William Tubman

William Tubman
William Tubman
William Tubman 1943.jpg
William Tubman en 1943.

Mandats
19e président de la République du Liberia
3 janvier 194423 juillet 1971
&&&&&&&&&&01006327 ans, 6 mois et 20 jours
Élection 4 mai 1943
Réélection 1er mai 1951
4 mai 1955
4 mai 1959
4 mai 1963
4 mai 1967
4 mai 1971
Vice-président Clarence Simpson
William Tolbert
Prédécesseur Edwin Barclay
Successeur William Tolbert
Biographie
Nom de naissance William Vacanarat Shadrach Tubman
Date de naissance 25 novembre 1895
Lieu de naissance Drapeau : Libéria Harper (Liberia)
Date de décès 23 juillet 1971 (à 75 ans)
Lieu de décès Drapeau : Royaume-Uni Londres (Royaume-Uni)
Nationalité libérienne
Parti politique True Whig
Profession Avocat

Coat of arms of Liberia.svg
Présidents de la République du Liberia

William Tubman, de son nom complet William Vacanarat Shadrach Tubman (né le 25 novembre 1895 à Harper au Libéria – mort le 23 juillet 1971 à Londres), est un homme politique d’origine américano-libérienne, président de la République du Liberia de 1944 jusqu'à sa mort en 1971.

Considéré comme le « père du Libéria moderne », sa présidence est marquée par l’afflux d’investissements étrangers dans son pays et par sa modernisation. Le Libéria connaît alors une certaine prospérité. Il mena également une politique d’unité nationale dans le but de réduire les écarts sociaux et politiques entre Américano-Libériens et les Libériens autochtones. Toutefois, au fur et à mesure de ses années au pouvoir, sa manière de gouverner devint de plus en plus dictatoriale.

Sommaire

L’ascension au pouvoir

Jeunesse et début en politique

Fils d’un pasteur méthodiste[1] afro-américain aux origines géorgiennes[2], William Tubman devient avocat en 1917, après avoir fait des études de droit[2]. Il exerce, par la suite, divers métiers comme juge à la cour de justice de Harper[1], collecteur d’impôts, professeur ou encore colonel dans une milice[2]. Il devient aussi franc-maçon dans la loge afro-américaine Prince Hall[3].

Après avoir intégré le parti dominant le Libéria depuis 1878, le True Whig Party (TWP), Tubman se lance dans la politique. En 1923, il est élu au sénat[2] et devient le plus jeune sénateur de l’histoire du Libéria[1]. Réélu en 1929, il devient, à la même époque, le conseiller juridique du vice-président Allen Yancy[2]. Mais en 1931, la SDN révèle au grand jour un trafic d’esclaves impliquant directement le gouvernement ; Tubman démissionne alors de ses fonctions de sénateur[4]. Cette situation est de courte durée puisqu’en 1934, il retrouve son fauteuil[2]. En 1937, il démissionne de nouveau afin d’accéder au poste de juge associé de la Cour suprême, qu’il occupe jusqu’en 1943[2].

Le nouveau président du Libéria

William Tubman (2e assis à gauche) et Edwin Barclay (assis au centre) à Washington DC, le 29 mai 1943.

En décembre 1942 se pose, au Libéria, la question de la succession du président Edwin Barclay. Six candidats sont alors en liste, dont deux favoris : Tubman lui-même, et le ministre des Affaires étrangères Clarence L. Simpson[5]. Tubman l'emporte et est élu, sans opposant, président le 4 mai 1943[6], à l’âge de quarante-huit ans ; il n'est, cependant, investi que le 3 janvier 1944.

Bien que déjà allié aux États-Unis qui utilisent le Libéria comme base militaire, le nouveau président entre officiellement en guerre contre l’Allemagne et le Japon, le 27 janvier 1944[7]. En matière de politique extérieure, Tubman, tout en s'alignant sur les États-Unis, participe à la conférence des pays non-alignés de Bandung en 1955, et à la Première Conférence des États africains indépendants, organisée par Nkrumah à Accra en 1958[8]. En 1959, c’est même à lui que revient le privilège d’organiser la Deuxième Conférence des États africains[9].

