Fraternité Saint-Pie X


Fraternité Saint-Pie X

Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

Le séminaire d'Ecône.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ou FSSPX est une société de prêtres catholiques romains, fondée en Suisse, dont les buts sont « de former des prêtres et créer des séminaires ». Elle a son siège à Menzingen, dans le canton de Zoug (Suisse)[1].

Fondée le 1er novembre 1970, cette société, dont les statuts avaient été reconnus et approuvés par le Vatican en 1970, perd sa reconnaissance officielle le 6 mai 1975[2]. La décision de son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, d'ordonner lui-même quatre évêques sans l'accord du pape Jean Paul II, en 1988, a conduit à leur excommunication, provoquant un schisme avec l'Église catholique. Marcel Lefebvre et ses disciples se considèrent comme traditionnalistes tandis que pour beaucoup, ainsi que l'explique Émile Poulat, le mouvement est l'incarnation de l'intégrisme[3].

Des négociations avec le Vatican en vue de la réintégration de la communauté dans le giron de l'Église catholique amènent à la levée de l'excommunication des évêques en janvier 2009 sans que cela signifie le retour à la pleine communion de la FSSPX qui doit reconnaître l'autorité du Pape et du Concile Vatican II.

Sommaire

Buts, droit et organisation

Buts

Aux termes de ses statuts[4], la FSSPX, a pour but « le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte et rien que ce qui le concerne », principes qui impliquent, entre autres, « d'orienter et réaliser la vie du prêtre vers ce qui est essentiellement sa raison d'être : le saint sacrifice de la Messe » tout en évitant « avec soin les erreurs modernes, en particulier le libéralisme et tous ses succédanés. » En pratique, cela sous-entend le maintien du rite tridentin, une théologie fondée sur saint Thomas d'Aquin et une critique virulente des « erreurs modernes ».

Bénédiction à Écône, en Suisse
Droit

Elle considère que son retrait d'approbation prononcé en 1975 est juridiquement nul car entaché d'irrégularités[5].

Du point de vue du droit canonique de l'Église catholique romaine, si la FSSPX fut une œuvre d'Église entre 1970 et 1975, elle ne l'est plus aujourd'hui et ne reçoit de Rome aucune forme d'approbation ou de reconnaissance. De plus, depuis les sacres d'évêques en 1988, Mgr Lefebvre, son co-célébrant Mgr Antonio de Castro-Mayer, et les quatre nouveaux évêques sont excommuniés[6]. Néanmoins, à plusieurs reprises, le cardinal Castrillon Hoyos, président de la commission pontificale Ecclesia Dei a indiqué dans les médias que la FSSPX était à l'intérieur de l'Eglise, mais qu'il lui manquait néanmoins « une plus parfaite communion ».
Façade de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris.

Enfin du point de vue des pouvoirs politiques, le Bureau des cultes du ministère de l'Intérieur français[7] la considère comme une association cultuelle chrétienne indépendante de l'Église catholique romaine et n'ayant aucun contact avec elle. La situation est la même dans la majeure partie des pays du monde où elle est présente.

Organisation

La FSSPX compte aujourd'hui 510 prêtres[8], 200 séminaristes dans six séminaires (dont le plus célèbre, à Écône, fut fondé en 1971), 117 frères, 164 religieuses, et revendique quelques 150 000 fidèles dans 30 pays[9].

Le supérieur de la FSSPX est Mgr Bernard Fellay, qui fut sacré le 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre avec trois autres prêtres[10]. La Fraternité est organisée en 13 « districts », c'est-à-dire des pays ou groupes de pays où elle possède plus de 3 prieurés formés et en 6 « maisons autonomes », qui sont des districts en préparation.

En France, l'une des implantations les plus connues est l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet[11], dans le Ve arrondissement de Paris. L'occupation par la force de cette église a été reconnue comme irrégulière par la justice française. À la demande du curé affectataire une décision d'expulsion a été obtenue mais jamais exécutée. Sous la mandature Delanoë, le groupe des Verts a effectué de nouvelles tentatives, désapprouvée par le Maire, pour obtenir que la FSSPX soit expulsée mais sans succès : cette décision n'appartenant de toute façon pas à la Mairie, mais à l'Archevêché de Paris, à qui échoit l'affectation de cette église (Voir plus haut).

