Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information


Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information

Le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information (CLEMI) est un organisme du ministère de l'Éducation nationale chargé de l'éducation aux médias dans l'ensemble du système éducatif. Installé à Paris, il est dirigé par France Renucci, maître de conférence à l'université Paris IV Sorbonne et son Conseil d’orientation et de perfectionnement est présidé par Jean-Marie Dupont, ancien journaliste au Monde.

Le CLEMI a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias. Comme centre de formation, il noue des partenariats avec les professionnels de l'information. Le CLEMI est surtout connu pour piloter, depuis plus de vingt ans, la Semaine de la presse et des médias dans l’école qui s'adresse chaque année (3e semaine du mois de mars) à quatre millions d’élèves dans 15 000 établissements scolaires.

Il est associé à la BnF pour le dépôt pédagogique des journaux scolaires et lycéens, et édite chaque année, avec le soutien de la Fondation Varenne, une revue de presse constituée à partir d’articles sélectionnés dans ces journaux. Il organise, avec la Fondation Varenne et l’association Jets d’encre, le concours national des journaux scolaires et lycéens.

Sommaire

Repères

Quelques dates

  • 1976 : Lettre[1] du ministre René Haby à l’inspection générale suivie des premières circulaires autorisant l’introduction à l'École de la presse d’information comme support pédagogique dans les programmes des différentes disciplines dans le strict respect par les professeurs du code de déontologie de leur métier (neutralité d’opinion). L’objectif est pédagogique, la comparaison de différentes sources doit permettre l’évaluation critique et de « bien distinguer entre les faits et leur interprétation ».
  • Avril 1982 : Rapport d’orientation de Jacques Gonnet et Pierre Vandevoorde au ministre Alain Savary sur "L’introduction des moyens d’information dans l’enseignement"[2].
  • Avril 1983 : Création par arrêté ministériel du Centre de Liaison pour les moyens d’information (CLEMI) pour « promouvoir, notamment par des actions de formation, l’utilisation pluraliste des moyens d’information dans l’enseignement afin de favoriser une meilleure compréhension par les élèves du monde qui les entoure tout en développant leur sens critique ».
  • 25 mars 1993 : Un décret[3] confirme la mission confiée au CLEMI.
  • 28 mars 2007 : Par décret[4], le CLEMI devient le Centre de Liaison Enseignement Médias d’information et constitue un service du Centre National de Documentation Pédagogique(CNDP). Le CLEMI est « chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif ».

Contexte

Dès le début des années 60, un intérêt très fort se manifeste autour de l’introduction d’une forme d’éducation à la presse, à l’image et aux médias, parmi les éducateurs, les journalistes et certains réalisateurs. L’association Presse Information Jeunesse (APIJ) inscrit l’introduction des moyens d’information dans l’enseignement comme l’un de ses objectifs prioritaires. Lors d’un colloque à Rennes en 1971, cette association, regroupant des journalistes de toutes tendances, propose une charte de la presse à l’école.

La relation étroite entre professionnels des médias et de l’éducation autour de la place des médias dans l’opinion, les savoirs et les représentations sociales, une question rendue plus vive encore après mai 1968, constitue une des caractéristiques originales de l’éducation aux médias à la française, préconisée par le CLEMI. Du côté de l’éducation nationale, dans les mêmes années, apparaît une Initiation à la culture audio-visuelle (ICAV) portée par René La Borderie, directeur du CRDP de Bordeaux, et par la Ligue de l’enseignement ; L’ICAV deviendra l’Initiation à la communication et aux médias (ICOM) sous Alain Savary. Cette expérience innovante liée au « collège unique » promeut une conception de la communication nouvelle pour l’époque : le sens d’un message se construit par la lecture et l’interprétation. Ces perspectives sont reprises par un autre programme expérimental associant plusieurs ministères et des chaînes de télévision : l’opération Jeune Téléspectateur Actif[5] (JTA, 1979-82)qui prend en compte les pratiques médiatiques des élèves en dehors de l’école et entend faire de l’élève un téléspectateur actif, un citoyen. Après JTA, l’opération « Vidéo-collège » (1985) visera la production d’images par les collégiens.

