Usual Suspects


Usual Suspects

Usual Suspects

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Photo de Jackson Heights (en), quartier du comté du Queens, à New York, où fut tourné une partie du film.

Titre québécois Suspects de convenance
Titre original The Usual Suspects
Réalisation Bryan Singer
Scénario Christopher McQuarrie
Acteurs principaux Gabriel Byrne Kevin Spacey Stephen Baldwin Benicio Del Toro Chazz Palminteri Kevin Pollak Pete Postlethwaite
Sociétés de production PolyGram Filmed Entertainment Spelling Films International Bad Hat Harry Productions Rosco Film GmbH
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau d'Allemagne Allemagne
Genre Policier Thriller
Sortie 1995
Durée 106 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Usual Suspects (The Usual Suspects) est un film américain réalisé par Bryan Singer et sorti en 1995. Suivant une technique de narration non-linéaire, le film suit l'interrogatoire par l'agent Kujan (Chazz Palminteri) de Verbal Kint (Kevin Spacey), un petit malfaiteur infirme qui est l'un des deux seuls survivants d'un massacre ayant eu lieu la veille à bord d'un cargo à quai dans le port de Los Angeles. Par le biais de nombreux flashbacks, Kint raconte l'enchaînement d'évènements complexes qui l'ont mêlé, lui et quatre autres malfrats (joués par Gabriel Byrne, Stephen Baldwin, Benicio Del Toro et Kevin Pollak), à cette mystérieuse affaire derrière laquelle se trouverait le légendaire criminel Keyser Söze.

L'idée ayant donné naissance au film est celle de cinq criminels réunis pour une parade d'identification. Christopher McQuarrie a développé le scénario en prenant cette idée comme base et le film, après quelques difficultés pour trouver un financement, a ensuite été tourné en à peine un mois avec un budget modeste. Il a été présenté hors compétition au festival de Cannes 1995 où il a été bien accueilli par le public et la critique. Il a remporté plusieurs récompenses, dont l'Oscar du meilleur scénario original et l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Kevin Spacey, et est désormais considéré comme un film culte.

Sommaire

Synopsis

Introduction

Sur le pont d'un cargo dans la baie de San Pedro, en Californie, un homme blessé du nom de Keaton parle avec une silhouette portant gants, chapeau, briquet en or, et grand pardessus, et le nomme Keyser. Après une brève conversation, Keyser pointe une arme en direction de Keaton et tire, avant de mettre le feu au navire. Le lendemain, l'agent fédéral Jack Baer (Giancarlo Esposito) et l'agent spécial des douanes Dave Kujan (Chazz Palminteri) arrivent à San Pedro pour enquêter sur le massacre ayant eu lieu à bord du cargo (27 cadavres ont été retrouvés). Il n'y a que deux survivants : un petit escroc infirme appelé Verbal Kint (Kevin Spacey) et un Hongrois gravement brûlé, et de fait hospitalisé.

Baer interroge le Hongrois, qui proclame que Keyser Söze, un génie du crime turc détenant une réputation quasi mythique, était dans le port et y a tué « beaucoup de gens ». Le blessé décrit Keyser Söze avec l'aide d'un traducteur et d'un dessinateur de la police qui fait un portrait-robot. Pendant ce temps, Kint (surnommé Verbal par antiphrase en raison de son caractère taciturne) témoigne longuement sur les faits en échange d'une promesse d'immunité. Après avoir fait sa déposition auprès du juge d'instruction et en attendant de répondre d'une accusation mineure de détention d'armes, Verbal est placé dans le bureau du sergent Rabin (Dan Hedaya) où l'agent spécial Kujan lui demande de raconter à nouveau son histoire. Celle-ci commence six semaines plus tôt.

Rencontre et premiers coups

À New York, cinq criminels sont amenés au poste de police pour participer à une parade d'identification suite au vol d'une cargaison d'armes :

  • Dean Keaton (Gabriel Byrne), un ex-policier ripou qui a apparemment décidé de rompre avec le monde du crime ;
  • Michael McManus (Stephen Baldwin), braqueur coléreux et imprévisible ;
  • Fred Fenster (Benicio Del Toro), associé de McManus qui parle un anglais mêlé de spanglish ;
  • Todd Hockney (Kevin Pollak), un spécialiste en explosifs ;
  • Verbal lui-même, un petit escroc sans envergure déjà condamné pour abus de confiance.

