Essais de psychologie contemporaine


Essais de psychologie contemporaine
Essais de psychologie contemporaine
Page de titre de la troisième édition Lemerre, 1885
Page de titre de la troisième édition Lemerre, 1885

Auteur Paul Bourget
Genre Essai
Lieu de parution Paris
Éditeur Alphonse Lemerre
Date de parution 1883
Chronologie
Les Aveux (1882)
L'Irréparable (1884)

Les Essais de psychologie contemporaine, publié en 1883 chez Alphonse Lemerre, est le premier essai de Paul Bourget (18521935), issu d'une série d'articles écrits d'abord dans le journal Le Parlement de 1881 à 1883. Bourget poursuit la rédaction de ses chroniques dans Le Journal des débats et parallèlement dans la Nouvelle revue, jusqu'en 1885[1].

Bourget tente d'analyser les raisons de la décadence en Occident : « Par le mot de décadence, on désigne volontiers l'état d'une société qui produit un trop petit nombre d'individus propres aux travaux de la vie commune. Une société doit être assimilée à un organisme » explique-t-il[2].

Il établit ici les caractères d'un nouveau genre littéraire qu'il oppose à l'omniprésent roman naturaliste. Pourtant, cette théorie de la décadence ne couvre que quatre pages dans les Essais, et elle a pourtant contribué à la réputation de l'ouvrage[1] et place l'essayiste au premier rang des jeunes critiques[3].

L’ambition de Bourget est, dans cette vaste étude, d'expliquer en quoi Baudelaire, Renan, Flaubert, Taine ou Stendhal, font œuvre d'analyse psychologique dans la littérature mondiale. Pour Bourget ces auteurs sont aussi autant de témoins de la décomposition caractéristique de la fin-de-siècle[4].

Les Essais, republiés en 1885 sous le titre de Nouveaux Essais de psychologie contemporaine sont avant tout, en littérature, une nouvelle approche de la critique littéraire, davantage portée sur la psychologie et considérant que l'œuvre est un organisme vivant[5].

Sommaire

La genèse des Essais

Paul Bourget explique dans une Lettre autobiographique de 1894[6] les raisons qui le poussent à entreprendre la rédaction des Essais qui seraient l'aboutissement d'une crise intérieure, puisque l'écrivain aurait entrepris son examen de conscience pour lutter contre le désespoir qui l’envahit[7]. Mais ces raisons intimes ne sont pas les seules à être à l'origine de ce « maître-livre »[8]. Hippolyte Taine reçoit fréquemment le jeune essayiste et l'engage à plusieurs reprises à entreprendre une œuvre de longue haleine[9] alors que Juliette Adam[10], directrice de la Nouvelle Revue, lui propose une collaboration soutenue[11] et lui ouvre les colonnes de son journal dans lequel il peut écrire des études élaborées, notamment des critiques psychologiques sur les poètes et romanciers de son temps. Il ne va point s'agir de monographies mais bien davantage d'articles sur l'état de conscience[12] et les idées des célébrités qu'il évoque.

La génération de 1870 décrite par l'étude de cinq écrivains

Portrait de profil
Portrait de Paul Bourget par Léo d'Orfer, paru dans La Vogue en 1886.

Baudelaire, Renan, Flaubert, Stendhal et Taine sont les esprits qui ont agi le plus fortement sur la génération de Paul Bourget. Ils produisent sous le Second Empire, les œuvres qui « façonnent les adolescents de 1870 »[13]. Le sentiment qui domine à cette époque est celui d’être arrivé trop tard dans un monde trop vieux, sentiment que Bourget résume par cette expression empreinte de désenchantement et de pessimisme : une « mortelle fatigue de vivre ». C'est l'époque ou Joris-Karl Huysmans publie A vau-l'eau (1882) et Pierre Loti ses Fleurs d'ennui (1883).

La génération qui atteint 20 ans en 1875 et dans les années suivantes s’empare de la notion de décadence, autant par provocation désespérée et dérision que par délectation macabre. Elle définit son état d’âme par cette citation du sonnet de Paul Verlaine, Langueur, parut dans Le Chat Noir du 26 mai 1883 : « Je suis l’Empire à la fin de la décadence ». Un tel pessimisme est révélateur de l'état de la nouvelle génération, dans son âme comme dans son corps. Mais les causes du malaise dont souffre la génération de Bourget sont aussi l'alcoolisme et le diléttantisme[14].

La théorie de la décadence

Portrait de l'écrivain Paul Bourget dans un cadre circulaire, trois-quart face.
Paul Bourget.

L'idée de décadence, que l'on associe volontiers à l'atmosphère « fin de siècle », apparait sous le Second Empire, époque durant laquelle on parle déjà de déclin. La guerre de 1870, qui a marqué l'essayiste et les pénibles événements de la Commune dont Paul Bourget est un témoin direct, ont souvent été présentés comme la fin d'une époque, d'une civilisation, chez de nombreux écrivains et artistes qui produisent l'essentiel de leur œuvre dans les années 1840-1870. Bourget trouve d'ailleurs un sujet d'inquiétude dans la poussée des valeurs démocratiques instaurées par la Révolution[15]. La publication, en 1883, des Essais de psychologie contemporaine est le signal de la prise de conscience du mouvement décadent.

