Culture tibétaine sous domination chinoise


Culture tibétaine sous domination chinoise

Culture tibétaine sous domination chinoise

La culture tibétaine sous administration chinoise depuis l'entrée au Tibet de l'armée populaire de libération en 1950-1951 décrit l'influence de la politique chinoise sur la culture du Tibet, pris dans son ensemble (et nom limité à la seule R.A.T.).

Le Tibet a déclaré son indépendance de la Chine en 1912, et le 13e dalaï lama a continué à diriger cette nation indépendante de facto, en assumant à la fois le pouvoir politique et le pouvoir spirituel. Cette caractéristique unique du Tibet a constitué le point culminant de l'interpénétration de la religion et du politique dans l'histoire du pays après l'introduction du bouddhisme.

Avec un tel entrelacs de la politique et de la religion, un changement significatif de l'un influença nécessairement l'autre et en définitive, la culture dans son ensemble. Cette relation est évidente avec l'intervention de l'armée populaire de libération en 1950 et la domination du Tibet par la République populaire de Chine qui s'en est suivi, avec aujourd'hui le contrôle de toute la région par la Chine. Si l'on met de côté les revendications historiques de la Chine sur le Tibet et les réclamations historiques de la terre du Tibet, il est devenu évident que depuis cette dernière invasion des changements culturels majeures ont lieu dans toute la région. Les Chinois ont apporté des écoles et des hôpitaux modernes, le servage a été aboli, et la réforme agraire a été instituée. Cependant, les efforts de modernisation ont aussi eu pour résultat la destruction virtuelle du riche patrimoine de la région, telle que la destruction de la majorité des monastères bouddhistes pendant la révolution culturelle, et la répression du bouddhisme en général par le gouvernement communiste.

Mais la menace principale qui pèse sur la culture tibétaine est sa dilution face à la montée incessante de la population chinoise Han, dans la Région autonome du Tibet comme d'ailleurs dans les anciens Amdo et Kham. Ce développement de la population chinoise Han est lié directement aux grands projets économiques de la République populaire de Chine, en particulier dans le domaine de l'exploitation des réserves du sous-sol du plateau tibétain (cuivre, or, zinc, hydrocarbures, charbon...), ou encore dans dans le domaine du tourisme (multiplication par 10 du nombre de touristes visée entre 2005 et 2020).

Sommaire

Espace culturel tibétain

La zone d'influence de la culture tibétaine excède de très loin la Région autonome du Tibet :

En effet, le Tibet historique et culturel se compose de trois régions :

Hors des frontières de la République populaire de Chine, la culture tibétaine a marqué celles de pays comme le Népal, le Sikkim, le Bouthan, ou encore l'État de Jammu-et-Cachemire en Inde. Suite à l'invasion du Tibet par l'Armée populaire de libération en 1951, une communauté exilée s'est également constituée en Inde, dans la région de Dharamsala.

Manifestations culturelle tibétaines dans la Chine contemporaine

Les Tibétains seraient bien représentés dans la culture chinoise contemporaine. Les chanteurs tibétains sont connus notamment pour leurs talents vocaux, que certains attribuent aux hautes altitudes du plateau tibétain. Tseten Dolma (Zh:才旦卓玛) a acquis une bonne renommée dans les années 60 pour sa suite de musique et de danse L'Orient est rouge. Kelsang Metok (格桑梅朵) est un chanteur populaire qui mèle des chansons tibétaines traditionnelles à des éléments empruntés aux musiques pop chinoise et occidentale. Phurbu Namgyal (Pubajia ou 蒲巴甲) fut le lauréat en 2006 de Haonaner, la version chinoise d’American Idol. En 2006, il a joué le rôle principal dans Prince of the Himalayas de Sherwood Hu, une adaptation de Hamlet de Shakespeare, qui se déroule dans l’ancien Tibet et présente une distribution complètement tibétaine.

