Françoise Sagan

Françoise Sagan
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Françoise Sagan
Nom de naissance Françoise Quoirez
Activités Écrivain, dramaturge
Naissance 21 juin 1935
Cajarc (Lot), France
Décès 24 septembre 2004 (à 69 ans)
Honfleur (Calvados)
Langue d'écriture Français
Mouvement Nouvelle Vague
Genres Roman, théâtre, essai
Distinctions Prix des Critiques pour Bonjour tristesse,

Prix du Brigadier pour Château en Suède, Théâtre de l'Atelier

Œuvres principales

Françoise Sagan (de son vrai nom Françoise Quoirez), est un écrivain français, née le 21 juin 1935 à Cajarc (Lot) et décédée le 24 septembre 2004 à l'hôpital de Honfleur d'une embolie pulmonaire.

Souvent considérée comme faisant partie de la Nouvelle Vague, elle a aussi contribué à la co-écriture de scénarios et de dialogues de films. Alors que sa vie privée défraie la chronique mondaine et judiciaire qui dépeignent « un charmant petit monstre » à la tête du « monde saganesque », elle est surtout connue pour sa « petite musique » mélancolique au ton nonchalant dans ses œuvres aux thèmes romantiques mettant en scène la bourgeoisie riche et désabusée, comme dans son roman le plus célèbre, Bonjour tristesse (1954).

Sommaire

Biographie

Enfance

Fille de Pierre et Marie Quoirez, mariés le 3 avril 1923, Françoise Quoirez naît dans une famille d'industriels aisés, le 21 juin 1935. Elle est la troisième enfant : sa sœur Suzanne est née le 6 janvier 1924, Jacques le 20 août 1927 ; un autre frère, Maurice, meurt en bas âge. Sa naissance apparaissant comme un cadeau du ciel après la perte de cet enfant, ses parents lui passent tous ses caprices : « Elle était une enfant pourrie-gâtée. Toute sa vie, elle a joui d'une totale impunité. » dira sa grande sœur à une biographe, Marie-Dominique Lelièvre. « Adulte, gâtée par le succès, elle restera un Petit Poucet androgyne, qui sème des trous de cigarettes partout sur son passage » écrit Tristan Savin (magazine Lire, février 2008).

Son enfance se déroule dans le Lot, à Lyon et dans le Dauphiné où son père dirige une usine pendant la guerre. Quelques souvenirs d'école lui reviendront en mémoire :

« […] On faisait les prières avant les cours. Ça on n’y coupait pas. Et puis, après on gambadait. […] J’écoutais quand ça m’amusait. Vous savez, il y a de très bons professeurs qui font de très bons cours sur les mathématiques, il y a de très mauvais professeurs qui font de très mauvais cours sur la philosophie. […] J'étais assez infernale. Finalement j'ai été mise à la porte. J'avais pendu un buste de Molière par le cou avec une ficelle à une porte parce que nous avions eu un cours particulièrement ennuyeux sur lui. Et puis, en jouant au ballon, j'ai flanqué une gifle à quelqu'un, je ne sais plus. »

En 1931, la famille engage une gouvernante, Julia Lafon, qui deviendra au fil des années un pilier de la famille. C'est à partir de cette époque que Françoise est surnommée « Kiki[1] ».

Ses amis proches qu'elle gardera toute sa vie, Bernard Frank et Florence Malraux, ont le même âge qu'elle, les mêmes origines bourgeoises et le même amour des livres à cette différence près qu'ils sont juifs, explique Tristan Savin qui ajoute : « La lucidité, face aux horreurs du monde, aux mensonges des adultes, les rapproche tous les trois ». « J'avais tout compris à douze ans » déclarera Bernard Frank. Françoise aussi. Avant de lâcher, dans un sourire complice : « Elle était menteuse » (magazine Lire, février 2008). Françoise Sagan restera marquée toute sa vie par un film d'actualité sur les camps de la mort qu'elle voit en 1945 quand elle a dix ans. Dès lors « comment composer avec une famille qu'elle perçoit comme banalement antisémite ? » se demande le critique de Lire.

