Exode


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sur le Livre de l'Exode.
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L'Exode
Données archéologiques sur l'Exode et Moïse

Cet article décrit la vision de l'Exode telle qu'elle est présentée dans la Bible. Pour les informations historiques voir Données archéologiques sur l'Exode et Moïse.

L'Exode est le second livre de la Bible. Il raconte la sortie d'Égypte des Hébreux sous la conduite de Moïse, le don des Dix Commandements et les pérégrinations du peuple hébreu dans le Désert du Sinaï vers la Terre promise.

Sommaire

Étymologie

« Exode » provient des mots grecs ex (ἐξ), « au-dehors » et hodos (ἡ ὁδός), « la route ». Le mot grec employé dans la Septante est « ΕΞΟΔΟΣ » (ἡ Ἔξοδος).

Ce mot n'est utilisé en français que depuis le XVIIIe siècle.

Le nom hébreu du texte est Shemot (שְׁמוֹת, Les Noms)[1]. C'est aussi le texte dans lequel Moïse demande à YHWH « Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous; mais s'ils me disent : Quel est son nom? que leur dirai-je?, quand Il répond Ehyeh asher ehyeh, Je suis qui je serai ».

Le récit biblique

D'après le texte, la situation des Hébreux en Égypte a beaucoup changé depuis leur venue dans ce pays à l'époque de Joseph fils de Jacob (cf. la Genèse). Un "nouveau pharaon, qui ne connaissait pas Joseph" s'est levé sur le pays et a réduit les Enfants d'Israël à l'esclavage. Le texte commence en donnant la généalogie des douze tribus d'Israël qui descendent des douze fils de Jacob.

Moïse, enfant de la tribu de Lévi trouvé sur le Nil par la fille de Pharaon et élevé à la cour royale, doit fuir l'Égypte après le meurtre d'un Égyptien. Il va au pays de Madian où il se marie avec Séphora la fille du prêtre Reuel (Jethro), qui lui donne deux fils, Gershom et Éliezer. Il partage la vie des bédouins dont il garde les troupeaux. Après l'épisode du Buisson ardent, au cours duquel Dieu lui apparaît et lui commande de libérer les Israélites, il revient en Égypte.

Avec son frère Aaron, il se rend à la Cour de Pharaon pour lui demander l'autorisation de cesser le travail pour célébrer une fête dans le désert. Le pharaon refuse, et impose aux Hébreux non seulement de reprendre leur travail, mais aussi d'aller faucher la paille nécessaire pour la confection des briques.

Après une escalade des prodiges et des plaies contre les Égyptiens, les Israélites sont libérés/chassés. La fête juive de Pessa'h trouve là son origine. Au bout d'une semaine, ils traversent la mer Rouge qui s'écarte miraculeusement pour les laisser passer et qui se referme derrière eux, sur leurs poursuivants en chars. Après ce nouveau prodige, les Israélites commencent leur voyage vers le pays de Canaan à travers le désert du Sinaï. Sur le mont Sinaï, Moïse reçoit de Dieu le Décalogue, un code de Loi (l'Alliance), gravé sur deux tables de pierre.

Interprétations

Remarque : Ces interprétations ne sont pas compatibles avec les données archéologiques sur les premiers Israélites.

D'après le texte, les Hébreux arrivent en Égypte avec Joseph, qui finit par faire venir Jacob, son père, et toute sa famille, après avoir été établi, à l'âge de trente ans, à un très haut poste dans l'administration, l'équivalent de vizir. Ils seraient arrivés 430 ans avant l'Exode, donc aux environs de 1870 avant JC, d'après le livre des Rois (1 R 6:1) selon cette thèse. Le chap. 38 de la Genèse laisse entendre que Juda n'est pas descendu en Égypte mais qu'il est resté en Canaan. En 1 R 6:1, le texte dit que la construction du Temple a débuté la quatrième année de Salomon (~ 960) soit 480 ans après la sortie d'Égypte, ce qui daterait l'Exode des environs de ~ 1440 JC, soit plus d'un siècle après l'expulsion des Hyksôs. Cette chronologie, très schématisée sur le nombre 480, situe la construction du Temple de Jérusalem à mi-chemin entre la fin de l'Exil en Égypte et la fin de l'Exil à Babylone et doit être considéré comme une valeur symbolique calculée sur douze générations de quarante ans.