Pourtant, lorsque l'ethnomusicologue Ngawang Chophel est rentré au Tibet en 1995, après l'exil de sa famille en Inde en 1968, afin de réaliser un film sur la musique tibétaine et la danse traditionnelle, il a été arrêté et condamné à 18 ans en prison pour espionnage par les autorités chinoises. Gravement malade, il ne fut libéré qu'en 2002 pour raisons médicales.

La chanteuse tibétaine Jamyang Kyi a été arrêtée en avril 2008. Les raisons de son arrestation n'ont pas été communiquées, mais Jamyang Kyi évoquait des sujets controversés comme les mariages forcés et les unions inter ethniques[1]. Elle a été libérée sous caution le 20 mai 2008, mais attend un procès.[2] De même, Drolmakyi, une célèbre chanteuse tibétaine populaire au Tibet, a été arrêtée le 30 mars 2008 par les autorités chinoises durant les troubles au Tibet en 2008‎.[3] Fin mai, selon le Los Angeles Times, elle a été libérée après presque deux mois de détention, à condition de garder le silence sur son arrestation et de ne plus faire de représentations pendant quelques temps.[4] Washu Rangjong est un autre exemple de chanteur tibétain arrêté lors des troubles au Tibet en 2008.

Kekexili, la patrouille sauvage, est un film réalisé par le National Geographic au sujet d'un journaliste qui se rend au Tibet pour réaliser un rapport sur les risques de disparition de l'Antilope tibétaine. Il a obtenu de nombreux prix en Asie et en Occident.

Langue tibétaine

Après la mort prématurée du 10e Panchen Lama, l'officialisation de la langue tibétaine que ce dernier avait voulu faire appliquer, ne s'est pas produite[5]. Dans les bureaux de l'administration, les magasins d'état de la Région autonome du Tibet, le chinois est la langue officielle et la seule à être utilisée[5]. À l'Académie des sciences sociales du Tibet, à l'Université du Tibet, dans les écoles et les mairies, la grande majorité des réunions sont menées en chinois[5]. Selon Nicolas Tournadre, le tibétain est considéré comme un patois négligeable. Les responsables tibétains n'ont pas même le droit de signer leur nom en tibétain, et doivent le transcrire en idéogrammes chinois[5].

L'accusation qu'il existe un effort délibéré de la part des Chinois pour faire disparaître la langue tibétaine a été discutée par plusieurs éminents spécialistes. Barry Sautman a déclaré que

« De 92% à 94% des Tibétains ethniques parlent le tibétain. Les seules exceptions sont certains lieux du Qinghai et de l'Amdo où la population tibétaine est très faible comparée à la population totale. L'instruction donnée à l'école primaire est presque toujours en tibétain. Le chinois devient obligatoire en parallèle avec le tibétain à partir de des établissements de l'enseignement secondaire. Toutes les petites classes de la Région autonome du Tibet enseignent également le tibétain. À Lhassa, le même temps, à peu de choses près, est consacré à l'enseignement du chinois, du tibétain, et de l'anglais. »

Ceci, dit Barry Sautman, contraste avec le fait que

« les leaders tibétains en exil en Inde ont utilisé l'anglais comme langue unique jusqu'en 1994, et ne sont devenu bilingues qu'à partir de 1994. Les écoles au Tibet font plus pour le tibétain que les écoles indiennes ne le font dans les zones ethniquement tibétaines — au Ladakh [N 1], l'instruction est donné en urdu, ce qui entraine un important échec scolaire chez les enfants de langue tibétaine, sans que l'Inde soit jamais accusée de génocide culturel contre les Tibétains[6]. »

Selon Jamyang Norbu, Barry Sautman présente souvent les faits de façon partiale[7].