En 1961, à la suite d’une conférence panafricaine organisée dans sa capitale, Tubman joue un rôle diplomatique de premier ordre en formant le « groupe de Monrovia ». Cette association de dirigeants africains « modérés » souhaite l’unification progressive de l’Afrique, à la différence des « révolutionnaires » du « groupe de Casablanca »[10]. Tubman exerce aussi une forte influence au sein de l’Organisation de l'unité africaine[11] dont il est un des fondateurs lors du sommet africain d’Addis-Abeba en mai 1963. D’ailleurs, afin de s'y rendre, le président qui avait la phobie de l’avion (il refusa toujours d’en prendre un de son vivant), emprunta un bateau et partit, pour cela, un mois avant la conférence[12].

Le père du Libéria moderne

Le modernisateur du Libéria

Lors de son accession à la magistrature suprême, les infrastructures, dans le pays, sont quasi-inexistantes[11]. Tubman explique cette situation par le fait que le Libéria ne bénéficia jamais des « bienfaits de la colonisation »[13]. Pour remédier à ce problème, il décide de mettre en place une politique économique, nommée « porte ouverte » (« open door »)[1]. Consistant à faciliter et à encourager les entreprises étrangères à s’installer au Libéria, cette politique pragmatique permet de multiplier, entre 1944 et 1970, par 200[1] la valeur des investissements étrangers, essentiellement américains[11]. Le Libéria connaît alors une croissance annuelle formidable de 11,5% pour la période 1950-1960[1].

Cette réussite économique permet à Tubman de sortir le Libéria du néant[11] et de commencer sa modernisation : les rues de Monrovia sont pavées, un système d’assainissement y est installé[13], des hôpitaux sont construits[2] et un programme d’alphabétisation est lancé en 1948[14]. Tubman décide aussi de construire plusieurs milliers de kilomètres de routes ainsi qu’une ligne de chemin de fer reliant les mines de fer à la côte[11]. Le port de Monrovia connaît aussi des transformations et se transforme en un port franc[11].

La prospérité économique

Ce n’est réellement qu’à partir du début des années 1960 que le Libéria entre dans une ère de prospérité ; jusqu’alors, le pays vivait, pour l’essentiel, de sa production de caoutchouc[1]. Grâce à la modernisation des infrastructures entreprise par Tubman, les ressources nationales sont mises en valeur. Des multinationales américaines, allemandes et suédoises viennent alors prendre part à l’exploitation des mines de fer[1], faisant du Libéria le premier exportateur de fer d’Afrique[11] et le quatrième mondial[1].

Afin de diversifier l’économie (le caoutchouc et le fer représentent 90% des exportations[11]), Tubman encourage le développement des cultures de café, d’huile de palme, de canne à sucre[11] et tout particulièrement celle du riz à partir de 1966 avec l’aide de Taïwan[11]. Le secteur secondaire connaît également un essor rapide avec l’installation d’industries de transformation tels que des sucreries, des briqueteries ou des savonneries[11]. Cette économie florissante permet au budget libérien d'enregistrer, en 1968, une recette de 51,4 millions de dollars[11] dont trois[13] provenant directement de l'immatriculation de navires étrangers sous le pavillon de complaisance libérien ; Tubman peut alors se vanter de détenir la plus grande flotte marchande au monde[1].

Si ces résultats économiques sont impressionnants, le Libéria de Tubman connaît, en fait, une « croissance sans développement »[11]. La croissance libérienne dépend largement des capitaux, initiatives et cadres fournis de l’étranger ; elle n’est donc pas autocentrée et auto-entretenue mais engendrée et entretenue de l’extérieur. A cette prospérité économique toute relative, apparaît au sein de la population de fortes inégalités sociales entre l'élite américano-libérienne privilégiée et corrompue et les autochtones[1].

Le promoteur de l’unité nationale

Femmes autochtones du Libéria dans leurs costumes de fête.

Cependant, si les inégalités sociales augmentent au sein de la population, Tubman tente tout au long de sa présidence de mener au mieux une politique d’intégration et d’unité nationale[1]. En 1945, dans une optique d’égalité pour tous, il accorde le droit de vote aux femmes[2], et la pratique du vote devient secrète[2].

