Ancienne cathédrale Saint-Trophime d'Arles


Ancienne cathédrale Saint-Trophime d'Arles
Cathédrale Saint-Trophime d'Arles
Image illustrative de l'article Ancienne cathédrale Saint-Trophime d'Arles
Présentation
Culte Catholique romain
Type Ancienne cathédrale
Basilique mineure depuis 1882
Rattaché à Évêché d'Aix-en-Provence, Arles et Embrun
Début de la construction XIIe siècle
Fin des travaux XVe siècle
Style(s) dominant(s) Roman
Gothique (chevet du XVe siècle)
Protection  Classé MH (1840)
 Patrimoine mondial (1981)
Géographie
Pays Drapeau de France France
Région Blason région fr Provence-Alpes-Côte d'Azur.svg Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département
Blason département fr Bouches-du-Rhône.svg
Bouches-du-Rhône
Ville Blason Arles 13.svg Arles
Coordonnées 43° 40′ 36″ N 4° 37′ 41″ E / 43.676660, 4.62805643° 40′ 36″ Nord
       4° 37′ 41″ Est
/ 43.676660, 4.628056
  

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(Voir situation sur carte : France)
Cathédrale Saint-Trophime d'Arles

La cathédrale Saint-Trophime (Trophimus) est une église romane de la ville d'Arles.

L’église Saint-Trophime, ancienne cathédrale et primatiale, est située place de la République à Arles ; c’est une des plus intéressantes réalisations de l’art roman. Elle présente une nef et des bas-côtés voûtés datant du milieu du XIIe siècle. Un magnifique portail sculpté est réalisé vers 1180-1190 et rivalise avec celui de Saint-Gilles. L’ancien clocher est remplacé au début du XIIIe siècle par la tour carrée actuelle dont le dernier étage a été refait au XVIIe siècle. Le chœur et le déambulatoire datent du XVe siècle.

Annexé à cette église se trouve le fameux cloître de Saint-Trophime, le plus célèbre de Provence ; l’accès se fait par la cour du bâtiment situé à côté de l'église. Il date de la seconde moitié du XIIe siècle pour deux galeries et du XIVe siècle pour les deux autres.

Sommaire

Histoire

Construite au XIIe siècle, elle est bâtie sur l'emplacement d'une basilique initiale du Ve siècle, appelée Saint-Étienne[1]; un chœur gothique a été ajouté au XVe siècle[N 1].

Au cours de son histoire, elle est le cadre de plusieurs événements :

Cette ancienne cathédrale de l'archevêché d'Arles, transformée en temple de Être suprême sous la Révolution puis déclassée en simple église paroissiale en 1801[N 2], est érigée en basilique mineure en 1882 par le pape Léon XIII.

Grâce à Prosper Mérimée, alors deuxième inspecteur général des Monuments Historiques de l'Histoire, elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[2]. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des monuments romains et romans d'Arles depuis 1981.


Les éclairages de l'église ont été réalisés par l'architecte Éric Rolland Bellagamba.

Plan de l'église

Plan de Saint-Trophime

Légende

A- Nef, B- Collatéral droit (sud), C- Collatéral gauche (nord), P- Chair

Chapelles :

D- de saint Antoine de Padoue, E- des âmes du purgatoire, F- de saint Genès, G- de la croix, H- de saint Antoine du désert, I-des reliques, J- du sacré cœur, K- de la vierge, L- du saint sépulcre, M- de saint Roch, N- de saint Étienne, O- des rois

Tapisseries du cycle de la Vierge :

1- Conception et couronnement de la Vierge, 2- Dormition, 3- Déploration ou Stabat Mater, 4- Noces de Cana, 5- Jésus au milieu des docteurs, 6- Présentation au Temple, 7- Adoration des rois, 8- Naissance de Jésus, 9- Annonciation et visitation.

Tableaux :

10- Lapidation de saint Étienne (Finson), 11- Annociation (Finson), 12- Adoration des mages (Finson), 13- Pieta, 14- Martyr de saint Étienne, 15- Concile d'évêques

Sarcophages :

16- Sarcophage à deux registres et fonts baptismaux, 17- Traversée de la mer rouge et assomption de la Vierge, 18- Sarcophage de Geminus et mise au tombeau.