Ici, l'affaire se complique puisque le premier pharaon à porter le nom de Ramsès règne à partir de ~ 1320 JC. En Ex. 2:23, le récit dit que Pharaon était mort pendant que Moïse était berger dans le désert de Madian, après sa fuite qui a suivi le meurtre du chef de chantier égyptien de Pi-Ramsès (Maison de Ramsès) ; s'agit-il de Ramsès Ier (1320 - 1318) ou de Ramsès II (né en 1328 ?), qui règne de 1304 à 1236; à moins qu'il ne s'agisse de son père Séthi Ier (1318-1304). En Ex. 1:11, il est dit que les Hébreux furent réduits à fabriquer des briques pour construire les villes de Ramsès et de Pithom (Pi-Atoum : Maison du dieu Atoum), c'est à dire plus d'un siècle après la date suggérée par la chronologie biblique. En considérant la Stèle de Merneptah (1226 avant JC) comme date postérieure de l'Exode. Selon une thèse erronée, les Hébreux seraient venus avec les envahisseurs Hyksôs mais ceux-ci ont été chassés d'Avaris vers 1570 avant JC.

Manéthon, historien égyptien du IIIe siècle avant JC, décrit l'histoire de la réussite surprenante d'un groupe d'immigrés cananéens qu'il appelle les Hyksôs (hellénisation d' un terme égyptien signifiant "rois-pasteurs" ou "rois-étrangers") qui se seraient établis à Avaris (future Pi-Ramsès, actuel Tell-ed-Daba ) sur le bras oriental du Nil, identifiés comme la XVe dynastie qui régna de 1670 à 1570. D'après Manéthon, le pharaon Ahmosis, de la XVIIIe dynastie, mit un terme à cette invasion en saccageant Avaris et tuant un grand nombre de Hyksôs, avant de poursuivre les survivants jusqu'aux frontières de la Syrie. Plus fiable est un document égyptien du XVIe siècle avant JC racontant les exploits du pharaon Ahmosis qui poursuivit les derniers Hyksôs jusqu'à leur citadelle de Sharuhen, près de Gaza, qu'il emporta d'assaut après un long siège. Les fouilles de Tell el-Daba révèlent que le site d'Avaris fut abandonné dès le XVIe siècle avant JC pour une longue période. Manéthon laisse entendre qu'après leur expulsion, les Hyksôs fondèrent la ville de Jérusalem et y construisirent un temple dédié à leur dieu national.

Les Hébreux seraient plutôt des pasteurs nomades fuyant la famine ou la sécheresse en Canaan. Des textes égyptiens signalent les intrusions périodiques de Habiru ( Akk. Apiru) considérés comme des pillards et des marginaux, dans le nord-est de l'Égypte et dans le Delta. Ceux-ci doivent être considérés, non comme un groupe ethnique, mais comme un groupe social de semi-nomades vivant en marge des cités cananéennes transhumant avec leurs troupeaux vers les terres cultivées, après accord avec les cultivateurs : la fumure du bétail contre la pâture des chaumes. À la mauvaise saison, le pacage dans la steppe à la limite du désert. Ces Habiru, écartés des cultes officiels du fait de leur mode de vie, puisque seuls les rois-prêtres et leurs clergés pouvaient officier, se sont donnés un dieu égalitaire qui impliquait la responsabilité personnelle au travers d'un culte simple avec des rites ramenés à leur plus simple expression.

