Blancs d'afrique du sud


Blancs d'afrique du sud

Blancs sud-africains

Blancs sud-africains
[[Fichier:Andries Pretorius.jpgMark Shuttleworth in SpaceCharlize Theron|220px|]]
Populations significatives par régions
Afrique du Sud Afrique du Sud 4 472 100
Population totale
5,265,300 (avec les expatriés dans le monde)
Région d'origine
Afrikaners : Pays-Bas et Flandres, France, Allemangne; Anglo sud-africain : Royaume Uni. Autres : Portugal et ex-colonies d'Afrique.
Langue(s)
afrikaans (~60%), anglais (~39%), Portugais et Allemand moins de 1%
Religion(s)
Christianisme (vaste majorité) , Judaïsme (petite minorité)

Les Blancs sud-africains désignent génériquement les Sud-africains issus de l'immigration européenne du XVIIe au XXe siècles. Elle se répartit principalement entre 2 groupes ethno-culturels, les Afrikaners, descendants des pionniers franco-néerlandais (les boers) de langue afrikaans et les Anglo-sud-africains, anglophones (English-speaking White South African).

Après avoir représenté environ 1/5 de la population totale du pays au cours du 20ème siècle, la population blanche sud africaine représente en 2009 9,6 % de l'ensemble de la population (environ 4 500 000 personnes)[1].

Sommaire

Démographie

D'après le dernier recensement effectué en 2008, la population blanche est de 4 500 000 de personnes. Or, ce rapport sous- estimerait le nombre réel de blancs en Afrique du Sud. Celui-ci serait de l'ordre de 5 200 000 personnes. Ces écarts peuvent être expliqués par le fait que certains blancs (en particulier dans les zones rurales et les quartiers insalubres) n'auraient pas eu le questionnaire[réf. nécessaire].

Proportion de blancs par municipalité.

Depuis le début des années 1990 et la période de transition constitutionnelle qui mit fin à l'apartheid politique, de nombreux blancs ont émigré vers d'autres pays (Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis...) en raison des multiples problèmes auxquels ils étaient confrontés comme la criminalité galopante et la politique de discrimination positive (ou Affirmative action) pratiquée par les gouvernements post-apartheid, non seulement dans la fonction publique mais aussi fortement encouragée dans le secteur privé. En favorisant des critères raciaux, ce programme visant à mieux représenter la communauté noire au sein de la nouvelle Afrique du sud s'est cependant parfois effectué au détriment des compétences mais aussi des blancs les moins qualifiés.

Selon un rapport de la SAIRR (institut sud-africain des relations raciales), environ 900 000 personnes, soit 1/5 de la population, ont quitté le pays depuis 1994. Ces départs massifs, surtout de jeunes sud-africains diplômés, ont été dénoncé par l'opposition qui a violemment attaqué l'ANC sur ces trop nombreux départs. La nouvelle Administration mise en place par Jacob Zuma se veut plus pragmatique que celle de ses prédécesseurs et a promis de mettre en place une nouvelle politique d'incitation au retour au pays.

Les blancs se concentrent dans les zones urbaines telles que Pretoria, Le Cap, Durban, Bloemfontein, Port Elizabeth, East London et dans les provinces du Cap-Occidental et du Gauteng.

De nombreux petites communautés d'Afrikaners vivent dans les zones rurales de l'Etat-Libre et de l'ex-Transvaal ou encore dans la province du Cap-du-Nord.

Historique

Une population originaire des Pays-Bas et de France

L'arrivée de Jan van Riebeeck au Cap en 1652
Représentation du Cap en 1727

Son histoire, en Afrique du sud, commence réellement le 6 avril 1652 avec l'arrivée du commandant néerlandais Jan Van Riebeeck dans la baie de la montagne de la Table où il fonde Le Cap, la ville mère de l'Afrique du Sud pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. L'établissement relais pour les navires que van Riebbeck fonde au Cap, compte au départ 90 personnes dont seulement 8 femmes. En février 1657, neuf employés de la Compagnie des Indes orientales sont libérés de leur contrat et s'établissent librement. Ce sont les premiers sud-africains. En 1662, quand van Riebeeck quitte Le Cap, il laisse derrière lui 134 salariés de la Compagnie des Indes orientales: 35 colons libres, 15 femmes, 22 enfants et 180 esclaves importés de Batavia de Ceylan et de Madagascar pour pallier la pénurie de main d'oeuvre.

En 1679, la ville de Stellenbosch est fondée en hommage au nouveau commandeur du Cap, Simon van der Stel, artisan du développement économique de la petite colonie.

Groot Constantia, la demeure viticole de style hollandais du Cap de Simon van der Stel

En 1685, le nombre des colons est de 800. Ce sont essentiellement des fermiers, des artisans ou des manutentionnaires. Ils sont rejoints en 1688 par 238 huguenots français chassés des villages du Sud-Luberon par la révocation de l'Édit de Nantes et installés par le commandeur Simon van der Stel dans la vallée d'Olifantshoek pour y développer la viticulture sur des terres riches en alluvions. Ces nouveaux colons sont instruits et vont marquer très fortement de leur empreinte la culture blanche sud-africaine. En 1691, le Cap devient officiellement une colonie.

En 1706, la première manifestation de défiance envers le gouvernement autocratique de Willem Adriaan van der Stel est organisée au Cap. Le jeune Hendrik Bibault refuse publiquement d'obéir aux injonctions d'un juge arguant du fait qu'il n'était plus Néerlandais mais Africain (Afrikaner). C'est la première manifestation d'une identité africaine des blancs de la colonie. En réaction, la Compagnie décide de stopper l'immigration néerlandaise dans celle-ci pour limiter l'utilité du Cap à sa fonction de station de ravitaillement. Par un certain nombre de mesures, la compagnie tente de planifier l'économie locale et de décourager tout développement industriel ou tout esprit d'initiative individuel qu'elle ne pourrait contrôler. Cette politique restrictive de harcèlement encourage l'esprit libertarien et l'individualisme des colons libres et des paysans néerlandais natifs de la colonie, dorénavant appelés Boers. Ces derniers franchissent les frontières pour s'établir hors de la juridiction de la colonie.

En 1708, la population d'origine européenne a triplé et compte 1 723 individus auxquels s'ajoutent 1 771 esclaves. Afin de contrôler l'émigration intérieure des Boers, la Compagnie fixe à chaque fois de nouvelles frontières situées au delà des implantations boers les plus importantes. En 1745, elle annexe Swellendam et en 1786, s'empare de Graaff-Reinet, ville de frontière située en plein désert du Karoo à plus de mille kilomètres au nord-est de la ville du Cap.

L'expansion des Trekboers augmente néanmoins les risques de conflits avec les tribus indigènes émigrant d'Afrique centrale vers le sud et l'ouest du pays. Celles-ci vivaient à quelques 1 500 kilomètres du Cap sur la côte atlantique et à 700 kilomètres à l'est dans l'intérieur des terres. En 1779 ont lieu les premières escarmouches entre Boers et tribus indigènes Xhosas pour la possession de bétail dans les zones frontalières (première guerre Cafre). En 1781, à la recherche de nouveaux pâturages, les Xhosas franchissent la Rivière Great Fish et pillent la région frontalière du Zuurveld. En riposte, les Boers s'organisent en commandos et repoussent les Xhosas au-delà de cette rivière. Le conflit reprend encore huit années plus tard.

A la fin du 18ème siècle, la population blanche est majoritairement issue des Pays-Bas, des états de langue allemande et de France. Ainsi, au moins 14 000 allemands se sont installés dans la colonie du Cap entre 1652 et 1792, dépassant le nombre des huguenots français. En 1795, la population d'origine européenne compte alors 20 000 personnes et se trouve dépassée par celle des esclaves (25 000 individus)[2].