Sculptures et tombeaux :

19- Vierge par Leonardo Mirano, 20- Vierge en calcaire peint, 21- Tombeau avec gisant du cardinal Pierre de Foix, 22- Tombeau de Robert de Montcalm, 23- Tombeau de Gaspard du Laurens, 24- Chaire en marbre polychrome.

Vitraux :

25- Saint Étienne et saint Virgile, 26- Sainte Vierge et saint Trophime, 27- Saint Honorat et saint Genès.

Description de l'église

Article détaillé : Archevêché d'Arles.

La basilique primitive d’Arles était probablement située dans un quartier appelé aujourd’hui l’Auture et était dédiée à saint Étienne. Le transfert de la cathédrale à son emplacement actuel longtemps attribué à Hilaire ou à son prédécesseur Patrocle, n’a pu avoir lieu qu’après l’épiscopat de Césaire[3].En effet cette église primitive disparaît dans la tourmente des invasions du VIIe siècle puis est reconstruite à son emplacement actuel à l’époque carolingienne. Elle est à nouveau reconstruite à la fin du XIe siècle avec la construction d’un chœur et du transept puis de la nef. Le chœur sera reconstruit au XVe siècle avec la création d’un déambulatoire.

Époque romane

Le transept et le clocher

Eglise Saint-Trophime : le clocher roman.

Le transept, partie la plus ancienne, est réalisé en appareils grossiers, à joints épais, sans marque de tâcherons. A la croisée du transept s’élève une coupole surmonté d’un robuste clocher roman, haut de 42 m et de section carrée. Cette tour comprend trois étages en retrait les sur les autres et un quatrième étage très court. Les deux premiers étages sont ornés de bandes lombardes, le troisième de pilastres à chapiteaux corinthiens. Ce clocher ressemble à ceux de Moustiers-Sainte-Marie et de Castellane[4].

La nef et ses bas-côtés

Eglise Saint-Trophime : nef et collatéral romans.

La nef centrale est une des plus imposante de la Provence romane avec ses 40 m de long, 15 m de large et 20 m de haut[5]. Elle est divisée en cinq travées. Cette nef se caractérise par des appareils admirables de régularité sur lesquels sont gravées de nombreuses marques de tâcherons. Elle est couverte d’une voûte en berceau brisé dont l’insertion sur les murs latéraux est décorée d’une imposte ornée de feuilles d'acanthe. Cette voûte repose sur des doubleaux à ressaut dont les piédroits sont décorés de colonnettes cannelées ou torses, terminés par des chapiteaux corinthiens. Le chantier de la nef s’effectue durant le second quart du XIIe siècle, époque où plusieurs églises sont édifiées ou réédifiées. Il faut faire abstraction des anciennes hypothèses qui ont voulu identifier à tort les murs d’un édifice antérieur réutilisé dans la nef, la façade et la sacristie à partir d’une interprétation erronée des maçonneries[6].

La nef est éclairée par des fenêtres hautes ouvertes au dessus des grandes arcades qui la font communiquer avec les bas-côtés.

En 1835 sont découverts sous les deux premières travées de la nef, des vestiges consistant en trois espaces parallèles d’axe est-ouest, voûtés en berceaux, communicant entre eux. Cet ensemble rectangulaire de 15 m de long et 9 m de large a fait l’objet d’interprétations diverses : vestiges de l’église primitive, substruction d’un monument du Bas-Empire[7]. Pour Marc Heijmans la meilleure hypothèse serait celle d’un entrepôt datant de la fin de l’antiquité ou du début du haut moyen âge[8]

De même, des fouilles de 1870 ont mis au jour quelques vestiges d’une crypte dont les rares observations ont été consignées par Revoil[9]. Cette crypte débutait au début de la quatrième travée et se prolongeait jusqu’au carré du transept, voire sous l'abside. Au même niveau que celui de l’ancienne nef (bien plus bas que le niveau actuel) qu’elle prolongeait, elle supportait le chœur et les absides auxquels on accédait par un escalier de 18 marches (environ 4 m). D’après l’historien Jacques Thirion, cette crypte, probablement d’origine carolingienne, aurait été l’élément structurant de la reconstruction générale de la seconde église romane au XIIe siècle. Quoi qu’il en soit, elle fut détruite au milieu du XVe siècle, lors de la reconstruction du chœur gothique dont elle bouchait la perspective[10].