Il est difficile de savoir qui est le Pharaon de l'Exode. Certains penchent pour Ramsès II, d'autres pensent que ce pourrait être Merneptah. Il est possible que le pharaon de l'oppression soit Séthi Ier, père de Ramsès II qui fait construire les villes de Pithom et de Ramsès, et décède pendant que Moïse est réfugié à Madian ( Ex.2:23). Ramsès II serait le pharaon de l'Exode. La stèle de Merneptah parle du peuple d'Isaraal comme étant un peuple déjà constitué en Canaan.

Le trajet de sortie d'Égypte est l'objet de diverses argumentations.

D'après le Livre des Nombres au chap. 33; les Israélites seraient partis de Ramsès et de Pithom en direction du sud-est vers Sukkoth et la Mer des Roseaux (les actuels lacs Amers). Selon Ex 14:2,les Israélites campent devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer, vis-à-vis de Baal-Tséphon. D'après ce passage, les Israélites auraient franchi un bras méridional du lac Menzaleh pour retourner vers Sukkoth et descendre la côte orientale du golfe de Suez en direction du Gebel Serbal, à 35 km au nord-ouest du mont Horeb (Gebel Mousa). Leur périple se serait poursuivi dans le désert en direction du mont Sinaï, au pied duquel se trouve le monastère de Sainte Catherine, avant de se diriger vers la pointe sud de la péninsule. De là, les israélites auraient longé la côte occidentale du golfe d'Aqaba avant de parvenir à Etzion-Géber, entre Eilath et Aqaba. D'Etzion-Géber, les hébreux auraient dirigé leurs pas vers l'oasis de Kadésh-Barnéa (Nb 34:4), identifié comme l'actuelle Ein-el-Qudeirat proche de la frontière moderne égypto-israélienne, pour y demeurer trente-huit ans.

Premièrement, il faut se poser la question essentielle : il y a-t-il eu vraiment un exode massif des Israélites de la terre de Goshèn (dont le nom n'apparait qu'au VIe siècle avant JC) vers Canaan ? En 1283 avant JC, Ramsès II et le roi Hittite Hattousil III signent un traité d'alliance et de paix qui partage le Moyen-Orient en deux zones d'influence. La Phénicie, Canaan, le sud-ouest de la Syrie, et le nord-ouest de la Jordanie deviennent des protectorats égyptiens pourvus de garnisons dans les principales villes et les sites stratégiques. Gaza devient la capitale du protectorat de Canaan et son gouverneur égyptien a autorité sur les roitelets des cités-états de Canaan.

Dès le règne de Thoutmôsis III (1484-1450 avant JC), les égyptiens soucieux d'assurer la sécurité à l'est du Delta oriental, depuis l'expulsion des Hyksôs, ont construit une route le long du littoral méditerranéen, dite Voie d'Horus, entre le Delta et Gaza parsemée de citadelles-étapes tous les 25 km, appelées "Migdol" depuis le Nouvel Empire. À la suite de l'expulsion des Hyksôs, la frontière orientale du Sinaï, qui correspond à peu près à la frontière actuelle entre l'Égypte et Israël, a été fortifiée par des "migdols", et une chaussée tracée pour relier entre elles les garnisons et permettre les patrouilles le long de la frontière.

Selon le texte en Ex.12:37, près de six cents mille hommes, sans compter les enfants, partirent de Ramsès et de Pithom vers le sud-est pour entamer un périple de deux ans en suivant la côte de la péninsule du Sinaï jusqu'à Etzion-Géber près d'Eilath; avant de se cantonner à Kadesh-Barnéa (Ein-el-Qudeirat), autrement dit à proximité de la frontière orientale fortifiée depuis le XVIe siècle avant JC, et cela pendant 38 ans. Il est peu vraisemblable que les soldats égyptiens soient restés l'arme au pied et tenus dans l'ignorance aussi longtemps de la présence d'une telle multitude.

