Déluge au Saguenay

Déluge au Saguenay

Déluge du Saguenay

Déluge du Saguenay
Déluge Saguenay 4.png
Trajectoire du système selon Environnement Canada

Type Synoptique estivale
Date de formation 19 juillet 1996
Date de dissipation 21 juillet 1996
Quantité maximale [1] 275 mm de pluie
Vents max. S/O
Pression minimale 980 hPa
Dommages matériels 1,5 milliard $CAN (1996)
Mortalité 10
Régions affectées Saguenay–Lac-Saint-Jean et Côte-Nord

1 Quantité maximale de pluie/neige/verglas

Le déluge du Saguenay est une série d'inondations qui ont frappé le Saguenay–Lac-Saint-Jean, au centre de la province canadienne du Québec, du 19 au 21 juillet 1996. Celles-ci sont survenus lorsqu'une importante dépression est passée sur le sud du Québec, chargée d'humidité venant de la côte est atlantique. Ce système a donné de 50 à 100 millimètres de pluie sur la plupart des régions de la vallée du Saint-Laurent, mais encore plus dans la région montagneuse qui entoure le Saguenay. On lui doit dix décès et plus de 1,5 milliard $CAN de dommages.

Sommaire

Situation météorologique

Après un printemps et un début d'été frais et pluvieux, surtout les deux semaines avant le déluge, le sol était déjà saturé d'eau. De plus, dans les régions les plus affectées, les bassins de nombreux barrages hydroélectriques (dont plusieurs avaient des digues secondaires en terre et en roches) étaient pleins.

La situation météorologique synoptique observée du 18 au 21 juillet 1996 était donc peu commune en pleine période estivale sur l'est du Canada. Une dépression majeure est passée des Grands Lacs vers Montréal, puis est remontée lentement le long des Appalaches, vers le golfe du Saint-Laurent. L’intensification explosive du système sur le sud du Québec, puis sur l’État du Maine, fut typique du développement d’une tempête hivernale. L'humidité disponible était également plus importante que la normale à la suite du passage, moins d'une semaine auparavant, des restes de l’ouragan Bertha le long de la côte atlantique[1].

Les principales caractéristiques et les traits thermodynamiques de cette dépression étaient, selon Environnement Canada, :

Accumulations de pluie selon Environnement Canada. Les lignes représentent des multiples de 20 mm.
  • une trajectoire ayant balayé le sud du Québec
  • une intensification marquée de la tempête sur le Québec
  • une décélération importante sur l’État du Maine
  • une stagnation des zones de précipitations sur le centre et l’est du Québec
  • un contraste thermique qui n’était pas particulièrement intense au départ, mais qui s’intensifia sur le Québec
  • une humidité disponible importante
  • une libération de chaleur latente qui a été le principal moteur du développement
  • une activité orageuse imbriquée et une orographie qui ont été les composantes principales de la variabilité spatiale des niveaux de pluie enregistrées.

Ce système a donné de 50 à 100 millimètres de pluie sur tout le sud-ouest du Québec. Les quantités ont cependant atteint jusqu'à 275 mm sur les régions avoisinant le Saguenay. Ces quantités correspondent approximativement à ce que la région reçoit au total en un mois de juillet normal. Des axes secondaires de précipitations de moindre intensité ont également été observés en Abitibi et en Estrie. Selon Environnement Canada: « Les analyses de récurrence de précipitations maximales, pour cet événement, démontrent des périodes de retour locales de plus de 100 ans pour plusieurs sites pour lesquels le total de précipitations dépassait 120 mm en 48 heures. D’un point de vue historique canadien, les pluies diluviennes du 18 au 21 juillet 1996 se retrouvent parmi les plus importants événements de pluies abondantes mesurées. ».

L'afflux soudain de pluie a surchargé les bassins des barrages. Même si les vannes de ces derniers ont été ouvertes, le surplus d'eau a créé des brèches dans certaines digues autour de Chicoutimi. Les régions de la Côte-Nord ont également reçu des quantités importantes de pluie et subit des inondations.