Époque gothique

Article détaillé : Architecture gothique.
Déambulatoire

La décision de reconstruire le chœur roman a peut-être été prise sous l'archiépiscopat de Louis Aleman (1423-1450), mais la réalisation effective des travaux ne se fera qu’après sa mort car les pèlerinages dus aux miracles qui se seraient produits sur sa tombe, nécessitèrent la transformation de l’église. L’abside et le chœur romans sont détruits pour faire place à un très vaste chœur gothique avec déambulatoire pour permettre la circulation des pèlerins et chapelles rayonnantes[11].

Le chœur gothique commencé en 1454 par le cardinal archevêque Pierre de Foix est terminé en 1464. Il comprend deux travées droites, une abside à cinq pans et un déambulatoire ouvrant sur huit chapelles dont cinq latérales (trois au nord et deux au sud) et trois rayonnantes, ces dernières à cinq pans[12].

Au XIVe siècle une petite chapelle dédiée à saint André, aujourd’hui chapelle des âmes du purgatoire, est ajoutée au bas-côté nord contre la quatrième travée. De même au XVe siècle une autre chapelle dédiée à saint Pierre, aujourd’hui à saint Antoine de Padoue, est construite contre la troisième travée au nord. En 1620 la chapelle des rois comprenant deux travées couvertes de voûtes d’ogives avec liernes et tiercerons est ajoutée au sud, à hauteur de la quatrième et cinquième travée de la nef.

Le mobilier

Bien que le mobilier d’origine de Saint-Trophime ait été en grande partie détruit à la Révolution, des pièces très intéressantes sont présentées dans cette église ; En effet, suite à la restauration effectuée au XIXe siècle sous la direction de Révoil, l’église est décorée par des œuvres provenant de différentes églises supprimées à la Révolution.

Tapisserie d’Aubusson

Des tapisseries d’Aubusson du XVIIe siècle représentant le cycle de la vierge Marie sont exposées sur les murs nord et sud des bas côtés. Dans le bas côté droit en se dirigeant vers le chœur on trouve successivement une tapisserie composée qui représente à gauche la conception de la vierge et à droite le couronnement, puis la dormition, la déploration de Marie ou le stabat mater, les noces de Cana et enfin Jésus au milieu des docteurs. Dans le bas côté gauche sont placées l’annonciation et la visitation, la naissance de Jésus, l’adoration des rois mages et la présentation au temple[13].

Une dixième tapisserie de ce cycle représentant la naissance de Marie est placée dans une salle du cloître.

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Tableaux

Les tableaux les plus remarquables sont trois toiles toutes peintes en 1614 par Louis Finson (ou Finsonnius), peintre flamand de passage en Provence au XVIIe siècle.

Le premier tableau représente la lapidation de saint Étienne et se trouve sur l’arc triomphal séparant la nef du chœur. Cette œuvre, restaurée en 1877, comporte deux parties. Au sommet Dieu le père est représenté vêtu d’une robe pourpre, assis sur un nuage avec auprès de lui Jésus-Christ, la Vierge et deux groupes d’anges. En bas saint Étienne est à genoux au milieu de ses bourreaux ; une femme en bas à droite du tableau apporte des pierres dans son tablier[14].

Le deuxième tableau se trouve dans la chapelle des rois ainsi appelée car cette peinture représente l’adoration des mages. Il a été commandé par l’archevêque Gaspard de Laurens pour être placé dans cette chapelle qu’il venait de faire construire. L’archevêque serait représenté sous les traits du roi mage le plus proche de la Vierge, avec sur sa poitrine les armoiries de sa famille[15]. Le tableau est inspiré de l’évangile selon saint Mathieu[16] et rappelle que le Christ est venu pour toutes les nations. Pour André Villard ce tableau a des reflets véritables de l'éclat de Rubens[17].