Histoire des relations avec l'autorité romaine

Les débuts

En 1970, Mgr Marcel Lefebvre fonde à Écône (Suisse) la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à la demande de plusieurs séminaristes français. Les buts de cette fraternité sacerdotale sont « le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne ». Avec l'autorisation de Paul VI, l'institution est érigée canoniquement par Mgr Charrière, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en tant que « pieuse union » pour une durée de trois ans ad experimentum renouvelables. De son côté, l'évêque de Sion l'autorise à fonder un séminaire à Écône.

Par la suite, Mgr Lefebvre continue de stigmatiser, plus ou moins violemment, la politique d'ouverture post-conciliaire, attaquant en particulier le dialogue inter-religieux auquel s'essaie l'Église catholique. Le 21 novembre 1974, il publie un manifeste résumant ses positions :

« Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la Foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. (…)
Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Église depuis dix-neuf siècles. S'il arrivait, dit saint Paul, que nous-mêmes ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu'il soit anathème. (Gal. 1:8). N'est-ce par ce que nous répète le Saint-Père aujourd'hui ? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l'Eglise. (…)
Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette Réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. (…)
C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures. C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l'enseignement du catéchisme, la formation du prêtre, l'institution de l'Église, par l'Église de toujours et codifié dans les livres parus avant l'influence moderniste du concile en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle[12]. »

En conséquence, au printemps 1975, le nouvel évêque de Fribourg retire l'autorisation accordée par son prédécesseur à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X[13]. Malgré cela Mgr Lefebvre décide de continuer son action de formation de prêtres, et en juin 1976, il ordonne treize prêtres sans lettres dimissoires[14].

Le 22 juillet 1976, Paul VI frappe Marcel Lefebvre d'une suspense a divinis[15] pour son opposition au Concile Vatican II et son opposition aux réformes qui s'y rattachent[16] et la Fraternité est dissoute. En réponse, dans une interview au Figaro, Mgr Lefebvre décrit Vatican II comme « un concile schismatique » [17]». Et le 29 août, Mgr Lefebvre célèbre la « messe de Lille »[18].

Après cette première fêlure dans l'union avec Rome, Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint-Pie-X choisissent de continuer leur action en formant des prêtres, ouvrant des lieux de culte dans tout le monde chrétien avec la volonté de « maintenir et perpétuer le sacrifice glorieux et expiatoire du Christ dans l'Église »[19]. Peu à peu, la fraternité se dote d'une structure hiérarchique distincte et séparée de l'Église romaine[réf. nécessaire], dans le but de « maintenir la Sainte Église catholique et romaine, vouloir la continuer et la continuer par le Sacerdoce[20] ». Le 3 octobre 1984, Rome publie la lettre Quattuor abhinc annos[21] libéralisant sous certaines conditions la célébration du rite tridentin, sous la juridiction des évêques. La FSSPX, tout en se réjouissant de ce premier pas, reste très méfiante envers la hiérarchie diocésaine et demande une libéralisation générale des livres de 1962 ainsi qu'un statut juridique directement soumis au pape[22].

Mgr Lefebvre critique sévèrement la visite d'une synagogue par Jean-Paul II, ou les rencontres inter-religieuses d'Assise en 1986. À l'occasion de cette rencontre, donnant lieu à des prières pour la paix mondiale, tous les représentants religieux présents avaient prié chacun leur Dieu. Pour la tradition catholique, cela peut sembler dire que « toutes les religions se valent », ce qui fut toujours condamné par l'Église catholique[23]. Mgr Lefebvre affirme, lors d'une conférence spirituelle à Écône, que le pape est alors inspiré par le diable et les francs-maçons.

La rupture

Les rapports sont maintenus avec Rome, et une tentative de normalisation de la situation de la FSSPX a lieu le 5 mai 1988, par la signature d'un accord entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre. Cet accord[24] reconnaissait le principe de l'ordination d'un évêque, le maintien de « la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière ». Mais le lendemain, 6 mai, Mgr Lefebvre revient sur sa signature[25].

Se sentant vieillir, et voulant garantir la pérennité de son œuvre, Mgr Lefebvre décide de procéder à des sacres d'évêques, même sans l'accord de Rome. Ce qu'il fait, malgré les mises en garde canoniques[26], le 30 juin 1988. Mgr Lefebvre, assisté de Mgr Antonio de Castro-Mayer, évêque émérite de Campos, sacre quatre évêques, Alfonso de Galarreta, Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais et Richard Williamson.

