Juliana Cornelia de Lannoy


Juliana Cornelia de Lannoy
Juliana Cornelia de Lannoy
Portrait de Juliana Cornelia de Lannoy, en peinture à l'huile par Niels Rode, 1778 (Musée du Brabant-Septentrional à Bois-le-Duc, tableau temporairement prêté au Musée De Roos, l’ancienne demeure de De Lannoy à Geertruidenberg).
Portrait de Juliana Cornelia de Lannoy, en peinture à l'huile par Niels Rode, 1778 (Musée du Brabant-Septentrional à Bois-le-Duc, tableau temporairement prêté au Musée De Roos, l’ancienne demeure de De Lannoy à Geertruidenberg).

Autres noms Juliana Cornelia
baronne de Lannoy[1]
Activités Autrice
Dramaturge
Poétesse
Naissance 20 décembre 1738
Bréda
Provinces-Unies Provinces-Unies
Décès 18 février 1782 (à 43 ans)
Geertruidenberg
Provinces-Unies Provinces-Unies
Langue d'écriture néerlandais
Mouvement Siècle des Lumières
Genres Poésie
Tragédie

Juliana Cornelia, baronne de Lannoy, née à Bréda, le 20 décembre 1738, et décédée à Geertruidenberg, le 18 février 1782, est une poétesse et dramaturge de la République des Sept Pays-Bas-Unis[2].

Sommaire

Biographie

Juliana Cornelia est la fille de Carel Wybrandus de Lannoy (1705-1782), officier dans l’armée des États généraux de la République, et de Maria Aletta Schull (1717-1750). Juliana de Lannoy est restée célibataire[2],[1]. Si la famille aisée dont sa mère était issue avait une longue tradition dans l’administration communale, celle dans laquelle son père était né avait connu des générations d'officiers militaires. Carel de Lannoy avait servi comme soldat de métier dans l'armée des États. Juliana reçut une éducation réformée. Elle passa les premières années de sa vie dans la ville garnison de Bréda. En 1743, avec sa mère et son frère cadet Adam (1740-1794), elle déménagea à Nimègue pour aller demeurer chez ses grands-parents maternels. L'année après, un demi-frère vint au monde : Aelbert Anthony. Dans les années subséquentes décédèrent, l'un après l'autre, le grand-père de Juliana (en 1746), sa grand-mère, son frère Aelbert Anthony (1747) et sa mère (1750). À l’âge de onze ans, Juliana fut logée chez des proches de son père, à Zutphen, jusqu'à ce que, en 1752, elle déménagea à Deventer, où elle alla vivre avec la seconde épouse de son père, Paulina Aleida Putman (1722-1807). C’est là que naquit Adolf Hendrik (1753-1783), le demi-frère avec qui Juliana gardait un lien étroit toute sa vie. En 1758, la famille déménagea à la ville de garnison Geertruidenberg, où son père De Lannoy avait été nommé major général. Dès 1776, elle vécut dans la maison De Roos (La Rose, au Markt, ou marché, 46 ; aujourd'hui un musée). Juliana y habitera jusqu'à sa mort[2].

Un de ses poèmes permet de déduire que De Lannoy, avide d'apprendre, lut beaucoup dès un âge précoce. Il va sans dire que, comme de coutume à l’époque pour les filles de sa classe sociale, De Lannoy apprit le dessin et la peinture, ce qu’elle ne fit pas tout à fait sans mérite, comme en témoigne un autoportrait situé aux alentours de 1755, ainsi qu’une nature morte de fleurs non datée, peinte sur soie. Adamus Christianus Schonck (1730-1774), recteur de l'école latine à Bréda, lui enseigna la théorie et la pratique de la poésie, ainsi que la langue[2] latine, alors qu’elle apprit les langues française et anglaise en tant qu’autodidacte[1].