Sa scolarité est mouvementée, elle change souvent de cours privés (couvent des Oiseaux, cours Hattemer à Paris). Cependant, elle lit énormément : Cocteau, Rimbaud, Proust, Stendhal, Flaubert, Faulkner, Hemingway, Camus, Fitzgerald, un peu Malraux et puis Sartre avec qui elle deviendra amie plus tard (elle déjeunera régulièrement avec lui à la Closerie des Lilas). En 1951, après un échec au baccalauréat et un été de bachotage, elle réussit son examen ; sans qu'elle le sache, le sujet de l'épreuve de français : « En quoi la tragédie ressemble-t-elle à la vie ? » inspirera toute son existence. Elle s'inscrit ensuite à la Sorbonne. Parallèlement, Jacques, son frère aîné, l'entraîne dans les boîtes de nuit et les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Elle y côtoie la jeunesse parisienne bourgeoise, la fête et l'alcool. En 1953, elle échoue à son examen de propédeutique.

Le « charmant petit monstre » et le succès

Durant l'été 1953, elle écrit Bonjour tristesse, son premier roman dont elle emprunte le titre à un vers d' Éluard : « Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse... ». Encouragée par son amie Florence Malraux, elle envoie le manuscrit à plusieurs maisons d'édition. François Nourissier, alors lecteur chez Denoël, tarde à le lire ce qui fait le bonheur de François Le Grix, lecteur chez Julliard où le roman est édité. Son père ne voulant pas que son nom apparaisse, Françoise Quoirez devient Françoise Sagan en référence à un personnage de Proust (Hélie de Talleyrand Périgord, prince de Sagan). Elle a 19 ans et son court roman, qui sort en librairie le 15 mars 1954, obtient le Prix des Critiques dont le jury est prestigieux (Jean Paulhan, Maurice Nadeau,Georges Bataille, Marcel Arland et Roger Caillois) et connaît un succès de librairie immédiat (un an après sa publication, 850 000 exemplaires ont été vendus). François Mauriac écrit à la Une du Figaro : « (…) ce Prix des critiques décerné (…) à un charmant petit monstre de dix-huit ans (dont) le mérite littéraire éclate dès la première page et n'est pas discutable. » Dans la France de René Coty, le roman fait un scandale : « toute une classe établie fut effarouchée au point de faire de ce premier roman un phénomène, qui poussa un François Mauriac à prendre à partie le ciel (« le diable n'était-il pas envoyé sur terre en voiture de sport ? ») tandis que ses pairs concluaient à la décadence pendant que la légende prenait son essor[2] ». Interrogée quelques années plus tard sur ce sujet, elle répond : « En fait, j'ai été très surprise du scandale que ce livre a suscité. Pour les trois quarts des gens, le scandale de ce roman, c'était qu'une jeune femme puisse coucher avec un homme sans se retrouver enceinte, sans devoir se marier. Pour moi, le scandale dans cette histoire, c'était qu'un personnage puisse amener par inconscience, par égoïsme, quelqu'un à se tuer. » (interview donnée à Alain Louyot et publiée dans L'Express le 27/09/2004).

La même année 1954, Hélène Gordon-Lazareff, la directrice du magazine Elle, lui commande une série d'articles sur l'Italie. On ne sait si elle en profite pour voir Les Vitelloni, le film de Federico Fellini qui décrit la jeunesse dorée de Rimini, mais elle joue au reporter du sud au nord de la péninsule. L'hebdomadaire titre ses reportages « Bonjour Naples », « Bonjour Capri », « Bonjour Venise »... Dans ces petits textes légers dans lesquels chaque ville visitée est comparée à une femme ce « Bonjour » devient sa griffe. Elle se lie d'amitié avec de grands noms : les traducteurs Greene, Michel Déon, les Lazareff, Florence Malraux... En 1955, elle part à New York faire la promotion de son livre. Elle rencontre alors Guy Schoeller, qui deviendra quelques années plus tard son mari. Elle devient l'amie intime de l'écrivain Bernard Frank et du danseur Jacques Chazot.