L'arrivée de colons britanniques

Arrivée des colons britanniques dans la baie d'Algoa (1820)

En 1795, une révolte boer à Graaff-Reinet contre les autorités coloniales tourne court et en 1806, les Britanniques succèdent aux Néerlandais au gouvernement de la colonie du Cap. Celle-ci s’étend alors sur 194 000 kilomètres carrés et compte un peu plus de 60 000 habitants dont quelques 25 000 Blancs, majoritairement des Boers d’origine franco-germano-néerlandaise, 15 000 Khoisans, 25 000 esclaves et un millier d’hommes libres (anciens esclaves libérés de leur servitude). Une étude portant sur les origines de la population afrikaner en 1807 répartissait celle-ci à l’époque en néerlandais (36,8%), états de langue allemande (35%), français (14,6%), non blancs (7,2%), autres (2,6%), indéterminés (3,5%) et britanniques (0,3%).

Au début du XIXe siècle, alors que les Britanniques prennent le contrôle du Cap, les Boers commencent à se penser en tant que nation, dotée d'une culture spécifique, fondée sur un dialecte, issu du Néerlandais : l’afrikaans, une religion : le calvinisme, un territoire : les vastes espaces du Karoo, mais également l’intime conviction d’appartenir à un groupe privilégié comparable à celui des Hébreux de la Bible, dans le cadre d’une société encore esclavagiste. Cette communauté afrikaner est néanmoins partagée entre un groupe urbanisé, sensible au prestige culturel des nouveaux conquérants anglais, et un groupe rural, jaloux de son indépendance et de ses privilèges, hostile à la nouvelle administration britannique.

Les tensions vont aller de mal en pis entre une partie de ces boers et l'administration britannique. En 1815, Frederic Bezuidenhout, un jeune Boer de l’intérieur, est tué par un policier hottentot après avoir refusé d’obtempérer à une convocation judiciaire et résisté à son arrestation. Son frère parvint à soulever une soixantaine de fermiers, décidés à le venger. Perçus comme des rebelles, ils sont pourchassés et acculés à la reddition. Jugés, cinq d’entre eux sont condamnés à mort et pendus à Slachters Neck, le 9 mars 1816.

Les premières vagues d'immigration britannique en Afrique du Sud commencent dans les années 1817-1819. Le gouverneur Charles Somerset souhaite alors fortifier la frontière-est de la colonie du Cap avec les territoires Xhosas. C'est dans cette optique qu'il entreprend d'intensifier la colonisation de la région frontière du Zuurveld située en amont de la rivière Sundays et en aval de la rivière Great Fish.

En 1820, avec le soutien de Lord Somerset et du parlement britannique, près de 4 000 colons anglais émigrent dans cette région au bord de l'océan Indien. Principalement d'anciens chômeurs urbains qui se révélèrent de piètres fermiers, ils s'établirent pour la plupart comme artisans et commerçants à Port Elizabeth, alors un petit village de la baie d'Algoa et à Grahamstown, alors garnison britannique[3]. Cette nouvelle émigration de « loyaux sujets de Sa Majesté » permet de faire contre-poids aux descendants de colons néerlandais, rétifs à la nouvelle administration. Elle permet en outre d'angliciser la colonie.

En 1822, les autorités impériales britanniques, représentées sur place par un gouverneur chef de l'administration civile et militaire, retirent au néerlandais son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. Un processus d’anglicisation est en marche alors que l'afrikaans est dénigré. En 1828, l’anglais devient la seule langue officielle des affaires administratives et religieuses. Les Hottentots se voient également reconnaître l'égalité des droits avec les blancs.

Le Grand Trek des Boers

Carte d'Afrique du Sud indiquant l'évolution des frontières de la Colonie du Cap de 1700 à 1847 ainsi que la migration des Griquas et des Boers au XIXe siècle

En 1833, les Anglais abolissent l’esclavage, provoquant ainsi l’exode d’une partie des éleveurs boers de la frontière. À partir de 1835, près de 15 000 boers[4] quittent la Colonie du Cap, franchissent le fleuve Orange et la chaîne du Drakensberg et s'enfoncent dans le pays zoulou. Beaucoup partent de Graaff-Reinet dans des convois menés par des chefs élus, le plus souvent charismatiques. En 1838, l'un d'entre eux, le chef voortrekker Piet Retief et ses compagnons sont massacrés par les Zoulous, donnant le signal du début des massacres de voortekkers (dont 41 hommes, 56 femmes et 185 enfants) à Blaauwkrans et Weenen. Le 16 décembre 1838, après avoir prêté un serment envers Dieu, quelques centaines de Boers remportent une victoire décisive sur les impies (régiments) zoulous du roi Dingane lors de la bataille de Blood-River, fondement historique de la nation Afrikaner.

Quelques années plus tard, ces boers sont chassés du Natal où ils avaient fondé la république de Natalia, par les Britanniques qui annexent la région. Les Voortrekkers traversent de nouveau le Drakensberg, s’installent sur les plateaux austères du Veld, écrasent les Ndebeles du chef Mzilikazi et asservissent les Sothos. Ils constituent alors de nouvelles républiques boers qui finissent par former l’État libre d’Orange et la république sud-africaine du Transvaal, dont les Anglais reconnaissent l’indépendance par le traité de Sand River.

Les républiques boers au 19e siècle

Le Transvaal lors de sa fondation en 1852 est alors peuplé par 5 000 familles voortrekkers (soit une population totale de 40 000 personnes)[5] mais il ne constitue pas alors un état territorialement constitué et uni bien qu'il revendique un territoire s'étendant du fleuve Vaal au fleuve Limpopo. Et ce n'est qu'en 1856 que ses élus votent la loi fondamentale établissant la république d'Afrique du Sud ("Zuid-Afrikaansche Republiek" - ZAR) et qui réserve le droit de vote aux seuls boers (Burghers et fils de burghers) présents sur le territoire lors de la ratification de la convention de Sand River. La constitution proclame explicitement l'inégalité des blancs et des gens de couleur que ce soit dans l’État ou dans l’Église (article 9). Ainsi, il est exigé que tous les membres de l'assemblée nationale et du conseil exécutif de la présidence soient membres de l'église réformée hollandaise de sang européen. La constitution affirme ainsi le caractère boer de la république, excluant de la citoyenneté les noirs, les métis, les asiatiques mais restreignant aussi les droits des Boers arrivés de fraiche date sur le territoire et excluant des fonctions électives tout blanc naturalisé qui ne soit pas calviniste. Cette disposition, bien qu'assouplie par la suite vis-à-vis des Boers, sera contestée par les uilanders (étrangers) anglophones de Johannesburg dans les années 1890, et sera l'une des causes du raid Jameson et de la Seconde Guerre des Boers.

De son côté, la colonie du Cap prospérait et s'étendait. En 1847, la Cafrerie britannique est annexée. A la suite d'une immense famine qui plonge la cafrerie dans la misère, tuant plus de 50 000 Xhosas en six mois en 1856, la population indigène passe en deux ans de 105 000 à moins de 27 000 individus. Les terres dépeuplées sont alors attribuées à plus de 6 000 immigrants européens d'origine allemande dont un certain nombre étaient d'anciens membres de la légion germanique qui avait combattu au côté des Britanniques lors de la guerre de Crimée. En 1866, tout le territoire de la Cafrerie britannique est incorporé à la Colonie du Cap pour former les districts de King William's Town et de East London.

Durant cette période, le colonial office tente également de faire du Cap une colonie pénitentiaire pour les Irlandais reconnus coupables de crimes et délits. En 1848, suite à la réaction violente des administrés du Cap, alors que le premier navire pénitencier approchait des côtes sud-africaines, le gouverneur Harry Smith décida, pour préserver la paix civile et d'interdire d'accostage les prisonniers lors de leur arrivée à Simon's Bay le 19 septembre 1849. Au bout de cinq mois de blocage, le Colonial Office décida alors de dérouter le navire vers la Tasmanie. En refusant d'être une colonie pénitentiaire, l'Afrique du Sud se privait alors de toute une nouvelle catégorie de population qui allait participer au développement des communautés européennes d'Australie et de Tasmanie. Les administrés de la Colonie du Cap profitèrent néanmoins de cet épisode pour réclamer de nouveaux droits, notamment celui de s'autogérer.