Enfin le troisième tableau placé à l’ouest du transept nord représente l’Annonciation.

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Concile provincial - Croisillon sud

Dans le croisillon sud, côté ouest, une peinture sur bois exécutée à la fin du XVIe siècle par un artiste anonyme représente probablement un concile provincial d’évêques[N 3] placé sous le patronage de la Vierge Marie avec l’enfant Jésus et de saint Étienne placés au centre pour juger l’évêque de Riez, le sixième à partir de la gauche, qui avait dilapidé l’argent de l’église[18].

Dans le collatéral sud se trouve un tableau de saint Trophime attribué par l’abbé Paulet au peintre Jean-Baptiste Fouque[19].

Sarcophages paléochrétiens

Article détaillé : Sarcophages d'Arles.

Trois sarcophages paléochrétiens sont apportés dans l’église au XIXe siècle.

Le premier date du IVe siècle et a été encastré dans le mur latéral nord, à hauteur de la deuxième travée, et a servi de fonts baptismaux. Il est composé de deux registres superposés décorés de sept arcades à frontons cintrés et triangulaires. Les faces latérales comportent également deux registres superposés[20].

Le deuxième sarcophage en marbre de Carrare datant également du IVe siècle est placé en 1832 dans la chapelle saint Genest, côté nord du transept. Il représente le passage de la mer rouge par les Hébreux. Au dessus de ce sarcophage qui sert d’autel, se trouve le retable de l’Assomption[21].

Le troisième sarcophage décore l’autel de la chapelle du Saint-Sépulcre où il a été apporté en 1804. C’est le sarcophage de Geminus, administrateur du Trésor des cinq provinces, ayant exercé ses fonctions à Vienne puis à Arles lorsque y fut transférée vers 395 la préfecture du Prétoire. En marbre de carrare, ce sarcophage a une composition unique à Arles. Il est divisé en trois niches par des pilastres cannelés : dans celle du centre est représenté le Christ barbu avec au dessus se sa tête une croix, dans celle de droite saint Pierre et celle de gauche saint Paul[22] ; une autre interprétation est possible : le Christ serait entouré de deux représentations du défunt Geminus soumis à l’Évangile (à gauche) et à la croix (à droite)[23].

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Sculptures

Chapelle du Saint-Sépulcre

Dans la chapelle du Saint-Sépulcre se trouve, au dessus du sarcophage de Geminus, un relief en marbre représentant la mise au tombeau et provenant de l’église des frères prêcheurs (Dominicains). Ce groupe se compose de dix personnages : au premier plan, le cadavre du Christ étendu sur un linceul est entouré par Joseph d’Arimathie et Nicomède. Derrière eux la vierge Marie entourée de Marie Salomé et Marie épouse de Cléophas. A droite sainte Marie Madeleine porte un vase à parfum et à gauche saint Jean tient la couronne d’épines. Deux anges portant les instruments de la passion entourent le groupe.

Vierge par Leonardo Mirano

Dans la chapelle Saint-Genest, au nord du transept, se trouve au dessus du sarcophage représentant le passage de la mer rouge, un bas relief en marbre blanc représentant l’assomption de la Vierge et provenant de l’église des grands Carmes. Douze apôtres sont représentés autour du tombeau ouvert. Ils sont vêtus de grandes tuniques, certains désignent le tombeau vide, d’autres montrent du doigt le ciel. Au dessus la vierge est entourée d’anges qui lui posent une couronne sur la tête.

Une magnifique statue en marbre blanc de la Vierge, commandée en 1618 au sculpteur génois Leonardo Mirano, orne la chapelle qui lui est dédiée à l’extrémité est du chœur. Elle était primitivement placée dans l’église Saint-Honorat-des-Alyscamps. Elle est vénérée sous le nom de Notre Dame des grâces[24].

