Setúbal par le roi Jean II de Portugal le 5 septembre 1494[1].

D'après ce traité, le royaume de Castille, ainsi que les îles Canaries, sont acquis à la couronne espagnole, tandis que Madère, Porto Santo, les Açores et les îles du Cap-Vert, ainsi que le droit de conquête du royaume du Maroc (royaume de Fez ou Fès) et le droit de navigation au sud du parallèle des Canaries, sont acquis au royaume du Portugal.

Le Brésil, découvert après la conclusion du traité, tomba de fait sous souveraineté portugaise.

Les originaux du Traité de Tordesillas sont dans les archives de Torre do Tombo (Lisbonne) et les Archives générales des Indes (Séville).

Sommaire

Une découpe méridienne

La ligne de partage selon la bulle Inter cætera (en pointillés), selon le traité de Tordesillas (en violet), et son prolongement selon le traité de Saragosse (en vert)
La ligne de partage sur le planisphère de Cantino (1502)

Ce traité résolvait les conflits qui suivirent la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. En 1481, la bulle pontificale Æterni regis garantissait au Portugal toutes les terres au sud des îles Canaries. En mai 1493, le pape Alexandre VI, décrète par la bulle Inter cætera que les nouvelles terres découvertes situées à l'Ouest d'un méridien à 100 lieues des îles du Cap-Vert revenaient à l'Espagne, celles à l'Est revenant au Portugal, cette bulle excluant toutes terres connues déjà sous le contrôle d'un État chrétien. Cette bulle mécontenta le roi Jean II de Portugal, qui entama des tractations avec les souverains espagnols Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille, arguant que ce méridien scindait le globe et pouvait restreindre les prétentions espagnoles en Asie, ce afin de le déplacer vers l'Ouest. Il obtint ainsi la propriété sur les terres découvertes jusqu'à 370 lieues à l'ouest du Cap Vert. Ce traité contrariait la bulle d'Alexandre VI, qui était d'origine espagnole, mais fut approuvé par le pape Jules II dans une nouvelle bulle en 1506.

Ces nouvelles terres étaient encore peu connues et les mesures approximatives, ce qui accordait théoriquement aux Espagnols la totalité des Amériques. Cependant, lorsque Pedro Alvares Cabral découvrit le Brésil, en 1500 sa partie orientale fut attribuée au Portugal. L'Espagne n'ayant pas les moyens de garantir ce découpage, elle ne put empêcher l'expansion portugaise au Brésil.

Les autres puissances maritimes européennes (France, Angleterre, Pays-Bas, etc.) se virent refuser tout droit sur ces nouvelles terres. Elles ne purent dans un premier temps que recourir à la piraterie et à la contrebande pour profiter des richesses du Nouveau Monde avant que, apparition du protestantisme aidant, elles ne rejettent l'autorité pontificale. Pour sa part, François Ier demanda à voir la clause du testament d'Adam qui l'excluait de ce partage.

Avec le tour du monde de Magellan, une nouvelle dispute éclata pour localiser la suite à l'est de ce méridien qui devait faire le tour du globe. L'une des terres en débat entre les deux signataires était l'archipel des Moluques, importante zone d'approvisionnement en épices. Après de nouvelles tractations, le traité de Saragosse, signé le 22 avril 1529, établit la suite du méridien à 297,5 lieues à l'ouest des Moluques, au profit du Portugal, l'Espagne se voyant attribuer une compensation financière.

Résumé de la colonisation ibero-portugaise des Amériques

Les Hispaniques (Espagnols) furent les premiers à s’installer au Nouveau Monde. Après la découverte des Antilles par Christophe Colomb, l’Espagne et le Portugal se sont donc partagées l’Amérique grâce au Traité de Tordesillas, en 1494.