Son deuxième roman Un certain sourire dédié à Florence Malraux paraît en 1956. C'est, à nouveau, un succès. Happée par le succès et l'argent, Sagan se laisse prendre dans les rets du jeu, notamment à Monte-Carlo. Françoise Sagan gagne beaucoup d'argent (en 1955, Julliard lui assurait qu'elle avait 500 millions d'anciens francs). Elle suit le conseil de son père : « À ton âge, c'est dangereux. Dépense-les ! ». Ce seront les casinos (son gain de 80 000 francs une nuit du 8 août 1958 à Deauville lui permettent d'acheter le manoir du Breuil à Équemauville près d'Honfleur[3]), les boîtes de nuit (à Saint-Tropez, chez Castel, chez Régine), les voitures de sport (Jaguar, Aston Martin, Ferrari), ce que la presse a appelé le « monde saganesque »[4]... Le public la confond avec ses personnages et elle devient rapidement, malgré elle, le symbole d'une génération aisée, insouciante et désinvolte, sexuellement libérée, un James Dean au féminin. Éternelle adolescente, elle incarne un mode de vie et même une mode pour les jeunes gens avec ses jeans, ses tee-shirts à rayures (type marinière), ses espadrilles sans chaussettes. Françoise Sagan a tout, dans ces années de prospérité de l'immédiat après-guerre, du phénomène de société.

La légende de « Mademoiselle Chanel de la littérature »

En 1957, au volant de son Aston Martin, elle est victime d'un grave accident qui la laissera entre la vie et la mort durant quelques jours. Elle souffre de multiples fractures de la tête, du thorax et du bassin. Pour atténuer la douleur, et durant trois mois, on lui administre du Palfium 875, un dérivé morphinique. À sa sortie de l'hôpital, elle entame une cure de désintoxication dont elle tient le journal. Dans Toxique, illustré par des dessins de Bernard Buffet, elle s'observe, elle s'analyse : « il y avait longtemps que je n'avais pas vécu avec moi-même » et elle s'aperçoit qu'elle ne s'aime pas. Désormais, comme la passion de l'écriture et l'addiction à la drogue, « l'horreur de la solitude est l'un des fils rouges de son existence » (M-L Delorme, le JDD du 13 octobre 2009). Cette première cure de désintoxication sera un échec, elle se mettra à boire, ce qui lui provoque une polynévrite qui la fait atrocement souffrir. Désormais la jeune femme libre est devenue dépendante des médicaments, de l'alcool et des drogues[5], comme elle le confirme elle-même : « La seule chose que je trouve convenable - si on veut échapper à la vie de manière un peu intelligente – c'est l'opium »[6]. L'année suivante, en 1958, elle épouse l'éditeur Guy Schoeller, de vingt ans plus âgé qu'elle, qui la protégeait comme un père.

En 1960, elle divorce de Guy Schoeller et se marie deux ans plus tard avec un mannequin américain Robert Westhoff[7], avec qui, en 1962, elle a un fils, Denis : « quand on me l'a mis dans mes bras, j'ai eu une impression d'extravagante euphorie (…) je sais ce que c'est d'être un arbre avec une nouvelle branche : c'est d'avoir un enfant ». Le couple divorce rapidement, poursuit la vie commune et finit par se séparer en 1972. Denis Westhoff garde le souvenir d'une mère aimante et attentive, soucieuse de son éducation.

Si Françoise Sagan montrait son amour du jeu et sa passion des belles voitures, elle n'avouait pas sa bisexualité et pourtant les histoires d'amour qui comptent dans sa vie sont féminines. Son grand amour est la styliste Peggy Roche qui a été sa fidèle compagne. Elle a vécu entourée d'une petit cercle d'intimes dont Bernard Frank qui avait sa chambre chez elle et qui l'appelait « Mademoiselle Chanel de la littérature », Florence Malraux, Jacques Chazot, Juliette Gréco, Massimo Gargia et Charlotte Aillaud. Elle gagne beaucoup d'argent et se montre très généreuse. Ses livres lui rapportent beaucoup d'argent mais cet argent lui brûle les doigts, elle le distribue, comme ses vêtements, ses bijoux et même ses manuscrits dont pas un seul ne parviendra à son fils Denis.