Alors qu'ils sont rassemblés dans la même cellule, McManus convainc les autres (Keaton est particulièrement réticent) de s'associer pour soutirer des émeraudes à un trafiquant escorté par des policiers corrompus du NYPD. Le bénéfice est double : s'approprier les pierres précieuses et ridiculiser la police.

Après le succès de cette opération, le quintette se déplace à Los Angeles pour revendre le butin à un fourgue connu de McManus, Redfoot (Peter Greene). Celui-ci les incite à entreprendre un autre vol : s'approprier des bijoux volés par Saul Berg, un autre malfrat. Mais en fait, une fois la mission accomplie (de façon sanglante), il s'avère que l'objet du vol était une livraison d'héroïne. Il s'ensuit une violente dispute entre les voleurs, et Redfoot révèle que ce travail lui a été commandé par un avocat dénommé Kobayashi (Pete Postlethwaite). Les cinq rencontrent ensuite Kobayashi qui déclare travailler pour le compte de Keyser Söze et être son avoué. Les accusant d'avoir chacun déjà volé son employeur à leur insu, il les pousse à attaquer un cargo dans le port de San Pedro pour s'acquitter de leur dette envers Söze. Ce bateau, selon Kobayashi, doit contenir pour 91 millions de dollars de cocaïne devant être vendus à une bande rivale de Söze, et les cinq malfrats pourront se partager la somme après avoir détruit la drogue.

Le mythe Keyser Söze et Kobayashi

Verbal raconte ensuite à Kujan l'histoire de Keyser Söze telle qu'il la tient lui-même de Keaton et des autres. En flashback dans le récit de Verbal, on voit Söze harcelé par une bande rivale de Hongrois en Turquie, qui ont fait irruption dans sa maison, ont violé sa femme et menacent ses enfants. Plutôt que de voir sa femme et ses enfants tomber aux mains de ses ennemis, Söze les tue lui-même et exécute tous les membres de la bande (sauf un, qui est chargé de répandre la nouvelle), puis pourchasse et élimine tous leurs proches avant de disparaître dans la nature. Avec le temps, le personnage de Keyser Söze prend une stature mythique, les gens doutent de son existence ou même la nient. Interrogé par Kujan, Baer indique qu'il a entendu des rumeurs depuis des années selon lesquelles Keyser Söze s'abriterait derrière des rangées de subalternes qui ne savent même pas pour qui ils travaillent. Son collègue Dan Metzheiser monte même un dossier sur lui depuis plusieurs années.

Puis Kint raconte la tentative de fuite de Fenster, qui est rattrapé et abattu par Kobayashi. Les quatre restants réussissent à capturer Kobayashi, mais avant que McManus puisse l'exécuter, celui-ci révèle que l'avocate Edie Finneran (Suzy Amis), qui est la petite amie de Keaton, se trouve dans son bureau et menace de la faire disparaître, ainsi que les proches des autres truands. Ils le laissent partir et se résignent à attaquer le bateau.

L'attaque du bateau

La nuit de l'attaque du cargo, les vendeurs de drogue (un groupe d'Argentins) et les acheteurs (une bande de Hongrois) sont sur le quai. Keaton demande à Verbal de se tenir à l'écart et d'avertir Edie si l'affaire tourne mal. Verbal, ayant accepté avec réticence, observe la scène à distance. Keaton, McManus et Hockney attaquent les trafiquants et en tuent la plupart. Hockney est tué alors qu'il vient de mettre la main sur l'argent tandis que Keaton et McManus, montés sur le bateau, découvrent qu'il n'y a pas de cocaïne à bord.