Œuvres poétiques et dramatiques

Gravure dans l’édition de De Belegering van Haerlem (Le siège de Haarlem, 1770), une des tragédies historiques de Juliana Cornelia de Lannoy, 5e acte, 14e scène.

Le premier poème connu de Juliana de Lannoy date de 1764 : Aan Aristus (Pour Ariste, nom dont elle dota Schonk). Dans ce poème, elle révèle ses ambitions poétiques : « La décision vient d’être prise ; j’aiguise mes phrases dans le but de gagner la faveur des muses dans le plus bref délai. »[3]. Deux ans plus tard, elle fit ses débuts, à 27 ans, avec Aan myn Geest, une lettre versifiée sous forme de dialogue, dans laquelle une personne et son esprit plaident, d'un ton enjoué et ironique, pour la liberté spirituelle des femmes et leur droit de mener leur propre vie. Elle rejette l'idée que seules les femmes soient destinées au rôle d'épouse et de mère[4].

Voulant devenir poétesse, elle rejette comme un préjugé[1], comme elle l’avait d’ailleurs déjà fait dans Aristus[2], l'hypothèse que les femmes soient, par nature, incapables de développer des qualités en matière d’arts et de sciences[1]. Après avoir reçu des commentaires positifs sur cette première publication, De Lannoy s’est concentrée sur ce qu'elle s’est, apparemment, fixée pour but dans la vie : atteindre le sommet du mont, métaphorique, du chant (Zangberg) néerlandais, de préférence en écrivant des tragédies. Elle en écrivit trois : Leo de Groote (Léon le Grand, 1767), De belegering van Haerlem (Le siège de Haarlem, 1770 ; avec dédicace à Guillaume V d'Orange-Nassau) et Cleopatra, koningin van Syriën (Cléopâtre, reine de Syrie, 1776)[2],[5]. En général, dans ses pièces, elle applique les règles du théâtre français classique, tout en dotant ses personnages féminins de rôles plus importants et plus décisifs que de coutume dans le genre[2]. Les deux premiers morceaux lui valurent, à part beaucoup d'éloges, la célébrité et la reconnaissance, et on vantait sa puissante poésie virile, et son cerveau masculin[6].

En 1772, De Lannoy devint premier membre honoraire de sexe féminin de la société poétique de La Haye Kunstliefde spaart geen vlyt (L’amour pour l’art n’épargne aucun effort). Deux fois, en 1774 et en 1782, elle remporta, lors du concours annuel, une médaille d'argent[1]. De la société poétique Kunst wordt door arbeid verkreegen (L’art est acquis par le labeur), elle reçut, en 1775, de l’or pour son chant lyrique Lof der Heeren Van der Does, Van der Werff, en Van Hout, verdedigers van Leyden (Louange du Seigneur Van der Does, Van der Werff, et Van Hout, défenseurs de Leyde). Un autre chant lyrique, dédié à son demi-frère Adolf Hendrik, lui fit remporter, de nouveau, un prix - cette fois-ci d’argent - en 1777, auprès de la société de Leyde[2],[5]. Comme dans ses tragédies, De Lannoy, une partisane de la maison d'Orange, voulut promouvoir, dans ses chants lyriques sur l’amour de la patrie et de la liberté, une vertu au service de l’intérêt de la nation[2].

En dehors des tragédies et des chants lyriques, Juliana écrivit des lettres versifiées, de la poésie religieuse, des satires comme Het gastmaal (Le banquet, 1777) – devenu son poème le plus connu -[1] et de la poésie satirique, dont quelques sonnets « à surprise ». En outre, insouciamment, elle mit à l’ordre du jour les relations entre les sexes et l'image conventionnelle des femmes et des hommes. Des quatre sonnets conservés, De onbestendigheid (L'instabilité, de 1779) a été le plus souvent cité. En outre, elle écrivit des poèmes de circonstance sur des sujets sociaux, politiques et amicaux. En 1776, elle envoya à Catherine II de Russie un poème en hommage aux victoires politiques de l’impératrice, tout en le complimentant sur son soutien des arts et des sciences. L’impératrice remercia De Lannoy par un splendide bijou[2].