Dans l'Israêl ancien jusqu'à la domination romaine, les femmes et les garçons de moins de douze ans ne possèdent pas de statut juridique. En d'autres termes, ils n'étaient pas comptabilisés dans les recensements, ce qui veut dire qu'il faut multiplier par 4 ou 5 une population donnée pour obtenir un chiffre plausible. Dans le livre des Nombres (Nb. 1:2-3.18), Dieu ordonne à Moïse de recenser, au Sinaï, tous les hommes à partir de vingt ans ce qui donne un total de 603 550 hommes (Nb 1:46). Donc, si l'on en croit le récit, la multitude d'Israêl, forte d'environ trois millions d'individus, se serait installée dans une modeste oasis, et cela sans attirer l'attention des garnisons égyptiennes ? Et tout en poussant devant elle des innombrables troupeaux de bétail comptant des centaines de milliers de têtes d'animaux (Ex 12:32.38) et, qui plus est, encombrée de vases d'or, d'argent et de vêtements soutirés aux égyptiens dans une opération qui ressemble fort à du racket (Ex 3:22; 12:35-36). Rien que l'énoncé des chiffres donnés rendent ceux-ci suspects et peu crédibles.

Aucun texte égyptien du XIIIe siècle avant JC, n'évoque le déplacement massif de populations d'une telle ampleur. Les démographes estiment la population de l'époque ramesside entre 2,5 et 3 millions d'habitants pour l'ensemble de l'Égypte.

Ensuite, ils se heurtent au roi d’Arad, qui les vainc et retournent à Kadesh-Barnéa. Dans le livre des Nombres (Nb 21:1-3), il est dit que le roi d'Arad, habitant le Negeb, fit prisonniers quelques israélites. Ceux-ci en appelèrent à Dieu pour qu'il détruisit les cités cananéennes. Les fouilles de Tel Arad, à l'est de Beershéba, ont mis au jour des vestiges d'une cité du Bronze Ancien (3500-2200) étendue d'une dizaine d'hectares mais aucune trace d'occupation datant du Bronze Récent (1550-1150), époque présumée de l'Exode, où le site est abandonné. Ils contournent Edom selon le récit. Selon le livre des Chroniques (2 CH 21:8), Edom s'est donné un roi à l'époque du roi de Juda, Joram (851-843). D'après les sources assyriennes, Edom ne possédait ni roi ni État avant la fin du VIIIe siècle avant JC ; les rois d'Edom ne formaient pas une dynastie, ils étaient choisis par les chefs de clans. Les premiers bourgs et l'érection de forteresses ne sont apparus qu'à la fin du même siècle pour culminer au siècle suivant. Les fouilles de Bosra, capitale d'Edom à l'âge du Fer II tardif, révèlent que la ville n'est devenue une large cité qu'à la période assyrienne. Dans les dernières décennies du VIIIe siècle avant J-C, les Edomites refoulèrent les Judéens du Négeb et occupèrent les ports d'Etzion-Géber et d'Eilath au fond du golfe d'Aqaba.

Toujours d'après le texte, ils contournent Moab, puis battent Sihon, roi des Amoréens de Heshbon, à Jahatz. Ils occupent son territoire des rives de l’Arnon jusqu'au Jabbok, affluent de la rive gauche du Jourdain dans la basse vallée en Transjordanie. Les Israélites combattent au nord-est, à Edréi, le roi Og de Bashan, territoire situé au sud de Damas. Il est peu vraisemblable que les troupes égyptiennes du secteur soient restées passives devant des hordes d'israélites multipliant les exactions, et semant la terreur devant elles, dans des territoires contrôlés par l'Égypte.

En Transjordanie, la situation se répète, les fouilles de Tel Hesban (Heshbon), au sud-ouest d' Amman (l'antique Rabbath-Ammon) révèlent qu'aucune ville n'occupait le site au Bronze Récent. Selon Nb 21:32-33, Moïse marche contre Bashan et Aschtaroth, à l'est du Jourdain, pour contrer une menace venant du nord. Ici le texte décrit le contexte géopolitique du VIIe siècle avant J-C, où la menace venait de Damas sous domination assyrienne puis babylonienne. En effet, rien n'empêchait Moïse de pénétrer en Canaan par la basse vallée du Jourdain après avoir conquis le territoire des Amoréens entre l'Arnon et le Jabbok.