«  Ce que Sautman oublie habilement de rappeler est que le Ladakh — à la différence du Tibet — a toujours eu une population mixte, mêlant Bouddhistes et Musulmans, et que l'éducation en urdu est un leg de l'empire Moghol, poursuivi par les Britanniques, et maintenu depuis l'indépendance de l'Inde par la majorité musulmane du Cachemire, dont le Ladakh fait partie. Dans les faits, la langue tibétaine a en réalité connu récemment une résurgence au Ladakh, en particulier à partir de 1955, avec la formation du Ladakh Autonomous Hill Development Council (le Conseil du développement autonome du Ladakh), par lequel une grande partie de l'administration effective de la région, y compris les questions de langue et d'éducation, a été placée sous l'autorité effective de responsables locaux élus. »

De plus, en Inde, les Tibétains en exil sont libres d'envoyer leurs enfants dans les écoles des Tibetan Children's Villages. Andrew Martin Fischer, Professeur de l'Institute of Social Studies réfute les arguments de Barry Sautman en se basant sur une analyse plus complète des statistiques de la Chine publiée dans un livre en 2005.[7],[8]

Le tibétologue Elliot Sperling a aussi déclaré « Dans certaines limites, la République populaire de Chine fait quelques efforts pour laisser s'exprimer une expression culturelle tibétaine » et « l'activité culturelle qui a lieu sur l'ensemble du plateau tibétain ne peut être ignorée[9]. »

Cependant, étant donné que le chinois est la langue gouvernementale ainsi que celle de nombreuses entreprises, les Tibétains qui ne parlent pas le mandarin, la langue officielle de la Chine, éprouvent de plus en plus en difficulté lorsqu'il doivent affronter la concurrence sur le marché du travail.

Les Tibétains envoient leurs enfants clandestinement en Inde pour qu'ils reçoivent une éducation tibétaine dispensée notamment dans le Tibetan Children's Villages de Dharamsala, espérant que de retour au Tibet, ils partageront la culture tibétaine. Le gouvernement chinois a encouragé les Tibétains à revenir au Tibet en leur octroyant des avantages. Suite au Troubles au Tibet en 2008, les guides tibétains qui se sont rendus en Inde, parlant mieux l'anglais ont été supprimés de la liste de guides officiels et ne peuvent travailler ni dans le tourisme, ni dans l'enseignement.

Selon certains rapports, 78% de la population du Tibet serait analphabète alors qu'en exil, 94% des Tibétains sont éduqués.[10]

Population

La RAT a la densité de population la plus basse parmi les régions administrative de la Chine, surtout en raison de ses caractéristiques montagneuses et géographiques difficiles. En 2000, 92,8% de la population est Tibétains ethnique, cependant que les Chinois Han représentent 6,1% de la population. À Lhassa, capitale de la Région autonome du Tibet (RAT), les Hans représenteraient — selon les chiffres officiels résultant du recensement de 2000-2001 — 17% de la population, soit nettement moins que ne l'ont prétendu beaucoup d'« activistes ».

Statistiques officielles chinoises (recensement de 2000-2001)