McManus est victime d'un coup de couteau et Keaton se fait tirer dans le dos. Une silhouette en manteau sombre, que l'on suppose être Keyser Söze, apparaît et allume une cigarette avec un briquet en or. Il parle brièvement avec Keaton avant de lui tirer dessus (on est de retour à la scène d'ouverture du film).

Épilogue

On revient à l'interrogatoire de Verbal qui a fini son histoire. Kujan révèle ce qu'il en a déduit avec l'aide de Baer : l'attaque du bateau ne portait pas sur une cargaison de drogue, mais visait à ce que l'un des passagers, Arturro Marquez, qui était capable d'identifier Söze, soit éliminé. Après l'avoir tué, Söze a massacré tous les autres passagers et a mis le feu au bateau. Kujan révèle également qu'Edie a été retrouvée morte.

Il conclut de tout cela que Keaton était Keyser Söze. À l'origine, c'est une enquête sur Keaton qui a amené Kujan à s'intéresser à cette affaire, et il est persuadé que Keaton a mis en scène sa propre mort (comme il l'a déjà fait dans le passé) pour disparaître, laissant délibérément Verbal comme témoin des faits. Questionné par Kujan, Verbal finit par reconnaître que toute l'affaire, depuis le début, a été montée par Keaton.

Sa caution ayant été versée, Verbal récupère ses effets personnels (un briquet en or, une montre en or et un paquet de cigarettes) à la sortie du poste de police. Kujan, resté dans le bureau du sergent Rabin, s'aperçoit que des noms et détails mentionnés dans l'histoire racontée par Verbal proviennent en fait du tableau d'affichage du sergent Rabin, et que le nom de Kobayashi est celui de la marque du fabricant imprimée sous sa tasse de café. Se rendant compte que Verbal a tout inventé en s'inspirant de noms qu'il pouvait voir autour de lui, dans le bureau où il était interrogé, il se lance à sa poursuite, passant près d'un fax qui reçoit le portrait-robot de Keyser Söze : c'est le visage de Verbal. Celui-ci vient de sortir du poste de police, la main redevenue valide et sans boiter, et monte à bord d'une voiture conduite par son complice (celui présenté sous le nom de Kobayashi) qui s'éloigne.

Fiche technique

Distribution

Production

Développement du projet

Le réalisateur Bryan Singer (ici en 2009 lors de la première de Walkyrie).

Bryan Singer rencontre Kevin Spacey au festival du film de Sundance 1993 lors de la réception qui suit une projection d'Ennemi public, premier long-métrage du jeune réalisateur[2]. Impressionné par le film, Spacey dit à Singer qu'il tient à jouer dans son prochain film, quel qu'il soit. Singer vient alors de lire un article dans le magazine Spy intitulé The Usual Suspects, d'après la célèbre réplique prononcée par Claude Rains dans Casablanca[3], et a pensé que cela ferait un bon titre pour un film[4]. Interrogé par un journaliste à Sundance, Christopher McQuarrie, ami de Singer depuis le lycée et co-scénariste sur Ennemi public, annonce que leur prochain film aura pour sujet un groupe de malfaiteurs qui se rencontrent lors d'une parade d'identification[4]. Cette idée de cinq hommes se rencontrant pendant une identification servira par la suite de visuel pour l'affiche du film[5]. À partir de cette base, McQuarrie reprend une idée d'un scénario précédent qui n'a pas abouti, l'histoire d'un homme qui assassine sa propre famille avant de disparaître sans laisser de trace, afin de mélanger les deux[4].

Le personnage de Keyser Söze est basé sur celui de John List, un comptable du New Jersey qui a tué toute sa famille en 1971 et a disparu pendant presque vingt ans en prenant une nouvelle identité avant d'être finalement arrêté[6]. McQuarrie trouve le nom de Keyser Söze d'après celui de Keyser Sume, son ancien directeur dans le cabinet d'avocats de Los Angeles pour lequel il a travaillé[7]. Il change légèrement le nom de famille en celui de Söze, mot turc signifiant « trop bavard »[8]. Les noms des autres personnages proviennent également de ceux d'employés de ce cabinet d'avocats[6]. McQuarrie a également travaillé dans une agence de détectives, ce qui l'a aidé pour sa représentation des criminels et des représentants de la loi dans son scénario[9]. L'une des phrases les plus célèbres du film, « Le coup le plus rusé que le diable ait jamais réussi, ça a été de faire croire à tout le monde qu'il n'existait pas », provient d'une nouvelle de Charles Baudelaire, Le Joueur généreux[10],[N 3], issue du recueil Le Spleen de Paris. Mais McQuarrie et Singer ignoraient alors que Baudelaire était l'auteur de cette phrase car ils l'avaient emprunté à quelqu'un qui citait le poète français[6].