Ce sacre d'évêques malgré l'interdiction de Rome relève de l'excommunication latæ sententiæ : l'individu s'excommunie lui-même, du simple fait de son acte, mais l'excommunication doit faire l'objet d'une déclaration publique. C'est ce que fait le cardinal Gantin, le 1er juillet 1988 par le décret Dominus Marcellus Lefebvre : il avertit toute personne de bonne volonté que Mgr Lefebvre a « posé un acte schismatique » en citant les canons 1364-1 et 1382 du Code de droit canonique

« L'apostat de la foi, l'hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latæ sententiæ. » « L'Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu'un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque encourent l'excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique[6]. »

Il déclare donc excommuniés Mgr Lefebvre lui-même, Mgr de Castro-Mayer, évêque co-consécrateur, et les quatre nouveaux évêques. Le 2 juillet 1988 par le motu proprio Ecclesia Dei[27], Jean-Paul II rappelle aux fidèles que nul ne doit ignorer que « l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l'excommunication prévue par le droit de l'Église ».

De 1988 à nos jours

Les « ralliés » ou « communautés Ecclesia Dei »

Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

Certaines communautés de la mouvance de la FSSPX, comme les bénédictins du Barroux, n'acceptent pas la situation de schisme provoquée par les sacres du 30 juin. Ils sont canoniquement accueillis dans l'Église catholique en juillet 1988. Quelques prêtres de la FSSPX fondent la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, sur le modèle des accords du 5-Mai. Une commission cardinalice — la commission pontificale « Ecclesia Dei » — veille aux applications pratiques du motu proprio.

L'affaire de Campos

Jusqu'en 2000, il n'y a plus de relations officielles entre Rome et la Fraternité. Celle-ci s'attache à développer son implantation mondiale et à fustiger les « ralliés »[28]. En août 2000, la Fraternité Saint-Pie-X effectue un pèlerinage à Rome dans le cadre du Jubilé. À cette occasion, divers membres importants dont Mgr Fellay, le supérieur général, rencontrent le cardinal Castrillon-Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei. Durant toute cette année 2000, les rencontres se multiplient[29], mais à la mi-2001 les relations sont au point mort.

Une des communautés de la mouvance de la fraternité Saint-Pie-X, l'Union Saint-Jean-Marie-Vianney, de Campos au Brésil, dirigée par Mgr Rangel, continue quant à elle les pourparlers avec le Vatican, reconnaît le concile Vatican II interprété à la « lumière de la tradition » et la validité et licéité du rite de Paul VI et obtient le 18 janvier 2002 le statut « d'administration apostolique de caractère personnel » soumise directement au pape[30]. Le rite tridentin leur est reconnu comme rite propre.

Nouveaux ralliements

Au sein de la Fraternité Saint-Pie-X, ce genre d'accord paraît satisfaisant à certains. Ainsi, au cours de l'année 2003, l'abbé Paul Aulagnier, ancien supérieur du district de France, exprime son soutien aux « accords de Campos » ; il est exclu de la FSSPX en octobre 2003. En 2004, l'abbé Philippe Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet exprime son mécontentement quant au fonctionnement des séminaires et à certains choix de la Fraternité ; il fait l'objet d'une mutation disciplinaire au Mexique, qu’il refuse. Mgr Bernard Fellay déclare alors que l’abbé Laguérie « ne faisait plus partie de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ». La sanction est la même pour ceux qui lui avaient manifesté son soutien, tels les abbés Guillaume de Tanoüarn, Christophe Héry et Henri Forestier. Le 8 septembre 2006, les abbés Philippe Laguérie, Guillaume de Tanoüarn, Paul Aulagnier, Christophe Héry et Henri Forestier rejoignent la pleine communion avec l'Église catholique romaine au sein de l'Institut du Bon-Pasteur[31], avec l'usage exclusif des livres de 1962 et le droit à une « critique constructive » du concile Vatican II.

