Pseudo-scepticisme


Pseudo-scepticisme

Le pseudo-scepticisme (pseudoskepticism en anglais, du grec pseudês ψευδἡς, « faux » et de skeptikos, « qui examine ») est une expression utilisée par quelques auteurs et désignant une démarche prétendument sceptique qui ne respecterait pas les canons de la méthode scientifique. Plus spécifiquement, elle caractérise le fait de formuler des affirmations négatives sans accepter le fardeau de la preuve[1] et, dans le champ du paranormal, la position selon laquelle toute donnée soutenant l'existence de phénomènes paranormaux est nécessairement frauduleuse ou mensongère[2].

Par conséquent, est aussi utilisée l'expression pseudo-sceptique pour désigner les personnes ayant de telles pratiques ou positions[3].

D'autres auteurs soutiennent cependant que le concept de pseudo-scepticisme servirait surtout aux tenants d'une ou l'autre pseudo-science pour dénigrer les sceptiques.

Sommaire

Origine

Ce terme à la connotation normative a été popularisé en 1987 par Marcello Truzzi en réaction aux prétendues « dérives antiscientifiques » du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP) dont il est l'un des cofondateurs et un ancien membre[3]. Marcello Truzzi a cependant quitté cette organisation suite à un désaccord lié au fait qu'il souhaitait que des articles de tenants soient incorporés dans la publication de l'organisation, alors que la plupart des membres de celles-ci considéraient qu'il y avait déjà assez de place dans les médias pour les défenseurs de la réalité du paranormal, et que le magazine publié par le CSICOP (aujourd'hui CSI) devait se focaliser sur la publication d'articles sceptiques[réf. nécessaire].

Caractéristiques

En 1987 Marcello Truzzi, alors professeur de sociologie à l'Université d'Eastern Michigan, déclare dans le Zetetic Scholar :

« En science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme et plus une affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandé. Le vrai sceptique a une attitude agnostique, c'est-à-dire qu'il considère une affirmation non prouvée plutôt que démontrée fausse. Il prétend que l'affirmation n'a pas été prouvée et que la science doit continuer à construire ses cartes conceptuelles cognitives d'analyse de la réalité sans tenir compte de l'affirmation. Tant que le vrai sceptique ne fait pas d'affirmation, il n'a rien à prouver. Il ne fait que continuer à utiliser les théories scientifiques établies par les sciences conventionnelles. Cependant, si le critique affirme que l'affirmation a été démontrée fausse, qu'il a une hypothèse négative – disons, par exemple, qu'un résultat d'un test psi est dû à un artefact –, il fait une affirmation et doit alors fournir la preuve de son assertion[4],[3]. »

Truzzi attribua les caractéristiques suivantes aux pseudosceptiques :

  • Tendance à nier, plutôt qu'à douter
  • Faire deux poids, deux mesures
  • Tendance à discréditer, plutôt qu'à chercher
  • Présenter des données ou des preuves insuffisantes
  • Supposer que la critique ne porte pas le fardeau de la preuve
  • Présenter des contre-arguments sans fondements ou fondés sur leur plausibilité et non sur des preuves empiriques
  • Traiter l'insuffisance des preuves comme une raison de rejeter totalement une proposition.

Dans The Pathology of Organized Skepticism,[5] (La pathologie du scepticisme organisé), David Leiter a formulé une hypothèse sur les motivations animant les pseudosceptiques. Après s'être mêlé à une organisation sceptique, plusieurs adhérents de l'organisation lui confièrent qu'ils avaient été marqués par leur appartenance passée à d'autres groupes, ceux-ci fondés sur la foi, et par une profonde et douloureuse déception à l'égard de ces groupes (qu'il s'agisse de religions New Age ou de mouvements plus orthodoxes). Ils avaient fui ces religions pour se joindre à un mouvement diamétralement opposé, le scepticisme scientifique. Cependant, Leiter nota qu'une qualité propre à tout scientifique, la curiosité, leur faisait défaut.

« Au début, j'ai attribué ce comportement à la paresse, mais récemment, j'ai commencé à soupçonner que ces personnes pourraient avoir une peur phobique de lire ce qui va à l'encontre de leurs idées. Il semble tout à fait possible qu'ils craignent qu'une telle « contamination » pourrait mener (horreur !) à l'acceptation de la position de l'opposant. Scientifiques d'esprit mais blessées psychologiquement, ces personnes sont portées à se joindre aux organisations sceptiques comme d'autres se joignent à des groupes de soutien comme les Alcooliques Anonymes. Ils y trouvent confort, consolation et soutien parmi des gens qui leur ressemblent. »

Articles connexes

Notes et références

  1. (en) Marcello Truzzi, « On Pseudo-Skepticism », dans Zetetic Scholar, no 12/13, 1987, p. 3–4 [texte intégral] 
  2. Meynell, Hugo. « On Investigation of the So-Called Paranormal », dans Critical reflections on the paranormal. Michael F. Stoeber, Hugo Anthony Meynell, ed. State University of New York Press, 1996 - 224 pages.
  3. a, b et c (en)Marcello Truzzi. « On Pseudo-Skepticism », Zetetic Scholar, 12/13, pp3-4, 1987
  4. (en)In science, the burden of proof falls upon the claimant; and the more extraordinary a claim, the heavier is the burden of proof demanded. The true skeptic takes an agnostic position, one that says the claim is not proved rather than disproved. He asserts that the claimant has not borne the burden of proof and that science must continue to build its cognitive map of reality without incorporating the extraordinary claim as a new "fact." Since the true skeptic does not assert a claim, he has no burden to prove anything. He just goes on using the established theories of "conventional science" as usual. But if a critic asserts that there is evidence for disproof, that he has a negative hypothesis --saying, for instance, that a seeming psi result was actually due to an artifact--he is making a claim and therefore also has to bear a burden of proof.
  5. Leiter, David. The Pathology of Organized Skepticism. Journal of Scientific Exploration, Vol. 16, No. 1, pp. 125–128, 2002

Lien externe

Une site sur le pseudo-scepticisme en français, miroir de Skeptical Investigations.


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Pseudo-scepticisme de Wikipédia en français (auteurs)

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