Espagne Des Lumières

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On appelle Espagne des Lumières (España ilustrada) la période historique qui inclut les règnes de la dynastie des Bourbons en Espagne depuis Philippe V jusqu'à Charles IV. Ce dernier termine son règne de façon précipitée avec l'invasion napoléonienne de 1808. Au cours de cette période, l'Espagne fait sienne une partie des préceptes du mouvement intellectuel des Lumières, qui débute en France et constitue une sorte d'antichambre de la Révolution française.

Au XVIIIe siècle, l'Espagne perd de son influence tant en Europe qu'outre-mer. Les principales causes de ce déclin sont une crise économique qui touche en particulier les colonies espagnoles, ainsi que le relatif isolement de l'Espagne et la rivalité avec le Royaume de Grande-Bretagne.

La tentative de Philippe V de reprendre une partie de l'Italie déclenche la guerre de 1718-1720. Se soldant par la défaite de l'Espagne, celle-ci, dès lors, réduit ses ambitions. Les Bourbons, en particulier Charles III d'Espagne, souhaitent régner en despotes éclairés : l'Inquisition est supprimée, les Jésuites sont expulsés en 1767, les écoles sont sécularisées. Mais la philosophie des Lumières ne touche qu'une petite partie des élites espagnoles. Une éducation raciste est mise en place pour cautionner l´esclavage des Noirs, basée sur les théories de Voltaire, Rousseau, Kant, ou Hume[réf. souhaitée]. Un décret de 1773 incite les nobles à s'investir dans les activités productives plutôt que dans les dépenses somptuaires. Selon l'entente tacite du pacte de Famille, l'Espagne est solidaire de la France au moment de la guerre de Sept Ans. Le traité de Paris du 10 février 1763 met fin à ce conflit à la suite duquel l'Espagne perd la Floride mais récupère la Louisiane française. En 1776, l'Espagne s'engage aux côtés de la France et des insurgés américains dans la guerre d'indépendance américaine. Cette participation lui permet de reprendre d'importants territoires en Amérique du Nord, notamment la Floride.

Sommaire

Arrivée des Bourbons

Statue de Charles III d'Espagne, paradigme de monarque éclairé
Article détaillé : Guerre de Succession d'Espagne.

Philippe V accède au trône de la monarchie espagnole en vertu du testament de son grand-oncle, Charles II, après s'être affronté à la Maison de Habsbourg au cours d'une guerre de Succession. La Castille accepte immédiatement le nouveau roi, mais les royaumes de la Couronne d'Aragon, dans un premier temps favorables, ne tardent pas à soutenir la cause de l'Archiduc Charles. Philippe V (petit-fils de Louis XIV) n'a d'autres soutiens que ceux de la France et des Castillans eux-mêmes, et doit faire face à de nombreux opposants, en particulier les Aragonais, les Autrichiens, les Britanniques et les Hollandais, qui craignent que ne s'établisse en Espagne une monarchie absolutiste dans le style français. La victoire va aux partisans de Philippe V et les Traités d'Utrecht de 1713 et de Rastatt en 1714 mettent fin au conflit, non sans d'importantes pertes de territoires en Europe pour la couronne espagnole. La mise en place des Bourbons amène à la signature des dénommés pactes de famille avec la France, qui domineront la politique internationale espagnole tout au long du XVIIIe siècle.

Unification du territoire

En représaille au soutien apporté au prétendant Charles, Philippe V abolit les Fors d'Aragon et de Valence, désireux d'éviter dans le futur les conflits territoriaux qui avaient ébranlé les Habsbourgs, et impose le For de Castille, de même qu'en Catalogne. Les Cortes d'Aragon, de Valence et de Catalogne cessent progressivement d'exister, et les Cortes de Castille deviennent de fait les Cortes Generales, parlement de toute l'Espagne. Philippe V récompense la Navarre et le Pays basque pour leur loyauté, en maintenant leurs fors. La nouvelle organisation se traduit à travers diverses résolutions comme les Décrets de Nueva Planta.

Les problèmes de l'Empire

Article connexe : Empire colonial espagnol.
Peinture allégorique du Traité d'Utrecht

L'Espagne doit faire face à divers problèmes tout au long du XVIIIe siècle, tout d'abord avec l'Autriche, en raison de conflits en Italie, puis avec le Grande-Bretagne, pour la domination de l'Océan Atlantique et le commerce des esclaves en Amérique. Quelques années après la bataille de Carthagène des Indes, au cours de laquelle les Espagnols, dirigés par le commandant général Blas de Lezo vainquent les Britanniques (ce qui supposa la fin de ce que ces derniers nommèrent la guerre de l'oreille de Jenkins). Ferdinand VI, conscient du fait que, en dépit de la défaite, la Grande-Bretagne pourrait menacer la supériorité de la flotte espagnole, entame une rénovation et une modernisation de l'Armada espagnole. Charles III poursuit la tâche commencée, grâce à l'appui de marins très compétents, parmi lesquels on peut citer Jorge Juan et Antonio de Ulloa.