Dans le même temps, la presse lycéenne se structure. Tout d'abord en 1978 autour de l'Agence de Presse Lycéenne. Elle se transformera en 1980 en Actions Presse lycéennes avec la double volonté de construire un journal lycéen national et celle d'aider à la création et la pérennisation de journaux lycéens locaux. Ces initiatives conduiront en 1983 au lancement d'un concours des journaux lycéens. Cette action de structuration sera poursuivie par J.Presse, puis par l'association Jets d'Encre.

La création du CLEMI en 1983 par Jacques Gonnet, fondateur et directeur du CLEMI jusqu’en octobre 2004, indique la volonté que l’introduction des médias d’information, à tous les niveaux de l’école et dans toutes les disciplines, relève d’une mission d’intérêt général ; seul le service public a la capacité et le devoir de permettre à tous les partenaires de se situer dans cette perspective. Deux axes principaux guideront l’action du CLEMI : la connaissance des médias et leur analyse critique ainsi que la production de médias par les élèves.

Arrière-plan international

Le rapport Gonnet/Vandevoorde survient au moment (1982) où l’UNESCO publie la Déclaration de Grünwald [6] à l’issue d’une réunion internationale ayant pour but «d’étudier les conséquences (…) du rôle croissant et de la généralisation des grands moyens d’information afin, d’une part, de mieux comprendre la place qu’occupe ces moyens dans la société, et l’impact de plus en plus grand qu’ils exercent dans la formation de l’opinion publique, d’autre part, d’examiner leurs répercussions sur les contenus et les méthodes d’éducation». Cette déclaration qui a posé les jalons de l’éducation aux médias au niveau international, prend en compte l’importance des médias et l’obligation faite à l’école d’aider les citoyens à mieux comprendre ces phénomènes. Elle met l’accent sur la part importante des médias dans la culture contemporaine, les systèmes nationaux se devant de « promouvoir chez les citoyens une compréhension critique des phénomènes de communication » et souligne que « les raisons qui militent en faveur d’une éducation aux médias (…) deviendront irrésistibles dans l’avenir proche avec les développements de la technologie (…)qui auront pour conséquence d’accroître les choix des utilisateurs de médias. »

En 1989, la Convention relative aux droits de l'enfant adoptée par l’UNESCO - droit à la liberté d’expression, à l’accès aux sources d’information et à la participation à la vie culturelle – permet de faire de l’éducation aux médias, un droit fondamental de l’humanité. Depuis 1990, le CLEMI fait partie des deux collèges « Education » et « Communication » de la Commission française pour l’UNESCO et participe à ce titre aux groupes de travail sur l’éducation aux médias et au Sommet mondial sur la société de l'information. Son expert international, Evelyne Bevort, est l’actuelle directrice déléguée du CLEMI. En 1990, la Commission nationale française pour l’UNESCO et le Conseil de l’Europe organisent la première conférence internationale sur l’éducation aux médias à Toulouse à laquelle participent 200 éducateurs aux médias issus de 45 pays.

En octobre 2005, un séminaire euro méditerranéen, organisé par la Commission nationale française pour l’UNESCO avec l’UNESCO, renforce la prise de conscience des préoccupations et des attentes du public en matière d’éducation aux médias, et notamment la formation des jeunes et des professionnels de l’information. L’UNESCO publie, en décembre 2006, dans le cadre du projet Mentor, un kit de formation à l’intention des enseignants, des élèves, des parents et des professionnels .

25 ans après la Déclaration de Grünwald, sa pertinence est réaffirmée lors d’une rencontre internationale en juin 2007 à l’initiative de la Commission nationale française pour l’UNESCO et de l’UNESCO qui dresse un bilan des avancées enregistrées et des obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des pratiques d’éducation aux médias au niveau international. Les participants sont invités à formuler à nouveau « des recommandations destinées à généraliser l’éducation aux médias et à mobiliser tous les acteurs concernés ». Ces recommandations qui composent l’Agenda de Paris[7] concernent quatre grands thèmes : le développement de programmes intégrés à tous les niveaux de l’enseignement, la formation des enseignants et la sensibilisation des différents acteurs de la sphère sociale, la recherche et ses réseaux de diffusion et la coopération internationale en actions.