Le 11 mars 1854, la Colonie du Cap était dotée d'une constitution avec un parlement élu au suffrage censitaire, légiférant sur les affaires intérieures. Au contraire du Transvaal, l'égalité des races, reconnues depuis 1828, est réaffirmée. Ainsi, un grand nombre de métis (55 % de la population du Cap) se retrouve électeur de plein droit à la chambre basse.

L'hostilité entre Britanniques et Républiques boers

Au début des années 1860, alors que l'économie des Républiques boers est autarcique et primitive, celle de la colonie du Cap est des plus prospère. Des mines de cuivre commencent à être exploitées et les chemins de fer commencent à se développer. En 1869, l'élevage d'autruches devient une nouvelle activité prospère de la colonie et participe au développement économique de la région d'Oudtshoorn[6].

En 1865, la Colonie du Cap compte 180 000 habitants d'origine européenne alors que toute l'Afrique du Sud compte aux alentours de 250 000 Blancs[7]. Elle compte aussi 200 000 Métis et Hottentots ainsi que 100 000 Bantous, établis principalement dans la région orientale de la colonie. L'immigration européenne reste inférieure aux prévisions. Ainsi entre 1820 et 1860, la moyenne des immigrants ne dépasse pas 750 personnes par an bien que la population blanche sud-africaine ait doublé entre 1820 et 1835[8]. L'accroissement démographique est donc essentiellement dû à la natalité. Le peuplement européen de l'Afrique du Sud n'a jamais été prioritaire, que ce soit sous l'administration néerlandaise ou britannique bien que cette dernière ait réactivé une politique d'immigration pour faire du territoire sud-africain une colonie de peuplement. Mais pour des raisons stratégiques, le gouvernement britannique et le Colonial Office s'attachaient prioritairement au peuplement du Canada et de l'Australie. Ainsi, il ne fut pas étonnant que les navires affectés à la desserte de la Colonie du Cap étaient en nombre plus restreint et que parfois, ceux-ci étaient réaffectés pour desservir d'autres destinations.

L'Afrique du Sud en 1885

A partir de 1867, l'Afrique du Sud commence à connaître une ruée vers le diamant. Jusque là perçu en Europe comme une contrée pauvre et dangereuse, le sous-sol de la région révèle ses potentielles richesses. Les colons britanniques sont les premiers à bénéficier de l'émergence de l'industrie diamantaire mais ce sont de tous les pays d'Europe et même d'Amérique qu'affluent des milliers d'aventuriers et de prospecteurs en quête de diamants. Au Transvaal, les relations quotidiennes entre boers et noirs ne sont régies dans un premier temps par aucune loi, à l'exception des restrictions imposées par loi fondamentale. Les premières lois mentionnent notamment qu'« aucun indigène n'est autorisé à s'établir près des agglomérations, au détriment des habitants, sans une permission expresse de l'Assemblée" ou que "Tout indigène doit être porteur d'un laissez-passer remis par son maitre, par un missionnaire, par un chef de tribu ou par un landrost (maire) » et sont principalement rédigés dans le but de protéger les travailleurs permanents contre les vagabonds. La loi distingue imperceptiblement les descendants des noirs venus du Cap avec les Voortrekkers de ceux qui vivent dans les territoires tribaux et auxquelles ces dispositions sont principalement destinées.

En avril 1877, le Transvaal au bord de la banqueroute est annexé par la Grande-Bretagne avant de retrouver son autonomie en 1881 au prix d'un soulèvement général concomitant à la montée au Cap d'un nationalisme des locuteurs de langue afrikaans, les Afrikaners. En 1875, un groupe d'enseignants et de pasteurs avaient formé un mouvement de revendication culturelle, l'« Association des vrais Afrikaners » dont l'objectif était de défendre et d'imposer l'afrikaans au côté de l'anglais comme langue officielle de la colonie[9]. La défense de la langue se confond avec celle de l’identité afrikaans[10]. En 1876, une revue en afrikaans, "Die Afrikaanse Patriot", était ainsi éditée et en 1877, l'historien Stephanus Jacobus Du Toit publie le premier livre d’histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaans, Die Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (L’Histoire de notre pays dans la langue de son peuple) qui s’apparente à un manifeste politique des Afrikaners imprégné de mysticisme, relatant la lutte d’un petit peuple élu, fidèle au dessein de Dieu, identifiant le Grand Trek de 1836 à l’exode d’Égypte[11]. En 1881, des Afrikaners nationalistes du Cap fondent alors l'union afrikaner (Afrikaner Bond), partisane de l'inclusion des Républiques boers et de la Colonie du Cap. Le parti s'implante également au Transvaal et dans le gouvernement de Paul Kruger. D'abord unitaire, le Bond finit cependant par se fragmenter entre plusieurs courants politiques. Certains sont loyalistes et patriotes envers la Couronne, d'autres promeuvent l'insubordination et la résistance. La Ligue du Cap se dissocie notamment des ligues de tendances républicaines. Reposant sur un néo-calvinisme rigoureux inspiré des théories d'Abraham Kuyper, le projet global de l'Afrikaner Bond est d'établir une nationalité sud-africaine pour un pays souverain, dirigé par les Afrikaners. Le pays défendrait ses propres intérêts et non ceux de la métropole européenne, que ce soit dans les domaines politiques, économiques et commerciaux. Le Royaume-Uni demeurerait un partenaire privilégié. Adoptant une ligne pragmatique, le chef du Bond, Jan Hofmeyr, défend un nationalisme sud-africain regroupant Afrikaners et Britanniques. S'ils pensent que les indigènes sont politiquement et socialement inférieurs aux Blancs, il défend cependant le droit de vote en faveur des élites noires. Dans les faits, de 1881 à 1898, le Bond est tout-puissant. Hofmeyr détermine les votes des députés néerlandais (afrikaners) du parlement du Cap tout comme il initie la politique du Bond et influence celle du gouvernement. Ainsi, c'est sous son influence qu'en 1882, le parlement du Cap autorise l'utilisation du néerlandais lors de sessions parlementaires. L'obligation de bien savoir parler anglais pour être élu député est peu après supprimée pour un certain nombre de sièges ce qui permet l'élection d'Afrikaners de l'arrière pays au parlement.

En 1890, le Bond soutient l'homme d'affaires ambitieux, Cecil Rhodes pour occuper le poste de premier ministre. Cecil Rhodes était un expansionniste qui avait entrepris de relier Le Cap au Caire par la voie du chemin de fer sans jamais quitter un territoire africain sous souveraineté britannique. Il avait dans ce but financé une colonne de pionniers pour annexer les territoires en amont du Transvaal[12].

Au Transvaal, la découverte d'or dans la région du Witwatersrand a précipité l'arrivée de prospecteurs et de travailleurs anglais qui finissent par surpasser le nombre de Boers dans la région de la ville champignon de Johannesburg et à réclamer des droits politiques. L'irruption soudaine du système industriel dans une société fondée sur la volonté de préserver un certain ordre social, un mode de vie rural et le refus des ingérences extérieures, allait avoir des répercussions internes considérables[13], menaçant l'ordre établi par les descendants des Voortrekkers et déplaçant le centre de gravité économique de l'Afrique du Sud de la colonie du Cap au Transvaal. De fait, l'empire britannique supporte mal que ses citoyens établit dans le Transvaal soit traités comme des citoyens de seconde zone. Désireux de s’accaparer les gisements d’or autant que d’unifier toute l’Afrique du Sud sous l’Union Jack, les autorités britanniques du Cap sous l’égide de Cecil Rhodes provoquèrent une série d’incidents qui aboutirent en 1899 au déclenchement de la guerre anglo-boer opposant les Afrikaners du Transvaal et de l'Orange aux Britanniques.