Restant volontiers à l'écart des batailles littéraires, Françoise Sagan écrit une vingtaine de romans : 30 millions de livres vendus en France, de nombreuses traductions (en 15 langues). Ses thèmes favoris : la vie facile, les voitures rapides, les villas bourgeoises, le soleil, un mélange de cynisme, de sensualité, d'indifférence et d'oisiveté. Le besoin d'écrire la taraude : « Écrire est la seule vérification que j'ai de moi-même... J'ai toujours l'impression d'aller à un échec relatif. C'est à la fois fichu et gagné. Désespérant et excitant[8]. » Elle publie régulièrement, connaît à chaque fois de grands succès de librairie malgré la critique agacée par « l'incontournable désinvolture » de sa « petite musique » : La Chamade (1965), Un peu de soleil dans l'eau froide (1969), Des bleus à l'âme (1972).

Si sa préférence va au roman[9], le théâtre tient une place importante dans son œuvre mais le succès ne sera pas toujours au rendez-vous. Ses pièces seront représentées avec des fortunes diverses : sa première pièce, Un château en Suède, créée par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier, interprétée par Philippe Noiret et Claude Rich, connaît un très grand succès et reçoit le prix du Brigadier 1960. La seconde, Les violons parfois est un échec retentissant mais La robe mauve de Valentine écrite pour Danielle Darrieux retrouve les faveurs du public. Elle met en scène elle-même Juliette Gréco, Jean-Louis Trintignant et Daniel Gélin dans Bonheur, impair et passe ; la pièce éreintée par la critique est un demi-échec. Elle adapte Doux oiseaux de la jeunesse de Tennessee Williams, monté par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier avec Edwige Feuillère et Bernard Fresson, et le résultat est en demi-teinte. Elle commentera avec humour : « Généralement, je faisais un succès, un flop, un succès, un flop ».

Son œuvre comprend également des nouvelles (dont Des yeux de soie publié en 1975, recueil de dix-neuf récits légers et graves, doux et cruels sur le thème cher à Sagan de la rupture), des scénarios, des biographies, des fragments d'autobiographie (Avec mon meilleur souvenir) et même des chansons pour Juliette Gréco (Sans vous aimer).

Ses engagements politiques

L'Express envoie en 1960 la nouvelle révélation de la littérature française en reportage à Cuba alors qu'elle n'a que 25 ans. Au grand dam de l'intelligentsia parisienne, elle en rapporte un reportage visionnaire qui annonce les dérives autoritaires futures du nouveau régime castriste.

Françoise Sagan aime aussi la provocation et le risque : en 1961, en pleine guerre d'Algérie, elle signe la Déclaration sur les droits à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, qui approuve l'insoumission des appelés en Algérie (ce texte est connu également sous le nom abrégé de Manifeste des 121). En représailles l'OAS plastique le domicile de ses parents le 23 août 1961 mais heureusement l'explosion ne fera que des dégâts matériels. Bien des années plus tard, en décembre 2001, elle adressera un fax au rédacteur en chef de Libération par lequel elle rappellera qu'elle et Bernard Frank ont signé le Manifeste des 121 et elle conclura son texte par cette formule cinglante : « Ma réputation de futilité étant bien assise, je vous serais reconnaissante d'en citer à l'occasion les exceptions ».

En mai 1968, elle arrive en plein meeting étudiant au théâtre de l'Odéon où on l'interpelle : « La camarade Sagan est venue dans sa Ferrari pour encourager la révolution ? » - « Faux, rétorque-t-elle. C'est une Maserati ! » En avril 1971 elle signe le Manifeste des 343 femmes qui déclarent avoir avorté illégalement, plus connu sous le nom de Manifeste des 343 salopes. Elle fait don de ses droits polonais à Solidarność.

