Yuan Shikaï


Yuan Shikaï

Yuan Shikai

Yuan Shikai en uniforme
Yuan Shikai est un nom asiatique ; le nom de famille, Yuan, précède donc le prénom.

Yuan Shikai ou Yuan She-k'ai (袁世凯 ou Weiting 慰亭 ; pseudonyme : Rong'an 容庵 ; pinyin : Yuán Shìkǎi) (16 septembre 1859 - 6 juin 1916) était un militaire et un officiel de la dynastie Qing et du début de la République de Chine. Il a servi à la fois la cour impériale des Qing et la république et s'est auto-proclamé empereur en 1915.

Sommaire

Origines

Yuan Shikai naquit dans le village de Zhangying (张营村), situé dans le comté de Xiangcheng (项城县), appartenant à la préfecture de Chenzhou (陈州府), dans la province du Hunan.

La famille de Yuan Shikai déménagea dans une zone vallonnée, à 16 km au sud est de Xiangcheng, où ils construisirent un village fortifié qu’ils nommèrent Yuanzhai (袁寨村 - littéralement « le village fortifié des Yuan »).

Jeune il aimait monter à cheval, faire de la boxe et s’amuser avec des amis. Il voulut poursuivre une carrière administrative, mais échoua deux fois aux examens impériaux. Il décida d’entrer dans l’Armée et utilisant les relations de son père obtint un poste dans la brigade Qing. Yuan se maria en 1876, avec une femme de la famille Yu dont il eut un fils nommé Keding en 1878.

Corée

La Corée à la fin des années 1870 était au milieu de luttes entre les clans « isolationniste » conduit par le père du roi et « progressiste » conduit par la reine qui désirait un commerce libre avec une suzeraineté maintenue de la Chine sur la Corée. Le Japon, puissance émergente, souhaitait que la Corée devienne son protectorat. En vertu du traité de Kanghwa (강화도) signé en 1876 - sur l’île éponyme ou île de Ganghwa - le Japon pouvait envoyer des missions diplomatiques à Séoul et ouvrir des comptoirs à Incheon et Wonsan.

Au milieu de luttes de pouvoir internes dont résulta l’exil de la reine, Li Hongzhang, le vice-roi de Zhili, envoya en Corée une Brigade Qing forte de 3000 hommes. Le responsable des troubles, un régent, fut fait prisonnier et incarcéré à Tianjin. La faiblesse de la Corée était évidente et le traité de Cemulpo donna aux Japonais le droit de stationner des troupes à Séoul pour protéger leur légation. L’unique protection chinoise ne pouvait pas être le bouclier de la Corée dans un monde moderne à forte croissance, et il était évident que l’armée coréenne ne pouvait même pas traiter une crise interne. Le Roi émit l’idée de former 500 militaires à l’art de la guerre moderne et Yuan Shikai fut nommé pour conduire cette tâche sur place en Corée. Li Hongzhang suggéra à l’empereur de promouvoir Yuan qui fut rapidement nommé sous-préfet.

En 1885, Yuan fut nommé Résident impérial à Séoul par ordre de l’empereur. Cette position semble au premier abord équivalente à celle de ministre ou d’ambassadeur. En pratique, cependant, Yuan, étant le représentant en chef du suzerain, était devenu le conseiller suprême de toutes les politiques du gouvernement coréen. Insatisfait de sa position en Corée, le Japon souhaitait avoir plus d’influence au travers d’une co-suzeraineté avec la Chine. Une série de faux documents dont le but était d’irriter les Chinois fut envoyée à Yuan Shikai, essayant de démontrer que le gouvernement coréen avait changé d’avis sur la protection chinoise et se tournait de plus en plus vers la Russie. Yuan fut sceptique, bien que choqué, et s’adressa à Li Hongzhan pour obtenir ses conseils.