Commandos Boers
Lizzie Van Zyl, enfant boer internée et morte dans le camp de concentration britannique de Bloemfontein durant la Seconde Guerre des Boers

Cette Seconde Guerre des Boers aboutit assez rapidement à une victoire des Britanniques. Cependant, face à une guérilla particulièrement active et meurtrière, le commandement britannique, disposant pourtant sur place de 450 000 hommes (Britanniques et troupes coloniales) n'hésite pas à mener une politique de terre brulée, à construire tous les 100 yards des postes fortifiés, entourées et reliés par des fils barbelés et à parquer les populations Afrikaners du Transvaal et de l'Orange dans des camps de concentration où périssent près de 27 927 d'entre eux, dont 22 074 enfants de moins de 16 ans, soit 10% du nombre de Boers vivant dans ces 2 républiques. Au final, 30 000 fermes sont détruites ainsi qu'une quarantaine de petites villes. Un quart de la population boer, soit 116 572 personnes, fut internée au côté de 120 000 Africains noirs. Cet épisode de l’histoire sud-africaine qui marque la dissolution des répliques boers, solidifie le ressentiment antibritannique des Boers, le républicanisme et renforce le mouvement identitaire des Afrikaners qui va les marquer tout au long du XXe siècle. Vaincus militairement, les Afrikaners vont s’adapter pour survivre en tant qu’entité distincte au sein d’un État moderne, industriel et urbanisé. Si certains renoncent à leur identité culturelle donnant naissance aux anglo-afrikaners, d’autres vont chercher à préserver leur spécificité culturelle sur fonds d’esprit de réconciliation entre les ennemis d’hier[14]. Ils vont dès lors entamer une lente reconquête du pouvoir politique afin de garantir la pérennité de leurs droits historiques, linguistiques et culturels sur l’Afrique du Sud. Ainsi, l’imposition de l’anglais dans les anciennes républiques boers, l’interdiction de l’enseignement de l’afrikaans et diverses mesures vexatoires ont pour corolaire la création d’écoles privées gérées par les Afrikaners eux-mêmes qui fournissent alors un terrain propice à la création d’une identité commune fondée sur la langue afrikaans, la croyance calviniste et une interprétation quasi-religieuse de l’histoire[15].

Au sein de la colonie britannique du Transvaal, des vétérans de la guerre comme Jan Smuts ou Louis Botha deviennent des chefs politiques incontournables tout comme le sont les afrikaners Abraham Fischer et James Barry Munnik Hertzog dans l'état libre. En mai 1904, avec Jan Smuts et d'autres vétérans boers, Louis Botha fonde un parti politique afrikaner, « Het Volk » (le peuple), prônant la réconciliation nationale et l'autonomie de l'Afrique du Sud.

Après la victoire des libéraux au Royaume-Uni en 1905, Botha envoie Smuts à Londres négocier le principe de l'autonomie du Transvaal. En 1906, ce dernier obtient une autonomie politique. Louis Botha devient alors premier ministre du Transvaal. Ce dernier part en Europe pour faire des conférences, laissant Smuts gérer les affaire internes.

L'Union Sud-Africaine

South Africa Red Ensign.png

En 1910, l'Union sud-africaine est proclamée sous forme de dominion de la Couronne. Constitué du Transvaal, du Natal, de l'état libre d'Orange et de la province du Cap, le pays compte alors 5,8 millions d'habitants dont 3,9 millions de Noirs, 517 000 Coloureds, 148 000 asiatiques et 1,3 millions de Blancs, dont plus de 700 000 sont afrikaners[16]. Il y a donc un peu plus d'un blanc pour 4 noirs mais la répartition démographique est très inégale selon les provinces et les régions.

La constitution de l'Union Sud-Africaine forme un compromis politique et social entre les Afrikaners et les blancs anglophones. Dans les provinces du Transvaal et de l'État libre d'Orange, anciennes républiques Boer, le droit de vote est notamment réservé aux seuls blancs alors que dans la province du Cap où les Anglophones sont beaucoup plus nombreux, le droit de vote est partagé selon un système censitaire avec les Coloureds et dans une moindre mesure avec les noirs (minoritaires dans la province).

Louis Botha, un ancien général boer, est le premier chef de gouvernement sud-africain mais son nationalisme tempéré, tout comme celui de Jan Smuts, son principal ministre et inspirateur de la constitution sud-africaine, est rejeté par les radicaux du mouvement identitaire afrikaner.

De 1910 à 1924, le gouvernement est formé par le Parti Sud-Africain de Botha et Smuts. Cette alliance représente les Anglophones ainsi que les Afrikaners modérés. Louis Botha et Jan Smuts se succèdent à la tête de l'État.

Jan Christiaan Smuts en 1919

Pour satisfaire les revnedications des blancs les plus pauvres mais aussi les conglomérats miniers, des lois de ségrégation raciale sont adoptées au niveau national, renforçant la discrimination du système empirique de Colour bar appliqué diversment dans les différentes provinces.

En 1914, plusieurs anciens vétérans de la guerre des Boers comme Christian de Wet tentent sans succès une insurrection visant à rétablir les républiques boers.

La Première Guerre mondiale permet au dominion de conquérir de nouveaux territoires comme la colonie du Sud-Ouest africain allemand en 1915. Mais cet engagement au côté des Britanniques est dénoncé par les Afrikaners intransigeants, partisans des Allemands du Sud-Ouest Africain.

Après la Première Guerre mondiale, les paysans afrikaners, chassés du platteland par une grave sécheresse et une crise économique, se retrouvent confrontés à un double phénomène d’urbanisation et d’acculturation, et entrent en compétition avec les ouvriers noirs au moindre coût. Les valeurs et l’ordre traditionnel des Afrikaners s’effondrant, ces derniers se sentent acculés face à la domination des anglophones, de leurs valeurs liées aux affaires et à l’argent et face au risque de submersion des noirs qui affluent alors vers les villes[17]. Ceux qu’on appelle alors en 1920 les « pauvres blancs » sont plus de 300 000 personnes, essentiellement des Afrikaners[18]. Face à cette situation, les nationalistes afrikaners s’efforcent de réinventer des modèles culturels afin de sortir les Afrikaners pauvres de leur condition misérable et à les aligner sur la petite bourgeoisie anglophone. En mai 1918, une association est ainsi fondée à Johannesburg par trois jeunes Afrikaners dont le but est la défense des membres de leur communauté afin de recouvrer les droits perdus en 1902 à la fin de la seconde guerre des Boers. D’abord baptisée Jong Suid-Afrika, puis Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners), cette association qui rassemblait à son origine des pasteurs calvinistes, des employés des chemins de fer et des policiers, devient en 1924 une société secrète franc-maçonne, recrutant un nombre croissant d’instituteurs, de professeurs, d’universitaires et de politiciens. À partir de 1927, le Bond va accroître son activisme et étendre son influence et son audience au sein de la communauté de langue afrikaans. Il va définir l’identité de l’Afrikaner duquel il placera les intérêts au-dessus de toutes les autres communautés d’Afrique du Sud, y compris la communauté anglophone. Ainsi, le Broederbond propose comme fondement idéologique le national-christianisme, inspiré du néocalvinisme, qui stipule que « les nations sont nées d’une volonté divine, que chacune d’elles est détentrice d’une spécificité et d’une mission à accomplir[19] ». La défense de l’identité afrikaner devient une mission sacrée dont le triomphe exige la mobilisation totale du peuple de langue afrikaans (le Volk). Si la question raciale n’est pas alors au centre des préoccupations politiques des blancs sud-africains, c’est sur cette base de l’Afrikanerdom que le concept de l’apartheid va être progressivement élaboré.

En 1922, la grève des mineurs afrikaners du Witwatersrand pour protester contre le recours accru aux travailleurs noirs débouche sur un conflit sanglant avec le gouvernement de Jan Smuts. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s’étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l’insurrection. Pendant 5 jours les combats font rages dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l’aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C’est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts furent exécutés[20].