« Je ne suis inscrite à aucun parti politique, mais je suis engagée à gauche. Je déteste tuer, s'il y avait une guerre, je m'en irais. Où ? Je ne sais pas... Mais s'il y avait une invasion fasciste, je me battrais. Contre une cause indigne, je me battrais[10]. »

Une fin désargentée et désenchantée

Françoise Sagan et François Mitterrand ont fait connaissance dans un aéroport de province et ont pris l'avion ensemble. Ils se lient d'amitié et une grande complicité naît entre eux dont Laure Adler, conseiller culturel de l'Élysée, sera le témoin. Le président aime les écrivains et l'emmènera dans ses voyages présidentiels. En octobre 1985, invitée par François Mitterrand en voyage officiel à Bogota, elle y fait, officiellement, un accident respiratoire. Tombée dans le coma, elle est rapatriée d'urgence. Le protocole indiquera que « fatiguée par le voyage, Madame Sagan a été victime du mal de l'altitude[11] ». En mars 1988, Sagan est inculpée pour « usage et transport de stupéfiants ». L'année précédente toutefois, elle avait publié Un sang d'aquarelle qui avait désarmé une partie de la critique et que Jérôme Garcin dans son émission littéraire la Boîte aux lettres avait qualifié de « grand et beau roman qui est balayé par le cyclone de la guerre et qui est habité par des personnages puissants ».

La disparition prématurée en septembre 1991 de Peggy Roche qui apportait de la stabilité et de la douceur dans la vie de Françoise Sagan constitue un choc pour elle. Pendant quinze ans, Peggy Roche avait veillé sur elle, l'avait protégée et soutenue, avait éduqué son fils Denis Westhoff. En quelques années, elle perd également ceux qu'elle aimait : ses parents, Jacques Chazot, un ami très proche, Robert Westhoff, son ancien mari.

Malgré l'amitié constante de ses amis fidèles dont le compositeur Frédéric Botton, la tristesse l'envahit, ses ennuis de santé la poursuivent et si ses lecteurs la suivent, la critique l'exécute à nouveau, comme Angelo Rinaldi dans son article de L'Express du 25 août 1994 à propos de la parution d’Un chagrin de passage :

« Le succès commercial de Madame Sagan est à ce point automatique désormais que la critique en vient à ne plus examiner ce qu'elle publie. Elle jouit d'une rente de situation. On dirait que le personnage malin et subtil qu'elle présente à travers ses interviews dispense à jamais de prendre connaissance de ses écrits. Il est entendu qu'elle bâcle - elle-même en convient. Et, c'est universellement admis, si elle voulait vraiment, quelles merveilles ne renouvellerait-elle pas ! Le dernier livre est-il exécrable ? Attendons le suivant. Et ainsi passent les années. Cependant, un jour on se décide à y regarder de près. Un jour, on se souvient qu'en littérature comme en amour ce sont les actes, les preuves qui comptent, et non les virtualités... »

Elle défraie la chronique mondaine et la chronique judiciaire avec les affaires de drogues en 1995[12] et de fraude fiscale dans l'Affaire Elf en 2002. En 1991, elle avait accepté d'intervenir auprès de François Mitterrand pour le compte d'André Guelfi, un intermédiaire douteux d'Elf qui souhaite exploiter le pétrole de l'Ouzbékistan malgré l'opposition du ministre des Affaires étrangères. Son intervention auprès du Président a été couronnée de succès et elle s'attendait à recevoir une commission importante (9 millions de francs) pour financer des travaux de rénovation dans son manoir du Breuil en Normandie (incendié en 1991), commission qu'elle ne recevra jamais selon son fils Denis Westhoff mais en échange de son intervention, la facture de la rénovation, quatre millions de francs, est réglée par André Guelfi[13]. François Sagan n'ayant jamais déclaré cette somme au fisc, elle est condamnée en février 2002 à un an d'emprisonnement avec sursis pour fraude fiscale et doit rembourser, avec d'importantes pénalités, les revenus dissimulés de ces travaux de rénovation. Elle est ruinée par sa condamnation dans l'Affaire Elf. Elle doit quitter son appartement de la rue de l'Université pour un plus petit, d'abord quai d'Orsay puis rue de Lille.

