Femme peintre


Femme peintre
Judith Leyster (1609-1660).

Une femme peintre est une artiste qui pratique la peinture. Identifiées dès l'Antiquité, les femmes peintres pratiquent la peinture à toutes les époques, mais furent plus ou moins marginalisées selon les périodes. Elles accèdent à une reconnaissance artistique vers le XVIIe siècle, mais c'est au XIXe siècle qu'elles sont admises dans les écoles d'art, comme, en France, l'École nationale supérieure des beaux-arts, en 1880.

Il faut attendre les années 1970 pour que la recherche[1] universitaire commence à remettre en perspective la contribution des femmes dans l'art et dans la peinture.

Sommaire

Antiquité

« Pinxere et mulieres » « Les femmes aussi ont peint » remarque Pline l'Ancien, leur consacrant un paragraphe dans le livre XXXV de son Histoire Naturelle. Le mythe attribue à une femme un rôle fondateur dans les arts plastiques, selon Pline l'ancien, c'est une fille d'un potier, qui eut la première l'idée de dessiner sur un mur le profil de son amant en suivant l'ombre projetée par la lumière d'une torche[2]. Au XVIIIe siècle, le peintre Robert Tournières lui rendra hommage avec Dibutade dessinant à la lueur d’une lampe le portrait de son amant, ou l’Invention du dessin[3].

Pline cite aussi les noms de Timarète, fille du peintre Micon, à laquelle il attribue une Diane conservée à Éphèse, Irène, fille du peintre Cratinus, Aristarète, fille et élève de Néarque, et Lala de Cysique, active à Rome, célèbre pour ses portraits de femme. Selon Pline, ses œuvres se vendaient beaucoup plus cher que celles de ses collègues masculins[2]. Il cite également « une certaine Olympias » qui aurait eu des élèves[2].

Moyen Âge

On trouve la trace de femmes peintres à partir du Moyen Âge où leur présence dans les ateliers d’enluminure est attestée, telle cette Jeanne de Montbaston, épouse d’un copiste parisien au XIVe siècle, Richard de Montbaston.

Renaissance

Pendant la Renaissance, de nombreux peintres enseigneront leur art à leurs filles qui seront des assistantes parfois très précieuses mais ne pourront accéder à un statut d’artiste à cause de la structure du monde des arts - les académies étaient, pour autant qu’on le sache, interdites aux femmes - et peut-être aussi du fait que les commandes émanaient, pour la plupart, de l’Église. Véronèse ou Tintoret ont eu des filles très talentueuses, mais il ne sera jamais possible de savoir ce qui est de leur main dans les peintures attribuées à leurs pères respectifs. C’est l’accession à la reconnaissance, plus encore que l’accession au métier de peintre, qui fut longtemps refusé aux femmes. Il existe cependant des exceptions notables, Levina Teerlinc (1520-1576) fut une miniaturiste appréciée des monarques Tudor.

À la fin de la Renaissance, Sofonisba Anguissola, d’origine sicilienne, devint peintre officiel de la cour d’Espagne.

Catherine Girardon fut la première femme admise à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, soit 15 ans après sa création. Élisabeth-Sophie Chéron le sera à son tour en 1672 en tant que portraitiste.

XVIIe et XVIIIe siècles

Artemisia Gentileschi (1593-1652).

Quelques noms de femmes peintres restent dans l’histoire, comme ceux d'Artemisia Gentileschi puis d’Élisabeth Vigée-Lebrun, mais ils apparaissent peu dans les manuels d’histoire de l’art. On cantonne généralement les femmes à des genres limités : le foyer, les enfants, l’intimité familiale, et naturellement, les fleurs. Si elles sortent de ces genres qui leur sont assignés, le public s’attache davantage aux scandales réels ou imaginaires de leur vie privée.

Au début du XVIIe siècle, Artemisia Gentileschi, qui fut une grande artiste, vivant de son travail de peintre, fut ainsi violée, à l’âge de dix-neuf ans, par son maître Tassi auquel l’avait confiée son père puisque l'accès à l'enseignement des Beaux-Arts lui était interdit.

Au siècle suivant, Élisabeth Vigée-Lebrun souffrit, à un degré moindre, d’une réputation imméritée de femme facile à qui l’on prêtait tous les amants possibles alors qu’elle devait fréquemment refuser les commandes de portraits que lui faisaient les galants dans le seul but de la rencontrer[réf. nécessaire]}.

Rosalba Carriera, peintre italienne, lança la mode du pastel lors de son passage à Paris en 1720.

On citera encore Marie-Guillemine Benoist, élève de Vigée-Lebrun, dont le tableau Portrait d’une négresse, réalisé à la fin de la Révolution, fut considéré comme un manifeste de l’émancipation des femmes et des esclaves[réf. nécessaire]. Mais elle dut abandonner sa carrière lorsque son mari obtint un poste de ministre sous la Restauration. À la même époque, Anne Vallayer-Coster connut le succès, mais son art est maintenant oublié.

L’Académie des beaux-arts leur restera longtemps interdite, de même qu’il leur fallait une dispense pour passer un baccalauréat ou entrer dans une université.

XIXe siècle

Mary Cassatt autoportrait.

La plupart des restrictions imposées aux femmes perdurent au XIXe siècle.

Marie Bracquemond sur la terrasse de la villa Brancas.
Rosa Bonheur dans son atelier, d'après George-Achille Fould 1893.

Il arrive qu'on nie leur talent comme en attestent ces deux anecdotes : Anne Whitney (1821-1915), reçut une commande officielle pour exécuter le portrait de l’abolitionniste Clark Sumner. Lorsque la commission apprit qu'elle était une femme, le contrat fut rompu. Quant à Harriet Hosmer (1830-1908), on l’accusa (comme on l’avait fait pour Camille Claudel), d’exposer les travaux de son professeur sous son nom à elle. De même, Anne Mérimée est vue comme la mère de Prosper et la femme de Léonor et non comme une artiste à part entière.

