Zizi-Chiffon, Reine des biffins au Carnaval de Paris

Zizi-Chiffon, Reine des biffins au Carnaval de Paris

Reine des biffins au Carnaval de Paris 1905

Le Carnaval de Paris, au cours des siècles, connaît des temps forts :

Quand toutes les couches de la société, les plus variées, sont ainsi entraînées dans la fête, les plus pauvres vont aussi chercher leur affirmation festive.

À Paris, une des couches les plus défavorisées était constituée des biffins, les chiffonniers. Beaucoup habitaient la zone des fortifications de Paris, appelées aussi « la zone »[3] ou "les fortifs", lieu de promenade parisienne et aussi d'habitations de fortune des plus pauvres.

En 1905, la Mi-Carême s'annonçait fastueuse. À cette occasion, les biffins de la zone voulurent la fêter à leur façon à eux. À Paris, il se passa certainement des fêtes carnavalesques du même genre, au cours des siècles. On en ignore le détail. De celle-ci, en revanche, existe une relation écrite :[4]

Zizi-Chiffon, Reine des biffins, en 1905[5]

La Mi-Carême s'approche et les gracieuses majestés d'un jour, reines de la beauté populaire, sont de retour de leur voyage d'Italie, où elles ont à leur façon signé le pacte d'alliance franco-italienne avec leurs congénaires latines.

Les lavoirs, les Halles, les marchés et les étudiantes sont en fièvre. Les ciseaux et les aiguilles mordent et piquent dans la soie et le velours, les chars à bancs se pavoisent et dissimulent les rides de l'usage sous des draperies aux couleurs voyantes et aux plis harmonieux.

Or, depuis un mois le compte rendu des luttes fiévreuses pour l'élection de ces reines et de leurs demoiselles d'honneur, le récit de leurs réceptions triomphales chez nos voisins avaient fait fermenter une sorte de griserie d'envie chez une peuplade parisienne ordinairement peu accessible aux ambitions du pouvoir. Bref, la population des Pique-au-Tas voulait aussi se payer le luxe d'une reine de Mi-Carême. Pourquoi pas ?

Et toute la zone qui borde les fortifications de la rive gauche, toutes ces bicoques qui appuyent les unes sur les autres leurs constructions de bois pourri, de carton, consolidées à grand renfort de terreau et de glaise, retentirent de mille projets carnavalesques à bon marché.

Le doyen de la tribu, grand vieillard maigre comme Don Quichotte, fut chargé d'organiser l'élection de la majesté du chiffon. Et combien originale cette élection en plein air d'une altesse royale en jupons ! Sur un tertre de gazon menu sont assises en demi-cercle une quarantaine de jeunes filles — ce sont les électrices — vis-à-vis d'un quatuor de jeunes personnes en rang d'oignon. Ce sont les candidates qui font de leur mieux pour faire valoir leur grâce et mériter les suffrages.

Deux tours de scrutin donnent à chacune d'elles le nombre treize, chiffre fatidique, fait remarquer le père Laloque, juge du camp. Le peuple murmurait. Que faire ? Soudain, le père Laloque, se frappant le front, s'écria — J'ai une candidate qui ralliera tous les suffrages. Il s'absenta et revint bientôt, portant dans ses bras une fillette de cinq ans, qui mordait à pleines quenottes dans une tablette de chocolat. — Que pensez-vous de Mlle Zizi–Chiffon comme votre reine ? — Bravo ! Bravo ! firent toutes les voix.

— Et nous serons ses demoiselles d'honneur, ajoutèrent les quatre candidates en embrassant l'Enfant-Reine.

Or, si le soleil printanier veut bien plafonner d'azur notre vieux Paris jeudi, pendant que les grandes reines seront acclamées sur les boulevards, la petite reine des chiffonniers, montée sur un ânon paré et travesti,[6] sera sacrée reine de la Mi-Carême dans la colonie biffine, en dépit de la vieille loi salique.

Notes

  1. Car c'est, à l'origine, leur fête corporative dans le cadre du Carnaval de Paris.
  2. Le poète, chansonnier, vaudevilliste et premier secrétaire de la Préfecture de Police, Antoine Pierre Augustin de Piis, paraît l'avoir rétabli en 1805 et protégé ensuite. Le préfet de Police Boittelle, en 1860-1861 défends la subvention du Bœuf Gras.
  3. La zone a donné l'expression « zonard », pour désigner un individu peu recommandable.
  4. Au Carnaval de Paris cohabitent, avec les grands évènements centraux, comme les cortèges du Bœuf Gras ou de la Mi-Carême, quantité d'autres événements. Le Petit Parisien, du 19 mars 1887, parle par exemple du Bal des folles, à la Salpetrière : « On penserait, n'est-ce pas ? qu'un bal organisé de la sorte doit être le déchaînement de la démence. Eh bien ! il n'en est pas ainsi. Rien de plus paisible, de plus calme, de plus doux, rien qui soit d'un aspect plus débonnaire et plus rassérénant que ce bal de folles : on se croirait dans une de ces fêtes familiales et bourgeoises, comme il s'en organise souvent par souscription entre voisins et amis, à l'occasion des Jours-Gras, dans certains milieux parisiens. »
  5. Texte intégral de l'article « La Reine des biffins », La Presse, 28 mars 1905.
  6. En 1889, un âne festif avait déjà défilé au Carnaval de Paris : « Aux Champs-Elysées, les promeneurs ont fait un véritable succès à une petite charette, attelée d'un âne, dans laquelle deux braves ouvriers promenaient toute leur jeune famille : quatre fillettes déguisées en laitières et deux garçons en pierrots. », article « Le Mardi-Gras », Le Petit Journal, 7 mars 1889.

Sources

  • Dossiers Actualités Carnaval de la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
  • Le texte cité ici, a été reproduit en fac-similé, page 7 de la brochure intitulée « Carnaval du Bœuf Gras de Paris 1995, 18-26 février 1995 », éditée en 1994, à Paris.
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