Pour le désagrément des partisans convaincus à l'idée d'un Exode historique, ces sites étaient déserts à l'époque présumée où ils étaient censés jouer un rôle dans les évènements qui ont ponctué la marche des Israélites vers Canaan.

Moïse monte des « plaines de Moab » en Transjordanie,sur le mont Nébo au sommet du Pisga au sud-est de Jéricho (Ex.34:1); il est enterré dans une vallée du mont Nébo vis-à-vis de Beth-Péor (Ex.34:6). Josué lui succède.

Les récits bibliques qui décrivent Edom, Moab, Ammon et Bashan comme des royaumes constitués ne possédaient pas de populations sédentaires à l'époque du Bronze Récent. Les sites mentionnés dans les récits de l'Exode et des Nombres ont bel et bien existé. Certains étaient connus, mais bien avant, ou bien après l'époque présumée de l'Exode. En réalité, bien après l'émergence du royaume de Juda, quand le texte du récit fut composé pour la première fois à la fin du VIIe S. avant JC. Il faut considérer celui-ci comme une apologie, une compilation de textes de diverses origines mis en forme par la réforme deutéronomique initiée par le roi Josias ( 640-609); comme l'un des mythes fondateurs de l'identité Judéenne à un moment où celle-ci semblait être broyée entre l'expansionnisme babylonien au Levant, après l'effondrement de l'empire assyrien de 612-609, et l'interventionnisme égyptien au Proche-Orient pour protéger le delta en s'emparant des provinces assyriennes de Phénicie, de Philistie et de Samerina ( Samarie, cap. Meggido) ( Jr 37:5.11; 42:14-19; 43:7-13; 44:1-30; 46:2-36 ).

Ce qui est flagrant dans le récit, ce sont les nombreux anachronismes qui jalonnent le texte, il n'en sera cité que quelques uns. En Ex. 23:31, Dieu dit à Moïse qu'il établira ses limites depuis la Mer Rouge jusqu'à la mer des Philistins. Or ces derniers n'apparaissent qu'après la victoire de Ramsès III remportée sur les Peuples de la Mer en 1190/1180 avant J-C, en bordure des bouches du Nil. Ce n'est qu'après 1150 avant J-C, que les Philistins apparaissent comme nation constituée en occupant et érigeant en royaumes cinq villes dans le sud-ouest de Canaan dont Gaza, Ashkelon et Ashdod sur la côte. Vers 1085 avant J-C, Ramsès XI évacue les troupes égyptiennes de Canaan et ramène la frontière égyptienne à l'est du bras oriental du Nil. Les Philistins apparaissent également en Ex.13:17;15:14, soit plusieurs siècles avant leur apparition sur la côte cananéenne. En Ex. 24:7, il est dit que Moïse lut le " livre de l'alliance " en présence du peuple au pied du mont Sinaï ; le parallèle est frappant avec le livre des Rois (2 R 23:2), où le roi Josias lit le même livre de l'alliance devant l'assemblée des hommes de Juda et de Jérusalem. Il s'agit là probablement de la version originale du Deutéronome (du grec Deutéronomos : seconde loi) découvert par le grand-sacrificateur Hilkija lors de la rénovation du Temple (2 R 22:8) en ~ 622.

La conclusion est que l'Exode ne s'est déroulée ni à l'époque ni de la manière dont l'Exode et le livre des Nombres la raconte. Le récit de l'Exode exprime une conception théologique de l'Histoire qui ne correspond pas à la réalité historique, ainsi que les prétentions judéennes à se poser en seul détenteur de l'identité israélite après la disparition du royaume d'Israël en ~ 722.