On ne sait rien des contacts que Juliana de Lannoy aurait entretenus avec d'autres poètes. Elle fit amitié avec le poète Simon van der Waal (1736? –1781), directeur de l'école française de garçons de Geertruidenberg. Par ailleurs, elle correspondit avec des poètes et des écrivains tels que Willem Bilderdijk (1756-1831) et Rhijnvis Feith (1753-1824), tous deux de grands admirateurs de son œuvre[2],[7].

Après une grave maladie, elle se mit, en 1778, à rassembler une anthologie parue sous le titre Dichtkundige werken (Œuvres poétiques) en 1780[7]. Ce recueil, dédicacé à Wilhelmine de Prusse, fut reçu avec tous les honneurs et lui valut d'excellentes critiques. Ses collègues appelèrent De Lannoy « la Sappho de notre siècle, et la gloire de son sexe »[8].

Le 18 février 1782, Juliana Cornelia de Lannoy mourut, subitement, à l’âgé de 43 ans. Elle sera enterrée, une semaine après son décès, dans le chœur de l'Église Sainte-Gertrude de Geertruidenberg. Elle fut commémorée par quinze poèmes et chansons funèbres, la plupart écrits par des membres de Kunstliefde spaart geen vlyt. Immédiatement après sa mort, son demi-frère Adolf Hendrik, se souvenant de la volonté expresse de sa sœur, brûla toutes les œuvres inachevées et les poèmes dont elle ne fut pas satisfaite. Willem Bilderdijk prit soin, en 1783, de publier les poèmes posthumes, comprenant un nombre d’éloges et de poèmes funèbres. C’est aussi Bilderdijk, avec qui la poétesse s’était liée d’amitié, qui prétendit que les œuvres de De Lannoy l’avaient attiré vers la poésie, et, encore à un âgé avancé, il chantait les louanges de cette autrice[2],[7],[5].

Notoriété

Presque tous les auteurs de manuels d'histoire de la littérature néerlandaise se sont occupés de l’œuvre de Juliana Cornelia de Lannoy. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, l'intérêt porté aux chants lyriques patriotiques et aux pièces de théâtre de De Lannoy revêtit des aspects politiques. Le ton puissant, la fouge et la vivacité de ses vers ainsi que l’alternance de gravité et d'humour ont été grandement appréciés. Aussi reçut-elle des louanges pour la façon dont elle subordonna le passé de la patrie à la poésie. En 1850 et 1851 parurent deux florilèges de ses poèmes, parmi lesquels les satires ont suscité le plus d’intérêt et cela même de nos jours, comme illustré par leur apparition dans la publication d’une anthologie de poésie du XVIIIe siècle, recueillie par Gerrit Komrij[2].

Des tragédies de De Lannoy, Leo de Groote et De belegering van Haerlem connurent encore au début du XIXe siècle un certain succès. Les lecteurs les considérèrent comme de précieux enseignements moraux destinés aux citoyens et aux gouvernants. Après 1870, ses tragédies furent soumises à une critique sévère, fondée sur des arguments esthétiques. Les pièces auraient été peu intelligibles et difficiles à jouer - un jugement prononcé, quoi qu’il en soit, sur la plus grande partie des tragédies du XVIIIe siècle[2].

Le regain d'intérêt pour l'œuvre de De Lannoy fut inspiré par le désir de découvrir des textes historiques dans le contexte de la culture contemporaine - sociale, politique, littéraire -, ainsi que par l’émergence, à la fin du XXe siècle, de l'analyse comparative entre les sexes et de l'étude du culte patriotique[2].

Liens externes

Sources

Références


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Juliana Cornelia de Lannoy de Wikipédia en français (auteurs)

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