Dans un traité signé entre le Japon et la Chine, les deux parties se mirent d’accord pour n’envoyer de troupes en Corée qu’après la notification de l’autre partie. Bien que le gouvernement coréen fut stable, c’était toujours un protectorat chinois et des forces émergeaient pour demander la modernisation de l’État. Un groupe radical, la société Tong Hak, adepte des principes confucéens et taoïstes, entra en rébellion contre le gouvernement. Li Hongzhang envoya des troupes en Corée pour protéger Séoul, et le Japon fit de même sous le prétexte de protéger les comptoirs japonais.

Les tensions entre la Chine et le Japon augmentèrent lorsque le Japon refusa de retirer ses forces et créa une sorte de blocus aux environs du 38e parallèle. Li Hongzhan voulait à tout prix éviter une guerre avec le Japon et chercha une aide internationale pour obtenir le retrait des forces japonaises. Le Japon refusa et la guerre commença. Yuan, inutile à Séoul, fut rappelé à Tianjin en juillet 1894, au début de la première guerre sino-japonaise (甲午战争).

Sous la dynastie Qing

Yuan Shikai se rendit célèbre en participant à la guerre sino-japonaise comme commandant des forces chinoises stationnées en Corée. Il évita l’humiliation des armées chinoises en guerre quand il fut rappelé à Pékin plusieurs jours avant que les forces chinoises ne soient attaquées.

Comme allié de Li Hongzhang, Yuan fut nommé commandant de la première Nouvelle Armée en 1895. La cour Qing comptait énormément sur son armée en raison de la proximité de sa garnison et de la capitale et de son efficacité. De toutes les nouvelles armées qui faisaient partie du Mouvement d’auto consolidation, celle de Yuan était la mieux entraînée et la plus efficace.

À l’époque la cour Qing était divisée entre les progressistes sous la houlette de l’empereur Guangxu, et les conservateurs sous l’égide de l’impératrice douairière Cixi, qui s’était temporairement retirée au Palais d'été. Après les réformes des Cent Jours de kang youwei en 1898, Cixi décida que les réformes étaient trop énergiques, et voulut restaurer sa propre régence au travers d’un coup d’état. Les plans du coup s’éventèrent, et l’empereur fut mis au courant. Il demanda aux partisans de la réforme Kang Youwei, Tan Sitong et d’autres de prévoir un plan de sauvetage pour lui. L’implication de Yuan Shikai dans le coup continue d’être un bon sujet de débats historiques. On rapporte que Tan Sitong eut une conversation avec Yuan quelques jours avant le coup, demandant à Yuan de soutenir l’empereur et de se débarrasser de Cixi. Yuan refusa de répondre directement, mais insista sur sa loyauté envers l’empereur. Pendant ce temps le général Mandchou Ronglu commençait les manœuvres de son armée pour réaliser le coup d’état.

Selon de nombreuses sources, y compris le journal de Liang Qichao et un article du Wen Bao (文报), Yuan Shikai arriva à Tianjin le 20 septembre 1898 en train. Il est certain que le soir Yuan a eu une discussion avec Ronglu, mais le contenu de leurs échanges reste ambigu. La plupart des historiens suggèrent que Yuan a révélé à Ronglu les détails des plans des réformistes et lui demanda de passer immédiatement à l’action. Les troupes de Ronglu entrèrent dans la Cité interdite à l’aube du 21 septembre, et placèrent l’empereur en isolement au Palais d'été.

Ayant fait une alliance politique avec l’impératrice douairière, et étant devenu un ennemi juré de l’empereur Guangxu, Yuan quitta la capitale en 1899 pour son nouveau poste de Gouverneur du Shandong. Durant ses trois années à ce poste, il réprima et éradiqua les Boxers dans la province quand le gouvernement impérial, après avoir soutenu la révolte anti-occidentale, se retourna contre le mouvement et participa à la répression. Il laissa aussi les fondations d’un collège provincial à Jinan, adoptant par là même des méthodes occidentales d’éducation.