Dessiné à la suite d’un long débat national, le drapeau d'Afrique du Sud (1927-1994) représentait essentiellement l’histoire et les symboles des Afrikaners mais aussi la communauté anglophone avec la présence de l’Union Jack

L’échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du parti national de James Barry Hertzog qui remportent les élections générales de 1924. Une de ses premières mesures symbolique est de remplacer le Néerlandais par l'Afrikaans comme langue officielle au coté de l'anglais. D'une autre part, un nouvel hymne national est composé : Die Stem van Suid Afrika ainsi qu'un nouveau drapeau reprenant exclusivement l'histoire blanche du pays. Dès lors, les gouvernements d’inspiration nationaliste s’attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 1930, l’aile extrême du nationalisme subit fortement l’influence du nazisme.

James Barry Hertzog

Reconduit à toutes les élections jusqu'en 1933, le parti National doit s'allier avec le Parti sud-Africain pour endiguer les problèmes économiques et sociaux en formant un gouvernement d'union nationale en créant le Parti Uni. L'alliance entre les nationalistes de Hertzog et les libéraux de Smuts provoquent un schisme au sein du parti National qui se traduit par la défection de 17 parlementaires emmenés par Daniel Malan qui créent le Parti national purifié.

En 1938, les célébrations du centenaire de la bataille de Blood River unissent les Afrikaners autour du thème du Volkseenheid (l’unité du peuple afrikaans) avec la reconstitution du Grand Trek. Les thèmes nationalistes et républicains sont célébrés alors que le pays est pavoisé aux couleurs sud-africaines. Le 16 décembre 1938, plus de 100 000 afrikaners (1/10e de la population afrikaner) assistent à Pretoria à la pose de la première pierre du Voortrekker Monument, symbole phare du nationalisme boer en présence des descendantes des chefs voortrekkers Andries Pretorius, de Piet Retief et d’Hendrik Potgieter[21],[22].

La deuxième guerre mondiale change la donne. Hertzog et Malan soutiennent la neutralité de leur pays alors que Jan Smuts est partisan de l'entrée en guerre de l'Afrique du Sud au côté des alliés. Le parlement approuve d'une courte majorité l'entrée en guerre. Hertzog quitte donc le pouvoir laissant Smuts seul aux commandes.

Smuts, favori, pense remporter facilement les élections de 1948, auréolé par la victoire des alliés et la création des Nations Unies auquel il participe.

Lors des élections de mai 1948, les électeurs blancs apportent une majorité relative de leurs suffrages au Parti Uni de Jan Smuts. Cependant, celui-ci ne dispose plus d'alliés au sein de la nouvelle assemblée alors qu'une coalition entre le parti national et le parti afrikaner, bien que minoritaire en voix (42% des suffrages), remporte une majorité de circonscriptions (52%). Si les électeurs du Natal, des grandes zones urbaines du Cap et de Johannesburg ont apporté leurs voix à Smuts, ce sont les circonscriptions rurales sur représentées du Transvaal et de l'Orange qui permettent au parti de Daniel François Malan de former le nouveau gouvernement. Le thème récurrent des gouvernements nationalistes ne sera plus dès lors la défense de l’identité afrikaans face aux anglophones mais celui du peuple blanc d’Afrique du Sud (anglophones, afrikaners, lusophones soit 2,5 millions de personnes en 1950, 21 % de la population totale) menacé par la puissance de la démographie africaine (8 millions de personnes en 1950 soit 67 % de la population totale)[23].

La victoire du parti national de Daniel François Malan consacre aussi la victoire du Broederbond. Le danger de domination ou d’acculturation anglophone est définitivement écarté et l’unité du peuple afrikaans réalisée. Cependant, la cohésion nationale de celui-ci reste menacée par le "Swaartgevaar" (le péril noir)[24]. L’apartheid est alors présenté comme un arsenal juridique destiné à assurer la survie du peuple afrikaner mais aussi comme un « instrument de justice et d’égalité qui doit permettre à chacun des peuples qui constitue la société sud-africaine d’accomplir son destin et de s’épanouir en tant que nation distincte ». Ainsi, beaucoup de nationalistes afrikaners pensent sincèrement que l’apartheid ouvre des carrières et laisse leurs chances aux noirs, chances qu’ils n’auraient pu saisir s’ils avaient été obligés d’entrer en compétition avec les blancs au sein d’une société intégrée[25].

La période de l'Apartheid

Article détaillé : Apartheid.

La coalition nationaliste Afrikaner accède au pouvoir en 1948 avec dans ses dossiers un nouvel arsenal juridique se nommant Apartheid, une politique de développement séparé affectant des populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminées, aboutissement institutionnel d'une politique et d'une pratique jusque là empirique de ségrégation raciale (Pass-laws, baasskap et colour bar).

Le système législatif et institutionnel du pays s’enrichissait en quelques années de nouvelles lois ségrégationnistes alors que les anciennes lois raciales et spatiales comme le Land Act de 1913 étaient durcies. La question raciale finissait par intervenir à tous les stades de la vie avec la codification de lois ségrégationnistes d'applications quotidiennes visant à faire coexister deux mondes qui étaient destinés à ne jamais vivre ensemble. Les lois organisant l'apartheid, votées en février 1950, étaient organisées autour d'un principe de cloisonnement : les individus étaient classés en quatre groupes qui déterminaient leur vie et leur relations sociales(résidence, études, mariage, etc).

L'animosité des Afrikaners envers les Britanniques laissait d'ailleurs progressivement la place à la crainte du péril noir. En amenant la question raciale au cœur du débat politique, le Parti national allait, durant une trentaine d'années, monopoliser le vote de la communauté afrikaner et attirer le vote de la communauté anglophone.

Carte d'Afrique du Sud avec bantoustans

C’est tout à la fois par idéalisme, par intérêt et par sécurité que les Afrikaners soutiennent aussi longtemps ce système d’apartheid, convaincus que seul celui-ci peut leur permettre non seulement de survivre en tant que groupe ethnique distinct mais aussi de préserver leurs intérêts de classe au sein du groupe blanc[26]. Ainsi, entre 1941 et 1955, le revenu moyen annuel des Afrikaners augmente de 50 %. Le pays est en pleine prospérité économique tandis qu’à partir de 1955 s’élabore la séparation géographique entre blancs et noirs au travers de la politique des bantoustans, en dépit de la résistance de plus en plus importante et organisée de la population noire. Dans les années 1960, alors que la répression policière contre l’opposition africaniste s’accentue, que leurs chefs sont emprisonnés et leurs partis interdits en vertu de lois d’exception, les Afrikaners proclament la république et dans les discours le concept d’ethnicité spécifique laisse peu à peu la place à celui de nation. Ainsi, les noirs ne sont plus présentés comme inférieurs mais comme différents[19]. Les blancs anglophones qui furent longtemps les piliers du parti uni finissent eux-aussi par majoritairement apporter leur soutien à un gouvernement et à un parti de moins en moins ethno-monolithique pour finir par constituer son principal socle électoral en 1989.

Au sein de la communauté blanche du pays, les résistances à l'apartheid sont d'abord principalement issues de mouvements progressistes ou libéraux anglophones mais aussi des anciens combattants (Sailor Malan). Parmi les mouvements les plus actifs figurent la Springbok Legion, les Torch Commando et le parti libéral d'Alan Patton. Alors que les Afrikaners font globalement bloc autour de leur parti, les premièrs dissidences sérieuses apparaissent dans les années 1960 notamment au sein de l'église réformée où d'anciens adeptes de l'apartheid tels Beyers Naudé en deviennent de farouches opposants. Chez les intellectuels, une évolution similaire apparait aussi dans les années 1960 (le mouvement des Sestigers). Enfin, dans le monde économique, plusieurs hommes d'affaires anglophones comme Harry Frederick Oppenheimer, député de Kimberley (1948-1957) dirigeant de l'Anglo American et de De Beers, apportent leur soutien aux mouvements libéraux blancs comme le parti uni puis le parti progressiste.