Singer décrit son film comme un croisement entre Assurance sur la mort et Rashōmon et déclare l'avoir fait de façon à ce que le spectateur puisse le voir une deuxième fois d'une manière totalement différente en remarquant tous les détails qui lui avaient échappés la première fois[11]. Il compare également sa structure à celle de Citizen Kane (où c'est un journaliste qui pose des questions et plusieurs personnes qui racontent une histoire) et à celle du Dossier Anderson[12].

Préproduction

Kevin Spacey (ici en 2009), interprète de Verbal Kint.

Christopher McQuarrie écrit neuf versions du scénario sur une période de cinq mois, jusqu'à ce que Bryan Singer pense qu'il est suffisamment peaufiné pour le proposer aux studios de production. Néanmoins, aucun des studios démarchés n'est intéressé mis à part une société de financement allemande[13]. Le scénario a du mal à se vendre en raison de l'histoire complexe et non-linéaire, du nombre abondant de dialogues et de l'absence d'une distribution attachée au projet. Néanmoins, le soutien financier de la compagnie allemande permet aux producteurs de faire des offres à plusieurs acteurs et d'assembler un casting. Ils ne peuvent proposer à certains acteurs connus que des cachets bien inférieurs à ce dont ils ont l'habitude mais ceux qui acceptent le font en raison de la qualité du scénario et de la chance offerte de travailler les uns avec les autres[5].

Singer envoie le scénario définitif à Kevin Spacey sans lui dire quel rôle a été écrit pour lui. Après l'avoir lu, Spacey appelle Singer pour lui dire qu'il est intéressé par les rôles de Keaton et Kujan mais plus particulièrement par le personnage de Kint, et il s'avère que c'est celui-ci que McQuarrie a écrit avec l'acteur en tête[14]. Spacey rencontre ensuite Gabriel Byrne et lui demande de participer au film. Byrne commence par refuser mais accepte après avoir rencontré Singer et McQuarrie, convaincu par leur enthousisasme. Cependant, l'acteur, qui a alors des problèmes d'ordre privé, demande à ce que le film soit tourné à Los Angeles, où il vit, et que le tournage ne dure pas plus de cinq semaines, ce que Singer accepte sans difficulté puisque c'est ce qui était de toute façon prévu[14]. Singer veut confier le rôle de Kujan à Chazz Palminteri depuis le début mais celui-ci n'est pas disponible. Le rôle est donc proposé à Christopher Walken et Robert De Niro, qui le déclinent, puis Al Pacino en fait une lecture mais préfère interpréter un autre policier dans Heat. Palminteri est finalement disponible, mais pour seulement une semaine, et accepte le rôle. Le financement du film est ainsi plus aisé car les producteurs sont attirés par la notoriété qu'a récemment acquise Palminteri avec Il était une fois le Bronx et Coups de feu sur Broadway[14]. Ainsi, Singer parvient à convaincre PolyGram Filmed Entertainment de participer à la production[13]. Stephen Baldwin, Kevin Pollak et Benicio Del Toro complètent la distribution principale, Del Toro étant suggéré par Spacey et engagé sans même passer d'audition car il n'est pas à l'aise dans cet exercice[14]. Singer est toutefois inquiet au sujet de ce dernier choix, car il souhaite quelqu'un de plus âgé, mais il reconnaîtra par la suite qu'il avait tort[6].