Mary Cassatt est l’amie de Degas. Comme lui, elle a un dessin précis et assuré, mais ne partage ni les thèmes ni le manque de tendresse de Degas envers ses sujets. Cassatt raconte qu’une fois, pour faire plaisir à l’« impressionniste de salon » (comme l’a appelé Cézanne), elle avait fait le portrait d’une jeune fille à l’air particulièrement stupide. Comme elle l’avait prévu, ce portrait enchanta Degas qui, bien qu’ayant surtout compté des femmes parmi ses amis proches, était paradoxalement très misogyne. L’histoire de l’art ne retient Mary Cassatt que comme une personnalité périphérique au groupe impressionniste, pourtant, elle appartient à la génération qui succède à l’impressionnisme, contemporaine de Toulouse-Lautrec, Gauguin ou Vuillard.

Marie Bracquemond épouse de Félix Bracquemond, graveur, voit son talent reconnu par des critiques important de l'époque (Gustave Geffroy, Philippe Burty et par des peintres comme Edgar Degas, Alfred Sisley, Édouard Manet, mais il est bien difficile d'accéder à son œuvre que l'on ne montre que dans de rares exposition de femme-peintres. La plupart de ses œuvres étant la propriété de collectionneur privés. Les musées de l'époque n'ayant pas eu le flair d'en acheter une partie, à l'exception du Petit Palais de Paris et du Musée du Petit Palais de Genève[4]

Berthe Morisot (1841-1895).

Rosa Bonheur, issue d’un milieu modeste trouve son style dans la peinture animalière mais y excelle. « Elle peint comme un homme » a-t-on pu dire d'elle, ce qui signifiait lui reconnaître son talent, sous-entendant qu'une femme ne puisse pas en avoir. Rosa Bonheur sera la première femme artiste à être nommée Chevalier de la Légion d'honneur (1865) et la première femme nommée Grand-Croix de la Légion d'honneur (1894).

Marie-Louise Petiet fut certainement une des seules femmes peintres reconnue au XIXe siècle pour son travail personnel, élève d'Hector Leroux et de Jean-Jacques Henner, elle excelle dans l'art du Portrait et les scènes de la vie provinciale de son Aude natale. Elle est pourtant fille, nièce, sœur, femme de peintres, son mari n'était pas moins que ministre des beaux-Arts, et malgré sa courte vie (39 ans), elle a su marquer son époque par de grandes œuvres dont Les Blanchisseuses est sans aucun doute l'aboutissement de son art. Une grande majorité de ses tableaux sont exposée à Limoux dans le musée Petiet qui porte son nom.

Berthe Morisot, enfin, est une figure emblématique de l’art dit « féminin », tranquille et intimiste.

XXe siècle

Il faut attendre le XXe siècle, et plus encore la seconde moitié du siècle, pour voir les femmes se dédier à la peinture en abordant tous les sujets sans que cela fasse scandale.

Mais là encore, les femmes peintres, sont parfois dévalorisées. On les voit comme l'épouse de, la mère de, la sœur de, etc., voire la maîtresse de, avant d’être considérées comme artistes. Ainsi, Suzanne Valadon est d’abord la mère d’Utrillo ; on ne s’intéresse qu’en second lieu à ses œuvres. Sonia Delaunay est d’abord l’épouse de Robert Delaunay. De même on parle des frères Duchamp en oubliant leur sœur Suzanne qui a pourtant influencé son mari.

Les femmes ne sont admises à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris qu'à partir de 1897, et avec de nombreuses restrictions : elles n'ont droit qu'aux modèles vêtus et passent des concours différents des hommes. Ce n'est qu'en 1900 que les Beaux-Arts de Paris acceptent les élèves féminines sans restrictions.

Les premières femmes lauréates du prix de Rome de peinture furent Odette Pauvert en 1925, Jeanne Leroux en 1927, Irma Kalebdjian en 1930, et Alice Richter qui obtint deux prix de Rome : en 1933 et en 1939.

XXIe siècle

Depuis le dernier quart du XXe siècle, la différence hommes-femmes tend véritablement à se réduire dans le milieu de la peinture, au moins d'un point de vue numérique. Portée, en France, par les représentantes d'une nouvelle génération d'artistes que sont Lydie Arickx ou Valérie Favre, la femme peintre a acquis sa reconnaissance, même si cela passe parfois par une catégorisation qui peut aussi être une forme de ghetto. En témoignent, par exemple, les dossiers que leur consacrent les revues[5] d'art.

Bibliographie

Notes

  1. Voir notamment l'essai de l'historienne d'art Linda Nochlin, paru dans Artnews, qui pose la question : « Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'artistes majeurs chez les femmes ? »
  2. a, b et c Histoire naturelle, Pline l’Ancien, livre XXXV.
  3. École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.
  4. Sophie Monneret, L'Impressionnisme et son époque, Robert Laffont, 1987, tome 1, p. 77.
  5. Voir le hors-série n° 5 (sept. 2006) de Azart, « Femmes peintres d'aujourd'hui » qui, outre Lydie Arickx et Valérie Favre, présente également Dominique Albertelli, Marie-Laurence de Chauvigny de Blot, Claude Como, Hélène Daumain, Hélène Delprat, Marlène Dumas, Alexandra Duprez, Natacha Ivanova, Christine Jean, Natalie Lamotte, Sandra Martagex, Malgorzata Pasko, Emmanuelle Renard, Muriel Rodolosse, Yoo Hye-Sook.

Voir aussi

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