Principaux groupes ethnique par région, à l'intérieur du « grand Tibet » au sens le plus large (recensement de 2000).
Total Tibétains Hans autres
Région autonome du Tibet: 2 616 329 2 427 168 92.8% 158 570 6.1% 30 591 1.2%
- Lhassa PLC 474 499 387 124 81.6% 80 584 17.0% 6 791 1.4%
- Préfecture de Qamdo 586 152 563 831 96.2% 19 673 3.4% 2 648 0.5%
- Préfecture de Shannan 318 106 305 709 96.1% 10 968 3.4% 1 429 0.4%
- Préfecture de Xigazê 634 962 618 270 97.4% 12 500 2.0% 4 192 0.7%
- Préfecture de Nagchu 366 710 357 673 97.5% 7,510 2.0% 1 527 0.4%
- Préfecture de Ngari 77 253 73 111 94.6% 3 543 4.6% 599 0.8%
- Préfecture de Nyingchi 158 647 121 450 76.6% 23 792 15.0% 13 405 8.4%
Province du Qinghai : 4 822 963 1 086 592 22.5% 2 606 050 54.0% 1 130 321 23.4%
- Xining PLC 1 849 713 96 091 5.2% 1 375 013 74.3% 378 609 20.5%
- Préfecture de Haidong 1 391 565 128 025 9.2% 783 893 56.3% 479 647 34.5%
- PAT de Haibei 258 922 62 520 24.1% 94 841 36.6% 101 561 39.2%
- PAT de Huangnan 214 642 142 360 66.3% 16 194 7.5% 56 088 26.1%
- PAT de Hainan 375 426 235 663 62.8% 105 337 28.1% 34 426 9.2%
- PAT de Golog 137 940 126 395 91.6% 9 096 6.6% 2 449 1.8%
- PAT de Gyêgu 262 661 255 167 97.1% 5 970 2.3% 1 524 0.6%
- PAMT de Haixi 332 094 40 371 12.2% 215 706 65.0% 76 017 22.9%
Zones tibétaines de la province du Sichuan
- PATQ de Ngawa 847 468 455 238 53.7% 209 270 24.7% 182 960 21.6%
- PAT de Garzê 897 239 703 168 78.4% 163 648 18.2% 30 423 3.4%
- CAT de Muli 124 462 60 679 48.8% 27 199 21.9% 36 584 29.4%
Zones tibétaines dans la province du Yunnan
- PAT de Dêqên 353 518 117 099 33.1% 57 928 16.4% 178 491 50.5%
Zones tibétaines dans la province du Gansu
- PAT de Gannan 640 106 329 278 51.4% 267 260 41.8% 43 568 6.8%
- Tianzhu AC 221 347 66 125 29.9% 139 190 62.9% 16 032 7.2%
Total pour le « grand Tibet » au sens le plus large :
En comptant Xining et Haidong 10 523 432 5 245 347 49.8% 3 629 115 34.5% 1 648 970 15.7%
Sans compter Xining et Haidong 7 282 154 5 021 231 69.0% 1 470 209 20.2% 790 714 10.9%

Ce tableau[11] inclut toutes les entités autonomes (régions autonomes et provinces) de la République populaire de Chine, plus Xining PLC et Haidong P. La raison d'inclure ces deux derniers est de completer les chiffres pour la province du Qinghai, et aussi parce qu'ils sont revendiqués comme faisant partie du « grand Tibet », par le gouvernement tibétain en exil.

P = Préfecture ; AP = Préfecture autonome ; PLC = Ville de niveau équivalent à une Préfecture ; AC = Conté autonome.

Ces statistiques ne comprennent pas les membres de l'armée populaire de libération en service actif.

Le nombre des colons Han s'est régulièrement accru depuis lors. Mais une étude préliminaire du mini-recensement de 2005 montre seulement une modeste croissance de la population Han dans la Région autonome du Tibet entre 2000 et 2005 et peu de changement dans le Tibet oriental. Barry Sautman accuse les forces favorables à l'indépendance de souhaiter que les régions tibétaines soient purgées de leurs colons Han, et que le Dalai Lama présente systématiquement une image fausse de la situation actuelle comme étant dominée par une majorité Han. Les campagnes tibétaines, où vivent les trois-quarts de la population, comprennent très peu de non-Tibétains[12].

Sautman soutient également que

« les colons ne sont pas subventionnés à titre personnel par le gouvernement ; bien que, comme les citadins Tibétains, ils sont indirectement subventionnés par le développement de l'infrastructure, qui favorise les villes. quelques 85% des Han qui émigrent au Tibet, dans le but d'y établir un négoce, échouent ; ils quittent généralement le pays au bout de trois ou quatre ans. Ceux qui survivent économiquement entrent en concurrence avec les entrerpreneurs tibétains locaux, mais une étude de grande envergure à Lhassa a montré que les non-Tibétains ont été les pionniers de quelques secteurs faisant appel à des PME, sur lesquels certains Tibétains sont arrivés tardivement et où ils ont fait appel à leur connaissance du terrain pour prospérer. Les Tibétains ne sont pas simplement une sous-classe ; il existe une classe moyenne tibétaine significative, fondée sur les services publics, le tourisme, le commerce, ainsi que la production et le transport à petite échelle. Il y a également beaucoup de chômage, partiel ou à plein temps, chez les Tibétains, alors qu'il n'y en a pratiquement aucun chez les Han, car ceux qui ne trouvent pas de travail s'en vont. »