Les Hébreux en Égypte

De nombreux travailleurs d'origine étrangère sont implantés en Égypte. Ce sont soit des hommes libres venus chercher du travail, soit des prisonniers de guerre réduits à l’esclavage. Suite à une insubordination ou à des requêtes injustifiées, il est fréquent que ces peuples soient chassés d’Égypte. Ils sont regroupés par nationalités : Syriens à Karnak et à Louxor, Hyksôs face à Memphis (carrières de Toura), Phéniciens à Memphis (temple de Ptah, construction navale), Hébreux dans la région de Tanis, plus exactement le Pays de Goshèn, sur la partie centrale du Bras Oriental du Nil d'après la Bible selon le texte de l'Exode. (briques).

L' ère de la XXVIe dynastie Saïte (663-525) offre une belle illustration de ces mouvements migratoires qui voient des judéens s'installer dans le delta. Ils formaient une vaste communauté dans la région selon le prophète Jérémie (Jr 44:1;46:14). Les travaux publics entrepris à cette époque correspondent à ceux décrits dans l'Exode pour les villes de Pi-Ramsès, Pi-Atum et Migdol qui est une ville-forteresse. C'est seulement vers la fin du VIIe siècle avant J-C que fut édifiée la cité de Pitom (Tell Maskouta). Tout semble indiquer que le récit a trouvé sa forme à la période charnière fin VIIe-début VIe siècle avant J-C. Les nombreuses références à des lieux ainsi qu'à des évènements survenus à cette période suggèrent que les auteurs ont intégré dans l'histoire maints détails qui leurs étaient contemporains et que l'on retrouve dans le livre de Jérémie aux chap. 48 à 49:22.

À moins d'accepter l'idée de miracles aussi merveilleux les uns autant que les autres, il est peu concevable d'envisager l'hypothèse d'une fuite hors d'Égypte d'une horde d'esclaves qui, après avoir franchi une frontière puissamment gardée aurait traversé le désert jusqu'en Canaan, à une époque où l'Égypte y maintenait un effectif considérable de troupes. N'importe quelle bande fuyant l'Égypte contre la volonté du pharaon aurait été prise en chasse, non seulement depuis le delta, mais aussi par les garnisons du nord-Sinaï et de Canaan. Il est des plus improbables qu'un groupe de taille non négligeable ait pu échapper au contrôle égyptien à l'époque de Ramsès II. Tout comme le serait la traversée du désert et l'entrée en Canaan. Au XIIIe siècle avant JC, l'Égypte était parvenue au faîte de sa puissance au Proche-Orient. L'autorité de l'Égypte était absolue; les forteresses égyptiennes couvraient son territoire et les officiers égyptiens administraient l'ensemble du pays.

Selon Messod et Roger Sabbah dans leur livre "l'origine égyptienne des Hébreux" publié chez Jean-Cyrille Godefroy, ce serait Aÿ, qui aurait ordonné la déportation des monothéistes fidèles au dieu unique Aton. Ceux-ci, très nombreux, seraient l'origine du peuple hébreu bien que la notion de peuple hébreu n'apparaisse que beaucoup plus tard. Il n'y a pas d'autre trace de déportation dans l'histoire de l'Égypte. Aÿ était un général du Pharaon Aménophis IV devenu Akhénaton. Après la mort de celui-ci il serait devenu régent durant le règne du jeune Toutânkhamon puis pharaon à la mort de ce dernier. Aÿ qui s'est attaché à rétablir le culte d'Amon, remplacé un temps par le culte d'Aton, a décidé de "chasser" les récalcitrants hors d'Égypte. Les mots "chassés d'Égypte" figurent en Exode 12:39. Les faits ainsi relatés se seraient déroulés vers les années 1340 av. J.-C., mais cette thèse s'est révélée erronée suite aux découvertes de la critique interne des textes bibliques. L'histoire (Jean Deshaies, Les civilisations de l'Orient ancien - Arthaud) dit aussi que des peuples nomades se seraient sédentarisés en terre de Canaan vers le XIIIe siècle avant J-C. On ne parlait pas encore de peuple hébreu, la notion de peuple hébreu n'apparait que beaucoup plus tard. La légende de l'Exode d'un peuple hébreu formé de travailleurs esclaves est à revoir. Si des Hébreux sont venus travailler ou s'enrôler comme mercenaires en Égypte ce ne peut être que plusieurs siècles plus tard. Dans le Second livre des Rois, ces émigrants apparaissent au plus tôt au VIIIe siècle avant J-C. au temps du roi de Juda, Achaz.