Démunie, privée de chéquier, elle est recueillie par une amie et dernière compagne, Ingrid Mechoulam, qui dans sa maison parisienne la soigne et la soutient pendant ses douze dernières années. Après son roman Le miroir égaré écrit en 1996, elle cesse d'écrire. Guillaume Durand la rencontre avenue Foch pour un livre d'entretiens : « Sa principale blessure venait de cette histoire avec le fisc. Elle se sentait coincée. Elle s'est enfermée dans un désenchantement élégant. Elle restait en pyjama, lisait les grandes romancières anglaises et écrivait au lit, sa célèbre Kool à la main. Elle demeurait pourtant pudique et coquette, se remaquillait un peu avant de me recevoir[14] ». Ingrid Mechoulam, épouse d’un millionnaire, rachète ses maisons et ses meubles au rythme des saisies. Elle devient ainsi la propriétaire du manoir du Breuil, près d'Équemauville, rachetée à la banque Dexia mais lui en laisse la jouissance, tout en la coupant du monde[15]. Elle décline physiquement (ne pesant plus que 48 kilos) et tombe gravement malade. Elle meurt le 24 septembre 2004 d'une embolie pulmonaire à l'hôpital de Honfleur près de son ancienne résidence d'Équemauville.

« Elle a demandé à être enterrée à Seuzac dans le Lot, le pays où elle est née, qu'elle aimait, avec une femme qu'elle a aimée[16] et qui l'a aimée jusqu'au bout[17]». Elle est inhumée auprès de son frère, de ses parents, de son second mari, Robert Westhoff, et de sa compagne Peggy Roche dans le cimetière du village de Seuzac à quelques kilomètres de Cajarc (Lot).

En 1998, la romancière rédige son épitaphe[18] : « Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »

Œuvres

Romans

  • Bonjour tristesse, Éditions Julliard, 1954
  • Un certain sourire, Éditions Julliard, 1956
  • Dans un mois, dans un an, Éditions Julliard, 1957
  • Aimez-vous Brahms..., Éditions Julliard, 1959
  • Les Merveilleux Nuages, Éditions Julliard, 1961
  • La Chamade, Éditions Julliard, 1965
  • Le Garde du cœur, Éditions Julliard, 1968
  • Un peu de soleil dans l'eau froide, Éditions Flammarion, 1969 - rééd. Éditions Stock, 2010
  • Des bleus à l'âme, Éditions Flammarion, 1972 - rééd. Éditions Stock, 2009
  • Un Profil perdu, Éditions Flammarion, 1974 - rééd. Éditions Stock, 2010
  • Le Lit défait, Éditions Flammarion, 1977 - rééd. Éditions Stock, 2010
  • Le Chien couchant, Éditions Flammarion, 1980 - rééd. Éditions Stock, 2011
  • La Femme fardée , Éditions Ramsay, 1981 - rééd. Éditions Stock, 2011
  • Un Orage immobile, Éditions Julliard, 1983 - rééd. Éditions Stock, 2010
  • De guerre lasse, Éditions Gallimard, 1985
  • Un Sang d'aquarelle, Éditions Gallimard, 1987
  • La Laisse, Éditions Julliard, 1989
  • Les Faux-Fuyants, Éditions Julliard, 1991
  • Un Chagrin de passage, Éditions Plon, 1993
  • Le Miroir égaré, Éditions Plon, 1996

Théâtre

Biographies

Nouvelles

  • Des yeux de soie, nouvelles, Éditions Flammarion, 1975 - rééd. Éditions Stock, 2009
  • Musiques de scènes", nouvelles, Éditions Flammarion, 1981 - rééd. Éditions Stock, 2011
  • La maison de Raquel Vega, nouvelles, Éditions de la Différence, 1985