Portée et limites de ces statistiques officielles

Ces statistiques sont importantes à plusieurs égards :

  • Elles font apparaître que l'entité culturelle tibétaine dépasse de très loin la seule Région autonome du Tibet (R.A.T.), qui représente moins de 50% de la population tibétaine[N 2]. Ceci reflète le démembrement du Tibet effectué par la Chine en 1959[13], où les régions tibétaines du Kham[14] et de l'Amdo[N 3] ont été supprimées pour être intégrées aux provinces chinoises du Sichuan, du Yunnan[14], du Gansu et du Qinghai.
  • Elles correspondent à la vision officielle de la situation par le gouvernement chinois. Elles sont ainsi utilisées pour souligner que, même dans la région de Lhassa, la culture tibétaine n'est pas menacée puisque la population Han ne représenterait « que » 17% du total.

Elles présentent cependant d'importantes faiblesses :

  • Elles sont parfois soupçonnées d'être falsifiées pour s'adapter aux besoins de la politique chinoise[15].
  • En tout état de cause, elles ne reflètent pas le caractère explosif des changements démographiques actuels, en particulier dans la région de Lhassa :
    • le chiffre de 17% de Chinois Han à Lhassa n'est plus qu'un lointain souvenir, puisqu'on s'accorde généralement à considérer que les Chinois d'origine Han représentent aujourd'hui (en 2009) entre 60% et 70% de la population de Lhassa[16],[17],[18] ;
    • en effet, la nouvelle ville, la « ville chinoise », constitue maintenant l'essentiel de l'agglomération, dont la vieille ville tibétaine n'est plus qu'un quartier pittoresque[19] ;
    • enfin, la nouvelle ligne de chemin de fer « en altitude »[N 4] entre Lhassa et la ville de garnison de Golmud[20], au Qinghai, inaugurée le 1er juillet 2006[21], accélère encore les transferts de population et l'intégration de l'économie tibétaine à l'économie chinoise. Cette ligne de chemin de fer, longue de 1140 km, a coûté 4,2 milliards de dollars US[22].

Perspectives

La pression démographique chinoise croissante sur le Tibet est largement une conséquence des attentes économiques de la Chine vis à vis de la région. La République populaire de Chine voit en effet dans le Tibet un nouvel « El Dorado », où seraient situés 40% des ressources naturelles de la Chine[20]. Tant les Tibétains en exil que des activistes internationaux ont souligné les risques que la vague d'investissements attendue ferait courir à la culture et à l'autonomie tibétaine[20].

Comme l'a déclaré en effet Yudon Aukatsang, un élu du gouvernement tibétain en exil, « les Tibétains ne sont pas opposés au développement — mais la question qu'il faut poser est : développement, oui, mais pour qui ?[22] »

En conséquence de l'expansion économique envisagée, le chiffre d'une population de 15 millions de Chinois en 2020 dans la Région autonome du Tibet — soit l'immense majorité de la population — a pu être avancé[23].

Liées à l'exploitation du sous-sol

Le réseau d'infrastructures permettra d'accélérer l'exploitation des réserves du plateau tibétain : cuivre, or, zinc, charbon, hydrocarbures... Le cuivre en particulier, par son importance dans l'acheminement de l'énergie électrique, est considéré comme essentiel par les Chinois. Ceux-ci ont par ailleurs fait appel à des géants pétroliers tels que BP et Shell pour les aider à exploiter les richesses du sous-sol[20].