Pour préparer son rôle d'infirme, Spacey rencontre des spécialistes de l'infirmité motrice cérébrale, travaille sur plusieurs boitements différents et colle l'un à l'autre les doigts de sa main[7]. Singer et Spacey décident après en avoir discuté que l'infirmité du personnage ne touchera que ses membres du côté gauche[14]. D'après Byrne, les principaux acteurs nouent rapidement des liens étroits durant les répétitions[2]. Del Toro travaille avec le linguiste Alan Shaterian pour développer le spanglish presque inintelligible dans lequel son personnage s'exprime[15]. Del Toro commente à ce sujet que ce que son personnage a à dire n'a pas vraiment d'intérêt, l'utilité de Fenster dans le film étant d'être le premier à mourir et d'instiller ainsi la peur de Söze, et qu'il a donc eu la liberté d'aller très loin dans sa composition[14].

Tournage

Un budget de moins de six millions de dollars est établi et le tournage se déroule en 35 jours, entre juin et juillet 1994[13], à Los Angeles, San Pedro et New York[11]. Les scènes de l'interrogatoire entre Kevin Spacey et Chazz Palminteri sont tournées les premières[16] sur une période de cinq jours[17]. La scène de la parade d'identification prend plus de temps que prévu car les acteurs ont du mal à garder leur sérieux et à dire leurs répliques. Ils finissent par improviser et le fou rire des personnages dans cette scène est involontaire ; les acteurs ne parvenant pas à retrouver leur calme, Bryan Singer, après s'être mis en colère contre eux, décide de garder la scène en l'état, estimant que ce rire pouvait montrer une certaine camaraderie et de la décontraction face à la police[16]. Spacey ajoute sur ce sujet que ne pas rire était ce qu'il y avait de plus difficile dans cette scène, notamment à cause des pitreries de Stephen Baldwin et de Kevin Pollak, dont le but était de faire craquer Gabriel Byrne, réputé pour son sérieux[17]. Les premières scènes avec Benicio Del Toro sont également une surprise pour ses partenaires car seul Singer a été prévenu du langage particulier que Del Toro a donné au personnage. Byrne va donc trouver Singer pour lui dire que lui et les trois autres acteurs ne comprennent rien à ce qu'il raconte et le réalisateur lui répond : « Si vous ne comprenez pas ce qu'il dit, c'est peut-être parce que nous laissons les spectateurs savoir qu'ils n'ont pas besoin de comprendre ce qu'il dit »[16].

La scène du braquage dans le parking souterrain est tournée sur 18 heures en un seul jour, Singer ne voulant pas arrêter de filmer tant qu'il n'a pas les images qu'il veut malgré les menaces de la société de garantie de faire arrêter le tournage[16]. Lors de la scène de la rencontre du groupe avec Redfoot après ce braquage, il est prévu que Peter Greene jette sa cigarette dans la poitrine de Baldwin. Mais l'acteur manque son coup et lui envoie au visage par accident, la réaction authentique de Baldwin poussant Singer à conserver cette prise[6]. Pendant le tournage, Singer laisse également croire à ses cinq acteurs principaux que c'est peut-être eux qui jouent en fait Keyser Söze, en leur faisant tourner des prises, coupées au montage, dans ce sens[6]. Byrne est d'ailleurs stupéfait quand il apprend finalement que ce n'est pas lui qui interprète Söze et il a une explication enflammée avec Singer à ce sujet[8].

Malgré des lieux de tournage clos et un planning de tournage très serré, le directeur de la photographie Newton Thomas Sigel trouve « une façon de tourner les scènes de dialogues avec une combinaison de zooms lents et progressifs et des travellings qui se terminent en plans rapprochés serrés » afin d'ajouter une énergie subtile à ces scènes[18]. « Ce style mélangeant les travellings à des zooms imperceptibles font qu'il y a toujours une sensation de mouvement dans un espace limité »[19].