Tubman innove surtout, en étant le premier président libérien à souhaiter, véritablement, l’intégration des populations autochtones. En effet, lors de sa prise de pouvoir, seuls les Américano-Libériens, représentant moins de 5 % de la population (le ratio en 1960 est de 30 000 Américano-Libériens pour une pop. totale de 1 250 000 habitants[11]), sont considérés comme des citoyens à part entière[2]. Il leur accorde donc en 1945[15], le droit de vote dès lors qu’ils possèdent au moins un bien foncier ou qu’ils payent la taxe des huttes[2]. Il les visite également pour leur expliquer ses idées[2]. Les Libériens autochtones obtiennent ainsi une représentation au parlement mais ne peuvent prendre part qu’aux débats les concernant[2]. Pour permettre au mieux leur intégration, Tubman décide de désenclaver l’arrière-pays en installant des axes de communications[1] et en mettant en place un programme de scolarisation pour tous[15].

Tout en consolidant la mainmise des Américano-Libériens sur le pouvoir, Tubman encourage les mariages mixtes avec les élites autochtones, et leur octroie certains postes administratifs, réduisant de cette manière les tentions ethniques[1]. En 1958, la discrimination raciale est reconnue comme un délit, passible de sanctions[15]. Enfin, en 1964, les trois provinces de l’arrière pays obtiennent le même statut administratif et politique que les comtés côtiers[1].

Le régime personnel

Les dérives dictatoriales

En 1949, Tubman qui en est à son deuxième mandat présidentiel, amende la constitution afin de supprimer la clause de 1935[16], interdisant à un président de briguer un troisième mandat[2]. Se présentant ainsi à sa propre succession en mai 1951, Tubman force à l’exil son principal opposant, le Libérien autochtone Didhwo Twe[17], leader du parti de la Réforme[15]. Aux élections de 1955, Tubman accepte d’affronter un opposant en la personne de l’ancien président Edwin Barclay ; il est triomphalement élu avec 99,5% des voix[6]. Le même scénario se reproduit lors des élections de 1959 où il l'emporte face à William O. Davies Bright, un candidat indépendant[6]. Il est, par la suite, constamment réélu jusqu’à sa mort, sans aucune opposition[6]. Le 22 juin 1955, Tubman échappe à un attentat perpétré par Paul Dunbar, un supporter de Edwin Barclay[18]. La répression est terrible[11], l’auteur présumé du complot, S. David Coleman, un ancien ministre de l’intérieur passé dans l’opposition, est exécuté sommairement avec son fils[16].

Le maître absolu du Libéria

Après cet événement, Tubman développe une certaine forme de paranoïa[16]. Un climat de terreur s’installe alors dans le pays ; la police politique omniprésente « PRO » (Public Relation Officers)[16] traque sans relâche les opposants tandis qu’une censure stricte est imposée[13]. D’ailleurs, aux interviews qu'il accordait aux étrangers (d’après Ryszard Kapuściński), Tubman répondait aux questions embarrassantes « par un éclat de rire sonore et prolongé qui se terminait par un hoquet bruyant suivi d’une crise d’étouffement accompagnée de sifflements et de convulsions. Il tremblait, écarquillait ses yeux noyés de larmes. Décontenancé et effrayé, son interlocuteur se taisait et n’osait plus insister. »[12].

Surnommé par la population « oncle Shad »[13], il lève un véritable culte à sa personne, et de nombreuses manifestions sont organisées en son honneur en « reconnaissance pour les progrès réalisés dans le pays grâce à l’Incomparable Administration du Président du Libéria, Dr W.V.S. Tubman. »[12]. Au fur et à mesure du temps, ce culte prend même, une coloration mystique ; la propagande répand que Tubman, protégé par Dieu, ne peut ni être empoisonné, ni être atteint par quelques balles que ce soit[12]. Il est même dit que le président détient un appareil lui permettant de voir tout ce qui se passe et ainsi de déjouer tout complot[12]. En 1960, Tubman institutionnalise le monopartisme avec le True Whig[15]. Durant cette décennie, le président, vieillissant, doit faire face aux nouvelles revendications de la population ; les interprétant comme des tentatives de renversement[11], il y répond à coup de répression.

Le dictateur meurt finalement le 23 juillet 1971 dans une clinique de Londres, à l’âge de soixante-quinze ans, laissant derrière lui un héritage plutôt satisfaisant[1]. William Tolbert, son vice-président depuis 1951, lui succède à la tête du Libéria.

Voir aussi

Liens internes

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Notes et références

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