Il fut élevé au poste de Vice-roi de Zhili (直隸总督) et ministre de Beiyang (北洋大臣) (actuellement les provinces de Liaoning, Hebei et Shandong) le 25 juin 1902. Ayant capté l’attention des étrangers quand il réprima la rébellion des Boxers, il obtint facilement de nombreux prêts pour agrandir son armée de Beiyang et en faire la plus puissante armée de Chine. Il créa une force de police de 1000 hommes pour garder l’ordre à Tianjin, la première de cette sorte dans l’histoire chinoise, après que le Protocole Boxer eut interdit à des troupes de stationner aux environs de Tianjin. Yuan fut aussi impliqué dans le transfert du contrôle des chemins de fer de Shen Xuanhuai. Les chemins de fer devinrent une grosse part de ses revenus. Yuan joua un rôle actif dans les réformes politiques de la fin des Qing, y compris la création du Ministère de l’Education et du Ministère de la Police. Il défendit d’autre part l’égalité raciale entre les Mandchous et les Chinois Han.

Retraite et République

L’impératrice douairière et l’empereur Guangxu moururent à un jour d’intervalle en novembre 1908. Certaines sources indiquent que le testament de l’empereur spécifiait précisément que Yuan fut exécuté. Évitant l’exécution, en janvier 1909, Yuan Shikai fut relevé de tous ses postes par le régent, le second Prince Chun (醇親王). La raison officielle fut qu’il retournait à son village natal de Huanshang (洹上村), situé dans les faubourgs de la préfecture de Zhangde (彰德府), (actuellement Anyang (安阳市)) dans la province du Henan pour traiter un problème de pied.

Durant ses trois ans de retraite, Yuan garda le contact avec ses alliés proches, y compris Duan Qirui, qui lui faisait des rapports réguliers sur ce qui se passait dans les armées. La loyauté de l’armée de Beiyang lui était acquise sans aucun doute. Ayant cette position militaire stratégique, Yuan put maintenir une certaine balance entre la cour Qing et les révolutionnaires, chacun le voulant de son côté. Décidant initialement de ne pas devenir Président d’une république nouvellement proclamée, Yuan rejeta aussi les offres de la cour Qing pour des positions de Vice roi du Huguang ou de premier ministre du Cabinet Impérial. Le temps travaillait pour Yuan et Yuan attendait, utilisant sa maladie de pied comme prétexte de ses refus perpétuels.

Le soulèvement de Wuchang intervint le 10 octobre 1911 dans la province du Hubei, avant la nomination officielle de Yuan au poste de premier ministre. Alors que les provinces du sud déclarèrent leur indépendance de la cour Qing, ni les provinces du nord, ni l’armée de Beiyang n’avaient d’opinion claire pour ou contre la rébellion. La cour Qing ainsi que Yuan savaient que l’armée de Beiyang était la seule force moderne suffisamment puissante pour réprimer les révolutionnaires. La cour renouvela ses offres le 27 octobre et Yuan accepta de quitter son village le 30 octobre.

Après de nombreuses demandes de la cour Qing, Yuan accepta de devenir Premier Ministre le 1 novembre 1911. Il demanda immédiatement que le régent, Zaifeng, s’abstienne de toute politique. Zaifeng démissionna de sa régence, et permit à Yuan de créer un cabinet principalement composé de ses confidents Han, avec un seul Mandchou au poste de ministre de la Suzeraineté. De manière à s’attacher la loyauté de Yuan, l’impératrice douairière, Longyu, lui offrit le titre de Marquis de premier rang (一等侯), un honneur qui n’avait été donné précédemment qu’au général Zeng Guofan. Tout en assurant une certaine stabilité politique à Pékin, ses forces s’emparèrent de Hankou et de Hanyang en novembre 1911, en préparant une attaque sur Wuchang, ce qui forçait les forces révolutionnaires à négocier.