Autres ralliements

Le 30 juillet 2006, un pasteur luthérien suédois, Sten Sandmark, abjure le luthéranisme et fait profession de foi catholique en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet devant Mgr Tissier de Mallerais[32]. La Fraternité Saint-Josaphat, fondée en 2001, regroupant des prêtres de rites slavons en Ukraine, se place dans la mouvance FSSPX en demandant à celle-ci des professeurs pour son séminaire. Mgr Tissier de Mallerais ordonne un prêtre de cette communauté en 2003. En 1995, Mgr Lazo, évêque émérite de La Union (Philippines), rejoint la FSSPX. Il décède en 2000.

Le motu proprio Summorum Pontificum

Par le motu proprio Summorum Pontificum, publié le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI, qui en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi était très sensibilisé au « problème traditionaliste », remet en valeur le rite tridentin. Dans sa lettre aux évêques qui accompagne le motu proprio, le pape précise que l'un des buts de ce texte est la « réconciliation interne au sein de l’Église ».

Ces dispositions sont saluées par Mgr Fellay au nom de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Pour lui, ce « climat favorable instauré »[33] par Benoit XVI, et cette « indéniable avancée liturgique »[34] doivent précéder le retrait de excommunications et l'ouverture de vraies discussions doctrinales.

Levée de l'excommunication des évêques FSSPX et Ecclesiae unitatem

Par décret de la congrégation pour les évêques du 21 janvier 2009[35] signé par le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation, l'excommunication latae sententiae (c'est à dire de facto) qui frappait les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, Mgr Bernard Fellay, Mgr Alfonso de Galarreta, Mgr Bernard Tissier de Mallerais et Mgr Richard Williamson, est levée[36].

Ce même décret ajoute que «  On espère que ce pas sera suivi de la réalisation rapide de la pleine communion avec l'Église, de toute la Fraternité de Saint Pie X[37] », signifiant que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X n'est pas encore considérée comme en pleine communion[38] avec l'Église de Rome. D'après le droit de l'Eglise, la levée de l'excommunication n'est pas la réconciliation ou la réhabilitation, mais l'ouverture de la voie vers la réconciliation ; les quatre évêques demeurent suspendus (suspens a divinis), ce qui fait qu'il ne leur est toujours pas permis d'exercer leur ministère épiscopal au sein de l'Église catholique[39].

La vive émotion qui naît au sein de l'Église catholique, à la suite des propos négationnistes de l'un des quatre évêques et face à l'ambiguïté de la position de la FSSPX par rapport au concile Vatican II[40], amène Benoît XVI a préciser que la levée de l’excommunication pour les évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) « ne signifiait pas de soi le retour à la pleine communion du mouvement intégriste, et qu’elle ne pouvait se faire que dans le respect de l’enseignement du Concile Vatican II»[41].

Cependant, l'autorité romaine, par l'intermédiaire du cardinal Darío Castrillón Hoyos (préfet de la commission pontificale Ecclesia Dei) qui a ainsi rapporté l'analyse du Conseil pontifical pour les textes législatifs[réf. nécessaire], a assuré que[réf. nécessaire] les quatre évêques n’étaient plus suspendus (suspens a divinis). Cette affirmation[réf. nécessaire], relevant de l'autorité romaine, a par ailleurs été confirmée une lettre du cardinal Re[réf. nécessaire]. Quant à Mgr Bernard Tissier de Mallerais, il n'a jamais été suspens a divinis, puisqu'il avait déjà été ordonné le 29 juin 1975[42], alors que la peine du Saint-Siège ne touchait que les prêtres ordonnés par Mgr Lefebvre à partir de juillet 1976[43]. L'ouverture dans la recherche du rapprochement se poursuit.

Ecclesiae unitatem

Le 8 juillet 2009, le Vatican publie le motu proprio Ecclesiae unitatem qui rattache la Commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la doctrine de la foi dirigée par le cardinal américain William Levada, motivant cette décision par le but que la FSSPX retrouve la pleine communion avec l'Église. Il rappelle toutefois que « la Fraternité ne jouira d'aucun statut canonique dans l'Église et ses ministres ne peuvent exercer de façon légitime aucun ministère » tant que les questions doctrinales demeurent[44]. Une semaine plus tôt, l'un des responsables de la FSSPX, Bernard Tissier de Mallerais, considéré comme le théologien de la FSSPX[45], déclare pour sa part que « les discussions n'avanceront que si Rome réforme sa manière de voir et reconnaît les erreurs dans lesquelles le Concile a mené l'Église. [46]»

Doctrine

La rupture entre Rome et la Fraternité s'est faite en deux temps au plan juridique. Mais la séparation est due à des problèmes plus profonds reposant sur l'expression du dogme de l'Église catholique.