Au gouvernement, Hendrik Verwoerd le ministre des affaires indigènes à partir de 1951 fait figure de grand architecte de l'apartheid au côté de son secrétaire d'état, Werner Eiselen. Ce système est pour eux un moyen efficace de faire vivre des races en bon voisinage. S'appuyant notamment sur Jan de Klerk, Théophilus Donges, le ministre de l'Intérieur et Charles Swart, le ministre de la Justice, Verwoerd va mettre en place le système des bantoustans destinés dans un futur plus ou moins lointain à permettre aux Noirs, par ethnies, d'accéder à l'auto-détermination puis à l'indépendance au sein ou au côté de l'Afrique du Sud « blanche ». Il parle alors de "nations séparées", chacune évoluant à son rythme. Dans cette optique, Verwoerd s'applique à annuler les droits de vote résiduels dont les Noirs bénéficiaient dans la province du Cap. Ce droit de vote est aussi annulé pour les Coloureds sans que le destin de ces derniers ne soient définitivement tranchés au regard du système politique d'apartheid.

Malgré un certain désir de permettre aux noirs de devenir indépendants au sein des Bantoustans, il est mal vu par les noirs qui se sentent spoliés par les incessants déplacements de population. Il rencontre la même hostilité en dehors du pays et se montre incapable de la comprendre, justifiant chaque mesure prise dans le cadre de l'apartheid et affirmant que les Afrikaners ne veulent que l'ordre et la sécurité, chacun chez soi. Si lors des élections générales de 1953, le parti national l'avait encore remporté en étant minoritaire en voix face au parti uni, ce n'est plus le cas lors des élections générales de 1958 où le parti national remporte pour la première fois la majorité des suffrages exprimés, impliquant ainsi l'adhésion d'une majorité de la population blanche à la politique du gouvernement sud-africain.

JG Strijdom (1893-1958)

En 1959, à la mort soudaine du premier ministre JG Strijdom, Hendrik Verwoerd, le ministre des affaires indigènes, lui succède à la tête du gouvernement. Alors que l'opposition libérale blanche se scinde en deux (des dissidents du parti uni forment le parti progressiste), la politique sud-africaine est de plus en plus contestée au niveau international, notamment aux Nations unies.

En réponse aux critiques étrangères sur l'apartheid, Verwoerd tente de redéfinir la notion en parlant de développement séparé. En accordant l'autonomie au Transkei en 1963, Verwoerd peaufine sa politique lui permettant de déclarer que "les nations tribales d'Afrique du Sud, vivant au sein du pays, auront toutes des droits politiques égaux au sein de leurs homelands", initiant une sorte de décolonisation interne à l'Afrique du Sud et permettant aux sud-africains blancs, et aux Afrikaners en particulier, de maintenir leur domination politique sur les reste du territoire.

L'autre fait marquant du mandat d'Hendrik Verwoerd est la fondation de la république sud-africaine en 1961. A la suite du discours critique de l'apartheid concernant "le vent du changement" soufflant sur l'Afrique prononcé par le premier ministre britannique Harold Macmillan au parlement du Cap, les nationalistes proposent donc de rompre avec la Grande-Bretagne .

Le référendum, approuvé par 52 % des électeurs sépare définitivement l'Afrique du sud de la couronne britannique ainsi que du Commonwealth. Le résultat national cache le plébiscite obtenu par les partisans de la république au Transvaal et dans l'état libre mais aussi au Cap. Seul le Natal proclame de manière tout autant spectaculaire son attachement à la couronne. Hendrick Verwoerd, plutôt opposé à cette dernière séparation, préfère alors que l'Afrique du sud y reste comme république. Mais devant l'hostilité des autres pays il y renonce finalement.

Cette séparation se fait sans émigration excessive de la part des anglophones bien que l'on ait cru a une sécession de la part des anglophones du Natal.

La deuxième partie de l'histoire de l'apartheid est plus complexe du fait de la division chez les blancs entre verligte (éclairés) et verkramte (crispés).

Sous John Vorster, une certaine politique de libéralisation se met en place. En effet, moins dogmatique que ses prédécesseurs, il très populaire au sein de la communauté blanche que ce soit du coté des Afrikaners ou chez les progressistes anglophones. Sous son mandat, les blancs retrouvent une certaine unité. Mais, la politique de libéralisation provoque une coupure avec les extrémistes qui fondent le Parti National réformé (HNP). Refusant de céder, John Vorter est intraitable avec ces derniers pour préserver l'unité des Afrikaners. Il est donc avec cette politique de plus en plus populaire chez les progressistes. Mais à la fin de son mandat, il redevient de plus en plus autoritaire mettant fin à sa politique libérale.

Parallèlement, il est le plus associé à l'apartheid et laisse les Afrikaners et les blancs en général en proie à un grand doute sur leur inquiétude existentielle[27]. Son mandat résume bien l'évolution politique des blancs, qui pendant les années 1960, sont très conservateurs alors que dans les années 1970, ils s'ouvrent quelque peu sous la pression internationale, doutant de plus en plus de leur pouvoir.

Dans les années 1975, sous l'effet de la décolonisation des ex-colonies portugaises, l'Afrique du sud connait une immigration de portugais préférant immigrer en AFS plutôt que de rentrer au Portugal où ils seraient mal accueillis. Cette immigration tombe à pic pour une minorité qui ne représente plus que 15%[28] de la population.

La période 80/90 est marquée par de profonds bouleversements au sein de la communauté. L'arrivée au pouvoir de Pieter Botha et son slogan Adapt or die (s'adapter ou mourir) avait fait naitre un espoir d'aggiornamento tandis que le parti uni disparaissait du paysage politique, laissant place au parti progressiste.

Après un début de déségrégation raciale et des mesures timides (suppression du laisser-passer, autorisation des mariages interraciaux), sa politique de libéralisation s'essouffle. Mais cette dernière entraine un énième schisme au sein du parti national et la création du Parti Conservateur qui représente alors les blancs les plus extrémistes. Botha, sentant que les blancs sont devenus trop minoritaires, propose une nouvelle constitution instituant des assemblées métisses et indiennes aux cotés de la blanche ainsi qu'un poste de Président de la République occupé par lui-même. Qualifiée de bancale par les libéraux, cette réforme ne prévoit rien pour les noirs. A la frustration politique de ceux-ci s'ajoute leurs tracas quotidiens comme les problèmes d'emploi. Cette situation engendre une vague de violences qui dépasse celle de 1976. Botha déclare alors l'État d'urgence et devient de plus en plus autoritaire. En effet, il ne veut pas d'une cassure irrémédiable entre Afrikaners.

Les élections générales de 1987 enregistrent une poussée du Parti Conservateur qui décroche alors le titre envié d'opposition officielle. Ces élections marquent pour la première fois le recul des libéraux. Ainsi, alors que les anglophones séduits par le réformisme du NP le rejoignent, il perd dans le même temps l'appui des Afrikaners ruraux au profit du parti conservateur (Conservative Party CP).

Malgré cela, les libéraux ne restent pas inactifs et rencontrent en juillet 87 une délégation de l'ANC à Dakar.

Alors que le pays est économiquement et diplomatiquement affaibli par les sanctions internationales de l'ONU et des États-Unis d'Amérique, Frederik de Klerk succède à Pieter Botha en 1989. Il est issu d'une famille connue de la communauté afrikaner. Considéré comme conservateur, il est aussi proche des milieux économiques et sait que le pays souffre des sanctions économiques et financières. De plus, alors que la guerre froide arrive à son terme, l'Afrique du Sud n'a plus le rôle qu'elle s'attribuait de sentinelle de l'occident à la pointe du continent africain. Acculé à l'ouverture, De Klerk décide dans un premier temps de réformer politiquement le pays et de trouver une alternative à la politique d'apartheid.