Cadre européen

Du côté de l’Union Européenne, l’éducation aux médias est d’abord envisagée sous l’angle de « la protection des mineurs et de la dignité humaine » (Livre vert de 1996, recommandation du Conseil de l’Europe 1998 ). En 2006, une recommandation du Parlement européen et du Conseil de l’Europe complète la recommandation de 1998, en tenant compte des développements technologiques et de l’évolution du paysage médiatique. Elle invite « les Etats membres à entreprendre des actions visant à permettre aux mineurs d’utiliser de manière responsable les services audiovisuels et d’information en ligne ». Cette responsabilisation des mineurs pouvant « passer par une meilleure sensibilisation des parents, des enseignants et des formateurs au potentiel des nouveaux services et aux moyens de les rendre plus surs pour les mineurs ». Dans la perspective de la réalisation des objectifs que l’Union Européenne s’est fixé à Lisbonne (2000), après avoir lancé une vaste consultation publique en octobre 2006 mettant l’accent sur la diffusion des bonnes pratiques locales et nationales dans le domaine de l’éducation aux médias, la Commission européenne dans une communication de décembre 2007 Une approche européenne de l’éducation aux médias dans l’environnement numérique souligne « l’importance de l’éducation aux médias par rapport à la communication commerciale, aux œuvres audiovisuelles, aux contenus numériques ». En 2008, le Parlement Européen adopte une résolution « sur la compétence médiatique dans un monde numérique » qui invite la Commission Européenne (organe exécutif de l’UE) à adopter une recommandation et à « lancer un programme d’action sur la compétence médiatique dans le monde numérique ». Parmi les éléments de la compétence médiatique, figure l’éducation aux médias dans les écoles et en tant qu’élément de la formation des enseignants. Le Parlement demande que la compétence médiatique soit inscrite en tant que 9e compétence clé du cadre de référence européen pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (dont la 8e compétence est la compétence numérique qui implique l’usage sûr et critique des technologies de la société de l’information (TSI) et des technologies de l’information et de la communication (TIC)). En août 2009, la Commission européenne publie sa Recommandation « sur l’éducation aux médias dans l’environnement numérique pour une industrie de l’audiovisuel et du contenu plus compétitive et une société de la connaissance intégratrice».

Le CLEMI fait partie, depuis sa création en avril 2006, du groupe d’experts en éducation aux médias de la Direction de la société de l’information et des médias de la Commission Européenne. Il anime et/ou participe aux projets répondant aux appels d’offres de la Commission Européenne (Programmes Mediappro, EMECE, Euromeduc, MEDRES, Educaunet, Mentor).

Contexte institutionnel

« L’éducation aux médias dispose d’atouts majeurs au sein du système éducatif » souligne le rapport L’éducation aux médias, enjeux, états des lieux, perspectives de l’Inspection générale (2007). - d’une part : « Des assises légales et institutionnelles incontestables, mais qui restent trop peu connues : Le code de l’éducation, la Loi d’orientation et le socle commun des connaissances et des compétences ». Ce dernier « installe pour la première fois l’éducation aux médias en tant que telle parmi les objectifs fondamentaux officiellement assignés au système éducatif ». L’éducation aux médias est présente dans les 7 piliers du socle commun et particulièrement dans le pilier 4 (La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication) et le pilier 6 (Les compétences sociales et civiques). - d’autre part : « Une implication naturelle des disciplines fondamentales à travers leurs programmes officiels ». Le rapport rappelle qu’il existe un nombre important de références à ce que l’on peut appeler l’éducation aux médias et que ces références s’organisent en 4 grands domaines, reliés entre eux : 1. Analyse et compréhension des contenus / 2. Maîtrise des langages / 3. Connaissance des médias / 4. Usage et pratique des médias. Le rapport précise qu’à ces quatre domaines, s’ajoute un cinquième, transversal, celui de l’éthique et de la déontologie : « Cette éducation suppose que les élèves acquièrent, en sus des connaissances et des capacités d’analyse nécessaires à la compréhension des messages véhiculés par les médias, un sens moral et civique des responsabilités liées à leur usage, en termes de production comme de consommation ». Le rapport se conclue par des propositions visant à produire le « nécessaire changement d’échelle » pour passer « au stade d’une démarche globale, construite et pilotée » dont les deux dernières concernent le CLEMI.