Les points sensibles

Ainsi la FSSPX refuse l’aggiornamento et ce qu'elle nomme les mesures libérales du concile Vatican II, notamment :

Une réponse romaine

Le cardinal Castrillon-Hoyos, préfet de la Congrégation du clergé, énumère dans une lettre du 5 avril 2002 à Mgr Bernard Fellay plusieurs points de contestation, indiquant : « Je me permets (…) d'énumérer quelques-unes de ces attitudes et affirmations contradictoires dans lesquelles votre Fraternité semble s'être hasardée, qui suscitent la perplexité et sont en contradiction avec la Tradition de l'Église ».

Sur le plan doctrinal, le cardinal Castrillon-Hoyos rappelle les enseignements du premier concile du Vatican, selon lesquels la papauté est exempte de tout risque d'erreur. Pour lui, le magistère pontifical de Jean-Paul II ne contredit donc pas l'enseignement antérieur de l'Église. Il rappelle que les « états de nécessité » invoqués par la Fraternité pour justifier les ordinations de 1988 sont toujours soumis au jugement du pape et ne peuvent être invoqués contre celui-ci ou en dehors de lui. Enfin, il reproche aux prélats de la Fraternité leurs « manques de charité » et leur ton volontiers polémique[47].

Liturgie

La FSSPX célèbre exclusivement la messe selon le rite dit « de saint Pie V » ou rite tridentin, aujourd'hui dénommé forme extraordinaire du rite romain, en latin dans sa version de 1962. Elle reconnaît la validité de la messe de Paul VI[réf. souhaitée] (Novus Ordo Missæ), la forme ordinaire, mais selon elle cette messe affaiblit l'expression de la doctrine sur le sacrement de l'Eucharistie.

Ainsi, les disciples de Mgr Lefebvre dénoncent le caractère « équivoque » de la nouvelle liturgie qui serait, selon eux, susceptible de permettre une interprétation « protestante » de la messe : ils reprochent notamment à la réforme liturgique d'avoir affaibli et obscurci la conception traditionnelle de la messe (tel que son caractère propitiatoire par exemple) afin de faciliter le dialogue avec les communautés protestantes. Pour la FSSPX, la modification de la liturgie traditionnelle est emblématique des modifications apportées par le concile Vatican II. Mgr Lefebvre écrit ainsi dans une déclaration du 21 novembre 1974 :

« On ne peut modifier profondément la lex orandi sans modifier la lex credendi. À messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l'orthodoxie et au magistère de toujours. »

La publication du motu proprio Summorum Pontificum a levé une grande partie des difficultés dues à l'interdiction de facto du rite tridentin.

Situation canonique

Point de vue romain

Suite à une demande de Mgr Norbert Brunner, évêque catholique romain de Sion (Suisse), diocèse dans lequel sont situés, à Écône, le séminaire et la Fraternité Saint-Pie-X, Rome, par l'intermédiaire de la Congrégation des évêques et le Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, émet cet avis :

  1. Le droit canon revu en 1983 précise que le sacre d'évêque sans mandat du Saint-Siège cause une excommunication automatique (latæ sententiæ) du prélat qui ordonne et des ordinands. C'est à Rome que revient ensuite de rendre publique cette sanction. Par la lettre Dominus Marcellus Lefebvre[6] du 1er juillet 1988, le cardinal Gantin effectue cette procédure.
  2. le délit de schisme est, pour le Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, le processus d'éloignement de la communion hiérarchique[48]. En conséquence, le fait de persévérer dans la désobéissance à l'autorité légitime suite à l'acte schismatique de 1988, entraîne une scission entre la FSSPX et Rome.

Pour l'Église catholique, si tous les prêtres et évêques membres de la FSSPX sont validement ordonnés, leur statut juridique n'est pas conforme aux lois ecclésiales. En conséquence, baptême, eucharistie, confirmation, ordination et sacrement des malades sont tout à fait valides, même si effectués dans un cadre illicite. En revanche, pour être valides, les sacrements de pénitence et de mariage doivent être conférés par un ministre ayant reçu juridiction pour le faire. Pour ces deux sacrements, il y avait donc doute sur la validité[49].