On peut enfin signaler dans la chapelle des rois, la présence d’une chaire en marbre polychrome dessinée par Révoil et sculptée par Jules Cantini[25]

Tombeaux

Mausolée de Gaspard du Laurens

Dans la chapelle du Saint-Sépulcre se trouvent à gauche un tombeau avec un gisant du cardinal Pierre de Foix (1386-1464) et à droite celui de Robert de Montcalm (mort en 1625) avec la devise « L’innocence est ma forteresse » et quatre niches dans lesquelles se trouvaient de jolies statuettes représentant la foi, l’espérance, la charité et la justice.

Dans la chapelle des rois est placé le tombeau de l’archevêque Gaspard du Laurens réalisé par le sculpteur arlésien Jean Dedieu.

Vitraux

Les neuf fenêtres du chœur, murées à la Révolution, ont fait l’objet à la fin du XIXe siècle d’un ambitieux programme sous la conduite de Révoil qui envisageait la mise en place de vitraux dans toutes ces fenêtres. Pour en dessiner le programme iconographique, l’architecte s’adresse à Édouard Didron (1836-1902) peintre verrier et restaurateur déjà réputé pour ses œuvres à Marseille et Montpellier. Faute de moyens financiers, seuls trois vitraux seront réalisés en 1877 par Maréchal ; ils représentent au centre la Vierge et saint Trophime, à gauche saint Étienne et saint Virgile et à droite saint Honorat et saint Genés[26].

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Le portail

Église de Saint-Trophime (Arles) : le portail

Ce portail magnifiquement sculpté est ajouté à l’église entre 1180 et 1190. Avec la somptueuse façade de l’abbaye de Saint-Gilles qui lui est très légèrement antérieur, il constitue un des deux plus grands ensembles sculptés de l’art roman en Provence[27]. Pour accentuer son caractère majestueux, le portail est placé en haut d’un escalier ce qui a nécessité le remblaiement de la nef sur une hauteur d’environ 1 5 m. Ce portail, de style roman provençal, est conservé dans un état exceptionnel qui ressort d’autant plus qu’il a fait l’objet dans les années 1990 d’une minutieuse restauration grâce à de nouvelles techniques de nettoiement de la pierre.

Le porche comprend divers éléments décoratifs : pilastres cannelés, chapiteaux à feuilles d'acanthe, frises de grecques, frises de feuilles d'acanthe, frises de palmettes, frises de rinceaux, bas-reliefs ornés de rinceaux. L’ordonnance du portail est inspirée de l’art antique ; le portail ne peut qu’évoquer un véritable arc de triomphe romain s’ouvrant sur l’abbatiale et rappelant celui de Saint-Rémy-de-Provence. L’influence de l’art antique, notamment celui des sarcophages paléochrétiens, se retrouve dans le style des figures et des motifs végétaux du décor. Les motifs de décoration retenus concernent les thèmes de l’ancien testament, ainsi que des fauves et monstres maléfiques auxquels sont associés les deux titulaires de la cathédrale saint Trophime et saint Étienne.

La structure générale est voisine de celle de Saint-Gilles mais ici réduite à une porte unique. Malgré l’homogénéité de l’ensemble qui prouve un achèvement rapide, toutes les statues ne sont pas de la même qualité.

En mars 1888, van Gogh qui vient d'arriver à Arles décrit ainsi le portique de Saint-Trophime :

Il y a ici un portique gothique que je commence à trouver admirable, le porche de Saint-Trophime. Mais il est si cruel, si monstreux, comme un cauchemar chinois, que même ce magnifique exemple d'un style si grandiose me semble appartenir à un autre monde ...[28].

Tympan et archivolte

Portail de Saint-Trophime (Arles) : tympan à tétramorphe.
Portail de Saint-Trophime (Arles) : anges de l'archivolte.

Le tympan et l’archivolte sont réalisés en calcaire oolithique.