Postproduction

Durant la phase de montage, Bryan Singer pense avoir terminé le film avec deux semaines d'avance lorsqu'il réalise qu'il a besoin d'intégrer une scène qui convaincrait le public que Dean Keaton est Keyser Söze et de faire ensuite la même chose avec Verbal Kint car il trouve que la fin du film n'a pas le punch du scénario de Christopher McQuarrie. Il fait donc un montage de plusieurs prises avec John Ottman mais cela ne fonctionne pas jusqu'à ce qu'Ottman ajoute par-dessus un montage de voix off comportant des dialogues clés de plusieurs personnages et le relie aux images[8]. Concernant la musique, Singer désire que celle de l'attaque du cargo ressemble au concerto pour piano nº 1 de Tchaïkovski alors que celle du générique de fin est basée sur une chanson de k.d. lang. Les dirigeants de la société de distribution Gramercy Pictures ayant du mal à prononcer le nom de Keyser Söze, ils s'inquiètent que le public ait le même problème et décident de mener, deux semaines avant la sortie du film, une campagne de promotion sur le nom du personnage avec des affiches publicitaires « Who is Keyser Söze? » et des spots télévisés où le nom est prononcé[20].

Accueil

Box-office

Le film est présenté hors compétition au festival de Cannes 1995[21] et reçoit un accueil favorable de la part du public et de la critique[22]. Il sort ensuite en France au mois de juillet et réalise au total 1 345 534 entrées, le bouche-à-oreille aidant et malgré un démarrage moyen de 132 068 entrées la première semaine[23]. Aux États-Unis, le film est d'abord distribué au mois d'août de façon limitée dans 42 salles de cinéma de Los Angeles et New York et réalise 645 363 $ de recettes pour son premier week-end d'exploitation. Il bénéficie d'une sortie nationale, dans 874 salles, en septembre, et rapporte finalement 23 341 568 $ au box-office américain[24]. Il rapporte au total 51 582 855 $ dans le monde entier, ce qui en fait un succès très rentable comparativement à son modeste budget[23].

Accueil critique

Le film a reçu un accueil critique très positif, recueillant 89 % de critiques favorables, avec un score moyen de 7,610 et sur la base de 53 critiques collectées, sur le site Rotten Tomatoes[25]. Sur le site Metacritic, il obtient un score de 77100, sur la base de 22 critiques collectées[26].

Todd McCarthy, de Variety, loue le « scénario ingénieusement structuré », « l'un des plus élaborés, forts et satisfaisants depuis longtemps », la formidable distribution, la « riche photographie » et la « bande originale supérieure »[27]. Ian Nathan, du magazine Empire, lui donne la note maximale, estimant qu'il s'agit « d'un des thrillers les plus inventifs » depuis de nombreuses années, « un voyage labyrinthique, dérangeant et morbide dans les plus sombres recoins de la psyché criminelle » tirant parti d'une réalisation éblouissante de Bryan Singer et d'une excellente distribution[28]. Pour James Berardinelli, du site web ReelViews, le film, « synthèse accomplie des éléments du film noir », bénéficie de la fraîcheur que lui a instillé Singer, et « le scénario énergique et sinueux est un terrain de jeu parfait pour les personnages complexes »[29]. Quentin Curtis, de The Independent, loue le final « aussi élégant qu'inattendu » révélant « un film totalement différent que celui auquel on vient d'assister »[30]. Pour Janet Maslin, du New York Times, c'est un « film noir immensément élégant » avec des acteurs principaux tous excellents qui campent des « personnages fascinants et ambigus » et des dialogues intenses, regrettant seulement qu'il ne parle pas assez aux émotions du public[31]. Et Lisa Schwartzbaum, d'Entertainment Weekly, lui donne la note « B », trouvant les acteurs brillants, en particulier Kevin Spacey et Gabriel Byrne, mais regrettant un rythme effréné qui ne permet pas de temps de récupération, et concluant en écrivant que le spectateur peut sortir de la projection aussi bien ravi que déçu[32].