Les révolutionnaires avaient élu Sun Yat-sen comme premier président provisoire de la République de Chine, mais étaient dans une position militaire affaiblie, ce qui les conduisit à négocier à contrecœur avec Yuan. Yuan remplit ses promesses vis-à-vis des révolutionnaires et obtint l’abdication de l’empereur enfant Puyi en échange de sa nomination comme Président de la République, en remplacement de Sun. Sun accepta mais demanda que la capitale reste à Nanjing. Cependant, Yuan voulait garder son avantage géographique. Cao Kun, un de ses hommes de confiance en commande de l’armée de Beiyang, monta un coup d’état à Pékin et Tianjin, apparemment sous instruction de Yuan, pour donner une excuse à Yuan de ne pas quitter sa sphère d’influence du Zhili (actuellement la province du Hebei). Les révolutionnaires s’inclinèrent à nouveau et la capitale de la nouvelle république fut établie à Pékin. Yuan Shikai fut élu Président provisoire le 15 février 1912, par le Sénat provisoire de Nanjing et prêta serment le 10 mars.

En février 1913, des élections démocratiques élurent l’Assemblée Nationale et le Parti Nationaliste Chinois (Guomindang –GMD) fut nettement victorieux. Sung Chiao-jien, député du GMD et adjoint de Sun Yat-sen, proposa une alliance et fut considéré comme Premier Ministre potentiel. Yuan considéra que Sung était une menace contre son autorité et après l’assassinat de Sung le 20 mars 1913, il y eut de nombreuses spéculations dans les journaux rendant Yuan responsable.

Tentative de restauration de l'Empire

Yuan Shikai en tenue impériale

Des tensions entre le Guomindang et Yuan continuèrent à s’intensifier. Yuan commença à réprimer le Guomindang en 1913, s'attaquant à la corruption des membres du GMD dans les deux assemblées, puis destituant des membres du GMD dans les organisations locales. Voyant la situation se détériorer, Sun Yat-sen s’enfuit au Japon et appela à une seconde révolution contre Yuan. Yuan prit ensuite le contrôle de tous les rouages du gouvernement avec l’aide de l’armée.

Il révoqua les assemblées nationales et provinciales, remplaçant la chambre des députés et le Sénat par un « conseil d’état » nouvellement créé avec Duan Qirui, son fidèle lieutenant de Beiyang comme Premier Ministre. La « deuxième résolution » du Guomindang contre Yuan se termina en catastrophe, car la puissance militaire de Yuan permit d’éliminer tout ce qui restait des forces du GMD. Les gouverneurs provinciaux encore loyaux envers le GMD furent achetés ou se soumirent volontairement à Yuan. Après sa victoire, Yuan réorganisa les gouvernements provinciaux plaçant à leur tête un Gouverneur Militaire contrôlant sa propre armée. Cela conduisit au système des seigneurs de la guerre qui paralysa la Chine pour les trois décennies suivantes. En 1915, le Japon envoya à Pékin un ultimatum secret connu sous le nom des Vingt-et-une demandes. Lorsque l’information fut connue que Yuan avait accédé à un certain nombre de demandes, des protestations de masse éclatèrent suivi d’un boycott des produits japonais. La pression des nations occidentales forcèrent le Japon à limiter ses demandes.

Avec un pouvoir renforcé, de nombreux partisans de Yuan dont le monarchiste Yan Du, demandèrent la restauration de la monarchie, et souhaitèrent que Yuan prenne le titre d’empereur. Yuan expliqua que les masses chinoises avaient été habituées depuis longtemps à un régime autocratique et que la république n’avait été qu’une phase transitoire pour terminer le règne des Mandchous. La situation en Chine attendait la stabilité que seule la monarchie pouvait rétablir. Yuan commit alors une grosse erreur en réinstituant la monarchie et se proclamant empereur de l’Empire chinois (中华帝国大皇帝) dans l’ère Hongxian (洪宪 ; c’est-à-dire : Abondance constitutionnelle) pour une brève période du 12 décembre 1915 au 22 mars 1916. Il reçut une très forte opposition, non seulement des révolutionnaires, mais aussi des subordonnés militaires qui supposèrent que la monarchie les priverait de leurs pouvoirs. En face de cette opposition, Yuan se retira et mourut quelques mois plus tard d’une maladie de foie.

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