La période de transition vers la fin de la domination blanche

En février 1990, le gouvernement sud-africain légalise les partis politiques noirs interdits et entame une processus de négociation avec le congrès national africain. Les partis politiques sont déracialisés et en juin 1991, les dernières lois d'apartheid sont abolies. Les partis noirs anti-apartheid réclament l'instauration d'un gouvernement intérimaire mais Frederik de Klerk s'y oppose formellement. Voulant éviter une discussion bilatérale entre l'ANC et le NP, il souhaite élargir les discussions à toutes les formations politiques du pays, y compris aux partis ethniques zoulous et à ceux des bantoustans. Il bénéficie du soutien du Broederbond, acquis à l'ouverture raciale et politique. Mais de leur côté, les partis favorables à l'apartheid ou hostiles aux négociations comme le CP/KP et le Herstigte Nasionale Party, sans compter le groupe para-militaire Afrikaner Weerstandsbeweging, refusent de participer aux débats.

Pour De Klerk, les négociations doivent permettre d'aboutir à un système politique décentralisé où les Blancs disposeraient, en tant que minorité, d'un droit de veto notamment en matière économique. Il veut éviter à l'Afrique du Sud le sort des ex-colonies de ce continent. Il négocie donc les seven closes conférant aux blancs une place importante dans la nouvelle Afrique du Sud.

Le soutien des Blancs aux réformes parait contrasté. Les élections législatives partielles tournent au désastre pour le NP mais à l'avantage du CP. Deux élections partielles en 1991 à Uitenhage et Potchefstroom, dans deux fiefs du NP, sont remportées par les candidats du parti conservateur qui réclament alors des élections générales anticipées. De Klerk a besoin de montrer le soutien de la communauté blanche à ses réformes pour pouvoir négocier. A défaut d'élections générales anticipées qu'il pourrait perdre au profit du CP, il décide d'organiser un référendum par lequel il demande aux Blancs de lui apporter leur soutien dans les négociations constitutionnelles menées depuis sa prise de fonction. Le référendum a lieu le 17 mars 1992. Bénéficiant du vote cumulé des progressistes, libéraux et nationalistes, le scrutin tourne au triomphe électoral pour le président d'autant plus que la participation (70%) est plus importante que pour les élections générales traditionnelles. Avec près de 69% des suffrages en faveur des réformes, De Klerk déclare depuis le parlement du Cap que les Blancs ont eux-mêmes décidé de refermer le livre de l'apartheid, considérant que celui-ci avait échoué à préserver la sécurité et la justice pour tous . Les conservateurs sont laminés y compris dans leurs bastions du Transvaal et de l'état-libre d'Orange. Seul le Northern Transvaal, une région où les Blancs pèsent bien moins de 10% de la population totale, désapprouve à 59% les réformes. Cette victoire lève les derniers obstacles à l'instauration d'une démocratie multiraciale et les négociations reprennent à la CODESA où le parti conservateur accepte finalement de siéger. Parallèlement, le solde migratoire des blancs devient pour la première fois négatif depuis 1977.

Les premières élections multiraciales ont lieu en avril 1994. Le vainqueur ne fait aucun doute, ce sera le congrès national africain de Nelson Mandela. Pour le parti national, assuré de figurer dans le prochain gouvernement d'union nationale, il s'agit de remporter une à deux provinces où les noirs sont minoritaires et d'empêcher globalement l'ANC d'obtenir une majorité des 2/3. Mandela remporte largement les élections avec 62% des voix. Avec 21% des suffrages au niveau national, le NP remporte la province du Cap-Occidental (59%) et échoue de justesse dans celle du Cap-du-Nord (40%). Il a gagné près de 3 millions de voix par rapport aux dernières élections générales de 1989 et près de 2 millions par rapport au référendum 1992. Sa base électorale est alors au moins pour moitié constituée de métis (Coloureds, malais du Cap ...), d'indiens mais aussi de quelques dizaines de milliers de Noirs. Le parti démocratique (1,7% des suffrages représentant 338 000 voix), issu du parti progressiste, a globalement fidélisé son électorat, essentiellement des blancs anglophones, ne perdant qu'une centaine de milliers de voix par rapport aux dernières élections générales de 1989. Enfin, si l'extrême-droite et le parti conservateur ont refusé de participer aux élections, le Front de la Liberté (2,9% des suffrages) du général Constand Viljoen récupère la moitié des voix des 850 000 blancs ayant voté non lors du référendum de 1992.

Les Blancs sud-africains dans la société post apartheid

Après l’élection de Nelson Mandela en 1994, une vague lune de miel s'établit entre les Blancs et le Congrès national africain (ANC). Après avoir culminée lors de la coupe du monde de rugby qui a lieu en Afrique du Sud en 1995, elle s'étiole rapidement. En dépit du ralliement spectaculaire d'anciens ministres ou du députés du parti national à l'ANC, la vaste majorité de la communauté reste réticente à voter pour le parti de Nelson Mandela, lui préférant des partis d'opposition plus pugnaces comme l'Alliance démocratique, dominée par les anciens libéraux ou encore le front de la liberté, parti ethnique afrikaner.

En dix ans, de 1995 à 2005, la population blanche s’est ainsi réduite de 16,1%. Si la majorité de ces émigrants âgés de 20 à 25 ans est très qualifiée, les raisons de cette émigration massive, exposées plus haut, donnent l'impression aux blancs d'être considérés comme citoyen de seconde zone[29]. ». Selon une enquête pour l'Université sud-africaine (UNISA), 60 % des Sud-africains avaient quitté leur pays en raison du fort taux de criminalité ou en raison de la mise en place de l'affirmative action (la discrimination positive). En 2008, l'institut sud-africain de relations raciales (South african institute of Race relations ou SAIRR) publiait un rapport selon lequel c'étaient 800 000 sud-africains blancs qui avaient quitté leur pays entre 1995 et 2005, essentiellement des hommes actifs, âgés de 25 à 35 ans pour la plupart[30]. Parmi les plus connus de ces émigrants figuraient l'écrivain John Maxwell Coetzee, prix Nobel de Littérature et auteur de Disgrâce, un roman qui lui avait valu d'être vilipendé par l'ANC, cette dernière considérant ce livre comme hostile à l'Afrique du Sud[31]. En 2009, Brandon Huntley un sud-africain blanc de 31 ans obtenait l'asile au Canada pour le motif d'avoir été victime de persécutions racistes antiblancs dans son pays d'origine (il avait soutenu avoir été victime d'attaques à 7 reprises par des Noirs, selon lui à cause de sa couleur de peau, ayant été traité de «chien blanc» et de «colon»), provoquant la colère du gouvernement sud-africain[32].

La réforme agraire lancée par le gouvernement n'a pas non plus été localement concluante alors qu'entre 1994 et 2009, près de 2500 fermiers blancs étaient assassinés dans l’ensemble des provinces, lors d’attaques restées les plus souvent impunies[33].

Selon le rapport des Nations unies de 2008 sur le développement humain, 7% des 4,5 millions de Blancs vivent désormais en-dessous du seuil de pauvreté, contre 1,5% en 2002[34]. Le taux officiel de chômage des Blancs (5,1% en 2005) reste cependant bien inférieur à celui des Noirs (31%) mais il a augmenté de 74% entre 1998 et 2002, selon l’Institut sud-africain des relations raciales, alors que la hausse moyenne au niveau national était de 39% pour l’ensemble la population. Il s'avère qu'en perdant les privilèges que leur conférait l'apartheid en droit du travail, les blancs les moins qualifiés se sont mal adaptés à la période qui a suivie la fin de l'apartheid. Autrefois inexistants, les mendiants à la peau claire firent ainsi leur apparition dans les rues des grandes villes. Pour les Afrikaners des zones rurales et des milieux défavorisés, l’adaptation fut encore plus difficile.

En 2005, Phumzile Mlambo-Ngcuka, la vice-présidente sud-africaine, admettait des dysfonctionnements dans la politique de discrimination positive (Black economic empowerment), destinée à gommer les inégalités entre Blancs et Noirs, et annonçait des mesures visant à protéger les Blancs les plus pauvres mais aussi à faire revenir les émigrants blancs les plus qualifiés afin d'inverser l'émigration en masse de ces derniers et la fuite des cerveaux[35]..