Le tympan de Saint-Trophime reprend le thème biblique du tétramorphe évoquant la vision d'Ézéchiel ou l'Apocalypse de saint Jean, symbole ensuite des quatre Évangélistes ; il montre un Christ triomphant et justicier, assis, tenant sur ses genoux la bible et bénissant avec ses deux doigts de sa main droite levée. Il est entouré par les symboles classiques des quatre évangélistes : un lion ailé pour saint Marc, un ange (ou un homme ailé) pour saint Mathieu, un aigle pour saint Jean et un taureau ailé pour saint Luc. Les deux évangélistes figurant au bas du tympan Marc et Luc, qui à la différence de Mathieu et Jean n'ont pas connu le Christ, ne regardent pas le fils de Dieu.

Ce motif est fréquent dans l'art Roman comme on peut le voir par exemple sur les tympans de l'abbaye de Charlieu, de Saint-Gilles, de Notre-Dame d'Embrun ou de Saint-Benoît-sur-Loire.

Sur l’archivolte sont figurés les anges du jugement dernier et des anges en adoration.

Frise de l’entablement

Sur cette frise également en calcaire oolithique sont figurés sous le tympan les douze apôtres assis et tenant un livre sur les genoux : ils sont les témoins de la résurrection du Christ. Au nord, donc à la droite du Christ, on trouve sur le retour de la frise la représentation de la faute originelle avec une sculpture d’Adam et Eve, puis, se dirigeant vers le Christ, le cortège des bienheureux rangés suivant un ordre hiérarchique : des hommes représentés des trois quarts la main posée sur l’épaule de celui qui le précède, deux femmes voilées, des prêtres et des prélats mitrés. En tête du cortège un ange aux ailes déployées présente l’âme des justes représentée sous la forme d’un enfant aux trois patriarches : Abraham, Isaac et Jacob. Au sud, donc à gauche du Christ, le triomphe de la générosité sur l’avarice, l’archange saint Michel refusant l’entrée aux réprouvés, le cortège des damnés et enfin sur le retour de la frise la barque des damnés.

Frise sous l’entablement

Cette seconde frise, d’une plus faible hauteur, est consacrée à l’enfance du Christ. Elle se situe en arrière plan des colonnes du portail, au dessus des panneaux verticaux. La première représentation sur le pilastre cannelé qui flanque la grande porte du côté nord, est l’Annonciation faite à Marie et le songe de Joseph voyant l’ange lui révélant la maternité de Marie. En continuant vers le nord on découvre les mages devant Hérode, la chevauchée des mages, le massacre des innocents et la fuite en Égypte. Symétriquement on trouve sur la partie sud le bain de l’enfant Jésus, la nativité, l’adoration des mages, les mages réveillés par l’ange et l’annonce aux bergers.

Au centre, le trumeau en granit, possède un chapiteau où sont figurés quatre anges, un par face : au sud ange indiquant l’entrée de la porte du paradis, à l’ouest ange gardien de la porte, à l’est ange au phylactère et au nord ange au rotulus.

Panneaux verticaux

Sous la frise, de grandes figures en pied séparées par des pilastres ornés de magnifiques rinceaux représentant les saints majeurs de l’Église et tout particulièrement les deux patrons de l’église d’Arles : saint Étienne et saint Trophime. C’est la partie la plus spectaculaire du portail. En partant de la partie centrale on trouve

La statue de saint Paul est particulièrement remarquable avec des plis de la robe profondément creusés retombant raides sur les jambes ; elle s’inspire des apôtres du portail de Saint-Gilles[29].

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Le cloître

Cloître de Saint-Trophime.
Article détaillé : cloître Saint-Trophime.

Le cloître Saint-Trophime de l’ancienne cathédrale d’Arles date du XIIe siècle et XIVe siècle. L’emplacement de ce cloître est inhabituel car il n’est accolé ni à la nef ni au transept. Il communique avec le chœur au moyen d’un escalier de vingt-cinq marches. Ce cloître présente une forme approximativement rectangulaire de 28 m de long sur 25 m de large. Des dimensions comparables ne se retrouvent dans la région Provence que dans les cloîtres du Thoronet, de Sénanque ou de Montmajour.