Pour autant, le cardinal Castrillon-Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé et président de la commission Ecclesia Dei explique le 13 novembre 2003 « Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. Il y a, dans le fait de consacrer des évêques sans le mandat pontifical, une attitude schismatique. Ils sont à l’intérieur de l’Église. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite – comme cela a été dit durant la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe. »

Mais le 23 février 2006, ce même cardinal précise dans un courrier au sujet du départ de séminaristes indiens de la FSSPX vers le diocèse : « Le témoignage de ces séminaristes donne raison aux sérieuses inquiétudes quant à la mentalité séparatiste qui les a entourés au séminaire de Goulburn. » Ainsi, pour lui, le schisme n'est pas consommé mais il peut le devenir. Il a confirmé cette opinion lors d'un entretien le 16 mars 2007[50].

La position de la Fraternité Saint-Pie-X

Dès les sacres de 1988, la FSSPX publie plusieurs articles justifiant ses choix. À la fin des années 1990, la FSSPX lance une campagne d'information auprès de ses fidèles. Un tract est largement distribué, proclamant en première page :

« La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est-elle schismatique ? excommuniée ? Rome répond non ! Les fidèles peuvent-ils assister à une Messe de Saint Pie V célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X ? Oui ! »

La base argumentaire repose sur plusieurs points :

L'état de nécessité 
« En effet, lorsque l'extrême ou quasi extrême nécessité spirituelle de l'individu (danger de mort) ou la grave nécessité spirituelle d'un grand nombre (par exemple la diffusion incontestée d'une hérésie) le requièrent, et que le secours des Pasteurs ordinaires manque, toutes les limitations posées par le droit ecclésiastique tombent, et tout ministre de Dieu (prêtre ou Évêque) a le devoir de faire, donc légalement, même « sans l'autorisation nécessaire », tout ce qu'il peut validement faire par droit divin en vertu de son pouvoir d'ordre. S'il ne le faisait pas, il pécherait mortellement, parce que le droit divin naturel et positif oblige à secourir, chaque fois que c'est possible, toute personne en état de grave nécessité. » (Voir, entre autres, Saint Alphonse, Teologia Moralis, I.3, tract. 3 n. 27 et I.6, tract. 4, n. 560 ; F. Suarez De charitate disput. 9, sect. II, n. 4 : Billuart De charitate disert. IV, art. 3 ; Saint Thomas, S. Th. Suppli Q. 8 a. 6.3 ; Cappello, Summa Iuris Canonici vol. I, p. 258, n. 258 § 2.)[51].
La volonté de schisme 
pour qu'il y ait schisme, selon le canon n°1364, il faut qu'il y ait volonté de créer une église parallèle. Or, pour la FSSPX, cette volonté n'a jamais existé, donnant pour arguments que lors de la messe les prêtres prient pour le pape régnant, que les sédévacantistes sont exclus de la Fraternité, et que la Fraternité adhère totalement à la doctrine catholique. De plus, pour eux, Rome n'a jamais défini en quoi la FSSPX était schismatique.
L'invalidité des excommunications 
citant le canon n°1323 « N'est punissable d'aucune peine la personne qui, lorsqu'elle a violé une loi ou un précepte, a agi forcée par une crainte grave, ou bien poussé par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, a commis une violation… », ainsi que le canon n°1324, qui réduit la peine pour celui qui se croyait en état de nécessité, la FSSPX défend le fait que s'il y a eu acte schismatique, les circonstances atténuantes de ces deux canons font que le terme d'excommunication n'aurait pas dû être prononcé et que celle-ci est par là-même invalide[52].

Controverses et polémiques

La FSSPX et le sédévacantisme

La situation irrégulière de la Fraternité Saint-Pie X entraîne une remise en cause de la soumission au pouvoir pontifical. Si la position officielle de la Fraternité est un refus du sédévacantisme[53], certains de ses membres ont pu conclure à la vacance du Saint-Siège. Certains prêtres qui, tel l’abbé Claude Barthe[54] en 1980, ou l'abbé Daniel Dolan en 1983[55] ont exprimé à une époque cette opinion, ont été exclus de la Fraternité.