Dommages

Vue de l'inondation à Chicoutimi par Jeannot Lévesque dans le Magazine Réseau de l'INRS-eau

Près de deux mètres d'eau a déferlé dans les villes de Chicoutimi et La Baie. Le nombre de morts fut de sept personnes (deux enfants à La Baie et cinq personnes dans la région de la Côte-Nord). Le déluge provoqua l’évacuation de 16 000 personnes. Les dommages matériels ont été évalués à 1,5 milliard de dollars canadiens. La rivière des Ha! Ha!, au sud de La Baie, est également sortie de son cours régulier, pour reprendre son lit d'origine tout en coupant les routes, isolant une bonne partie de la région du bas Saguenay et de l'arrière-pays. Ailleurs, plusieurs ponceaux ont cédé le long de la route 138 entre Tadoussac et Sept-Îles. Trois autres personnes ont perdu la vie dans ces régions.

L'image de gauche montre l'inondation à Chicoutimi. On voit l'eau passant au-dessus de la digue et déferlant en cascades. Tous ces bâtiments ont été emportés plus tard, sauf la petite maison blanche (à l'extrême droite sur la photo) et l'église (à l'extrême gauche), qui ont résisté. La maison est devenue, plus tard, un symbole pour la région et un musée sur le déluge. Les rivières Saguenay et Ha! Ha! ont vu leurs sédiments fortement pollués recouverts par une nouvelle couche de sédiments. Donc l'inondation a eu certains effets écologiquement bénéfiques à court terme, bien qu'inattendus.

Commission d'enquête

À la suite des événements, une commission d'enquête, présidée par l'ingénieur Roger Nicolet, fut instituée[2]. Tous les intervenants sont venus témoigner: le Service météorologique du Canada (SMC) d'Environnement Canada, les propriétaires des barrages (Alcan, Hydro-Québec), les autorités gouvernementales et municipales, les experts en sinistres, les chercheurs en hydrologie (comme ceux de l'INRS-eau) ainsi que des citoyens.

Parmi les recommandations de la commission, il fut affirmé que la société québécoise devait se doter de normes plus strictes au niveau de la construction et de la surveillance des barrages. En effet, les barrages du Saguenay dataient de plus de 50 ans et certaines des vannes des évacuateurs de crues étaient non fonctionnelles[3]. De plus, même si un avertissement météo de pluie abondante avait été émis, les opérateurs n'ont pas réagi rapidement. Le rapport recommanda également l'aménagement du territoire des zones inondables et de celles à risque, ainsi que le respect par les municipalités de la gestion publique de ces zones.

Il existe environ 11 000 barrages au Québec. Parmi ceux-ci, 2 200 sont considérés à forte contenance d'eau en fonction de leur hauteur et du volume d'eau retenu. Le Québec possède également 2 600 vestiges de barrages, ce qui nécessite un plan global en cas de situation critique.

Une autre des recommandations fut de prévoir un plan d'urgence pour chaque municipalité du Québec pour toute éventualité, pas seulement les inondations. Ces plans commençaient à être définis quand, en janvier 1998, le sud-ouest de la province a subi un verglas massif. Cela a permis de mieux gérer la crise.

Anecdotes

Arme climatologique

Dans son roman thriller politique Verglas[4], le journaliste Normand Lester décrit des savants américains qui font des expériences sur des armes climatologiques depuis une trentaine d'années. Lester affirme que son roman a un fondement scientifique, à savoir que les États-Unis font réellement des expériences secrètes depuis les années 1980 afin de manipuler la météo avec des émissions de basses fréquences, et ainsi de s'en servir comme arme de guerre.