L’édification du cloître débute peu après 1150 avec la construction de la galerie nord qui sera suivie de peu par celle de la galerie orientale. Il faudra attendre la fin du XIVe siècle pour voir l’achèvement du cloître avec les constructions de la galerie ouest puis de la galerie sud qui sera terminée sous l’épiscopat de Jean de Rochechouart (1390-1398). Il résulte de ces différentes périodes de construction, deux styles différents pour les galeries : le roman pour les galeries nord et est, et le gothique pour les galeries ouest et sud.

Le cloître traduit une recherche de la perfection plastique avec un remarquable équilibre des volumes et une grande qualité de la décoration sculptée.

Galeries

Saint-Trophime

Autres tympans à tétramorphe

Notes et références

Notes

  1. L'abside romane de Saint-Trophime est remplacée par un chevet gothique lors de travaux exécutés entre 1454 et 1465.
  2. À la suite du concordat de 1801
  3. Il s'agit certainement de la déposition d'un certain Contumeliosus évêque de Riez (524-534) condamné par l’archevêque d’Arles, saint Césaire, le 26 mai 533, lors d'un concile à Marseille. Cet épisode est évoqué par Malnory ici

Références

  1. Jacques Thirion - Saint-Trophime d'Arles dans Congrès Archéologique de France - 1976 - Pays d'Arles, page 360 :
    Cette nouvelle cathédrale (note : Saint-Trophime), bâtie en exploitant les monuments romains tout proches, fut placée, comme l'atteste la Vie de saint Hilaire écrite après 461, sous un vocable dont la vogue était toute récente, celui de saint Etienne, dont les reliques avaient été découvertes en 415.
  2. Ministère de la Culture, base Mérimée, « Notice no PA00081139 » sur www.culture.gouv.fr.
  3. Marie-Pierre Rothé, Marc Heijmans, Carte archéologique de la Gaule : Arles, Crau, Camargue. Académie des Inscriptions et Belles Lettres : Ministère de l’Éducation Nationale, Ministère de la Recherche, Paris, 2008, p. 213.
  4. Paul Masson (sous la direction de), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome IV p. 188
  5. Jean-Maurice Rouquette, « Arles » dans André Chastel, Histoire générale des Églises de France, Belgique, Luxembourg, Suisse éd. Robert Laffont, Paris, 1966, 5 vol, tome 2, p. D18
  6. Jean-Maurice Rouquette, Paul Allard, Régis Bertrand, Marc Heijmans, Arles : histoire, territoires et cultures, éd. Acte sud, Arles, 2008, p. 346 (ISBN 978-2-7427-5176-1)
  7. Jean-Maurice Rouquette, Provence romane, éd. Zodiaque coll. « La nuit des temps » Paris 1974, 2 vol. tome 1 p. 283-284
  8. Marie-Pierre Rothé, Marc Heijmans, Carte archéologique de la Gaule : Arles, Crau, Camargue. Académie des Inscriptions et Belles Lettres : Ministère de l’Éducation Nationale, Ministère de la Recherche, Paris, 2008, p. 409
  9. Henri Antoine RévoilArchitecture romane du Midi de la France – 1873.
  10. Jacques ThirionSaint-Trophime d’Arles, in Congrès Archéologique de France – 134e session, 1976, Pays d’Arles – Paris 1979 – pages 379,382.
  11. Édouard Baratier, Georges Duby, Ernest Hildesheimer, Atlas historique, Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco, éd. Armand Colin, Paris, 1969, p. 99
  12. Paul Masson (sous la direction de), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome IV p. 186
  13. Albert Hari, Petit guide de la primatiale Saint-Trophime d’Arles, éd. du signe, Strasbourg, 2002, p. 20
  14. Jules Charles-Roux, Arles, son histoire, ses monuments, ses musées, éd. Bloud et Cie, Paris, 1914, p. 102
  15. Jules Charles-Roux, Arles, son histoire, ses monuments, ses musées, éd. Bloud et Cie, Paris, 1914, p. 103
  16. Évangile selon saint Mathieu, chapitre 2 versets 1 à 11
  17. André Villard, Art de Provence, éd. Arthaud, 1957, p. 161
  18. Albert Hari, Petit guide de la primatiale Saint-Trophime d’Arles, éd. du signe, Strasbourg, 2002, p. 16
  19. Jean-Maurice Rouquette, Paul Allard, Régis Bertrand, Marc Heijmans, Arles, histoire, territoires et cultures, éd. Actes sud, 2008, p. 897, (ISBN 2-7427-5176-1)
  20. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p. 47-48
  21. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p.55
  22. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p. 44
  23. Albert Hari, Petit guide de la primatiale Saint-Trophime d’Arles, éd. du signe, Strasbourg, 2002, p. 17
  24. Jean-Julien Estrangin, Études archéologiques, historiques et statistiques sur Arles, éd. Aubin, Aix-en-Provence, 1838, p. 176-177
  25. Odile Caylux, Le guide d’Arles, musées, monuments, promenades, éd. du patrimoine, Paris, 2001, p. 48 (ISBN 2-858/22-643-1)
  26. Jean-Maurice Rouquette, Paul Allard, Régis Bertrand, Marc Heijmans, Arles, histoire, territoires et cultures, éd. Actes sud, 2008, p. 901 (ISBN 2-7427-5176-1)
  27. Jean-Maurice Rouquette, Provence romane, éd. Zodiaque coll. « La nuit des temps » Paris 1974, p. 275
  28. van Gogh, letter 470, 18 march 1888 :
    There is a Gothic portico here, which I am beginning to think admirable, the porch of St. Trophime. But it is so cruel, so monstrous, like a Chinese nightmare, that even this beautiful example of so grand a style seems to me to belong to another world, ...
  29. Xavier Altet, François Avril, Danielle Gaborit-Chopin, Le temps des Croisades, éd. Gallimard, coll. « L’univers des formes » Paris, 1982, p.103 (ISBN 2-07-011027-3)