Parmi les critiques négatives, Roger Ebert, du Chicago Sun-Times, donne au film 1,5 étoiles sur 4, considérant qu'il est confus et inintéressant car il préfère « être stupéfié par les motivations et non par la manipulation »[33]. Pour Desson Howe, du Washington Post, le film est moins intéressant dès qu'il se concentre sur l'interrogatoire plutôt que sur les flashbacks, et on en sort désappointé d'être allé si loin pour se faire piéger[34]. Et Mick LaSalle, du San Francisco Chronicle, estime que le film est bien construit et qu'il comporte « d'occasionnels éclairs de style » mais qu'il constitue un divertissement « plutôt tiède », parfois morne, et qu'on ne peut s'attacher à aucun personnage[35].

En France, les critiques ont également été très positives. Gilles Médioni, de L'Express encense ce « polar mythologique, structuré en damier, dynamisé par un suspense torturant et un épilogue assourdissant » et affirme que « ce film noir et cérébral, à voir au moins deux fois, s'impose sans conteste comme le policier de l'année »[36]. Pour Pierre Murat, de Télérama, il s'agit du « plus beau thriller de l'année », bénéficiant d'un « montage superbe » et « rendant au cinéma américain son invention, son humour et son insolence »[37]. Philippe Garnier, de Libération, estime que c'est un « polar malin » « propulsé par une intrigue avec tournant à chaque page de script et par les performances d'acteurs »[38]. Pour Marie-Françoise Leclère, du Point, le film est « brillant, déroutant, fascinant », la réalisation et le montage « bluffants » et les acteurs comptent « parmi les meilleurs du moment »[39]. Et la rédaction des Inrockuptibles, loue « polar jouissif à l'américaine » « très habilement scénarisé » avec « des dialogues et un casting qui font des étincelles » et reproche seulement un aspect visuel « trop léché » et des « coquetteries dans la mise en scène »[40].

L'American Film Institute classe le film à la 10e place dans sa liste des meilleurs films à suspense[41]. En 2008, le magazine Empire le classe à la 61e place dans sa liste des 500 meilleurs films de tous les temps[42]. Le personnage de Verbal Kint est classé à la 48e place de la liste des 50 meilleurs méchants de l'AFI[43]. Le personnage de Keyser Söze figure à la 69e place du classement des 100 meilleurs personnages de films, toujours selon Empire[44]. Le film figure à la 24e place du Top 250 du classement des films de l'Internet Movie Database, basé sur les votes du public, avec une note moyenne de 8,710[45].

Distinctions

Cette section récapitule les principales récompenses et nominations obtenues par le film. Pour une liste exhaustive, se référer à l'Internet Movie Database[46].

Récompenses

Année Cérémonie ou récompense Prix Lauréat(es)
1995
Festival international du film de Seattle Meilleur réalisateur[46] Bryan Singer
Meilleur acteur[46] Kevin Spacey
Festival international du film de Tōkyō Silver Award de la Young Cinema Competition[47] Bryan Singer
NBR Awards Meilleure distribution[48]
Meilleur acteur dans un second rôle[48] Kevin Spacey
1996 Oscars du cinéma Meilleur scénario original[49] Christopher McQuarrie
Meilleur acteur dans un second rôle[49] Kevin Spacey
BAFTA Awards Meilleur scénario original[50] Christopher McQuarrie
Meilleur montage[50] John Ottman
Saturn Awards Meilleur film d'action, d'aventures ou thriller[51]
Meilleure musique[51] John Ottman
Prix Edgar Allan Poe Meilleur film[52]
Empire Awards Meilleur espoir[46] Bryan Singer
Independent Spirit Awards Meilleur scénario[53] Christopher McQuarrie
Meilleur acteur dans un second rôle[53] Benicio Del Toro
Prix Sant Jordi du cinéma Meilleur acteur étranger[46] Chazz Palminteri
Artios Awards Meilleur casting pour un film dramatique[46] Francine Maisler
Chlotrudis Awards Meilleur acteur dans un second rôle[46] Kevin Spacey

Nominations

Année Cérémonie ou récompense Prix Nommé(es)
1996
Golden Globes Meilleur acteur dans un second rôle[54] Kevin Spacey
BAFTA Awards Meilleur film[50]
César du cinéma Meilleur film étranger[55]
Saturn Awards Meilleure réalisation[46] Bryan Singer
Independent Spirit Awards Meilleure photographie[53] Newton Thomas Sigel
Eddie Awards Meilleur montage[46] John Ottman
Screen Actors Guild Awards Meilleur acteur dans un second rôle[56] Kevin Spacey