En 2006, une nouvelle théorie sur l'origine égyptienne a été émise par le chercheur Joseph Davidovits. Rejoignant la thèse de Messod et de Roger Sabbah, l'un de ses arguments s'appuie sur le fait qu'en égyptien antique, la phrase "exilés en hâte à cause de leur hérésie" se dit iissi-r-iar, soit Israël. Cette thèse est complétement farfelue : Isaraal n'est que la traduction égyptienne du terme hébreu Israël signifiant " Celui qui se bat avec Dieu ".

Moïse et l'Alliance

Grâce à l’action de Moïse, qui est considéré comme le premier prophète du Yahwihsme, se met en place l’Alliance qui crée le lien fondamental entre les tribus et son Dieu, qui devient le principe fédérateur unique de groupes naturellement enclins à l’indépendance et à la désunion. Mais cela n'est vrai que dans le Deutéronome à travers la réforme religieuse radicale impulsé par le roi Josias en ~ 622.

Sur la montagne du Sinaï, Moïse reçoit de YHWH le Décalogue, un code de Loi (l’Alliance), gravé sur deux tables : « Je suis YHWH votre Dieu qui vous a fait sortir du pays d’Égypte. Vous n’aurez pas d’autre Dieu que Moi. Vous ne ferez pas d’images. Vous ne prononcerez pas le nom de YHWH en vain. Respecte le shabbat. Honore ton père et ta mère. Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas l’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de faux témoignages. Tu ne désireras pas la femme de ton voisin ». À son retour au camp, Moïse, de colère brise les tables de la Loi quand il apprend que les Hébreux, en son absence, ont moulé un veau d'or (le dieu égyptien Apis ou le dieu de l'orage araméen Haddad ?) et ordonne le massacre les adorateurs dudit veau d'or, YHWH interdisant le culte d’idoles. La loi mosaïque met la valeur de la vie en principe premier et reconnaît les droits de l’esclave. Suivent la construction du sanctuaire de l’Arche d' Alliance, où sont déposées les tables de la loi, la confection de vêtements sacrés et la nomination d’Aaron et de ses fils à la prêtrise. Il serait curieux de savoir dans quelle langue et, surtout dans quel alphabet serait transcrit le décalogue et le livre de l'alliance ; l'alphabet hébreu archaïque - l'hébreu rond - emprunté à un alphabet phénicien n'apparaît qu'au VIIIe siècle av. JC.

Le temple de la déesse égyptienne Hathor de Timna (20 km au nord d'Etzion-Géber), fut transformé en sanctuaire madianite au XIIe siècle avant J-C. Celui-ci présente des analogies frappantes avec la description du tabernacle cité en Ex.40:16-21. Dans ce même sanctuaire madianite, il a été découvert un serpent de cuivre à tête dorée qui fait irrésistiblement penser au serpent d'airain que Moïse fit placer sur une perche ( Nb 21:6-9), et ce dernier détruit lors de la réforme d'Ezéchias, où il était l'objet d'un culte dans l'enceinte du Temple et adoré sous le vocable de Néhushtan. Autre incongruité, Moïse et Aaron y sont présentés comme les descendants de la quatrième génération de Lévi, un des fils de Jacob, alors que Josué qui était leur contemporain, est présenté comme un descendant de la douzième génération de Joseph, autre fils de Jacob. La divergence est de taille.

Résumé

Le début de l'histoire d'Israël rapporté par l'Exode peut se subdiviser en trois parties: (1) L'esclavage du peuple en Égypte, (2) Son départ d'Égypte sous la direction de Moïse et (3) Sa consécration au service de Dieu dans sa vie religieuse et politique.