Dans ce traité, il est convenu que le Portugal se limiterait à coloniser les terres jusqu’à 2000 km à l’Ouest des îles du Cap-Vert, laissant à l’Espagne tout le reste de terres américaines. Personne ne sait à l'époque que l'Amérique du Sud forme saillie à l'est de cette ligne - et donc de contenir le vast ensemble des terres américaines, - ce qui permettra plus tard au Portugal de revendiquer le Brésil.

Aucun autre État ne reconnaissait le traité de Tordesillas, mais la suprématie navale incontestable de l'Espagne et du Portugal leur permit de le faire respecter pendant un siècle. Les Espagnols se contentent d'abord d'occuper les Antilles, où ils pensent trouver de l'or; mais, devant l'échec de leur recherche, ayant appris par les indigènes qu'il y aurait de grandes sources de métal précieux sur le continent américain, ils entreprennent sa conquête quelque quinze ans après la mort de Christophe Colomb.

Alors que l'Empire portugais ne fonde que des stations maritimes, l'Empire espagnol se caractérise par la mise au pouvoir sur les terres conquises de dirigeants de leur pays. Un nouveau peuple métissé se forme, les créoles, qui installe durablement l'influence espagnole en Amérique. À l'opposé, les Portugais se contentent de fréquenter les ports « exotiques » pour envoyer des marchandises à Lisbonne. Ils y passent juste le temps nécessaire pour s'enrichir puis, une fois qu’ils se sont enrichis, ils retournent dans leur pays. La capitale portugaise devient un grand entrepôt d'épices où toute l'Europe vient se fournir.

La puissance portugaise dure environ 75 ans. Dès la fin du XVIe siècle, les Hollandais enlèvent à Lisbonne la plus précieuse de ses colonies, les îles de la Sonde. Les rois d'Espagne, eux, organisent leurs nouvelles conquêtes de manière à les soumettre à la métropole. Les différentes colonies sont gouvernées par de hauts fonctionnaires envoyés d’Espagne, vice-rois, capitaines ou généraux. Comme les Portugais, les Espagnols se réservent le monopole des ventes de produits exotiques en Europe.

Le traité de Tordesillas devint réellement caduque lorsque les autres puissances (la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) disposeront d'une flotte navale suffisante pour braver l'interdit ibéro-portugais. Outre la reprise de certaines colonies espagnoles, les autres puissances continueront la colonisation en occupant des terres plus au Nord, comme les États-Unis et le Canada, peu ou pas colonisés par les Espagnols.

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • (es) Bernd Schröter et Karin Schüller (dir.), Tordesillas y sus consecuencias : la política de las grandes potencias europeas respecto a América Latina, 1494-1898 (congrès scientifique international du Département d'Histoire ibérique et latino-américaine de l'Université de Cologne, décembre 1994), Vervuert, Francfort-sur-le-Main ; Iberoamericana, Madrid, 1995, 260 p.
  • (es) Jesús Varela Marcos, El Tratado de Tordesillas en la política atlántica castellana, Universidad de Valladolid, 1997, 128 p. (ISBN 84-7762-686-3)
  • (fr) Michel Balard et Alain Ducellier (dir.), Le partage du monde : échanges et colonisation dans la Méditerranée médiévale (actes du 3e Congrès sur la colonisation médiévale organisé par le Groupement de recherche n° 927 du CNRS), Publications de la Sorbonne, Paris, 1998, 493 p.(ISBN 2-85944-345-2)
  • (fr) Régis Debray, Christophe Colomb, le visiteur de l'aube. Suivi des Traités de Tordesillas (traduits de l'espagnol par Bernard Lesfargues et présentés par Bartolomé Bennassar), La Différence, Paris, 1991, 124 p. (ISBN 2-7291-0727-4)
  • (pt) Luís Adão da Fonseca et Maria Cristina Cunha (dir.), O Tratado de Tordesilhas e a diplomacia luso-castelhana no século XV, Ed. Inapa, Lisbonne, 1991, 91 p. (ISBN 972-9019-36-3)

Liens externes

Notes et références

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