Voici le résumé de ces propositions :

1 – Réaffirmer au plus haut niveau les principes généraux, les enjeux et les objectifs d’une éducation aux médias dans le cadre de l’Ecole : en clarifier la définition, en rappeler l’obligation et en circonscrire le champ.

2 – Ne pas faire de l’éducation aux médias une discipline mais une voie « traversante » des disciplines fondamentales.

3 – Elaborer un référentiel de compétences permettant une progressivité de l’école au lycée et une évaluation à l’intérieur des disciplines.

4 – Réserver un temps et/ou un espace bien identifié pour cet enseignement au moins dans les années de collège.

5 – Désigner un référent de l’éducation aux médias dans chaque établissement et faire apparaître dans le projet d’établissement toute initiative relative à ce champ d’apprentissage.

6 – Mettre l’accent sur la pratique en s’appuyant sur des partenaires professionnels et/ou en amplifiant les partenariats existants.

7 – Développer prioritairement la formation, notamment celle des cadres et des professeurs référents ; prévoir une sensibilisation de tous les professeurs stagiaires au niveau de la formation initiale.

8 – Renforcer le pilotage pédagogique du dossier, au niveau national comme au niveau académique, en identifiant, notamment, des inspecteurs référents dans chaque académie.

9 – Faciliter l’acquisition, la distribution de journaux, de magazines d’information, et l’usage pédagogique de différents supports en nombre suffisant pour la pratique de l’éducation aux médias en milieu scolaire. Encourager la production de ressources de qualité destinées aux jeunes.

10 – Clarifier les rôles et réaffirmer la responsabilité des différents acteurs, publics et privés, dans la prise en charge de ce qui ne peut être qu’une « responsabilité citoyenne partagée ».

Deux propositions complémentaires concernent le CLEMI :

11 – Consolider le CLEMI national en sa qualité d’ingénieur de formation, de centre de ressources et d’opérateur de partenariats.

12 – Stabiliser le statut des correspondants académiques du CLEMI auprès des recteurs, afin de leur donner la légitimité nécessaire à l’animation des réseaux pédagogiques et des partenariats.

Définitions

La compétence médiatique, traduction de l’expression anglophone « Media literacy », évoque un ensemble de savoirs, de compétences et de comportements relatifs aux médias, pouvant se développer dans et hors de l’école, éventuellement dans une démarche d’autoformation, et par le biais d’autres activités que celles proposées par l’éducation aux médias. La Commission Européenne, dans sa recommandation d’août 2009, la définit comme la « capacité à accéder aux médias, à comprendre et apprécier, avec un sens critique, les différents aspects des médias et de leur contenu et à communiquer dans divers contextes ». La compétence médiatique concerne le résultat de la démarche d’éducation aux médias (dont l’équivalent anglophone est l’expression Media Education). Dans le contexte éducatif français, la définition retenue est celle que propose l’inspection générale dans son rapport, « centrée sur des objectifs de formation réalisables dans le cadre des apprentissages scolaires fondamentaux ». : « Toute démarche visant à permettre à l’élève de connaître, de lire, de comprendre et d’apprécier les représentations et les messages issus de différents types de médias auxquels il est quotidiennement confronté, de s’y orienter et d’utiliser de manière pertinente, critique et réfléchie ces grands supports de diffusion et les contenus qu’ils véhiculent ». « Les apprentissages…relèvent de trois grands champs traditionnels de compétence – esthétiques, sémiologiques et civiques – qui s’interpénètrent… : La formation esthétique… / la maîtrise des langages… / l’éducation à la citoyenneté… ».


Fonctionnement

Le Conseil d'Orientation et de Perfectionnement (COP) du CLEMI est une instance de réflexion et de proposition qui accompagne les actions du CLEMI. Il est composé de 63 personnes représentant les acteurs et usagers du système éducatif, et les professionnels de l'information et de la communication. Il se réunit deux fois par an sous la présidence de Jean-Marie Dupont.

Missions

Ressources

Notes et références


Liens externes


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