La Fraternité et la politique

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X reprend la doctrine catholique quant à l'engagement en politique : « L'action politique, réellement politique, concrètement politique, fait partie du devoir d'État, même si ses modalités pratiques peuvent varier d'un individu à l'autre en fonction des capacités, des situations et des urgences[56] ». Mgr Tissier de Mallerais explique[57] que, selon les paroles du Christ « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21) », le domaine temporel, celui de la société civile, et le domaine spirituel, celui de l'Église sont souverains chacun en son genre, sans pour autant devoir être dissocié. Pour lui, le bien commun, but de la société civile est lié au salut éternel, but de l'Église.

Dans ce contexte, les membres (clercs) de la FSSPX n'ont pas d'engagement politique partisan, car cela risquerait d'entraîner la confusion des domaines, et ce même si certaines activités spirituelles ont pu susciter un certain trouble, comme les pélerinages à l'île d'Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain[58],[59] à l'instar de celui du 22 septembre 2007 au cours duquel, l’abbé de Cacqueray « compare le combat du maréchal Pétain pour la France à celui de Mgr Lefebvre pour l’Église[58]. ».

Certains observateurs pointent cependant que la sécession des traditionalistes a, au-delà des éléments idéologiques, des fondements politiques et que les liens de la FSSPX avec l'extrême droite sont « notoires » en France[60] et en Belgique[61].

Ainsi, nombre de laïcs proche de cette fraternité ont un engagement politique. En lien avec la doctrine catholique, ils sont très opposés au communisme que le pape Pie XI a fermement condamné en 1937, par l'encyclique Divini Redemptoris. Ils sont aussi fidèles à l'enseignement de l'Eglise sur le « droit à la vie » développé par l'encyclique Evangelium vitae en 1992. Ces fidèles refusent généralement de militer dans des mouvements ou partis qui ne sont pas en accord avec la doctrine morale de l'Église. C'est la raison pour laquelle l'abbé Laguérie, membre de la FSSPX jusqu'en 2004, avait reconnu en 1991 le Front national comme « le parti le moins éloigné du droit naturel ». En France et en Belgique, un certain nombre d'associations à buts politique, telle Belgique & Chrétienté se réclament de cette doctrine sociale de l'Église telle qu'elle est prônée par la FSSPX.

La FSSPX et l'évêque d'Amiens

En 2007, la Fraternité Saint-Pie-X d'Amiens arrive au terme du bail de la chapelle qu'elle occupait jusque là, le propriétaire souhaitant la transformer en crèche dans le cadre d'un projet global. La FSSPX demande alors à l'évêque Mgr Bouilleret la mise à disposition d'une église ou d'une chapelle pour célébrer la messe avec ses propres officiants selon la forme extraordinaire du Rite Romain, c'est à dire selon le missel de 1962, en s'appuyant sur le motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI de juillet 2007. Suite à la réponse négative de l'évêque d'Amiens par lettre du 16 septembre 2007 et suite à l'échec d'une tentative de dialogue avec l'évêque, la FSSPX a organisé des messes sur le parvis de la cathédrale ou devant l’église Saint Germain depuis le 11 novembre 2007[62].

Le 25 novembre 2007, Mgr Bouilleret a annoncé qu'une messe tridentine serait célébrée à Amiens par un prêtre diocésain un dimanche sur deux. Les membres de la FSSPX n'ont pas souhaité assister à ces célébrations.

Mgr Bouilleret estime que le motu proprio s'adresse aux catholiques traditionalistes qui sont en pleine communion avec le pape et l'évêque du lieu, ce qui n'est pas le cas des fidèles de la Fraternité Saint Pie X[63].. Il fait valoir que la municipalité d'Amiens pourrait mettre une salle à disposition, ce que les membres de la FSSPX refusent. Ses membres poursuivent leur manifestation sous forme de messe sur les parvis d'églises. Pour eux, il s'agit de demander à l'évêque le prêt d'une église. L'évêque souligne que les lefebvristes « démontrent ainsi que les enjeux ne sont pas la messe en latin mais ceux de l'unité de l'Église catholique romaine », dimension que, selon lui, les membres de la FSSPX « ne comprennent pas[64] ».

L'affaire Williamson

Dans une entrevue à l’émission Uppdrag granskning de la télévision publique suédoise SVT, le 1er novembre 2008, Richard Williamson a déclaré qu'il ne croyait pas que des juifs étaient morts dans des chambres à gaz durant l'Holocauste. « Je ne crois pas qu'il y ait eu des chambres à gaz. Je crois que 200 000 à 300 000 juifs sont morts dans les camps de concentration, mais aucun dans des chambres à gaz », a déclaré l'évêque britannique. Ces déclarations sont survenues au moment même où le Vatican s'apprétait à rendre publique la levée de l'excommunication prononcée en 1988 contre lui et ses trois collègues[65].