Sources et bibliographie

  • Jean-Julien Estrangin - Études archéologiques, historiques et statistiques sur Arles - éd. Aubin, Aix-en-Provence, 1838.
  • Jules Charles-Roux - Arles, son histoire, ses monuments, ses musées - éd. Bloud et Cie, Paris, 1914.
  • Jean-Maurice Rouquette - « Arles » dans André Chastel, Histoire générale des Églises de France, Belgique, Luxembourg, Suisse - éd. Robert Laffont, Paris, 1966, 5 vol.
  • Jean-Maurice Rouquette - Provence romane. La Provence rhodanienne. Tome 1, pp. 265-346, Éditions Zodiaque (collection "la nuit des temps" n°40), La Pierre-qui-Vire, 1980 (ISBN 978-2736901387)
  • Jacques Thirion, « Saint-Trophime d’Arles » dans Congrès archéologique de France, 134° session - Société française d’archéologie, Paris, 1979.
  • Xavier Altet, François Avril, Danielle Gaborit-Chopin, Le temps des Croisades - éd. Gallimard, coll. « L’univers des formes » - Paris, 1982 - (ISBN 2-07-011027-3)
  • Jean-Pierre Dufoix, Yacine Azzoug, Dominique Rigaux et Andréas Hartmann-Virnich - Le portail de Saint-Trophime d’Arles : Naissance et renaissance d’un chef d’œuvre - éd. Acte sud, Arles, 1999 - (ISBN 2-7427-1574-6)
  • Odile Caylux - Le guide d’Arles, musées, monuments, promenades - éd. du patrimoine, Paris, 2001 - (ISBN 2-858-22-643-1)
  • Albert Hari - Petit guide de la primatiale Saint-Trophime d’Arles - éd. du signe, Strasbourg, 2002 - (ISBN 2-746-80-713-0)
  • Marie-Pierre Rothé, Marc Heijmans - Carte archéologique de la Gaule : Arles, Crau, Camargue - Académie des Inscriptions et Belles Lettres : Ministère de l’Éducation Nationale, Ministère de la Recherche, Paris, 2008 - (ISBN 2-879-54-204-9)
  • Jean-Maurice Rouquette, Paul Allard, Régis Bertrand, Marc Heijmans - Arles : histoire, territoires et cultures - éd. Acte sud, Arles, 2008 - (ISBN 978-2-7427-5176-1).

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