Mémoires, journal et entretiens

Chansons

  • Quelques cris, interprétée par Johnny Hallyday, Mercury, 2000
  • Le jour, interprétée par Annabel, Musique de Michel Magne, Versailles
  • Pour toi et moi, interprétée par Annabel, Musique de Michel Magne, Versailles
  • De toutes manières
  • Dis-moi
  • Les doux oiseaux de la jeunesse
  • Good-bye again
  • Les jours perdus, interprétée par Annabel, Musique de Michel Magne, Versailles
  • La valse, interprétée par Annabel, Musique de Michel Magne, Versailles
  • Melanco
  • Quand tu dors près de moi
  • Roses
  • Sans vous aimer

Cinéma

En 1990, elle ne participera pas à l'adaptation de son roman La femme fardée. Ce travail sera effectué par Frédéric H. Fajardie, Jacques Cortal, Jean-Jacques Pauvert, Lou Inglebert et José Pinheiro, réalisateur du film.

En 1979, Sagan préside le Festival de Cannes.

Prix et récompenses

Film consacré à sa vie

Article détaillé : Sagan (film).
  • 2008 : Sagan (film à volonté biographique dont le thème est la vie de Sagan, réalisé par Diane Kurys), sortie le 11 juin 2008. Sylvie Testud incarne Françoise Sagan. « Il y a des choses vraies — la maison en Normandie, les huit millions qu'elle gagne au casino qui lui permettent de l'acheter — et d'autres, un peu réinventées[20]. »

Prix Françoise-Sagan

Article détaillé : Prix Françoise-Sagan.

Notes

  1. Geneviève Moll, Madame Sagan, biographie, Éditions Ramsay, 2005.
  2. Françoise Sagan, signatrice du « Manifeste des 121 ».
  3. Jérôme Garcin, Littérature vagabonde.
  4. Christiane P. Makward, Madeleine Cottenet-Hage, Dictionnaire littéraire des femmes de langue française, Karthala, 1996 [lire en ligne], p. 525 
  5. Geneviève Moll, Madame Sagan, biographie, Éditions Ramsay, 2005.
  6. Françoise Sagan : un entretien, un dossier, Magazine Littéraire n° 29, juin 1969.
  7. Traducteur de La Chamade en 1966.
  8. Dans Réponses, entretiens, Pauvert, 1975.
  9. « Ce que je préfère au monde, c'est le roman. On se crée une famille dans laquelle on vit pendant deux ou trois ans... »
  10. Réponses, entretiens, Pauvert, 1975.
  11. Journal télévisé, Antenne 2, 19 octobre 1985.
  12. La relecture de son journal, Toxiques, permet de comprendre les raisons de son addiction.
  13. Le manoir du Breuil, repaire normand de Françoise Sagan sur Le Point, 12 juillet 2010
  14. Cité par Tristan Savin dans Lire, février 2008
  15. Une maison, un écrivain : Françoise Sagan, manoir du Breuil, documentaire de Marianne Lamour, 2011
  16. Peggy Roche
  17. Interview de Juliette Gréco.
  18. Jérôme Garcin, Le Dictionnaire, Éditions François Bourin.
  19. Sagan et Hanoteau : Il est des parfums
  20. Propos de Diane Kurys recueillis par Marie-Elisabeth Rouchy pour Le Nouvel Observateur n° 2275.

Bibliographie

  • Jean-Claude Lamy, Sagan, Mercure de France, 1988
  • Alain Vircondelet, Un Charmant petit monstre, Flammarion, 2004
  • Geneviève Moll, Madame Sagan, J'ai lu, 2007
  • Marie-Dominique Lelièvre, Sagan à toute allure, Denoël, 2008
  • Sophie Delassein, Aimez-vous Sagan..., Livre de Poche, 2004
  • Annick Geille, Un amour de Sagan, Pauvert, 2007
  • Pol Vandromme, Françoise Sagan ou l'élégance de survivre, du Rocher, 2002

Voir aussi

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