Matt Whitticase, porte-parole de la Free Tibet Campaign (« Campagne pour la libération du Tibet ») à Londres, a souligné que les Tibétains étaient exclus des décisions liées à ces développements[20]. Selon lui, d'ailleurs, les travaux touchant à l'infrastructure (et en particulier le chemin de fer)

« constituent un projet politique, et le chemin de fer [Golmud-Lhassa] marque le point culminant du rêve de Mao Zedong de faire disparaître le Tibet à l'intérieur de la Chine, et cela de façon irréversible. Cela facilitera l'immigration des colons Chinois Hans au Tibet, rendant ainsi certaine la réduction accrue de la culture et de l'identité tibétaine à l'intérieur même du Tibet[20]. »

Liées au tourisme

Les statistiques chinoises ne prennent pas en compte les populations « temporaires » stationnées au Tibet, telles qu'armée et police militaire, ou touristes. Dans ce dernier domaine, la République populaire de Chine a lancé un plan à 15 ans de développement du tourisme, pour passer de 1 million de touristes — essentiellement Chinois — en 2005, à 10,2 millions de visiteurs en 2020. Le tourisme représenterait alors 18% du PIB de la région[24]. Les 10,2 millions de visiteurs attendus se comparent à la population tibétaine de la RAT lors du dernier recensement officiel, soit 2,4 millions.

Dans la mesure où les Chinois Hans contrôlent en grande partie le tourisme, un fort afflux de population chinoise est attendue en conséquence de ce développement touristique[22].

Liées aux autres projets économiques majeurs

  • Centre logistique de Nagqu : Le plus grand centre logistique du Tibet a été ouvert en août 2009 dans le district de Nagqu, à 300 km de Lhassa. Permettant en particulier le développement de l'exploitation des ressources minières, il permettra de traiter 2,2 millions de tonnes de cargaison dès 2015, et 3,1 millions en 2020[25].
  • Routes et autoroutes : En 2006, il était prévu de construire trente nouvelles autouroutes ou routes majeures au Tibet[20].
  • Exploitation des ressources hydro-électriques du plateau tibétain : Le Tibet est le berceau de la plupart des grands fleuves d'Asie, comme le Brahmapoutre (Tsangpo) ou le Mékong, le Fleuve jaune et le Fleuve bleu. Pour la Chine, le contrôle de cet approvisionnement en eau est d'une importance stratégique. En 2020, la Chine prévoit de réaliser 15% de sa consommation d’énergie grâce aux énergies renouvelables dont l’hydroélectricité[26]. Il existe un projet chinois visant à résoudre l'approvisionnement en eau dans le nord de la Chine en détournant le cours du Brahmapoutre vers le Fleuve jaune[27]. Un tel projet, s'il voyait le jour, bouleverserait la vie de centaines de millions de personnes, et pourrait amener des déplacements de population tibétaine si importants qu'ils menaceraient le peuple tibétain de disparition[26].

Dissémination dans la culture occidentale

Sous la domination chinoise du Tibet, de nombreux lamas ont fui le pays avec d’autres réfugiés. L'absence ces nombreux lamas d’une formation de haute qualité réduit la qualité et l'influence du bouddhisme au Tibet. Alors que la plupart dans le pays sont des pratiquants toujours fervents du bouddhisme, ce manque de moyens de ressources humaines entraîne une augmentation d'enseignement superficiel du bouddhisme tibétain. Ces lamas ont apporté le bouddhisme tibétain dans d’autres secteurs du monde, avec de bonnes retombées. Cependant, ces nouveaux pratiquants, viennent de nombreux pays modernes qui sont sceptiques au sujet du fondement culturel des pratiques shamane et tantrique dans leurs enseignements. Ceci mène à l’augmentation de la commercialisation de symboles tibétains sans la connaissance profonde de leur sens.