En 1762, au cours de la Guerre de Sept Ans, l'Espagne, alliée avec la France, poursuit son affrontement avec la Grande-Bretagne. Dans le Traité de Paris (1763), elle cède la Floride à la Grande-Bretagne en échange de la Louisiane, que la France perd; plus tard, en 1783, le vice-roi de Nouvelle-Espagne, Gálvez récupère toutefois la Floride. Charles III essaiera également sans succès de récupérer Gibraltar, mais récupère Minorque en 1782, qui se trouvait sous contrôle britannique depuis le Traité d'Utrecht.

On reçoit également des nouvelles selon lesquelles les Russes avaient traversé le détroit de Béring et, après s'être installés en Alaska, descendent le long de la côte américaine en direction des possessions espagnoles du Pacifique. Une expédition est organisée par José Esteban Martínez et Gonzalo López de Haro en 1789 pour stopper l'avancée russe sur l'Île Nootka, découverte par Juan José Pérez Hernández en 1774.

L'Église pendant le siècle des Lumières

L'Inquisition espagnole, par Francisco Goya. Elle ne fut définitivement abolie qu'en 1834.

Les ilustrados espagnols ont une représentation singulière de l'Église catholique. D'une part ils la rendent responsable de l'échec du développement rationnel des nations, mais d'autre part ils ne parviennent pas à rompre définitivement avec elle, maintenant une relation qui ne remet en cause que la théologie traditionnelle. Ainsi, face à l'autorité éclésiastique, ils brandissent la raison et la quête légitime du bonheur des hommes. Ils réclament pour l'Église un rôle plus austère, plus intime et plus personnel. Cette différentiation entre vies privée et publique accentue le principe de séparation de l'Église et de l'État ou de la Monarchie.

L'Église se trouve alors dans une période de remise en cause de l'autorité papale, due au développement des théoriée du régalisme, qui défendaient la mise en place d'Églises nationales indépendantes de Rome. Une série d'évêques nommés jansénistes forment un groupe aux idées avancées et favorables au régalisme, si bien que le pouvoir politique éclairé, nomme de nombreux évêques en accord avec les idées de modernisation. Parmi ceux-ci se trouvent Félix Torres Amat, Felipe Bertrán (ce dernier étant évêque de Salamanque et Inquisiteur général), José Climent ou Antonio Tavira Almazán, tous opposés à l'Église la plus conservatrice et partisane de la prééminence du Pape.

L'irruption des Jésuites avec ce que l'on nomma "une morale détendue" (una moral relajada), dresse les éclésiastiques traditionnels contre eux. L'Espagne ne reste pas étrangère à ce mouvement. Les jésuites s'étaient disséminés dans les universités et les centres éducatifs d'Espagne, de France et du Portugal essentiellement. Leur attitude critique face à la philosophie aristotélicienne, leur désir d'incorporer les nouvelles connaissances techniques et la considération de leurs travaux par toutes les classes sociales s'opposent apparemment avec l'Église traditionnelle, fidèle à Rome, bien que parmi leurs vœux figurent l'obédience aveugle envers la papauté. Les conservateurs mènent à bien une persécution implacable contre les idées rénovatrices, sans l'outil de l'Inquisition, aux main de jansénistes, et tentent de contrôler le travail de missionn des Jésuites en Amérique, soupçonnés de soutenir les idées indépendantistes. Les émeutes contre le marquis d'Esquilache après la famine de 1766 met en difficulté la Couronne, qui cherche des coupables parmi les jésuites en les accusant d'être des conspirateurs.

Traditionnellement, l'Église catholique jouait un rôle fondamental dans la politique espagnole. Durant la Guerre de Succession, le clergé castillan soutient les Bourbons comme s'il s'agissait d'une croisade. En compensation, il reçoivent de la couronne d'importants territoires destinés aux évêques et aux abbés, qui, en tant que propriétaires terriens, apportent un important soutien financier à l'État. Au moins un cinquième des revenus générés par l'économie espagnole provenait de terres sous contrôle de l'Église. Néanmoins, la couronne tente de contrôler l'Église espagnole. Le pape Clément XI avait apporté son soutien à la Maison d'Autriche et les Bourbons ne voulaient pas laisser entre ses mains le privilège de désignation des évêques, si bien qu'ils favorisèrent le régalisme en Espagne. Ainsi, en 1753 est signé le premier Concordat entre l'Église et l'État, qui autorise la Couronne à désigner les évêques.