La première partie, les chapitres 1 à 15, expliquent l'oppression d'Israël en Égypte, le début de l'histoire et l'appel de Moïse, l'Exode, l'institution de la Pâque et la marche vers la mer Rouge, la destruction de l'armée de Pharaon et le cantique de victoire de Moïse.

La deuxième partie, les chapitres 15 à 18, parlent de la rédemption d'Israël et des événements qui se produisirent au cours du voyage de la mer Rouge au Sinaï, les eaux amères de Marah, l'apparition des cailles et de la manne, l'observance du sabbat, l'eau miraculeuse du rocher d'Horeb et la bataille contre les Amalécites à Rephidim ; l'arrivée de Jéthro au camp et son conseil concernant le gouvernement civil du peuple.

La troisième partie, les chapitres 19 à 40, traitent de la consécration d'Israël au service de Dieu pendant les événements solennels du Sinaï. Le Seigneur met le peuple à part comme royaume de sacrificateurs et nation sainte ; il donne les dix commandements et des instructions concernant le tabernacle, son ameublement et le culte qui devra s'y pratiquer. Vient ensuite le récit du péché commis par le peuple quand il adore le veau d'or et enfin le compte rendu de la construction du tabernacle et des dispositions prises pour les services qui doivent s'y tenir.

Bibliographie

  • Henri Meschonnic, Les noms, Traduction de l'Exode, Desclée de Brouwer, 2003, ISBN 2220051935
  • Roland Meynet, Appelés à la liberté, Lethielleux, 2008, ISBN 9782283612552
  • James K. Hoffmeier, Israel in Egypt: The Evidence for the Authenticity of the Exodus Tradition, Oxford University Press, 1999, ISBN 019513088X
  • Jacques Gruot, Moïse, une approche littérale, Yvelinedition, 2009, (ISBN 9782846682275)

Annexes

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Voir sur Wikisource : Exode.

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Voir « exode » sur le Wiktionnaire.

Références

  1. Henri Meschonnic Les Noms

Liens externes

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  • exode — [ ɛgzɔd ] n. m. • 1293, rare av. XVIIe; lat. ecclés. exodus, gr. exodos, de ex « hors de » et hodos « route » 1 ♦ (Avec un E majuscule) Émigration des Hébreux hors d Égypte. 2 ♦ Par ext. (XIXe) Émigr …   Encyclopédie Universelle

  • Exode — Ex ode . [L. exodium, Gr. ? (sc. ? song) fr. ? belonging to an exit, or to the finale of a tragedy, fr. ?: cf. F. exode. See {Exodus}.] 1. Departure; exodus; esp., the exodus of the Israelites from Egypt. [Obs.] L. Coleman. Bolingbroke. [1913… …   The Collaborative International Dictionary of English

  • exode — (è gzo d ) s. m. 1°   Le second livre du Pentateuque. L Exode contient l histoire de la sortie des Israélites hors de l Égypte.    Fig. L exode s est dit de la grande émigration des Irlandais après la famine provenue de la maladie des pommes de… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • EXODE — n. m. T. d’Antiquité Dernière partie d’une tragédie grecque, qui, après la sortie du choeur, contenait le dénouement. Il se disait aussi d’une Petite pièce qui se jouait chez les Romains, à la fin du spectacle. Il désigne aussi le Second livre du …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • EXODE — s. m. Nom du second livre du Pentateuque, dans lequel Moïse a écrit l histoire de la sortie des Israélites hors de l Égypte …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • èxode — è|xo|de Mot Esdrúixol Nom masculí …   Diccionari Català-Català

  • Exode — Grass    Documentaire de Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack et Margaret Harrisson.   Photographie: M.C. Cooper, E.B. Schoedsack   Montage: Ramsaye et Carver   Pays: États Unis   Date de sortie: 1926   Technique: noir et blanc   Durée: environ …   Dictionnaire mondial des Films

  • exode — ex·ode …   English syllables

  • exode — nm. (rural) : ègzodo (Albanais.001b, FON.), ézodo (001a) …   Dictionnaire Français-Savoyard


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