La succession du Dalaï Lama

Un autre changement radical dans la culture tibétaine peut survenir à la mort du 14e Dalaï Lama. Au Tibet, les religieux sont systématiquement obligés par les autorités de dénoncer le dalaï-lama.[28] Le Dalaï Lama est connu comme le plus haut lama de l'école Gelugpa et le Panchen Lama comme le suivant dans la hiérarchie. Après la mort du 10e Panchen Lama, les moines du monastère du Panchen Lama et le Dalaï Lama ont nommé un successeur, Gendhun Choekyi Nyima, qui n'a pas été reconnu par le gouvernement chinois. Au contraire, après avoir organisé un tirage au sort dans une Urne d'or qui n'a pas inclus le nom de Gendün Chökyi Nyima, le gouvernement chinois a désigné un autre garçon, Gyancain Norbu, comme 11e Panchen Lama [29]. Le Panchen Lama a souvent donné des avis déterminants qui ont concouru à la "découverte" de la réincarnation du Dalaï Lama. Comprenant que le gouvernement chinois cherchera probablement à s’impliquer dans la recherche de son successeur si cette recherche est faite au Tibet, le 14e Dalaï Lama a dit qu'il pourrait plutôt « choisir de se réincarner » dans la communauté tibétaine en exil en Inde.

Cuisine et développement du végétarisme

Récemment, les Tibétains modifient profondément leurs habitudes alimentaires et deviennent de plus en plus végétariens. Ils suivent les conseils du 14e Dalaï-Lama et du 17e Karmapa, qui ont donné en 2007 et 2008 des instructions sur les bienfaits de ne pas manger de viande afin de ne pas faire souffrir les animaux.[30],[31] Dans la Région autonome du Tibet, ainsi que dans le Kham, et l'Amdo, des restaurants végétariens s'ouvrent.[10]

Sauvegarde de la culture tibétaine en exil

En Inde, les Tibétains s’organisent pour la sauvegarde de la culture tibétaine, ils ont mis en place une école laïque (Tibetan Children's Villages) permettant la scolarisation de près de 100 % des enfants tibétains. En 2009, le Tibetan Children's Villages a fondé la première université tibétaine en exil à Bangalore (Inde) qui a été nommé «L'Institut d'études supérieures du Dalaï Lama». Les objectifs de cette université sont d'enseigner la langue tibétaine et la culture tibétaine, mais aussi la science, les arts, le conseil et la technologie d'informations aux étudiants tibétains en exil[32],[33].

Autres aspects

Apparition d'un pouvoir central plus rigide 

Lhassa, la capitale de la Région autonome du Tibet (RAT), a été la capitale théorique du Tibet durant la plus grande partie de son histoire. Mais avant l'ère moderne, son autorité était assez limitée. La plus grande partie du Tibet était contrôlé par des dirigeants locaux, dont le pouvoir était discutable et fugace. Ce pouvoir central assez souple au Tibet a permis la création et la réalisation de traditions shamaniques, de pratiques tantriques, et l'importance des lamas. Sous contrôle chinois du Tibet par un gouvernement central strict, cette interaction des traditions locales assorties d'une allégeance souple a disparue, diminuant l'influence des lamas et augmentant le scepticisme envers les pratiques tantriques[réf. nécessaire].

Annexes

Notes

  1. Le Ladakh fait partie de l'État de Jammu-et-Cachemire, à très forte population musulmane.
  2. Selon le tableau ci-dessus, la population tibétaine de la RAT ne représente que 46,3% de la population tibétaine comprise à l'intérieur des frontières de la RPC.
  3. Note : L'Amdo, est constitué, en plus de la majeure partie de la province du Qinghai, de la préfecture autonome tibétaine de Gannan dans la province de Gansu, de la Préfecture autonome tibétaine de Garzê dans la province de Sichuan et de la Préfecture autonome tibétaine et qiang d'Aba, toujours dans la province de Sichuan.
  4. 70% de la ligne se trouve à plus de 4500 mètres d'altitude.