Les idées des Lumières se fraient un chemin

Real Jardín Botánico de Madrid, une des nombreuses œuvres influencées par l'esprit des Lumières en Espagne.

Après la confiscation des biens des Jésuites et la disparition de l'ordre dans le monde entier en 1793 par décision de la papauté, les universités qui se trouvaient sous le contrôle de l'Église passent sous celui de l'État. Pablo de Olavide prend la direction de l'Université de Séville et introduit les premières réformes éducatives qui mettent fin à la Scolastique qui dominait l'enseignement universitaire jusqu'alors.

Pour sa part, Benito Jerónimo Feijoo, accompagné de son fidèle écuyer Martín Sarmiento avait peu à peu créé dans ses œuvres un bouillon de culture qui visait à combattre les idées superstitieuses. Depuis la Cour elle-même, Campomanes et d'autres proposent des réformes économiques adéquates pour faire face à la nouvelle situation. D'autres universités espagnoles commencent à imiter la sévillane, et rapidement l'esprit des Lumières se répand dans les salles de classe de toute l'Espagne. Un complément de ce processus déclenché autour de 1720 se trouve dans les traductions des œuvres de philosophes et penseurs français comme Voltaire ou Montesquieu, qui connaissent vite une grande diffusion.

L'extension des connaissances technologiques et leur mise en application provient non seulement des centres d'enseignement, mais également d'un modèle de rencontre entre penseurs, intellectuels, religieux et scientifiques que sont les Sociedades Económicas de Amigos del País. La première de ces sociétés est fondée par un groupe de nobles basques en 1774[1]. La plus importante est la Real Sociedad Económica de Madrid (1775), et la ville est d'ailleurs le centre et la vitrine du nouveau modèle social. Sans distinction de classes, ces sociétés accueillent tous les secteurs avec l'objectif commun de rechercher le développement économique des régions où elles se trouvent implantées: nouvelles techniques agricoles, écoles de métiers, diffusion de la mécanique etc. Charles III est le principal instigateur de ces sociétés et de la mise en commun des connaissances de ces dernières. Elles représentent les premières assemblées ouvertes et sont l'embryon de futures rencontres politiques importantes. Apparaissent, entre autres, l'Académie royale espagnole, l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando et l'Académie royale d’histoire.

Réformes économiques et éducatives

Les difficultés pour rendre la structure sociale capable de résoudre des situations de crises occasionnées par les épidémies et les famines de l'époque amènent les penseurs espagnols à défendre un nouveau concept économique: le marché doit être ouvert et une partie des normes des échanges mercantiles de l'époque doivent être supprimées. Les premières mesures sont l'élimination des entraves au commerce à l'intérieur de la Péninsule, les disparition des prix stables et contrôlés de nombreux produits, fondamentalement celui du blé (1795), et la limitation des droits d'aînesse, improductifs dans le domaine de la propriété terrienne.

Archives générales des Indes à Séville où sont conservés les documents de la Casa de Contratación, œuvre de Charles III

D'autre part, le commerce extérieur est partiellement libéralisé; celui avec l'Amérique l'est totalement en 1778, permettant la création d'entreprises internationales à la manière des Hollandais et des Français, qui n'ont plus à passer par la Casa de Contratación, installée à Cadix depuis 1717. Des ports sont ouverts dans la Péninsule et en Amérique pour le libre commerce. L'irruption d'un nouveau mode d'échange commercial est le fait économique le plus important de l'époque et permet aux produits agricoles espagnols de s'intégrer au marché européen (soie, laine, fer, cuivre etc.). Valence, Barcelone et Bilbao deviennent de grands ports marchands. De plus, Madrid s'unit avec le réseau portuaire et des usines royales cont créées, qui introduisent la manufacture à grande échelle dans une Castille qui, depuis ses origines, connaît des difficultés du fait de l'absence d'accès maritime.

Répartition de la population espagnole selon le recensement de Floridablanca (1787), premier recensement effectué en Espagne à l'aide de techniques statistiques modernes. Durant le Siècle des Lumières l'idée selon laquelle il était nécessaire d'augmenter le peuplement du pays se diffuse.

l'un des effets de ce processus est la progressive spécialisation de la production des différentes zones de la péninsule, non tant en fonction de l'économie interne qu'en lien avec les échanges avec l'étrangers. Ce processus s'accentuera au cours des siècles suivants. La périphérie castillane était commerçante. Certaines zones sont fort peuplées (Andalousie), d'autres sont à peine habitées (Estrémadure). les ports du nord font parvenir les produitrs de toute l'Europe; le sud ne peut satisfaire que sa propre consommation et exporte en Espagne certaines quantités de grain et d'huile. D'un côté le développement vers l'Atlantique, de l'autre vers la Méditerranée.