Sortie vidéo

Sur le marché vidéo, Usual Suspects est d'abord sorti en VHS en 1996[57]. Il est ensuite distribué en DVD en édition simple le 7 décembre 1999 en région 1[58] et le 7 juillet 1998 en région 2[59]. Une édition collector comprenant 2 DVD est sortie le 2 avril 2002 en région 1[60] et le 24 avril 2002 en région 2[61]. Cette version collector comprend deux commentaires audio (l'un par Bryan Singer et Christopher McQuarrie et l'autre par John Ottman) et un DVD de bonus comportant plusieurs documentaires et interviews autour du film, ainsi qu'un bêtisier et quelques scènes coupées.

La version en disque Blu-ray est sortie le 13 février 2007 en région 1[62] et le 21 mars 2007 en région 2[63].

Notes et Références

Notes

  1. Le R signifie que les mineurs (17 ans ou moins) doivent être accompagnés pour pouvoir assister à la projection du film.
  2. En France, le film est commercialisé avec l'avertissement qui suit : « des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ».
  3. Dans le poème de Charles Baudelaire, la citation exacte est « La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas » ; la différence vient d'un problème de traduction : après avoir été traduite en anglais dans la version originale du film, la phrase a été retraduite différemment pour la version française.

Références

  1. (en) The Usual Suspects sur The Numbers. Consulté le 8 septembre 2011
  2. a et b (en) James Ryan, « The Usual Suspects Puts Together Unusual Cast », dans BPI Entertainment News Wire, 17 août 1995 
  3. (en) AFI's 100 Years 100 Movie Quotes - Réplique N°32 sur AFI. Consulté le 12 septembre 2011
  4. a, b et c (en) Ernest Larsen, The Usual Suspects, British Film Institute, 2005 
  5. a et b (en) John Hartl, « "Surprises and No Holes" in Director's Prize-Winning Mystery », dans The Seattle Times, 13 août 1995 
  6. a, b, c, d, e et f « Usual Suspects Édition Collector - Commentaire audio de Bryan Singer et Christopher McQuarrie, Metro-Goldwyn-Mayer, 2002, DVD
  7. a et b (en) Chris Nashawaty, « Starring Lineup », Entertainment Weekly. Consulté le 12 septembre 2011
  8. a, b et c « Usual Suspects Édition Collector - documentaire Keyser Söze : Mensonge ou Légende, Metro-Goldwyn-Mayer, 2002, DVD
  9. (en) Patrick Francis, « Bryan Singer, Confidence Man » sur moviemaker.com. Consulté le 12 septembre 2011
  10. Le Joueur généreux sur litteratura.com. Consulté le 12 septembre 2011
  11. a et b (en) Jeffrey Wells, « Young Duo Makes Big Splash », dans The Times Union, 31 août 1995 
  12. (en) Liam Lacey, « Bryan Singer's Film Fever », dans The Globe and Mail, 21 septembre 1995 
  13. a, b et c (en) « Suspects Found It Tough to Round Up Financing », dans The Hollywood Reporter, 13 septembre 1995 
  14. a, b, c, d, e et f « Usual Suspects Édition Collector - documentaire La Traque des suspects, Metro-Goldwyn-Mayer, 2002, DVD
  15. (en) Barbara Hernandez, « What's in a name? Benicio Del Toro knows », dans The Boston Globe, 5 septembre 1995 
  16. a, b, c et d « Usual Suspects Édition Collector - documentaire En taule avec les suspects, Metro-Goldwyn-Mayer, 2002, DVD
  17. a et b (en) Louis Parks, « Everyone's Suspect », dans Houston Chronicle, 19 août 1995 
  18. (en) David Williams, « Unusual Suspects », dans American Cinematographer, juillet 2000 
  19. (en) Simon Gray, « Hero Shots », dans American Cinematographer, juillet 2006 
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