Références

  1. Le Nouvel Observateur
  2. Leading Tibetan Freed, Awaiting Trial
  3. Barbara Demick, « China silences Tibet folk singer Drolmakyi », dans Los Angeles Times, 2008-06-08 [texte intégral (page consultée le 9 juin 2008)] 
  4. China silences Tibet folk singer Drolmakyi, Los Angeles Times, 8 juin 2008
  5. a , b , c  et d Nicolas Tournadre, La langue tibétaine : Un assassinat larvé -- In : Tibet, l'envers du décor / O. Moulin (ed.) -- Paris : Olizane, 1993, p.167-175
  6. How Repressive Is the Chinese Government in Tibet ?
  7. a  et b Running-Dog Propagandists, 13 juillet 2008, Jamyang Norbu
  8. Andrew Martin Fischer, 2005, State Growth and Social Exclusion in Tibet: Challenges of Recent Growth. Copenhagen: Nordic Institute of Asian Studies Press.
  9. Elliot Sperling, Exile and Dissent: The Historical and Cultural Context, dans TIBET SINCE 1950: SILENCE, PRISON, OR EXILE, pages 31-36 (Melissa Harris & Sydney Jones eds., 2000), voir The Historical and Cultural Context par Elliot Sperling
  10. a  et b Récit du périple d'un Français à travers le Tibet, Nouvel Obs, Carlo Blanco, 13 décembre 2008
  11. Department of Population, Social, Science and Technology Statistics of the National Bureau of Statistics of China (国家统计局人口和社会科技统计司) and Department of Economic Development of the State Ethnic Affairs Commission of China (国家民族事务委员会经济发展司), eds. Tabulation on Nationalities of 2000 Population Census of China (《2000年人口普查中国民族人口资料》). 2 vols. Beijing: Nationalities Publishing House (民族出版社), 2003 (ISBN 7-105-05425-5).
  12. Protests in Tibet and Separatism: the Olympics and Beyond sur blackandwhitecat.org
  13. Démembrement du Tibet par Pékin sur web.radicalparty.org (consulté le 29 septembre 2009)
  14. a  et b Dokham, the eastern part of tibetan plateau (extrait de The Cultural Monuments of Tibet’s Outer Provinces: Kham, Andreas Gruschke, cf bibliographie)
  15. Guide du Routard — Népal, Tibet, 2008-2009, page 242
  16. Guide du Routard — Népal, Tibet, 2008-2009, page 244
  17. Aujourd'hui Lhassa compte 100 000 Chinois pour 70 000 Tibétains qui continuent à opposer une résistance passive à la désintégration de leur patrie sur quid.fr (consulté le 29 septembre 2009)
  18. Près des deux tiers de la population de Lhassa sont des Chinois, qui peuplent désormais 40% de l’ensemble de la région autonome du Tibet sur Grands reporters.com (consulté le 29 septembre 2009)
  19. Ailleurs, c’est-à-dire dans la quasi-totalité de la capitale, se dresse l’orgueil moderne de la Chine installé à grand renfort de bulldozers sur Grands reporters.com (consulté le 29 septembre 2009)
  20. a , b , c , d , e , f  et g Tibet : le petit trésor de la Chine sur atimes.com (consulté le 30 septembre 2009)
  21. Guide du Routard — Népal, Tibet, 2008-2009, page 246
  22. a , b  et c Integration of resource-rich Tibet stepped up sur asiawaterwire.net (consulté le 30 septembre 2009)
  23. Guide du Routard — Népal, Tibet, 2008-2009, page 232
  24. China to Develop Tibetan Tourism sur www1.cei.gov.cn (consulté le 30 septembre 2009)
  25. [1] sur fr1.chinabroadcast.cn (consulté le 30 septembre 2009)
  26. a  et b L'Or bleu tibétain sur infos-eau.blogspot.com
  27. Controversial Plan to Tap Tibetan Waters sur www1.china.org.cn (consulté le 30 septembre 2009)
  28. Chinese authorities in revenge attacks on Tibetan monks, ABC news
  29. The Snow Lion and the Dragon, par Melvyn C. Goldstein
  30. Dalaï-Lama et Végétarisme - Vidéo
  31. Instructions données par Sa Sainteté le XVIIe Karmapa sur « ne pas manger de viande »
  32. Dalai Lama inaugurates first Tibetan college in India Phayul
  33. Faire un don pour l’université de Bangalore (Inde du sud)

Bibliographie

Liens internes


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