Une autre préoccupation du roi Charles III est d'augmenter la population dans les zones les moins peuplées de l'intérieur de la Péninsule. Il fonde dans ce but une série de municipalités, principalement habitées par des immigrants allemands, comme La Carolina ou La Carlota.

le monarque fonde également une série de manufactures de luxe, comme par exemple à Madrid, celle des porcelaines du Retiro (porcelanas del Retiro), la Real Fábrica de Tapices ou la Platería Martínez.

Comme conséquence des nécessités en main d'œuvre spécialisée pour ces manufactures sont fondées des escuela de Artes y Oficios (équivalents des Arts et Métiers français, qui survivront jusqu'au XXe siècle), dans la plupart des villes espagnoles d'importance. L'enseignement supérieur n'est pas en reste et le Real Jardín Botánico de Madrid est créé, près du parc du Retiro.

La couronne promeut une série d'expéditions scientifiques dans les territoires d'outre-mer, comme celles d' Alessandro Malaspina et d'Celestino Mutis, entre autres.

Règne de Charles IV

Tout le travail de modernisation entrepris tout au long du XVIIIe siècle commence à se fissurer avec l'arrivée au pouvoir de Charles IV. Les évènements de la Révolution française remplit l'Espagne de doutes et de craintes.les premières mesures prises après la Révolution sont le contrôle des publications introduites dans le pays et des activité des Sociedades Económicas de Amigos del País ainsi que la censure de la presse. Tout ce que le despotisme éclairé avait créé se trouve du jour au lendemain soupçonné de tramer conter la Couronne.

prise de la Bastille, début de la Révolution française qui ébranla le pouvoir de Charles IV d'Espagne

La Révolution amène Charles IV à nommer Manuel Godoy au poste de premier secrétaire. L'union entre Godoy et le Monarque durera jusqu'à la mort du dernier. L'exécution de Louis XVI précipite la guerre avec la France. Après quelques succès rencontrés dans le Roussillon, l'armée française traverse les Pyrénées et occupe une partie du Guipuscoa et de la Catalogne. Méfiant quant à la loyauté de ces régions envers la Couronne espagnole, Godoy signe précipitamment la paix avec la France (Traité de Bâle (22 juillet 1795)) et récupère les territoires péninsulaires occupés en échange de la moitié de l'île de Saint Domingue. En raison de cette paix signée séparément, la Grande-Bretagne se sent trahie par l'Espagne et attaque les navires espagnols. La coallition entre la France et l'Espagne contre la Grande-Bretagne conclue dans le Traité de San Ildefonso dure jusqu'à la signature de la paix (Paix d'Amiens, 1802), ce qui n'empêche pas de nouvelles hostilités entre Français et Britanniques. L'Espagne manifeste son désir de neutralité, mais n'a pas la capacité de faire face à Napoléon, qui exige des compensations en échange de cette neutralité. Les Britanniques, inquiets des aléas politiques en Espagne, attaquent de nouveau les navires espagnols (Batalla del Cabo de Santa María). La guerre contre le Royaume-Uni reprend en 1804. Elle a des conséquences désastreuses pour l'Espagne (commerce avec l'Amérique bloqué par la flotte britannique, marine espagnole non renouvelée depuis la mort de Charles III, graves problèmes de réapprovisionnement interne, épidémies, pénuries etc.).

La faiblesse de la Couronne et sa soif de pouvoir permettent une alliance avec Napoléon pour la conquête du Portugal en 1807 (Guerre des Oranges). L'entrée des troupes françaises marque la fin de l'Ancien Régime en Espagne, et la Mutinerie d'Aranjuez, au cours de laquelle toute la responsabilité du désastre espagnol est attribuée à Godoy, scelle ce dénouement. Charles IV abdique en faveur de Ferdinand VII (surnommé el Deseado, le désiré, par les Madrilènes), mais une bonne partie du pays est occupée et le futur roi, invité à Bayonne par Napoléon, est trahi par ce dernier, qui l'oblige à rendre la couronne à son père, ce dernier la livrant lui-même à Bonaparte, qui finit par la confier à son frère Joseph, qui devient peu après Joseph I d'Espagne.

Bibliographie

  • Blanco Martínez, Rogelio, La Ilustración en Europa y en España. Edit. Endymion. (ISBN 8477313393).
  • Sánchez Blanco, Francisco, La Ilustración en España. Edit. Akal. (ISBN 8446007991).
  • Sarrahil, J, La España ilustrada de la segunda mitad del siglo XVIII. México, Fondo de Cultura Económica, 1974.

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Notes et références


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