Lester base ses spéculations sur les expériences HAARP pour trouver un moyen de communiquer avec Siple Station postée en Antarctique par le scientifique Paul Siple[5] mais qui auraient permis de trouver que l'émission d'ultra basse fréquence avait une incidence sur l'ionosphère et sur la météorologie[6]. Il mentionne également que durant l'année géophysique internationale en 1958, la communauté scientifique a découvert que des lignes magnétiques terrestres dans l'hémisphère Nord aboutissaient entre le Lac Saint-Jean et le lac Mistassini[7] et que depuis les années 1970 la défense nationale des États-Unis possède une ferme à Sainte-Edwidge-de-Roberval destinée, entre autres, à recevoir des émissions basses fréquences en provenance de la base Siple Station et où seraient menées des expériences conjointes avec l'université Stanford et la Defense Advanced Research Projects Agency pour développer ces armes nouvelles[7],[5].

Selon Normand Lester ces armes auraient pu avoir provoqué le déluge de Montréal en 1987, le déluge du Saguenay en 1996 et la crise du verglas en 1998[7]. Ces affirmations sont sans fondement scientifique et les événements cités sont totalement explicables, comme démontrés dans cet article, par la météorologie :

  • le Déluge du Saguenay est une tempête de pluie comme il s'en produit à chaque année mais qui a été amplifié par de l'humidité venant du restant d'un ouragan passé le long de la côte Est, moins d'une semaine auparavant[1] ;
  • le Déluge de Montréal est dû a une suite de lignes orageuses dans une situation de canicule (temps très chaud et humide), ce qui peut se produire à chaque été (voir Prévision des orages violents);
  • le Verglas massif de 1998 est un événement de pluie verglaçante. Ce genre de précipitations est courante dans le sud du Québec à chaque hiver. Le cas de 1998 a seulement été plus long. D'ailleurs en 1961, avant les expériences HAARP, un épisode similaire a affecté la même région et causé des dégâts importants.

En fait, l'énergie nécessaire au développement des systèmes météorologiques provient du Soleil et la quantité reçue par mètre carré est tellement énorme que toute modification de leur trajectoire impliquent de contrôler l'insolation sur de vastes territoires[8],[9]. Ceci est techniquement impossible en utilisant des moyens ponctuels comme bombarder l'ionosphère, les moyens nécessaires étant importants[9]. Ces spéculations font donc partie de la théorie des complots comme les spéculations sur les chemtrails quant à la modification du temps.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Notes

  1. a  et b (fr)Les tempêtes de 1996 : Ouragan Bertha, 18 septembre 2003, Centre canadien de prévision d'ouragan. Consulté le 2008-06-04
  2. (fr)Roger Nicolet, Louise Roy, Raymond Arès, Jules Dufour et Guy Morin, Rapport de la Commission scientifique et technique sur la gestion des barrages (Rapport Nicolet), Gouvernement du Québec, Québec, janvier 1997, 350 p. (ISBN 2-550-31087- X) 
  3. (fr)Ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec, Gestion des réservoirs publics - Gestion du Lac Kénogami et des autres lacs-réservoirs - Crues des 19, 20 et 21 juillet 1996 (rapport), Gouvernement du Québec, 1996 
  4. Verglas: apprivoiser l'arme climatologique, 20 mars 2006, Radio-Canada. Consulté le 3 juin 2008
  5. a  et b (en) Siple Station, université Stanford. Consulté le 3 juin 2008.
  6. (en) Projet H.A.R.R.P., Université d'Alaska. Consulté le 3 juin 2008.
  7. a , b  et c Entrevue : Normand Lester et Verglas, 20 mars 2006, Radio-Canada. Consulté le 3 juin 2008
  8. (en)Conseil de l'American Meteorological Society, « Planned and Inadvertent Weather Modification », 1998, American Meteorological Society. Consulté le 2008-06-04
  9. a  et b (en)William R. Cotton, « Weather and Climate Engineering », 21 avril 2008, American Meteorological Society. Consulté le 2008-06-04


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