Ainsi, leur certain malaise se traduit par un fort pessimisme en l'avenir de leur pays. Selon un sondage réalisé par le Cape Times[36], 48% des blancs confieraient ne pas avoir confiance en l'avenir de leur pays. Dans cette perspective, 15% de ces derniers voudraient quant à eux quitter le pays. Comparés aux autres communautés ethniques, 39% des Coloureds auraient également un avis pessimiste en l'avenir de leur pays contre 19% pour les Noirs et 42% pour les Indiens. Ce sondage montre bien la relative méfiance des minorités envers leur pays. La politique de discrimination positive (Affirmative Action) qui devait mieux représenter la population de couleur, n'a réellement bénéficié qu'à une minorité souvent proche de l'ANC.

L'autre argument pour les blancs plutôt pessimistes est la criminalité qui bat des records en AFS. Ainsi, ces derniers se retranchent dans des quartiers (gated communities) quasi-exclusivement blanc et surprotégés. Même si dans ces quartiers la criminalité a quelque fois baissée de 70% elle reste tout de même très préoccupante. Pour contrer ce phénomène de recluse ment, les municipalités ont décidées de stopper ces retranchements.

Dans cette perspective, l'ancienne figure de proue du parti démocratique, Helen Suzman, a ainsi déclaré qu'il était plus facile d'être un opposant de race blanche sous le régime de l'apartheid que sous celui de l'ANC.

D'autres opposants enfin s'inquiètent de la mainmise quasi-totale d'un seul parti sur les gouvernements des villes et sur les institutions nationales.

La position ultra majoritaire au parlement et au gouvernement de l'ANC a conduit certains de leurs représentants à tenir pour négligeable les opinions exprimées par les partis d'oppositions notamment quand elles le sont par l'Alliance Démocratique stigmatisée comme un « parti raciste » alors que plus généralement, les sud-africains blancs anglophones sont désignés comme « d'indécrotables racistes impérialistes ». Ainsi, le président Thabo Mbeki fait l’éloge en mai 2005 des Afrikaners comme « les catalyseurs qui mettront un terme à la division raciale du pays », n'hésitant pas à pointer les Blancs anglophones moins enclins selon lui « à soutenir la nouvelle Afrique du Sud et l’africanisme ».

Même ci dans le temps, les anglophones ont plus milités pour l'abolition de l'apartheid, les dirigeants de l'ANC voient en les Afrikaners des blancs enracinés depuis plus longtemps en AFS et également plus africanistes que les anglophones.

Mais dans le même temps, ces Afrikaners loués par le président sont visés par les politiques culturelles de certaines édiles de l'ANC très enclins à réécrire la toponymie locale. C'est ainsi que pour le polémiste afrikaner Dan Roodt, « le gouvernement est engagé dans une sorte de nettoyage ethnique » aussi bien concernant le changement des noms que pour la diminution de l’afrikaans dans l’enseignement. Concrètement, plusieurs gouvernements locaux prennent comme priorité de faire disparaitre tout vestige linguistique ou toponymique se rapportant à l'héritage du colonialisme ou de l'apartheid alors que les populations les interpellent sur les difficultés économiques, l'explosion de la criminalité et les ravages de la pandémie du sida. A cette fin, ces gouvernements disposent du Conseil des noms géographiques sud-africain (SAGNC), dont les membres, proches de l'aile la plus radicale de l'ANC, sont chargés de recommander les changements de dénominations au ministre de la culture, Pallo Jordan. Bien que stricts, les critères du processus sont occasionnellement détournés par le Conseil et le Ministre. L'exigence en particulier de l'existence d'anciens noms africains n'est pas toujours respectée. Ainsi, quand ceux-ci n'existent pas, ils sont inventés et approuvés par le conseil (Pietersburg et Pretoria). Dans d'autre cas, l'histoire locale fait les frais de cette politique (Louis-Trichardt et Potgietersrus).

Les blancs ont apporté un large soutient a l'Alliance démocratique pendant les élections de 2009. Bénéficiant du vote de ses traditionnels électeurs anglophones, elle a réussi pour la troisième fois consécutive a garder dans son giron les voix afrikaners. D'une manière générale, 2 visions oppose les blancs sur la politique. D'une part, il y a ceux qui supportent largement l'alliance démocratique pour faire barrage à l'ANC et les autres qui critiquent le fait que certains militants de la DA sont trop pessimistes face a l'avenir de leur pays[37], ou encore ceux qui vote DA par défaut, avec résignation, considérant que l'ANC est indétrônable.

Liens internes

Notes et références

  1. (en)The World Factbook, « South Africa », 24 septembre 2009, CIA. Consulté le 27 septembre 2009
  2. Georges Lory, Afrique du Sud, p 33, Karthala, 1998
  3. FX Fauvelle-Aymar, ibid, p 152
  4. Sur une population blanche totale estimée à 50 000 personnes
  5. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Seuil, 2006, p 259
  6. À la fin du siècle, 99 % des fermes d'autruches dans le monde sont situées en Afrique du Sud, dans la région d'Oudtshoorn et la colonie est la première productrice mondiale de plumes d'autruches
  7. 35 000 dans l'État libre d'Orange, 18 000 au Natal et près de 30 000 au Transvaal
  8. On compte alors 105 000 blancs en 1834 contre 50 000 en 1820.
  9. F.X. Fauvelle-Aymar, Histoire de l’Afrique du Sud, p 296-297, 2006, Seuil
  10. Paul Coquerel, L’Afrique du Sud des Afrikaners, 1992, éditions complexe, p 72
  11. Paul Coquerel, L’Afrique du Sud des Afrikaners, 1992, éditions complexe, p 81-82
  12. La future Rhodésie
  13. F-X Fauvelle-Aymar, ibid, p 286
  14. P. Coquerel, p 64 et s.
  15. William Bellamy, ibid, p 113-114
  16. Hermann Giliomee, The Afrikaners, biography of a people, C. Hurst & Co. Publishers, 2003, p 304
  17. P. Coquerel, p 65 et s.
  18. L’Afrique du Sud, ibid, p 75
  19. a  et b P. Coquerel, p 66
  20. Georges Lory, L’Afrique du Sud, Kartala, 1998, p 59-60
  21. Adriaan van Dis, La Terre promise, Actes Sud, 1993, p 84
  22. Paul Coquerel, p 123-124
  23. La crainte que 8 millions de noirs ne se soulèvent et balayent les Afrikaners et leur culture de toute la surface de l’Afrique du Sud définissent le swaartgevaar
  24. P. Coquerel, p 67
  25. Hermann Giliomée, professeur de sciences politiques à l’université du Cap, Une histoire en mosaïque dans l’Afrique du Sud, riche, dure, déchirée", HS n° 15, novembre 1985, Collection Autrement, p 76
  26. Hermann Giliomée, ibid, p 76
  27. BJ Vorster et le cheval du sultant, article du professeur et politiste Hermann Giliomee sur Politicsweb, 3 septembre 2008
  28. Actua Larousse, 1992
  29. Les Blancs qualifiés fuient l’Afrique du Sud , Afrik.com, 9 octobre 2006
  30. Pierre Malet, En Afrique du Sud, les Blancs n'ont plus d'avenir, Slate, 11 septembre 2009
  31. Pierre Malet, ibid
  32. Pierre Malet, ibid
  33. Afrique du Sud: les Blancs, entre révolte et dégoût, Marianne, 20 avril 2009
  34. Afrique du Sud : des blancs fragilisés, Valérie Hirsch, Amnesty Internationale
  35. L’Afrique du Sud lance la discrimination positive pour les Blancs, Afrik.com, 3 décembre 2005
  36. Bouffée de pessimisme chez les sud-africains blancs
  37. http://www.marianne2.fr/Des-Blancs-amers,-dans-la-plainte-permanente_a178121.html

Liens externes

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