Par l'étude de quelques grands noms de la littérature, Baudelaire, Taine, Renan et Stendhal, l'auteur, véritable théoricien de la décadence, précise les caractéristiques de la « névrose » dont sont atteints les maîtres contemporains, selon lui inquiets, nerveux, portés à la mélancolie et au pessimisme. Il souligne par exemple le goût de Baudelaire pour ce qui est morbide et artificiel. Baudelaire est ensuite qualifié d’un « des éducateurs préférés de la génération qui vient ». Paul Bourget propose donc une théorie de la décadence à partir de l'analyse du style baudelairien.

Il met en parallèle la situation de déchéance sociale des années 1860 et « l'apparition d'une langue poétique nouvelle, résultat d'une désagrégation du langage, elle-même représentative des dysfonctionnements d'une société aux rouages grippés par l'individualisme »[16].Paul Bourget,en donnant une définition de la décadence, est un « passeur vers le siècle qui s'ouvre »[17]. Ces essais de psychologie ont un grand succès auprès de la jeunesse, qui y trouve un message adapté au sentiment de déchéance sociale qu'elle éprouve. Jules Laforgue est, avec Tristan Corbière et Charles Cros, le meilleur représentant de cette désespérance teintée d'humour et volontiers provocatrice.

« Par le mot de décadence, on désigne volontiers l'état d'une société qui produit un trop petit nombre d'individus propres aux travaux de la vie commune. Une société doit être assimilée à un organisme. Comme un organisme, en effet, elle se résout en une fédération d'organismes moindres, qui se résolvent eux-mêmes en une fédération de cellules. L'individu est la cellule sociale. Pour que l'organisme total fonctionne avec énergie, il est nécessaire que les organismes moindres fonctionnent avec énergie, mais avec une énergie subordonnée, et, pour que ces organismes moindres fonctionnent eux-mêmes avec énergie, il est nécessaire que leurs cellules composantes fonctionnent avec énergie, mais avec une énergie subordonnée. Si l'énergie des cellules devient indépendante, les organismes qui composent l'organisme total cessent pareillement de subordonner leur énergie à l'énergie totale, et l'anarchie qui s'établit constitue la décadence de l'ensemble. L'organisme social n'échappe pas à cette loi. Il entre en décadence aussitôt que la vie individuelle s'est exagérée sous l'influence du bien-être acquis et de l'hérédité. Une même loi gouverne le développement et la décadence de cet autre organisme qui est le langage. Un style de décadence est celui où l'unité du livre se décompose pour laisser la place à l'indépendance de la page, où la page se décompose pour laisser la place à l'indépendance de la phrase, et la phrase pour laisser la place à l'indépendance du mot. Les exemples foisonnent dans la littérature actuelle qui corroborent cette hypothèse et justifient cette analogie.»

Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, tome premier, Paris, Plon, 1924, p. 19-26.

Notes

Références

  1. a et b André Guyaux, p. VII.
  2. Bourget, Essais de psychologie contemporaine, tome I, Plon, 1924, p. 19.
  3. Michel Mansuy, p. 319.
  4. André Guyaux, p. IX.
  5. André Guyaux, p. XIII.
  6. Victor Giraud, Paul Bourget, Essai de psychologie contemporaine, Paris, Bloud et Gay, 1934, p. 195 .
  7. Michel Mansuy, p. 320.
  8. Michel Mansuy, p. 322.
  9. Albert Feuillerat, p. 78.
  10. Paul Bourget, « Salons et clubs », dans Parlement, 18 novembre 1881 .
  11. Michel Mansuy, p. 323.
  12. G.Saint-René-Taillandier, « Un psychologue, P.Bourget », dans Parlement, 22 octobre 1883 .
  13. Michel Mansuy, p. 325.
  14. Albert Feuillerat, p. 87.
  15. Albert Feuillerat, p. 84.
  16. Valérie Michelet Jacquod, Le Roman symboliste, un art de l'« extrême conscience », Droz, 2008 (ISBN 978-2-600-01-238-6), p. 98 .
  17. Valérie Michelet, « De Sixte à Sixtine », dans Avez-vous lu Paul Bourget ?, Dijon, EUD, 2007 .

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

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  • Ouvrage collectif, Marie-Ange Fougère et Daniel Sangsue (dir.), Avez-vous lu Paul Bourget ?, Éditions Universitaires de Dijon, coll. « Écritures », 2005 (ISBN 978-2-915552-65-2) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • Paul Bourget, Essai de psychologie contemporaine, Gallimard, Préface d'André Guyaux, coll. « Tel », 1993 (ISBN 2-07-072965-6) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • Michel Mansuy, Un moderne : Paul Bourget de l'enfance au Disciple, Les Belles Lettres, coll. « Annales littéraires de l'université de Besançon », 1960 (ISBN 978-0320053023) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • Henry Bordeaux, Reconstructeurs et mainteneurs, Librairie Plon, 1954 .
  • Albert Feuillerat, Paul Bourget, histoire d'un esprit sous la IIIe République, Librairie Plon, 1937 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • Lucien Corpéchot, Souvenirs d'un journaliste, Barrès et Bourget, Librairie Plon, 1936 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .



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