Dans un premier temps, le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, Bernard Fellay, déclare dans un courrier à la SVT que R. Williamson était l'unique responsable de ses opinions et que la Fraternité n'avait pas l'autorité pour juger des questions historiques. Ne condamnant pas les propos de son évêque, il estime même « honteux » que l'interview aie porté sur des sujets séculiers « controversés » et non exclusivement sur la religion[66]. Bernard Fellay affirme peu après que la position avancée par R. Williamson n'est absolument pas celle de la Fraternité, que ce dernier « n'engage que sa personne », ajoutant que l'« on va conclure que toute la Fraternité est antisémite », s’« érigeant avec véhémence contre une telle accusation[67] ».

Dans une lettre adressée au cardinal Dario Castrillon Hoyos[68], prélat en charge au Vatican des négociations avec la FSSPX, Richard Williamson exprime des « regrets sincères » pour les « souffrances » causées au pape Benoît XVI par ses propos « imprudents », sans pour autant les rétracter[69]. Ces « excuses » sont aussitôt jugées « tout à fait insuffisantes » par le Primat des Gaules, le cardinal Philippe Barbarin[70] tandis que le porte parole du Vatican, Federico Lombardi rappelle que l'évêque intégriste n’est pas un « évêque normal » de l’Église catholique[71].

Le Vatican, à nouveau contraint de s'expliquer le 4 février après de vives critiques de la chancelière allemande Angela Merkel, demande à Richard Williamson de renier « publiquement » ses propos sur la Shoah. Le Vatican estime que Richard Williamson doit « prendre sans équivoque et publiquement ses distances » avec ses déclarations sur la Shoah avant d'être admis aux fonctions épiscopales dans l'Église catholique[72]. Ce dernier, loin de se rétracter, réplique plutôt qu'il va se pencher sur les « preuves » historiques de l'existence des chambres à gaz avant d'envisager une « rectification[73] ». Suite à ces propos, la direction de la Fraternité et Richard Williamson s'entendent pour que ce dernier se retire de son poste de directeur du séminaire de La Reja.[74],[75].

Sommé de quitter le territoire par le ministre argentin de l'Intérieur Florencio Randazzo, « sous peine d'être expulsé », Richard Williamson quitte l'Argentine pour Londres le 24 février[76]. Le 26 février, à la demande conjointe du pape et du supérieur de la FSSPX, Williamson demande pardon à l'Église ainsi qu'aux survivants et aux familles des victimes de l'holocauste pour le « mal » qu'ont fait ses propos à la télévision suédoise[77].

Le Vatican juge les excuses insuffisantes tant sur la forme que sur le fond et exige que Williamson se rétracte « de façon absolue et sans équivoque (...) concernant la Shoah » tandis que les communautés juives d'Allemagne et d'Italie, rejoints par des représentants d'associations catholiques, n'accordent aucun crédit à ces « regrets[78] ». La Commission européenne rappelle que le négationnisme est un délit dans plusieurs pays européens[79] et les autorités allemandes songent, elles, à poursuivre l'évêque lefebvriste pour négationnisme[78].

Réactions

L'Église catholique

Au sein de l’Église catholique, l’émotion est vive et s'exprime notamment par les évêques de différents pays[80] et jusqu'au sein de la Curie. Les craintes portent entre autres sur un éventuel reniement des enseignements du concile Vatican II dont l’une des avancées réside précisément dans les nouveaux rapports créés avec le peuple juif. Lors d'une audience pontificale du 28 janvier 2009, le Pape Benoît XVI exprime sa solidarité « pleine et indiscutable » avec le peuple juif et condamne la négation de la Shoah. Il rappelle en outre que La levée de l'excommunication est un acte de « miséricorde paternelle », qu'il ne signifie pas le retour à la pleine communion de la FSSPX qui est conditionnée à la reconnaissance par les intégristes de l’autorité du pape et de celle du Concile[41].

L'Église catholique de Suède prend ses distances par rapport à ces propos, ainsi que par rapport à toute forme de racisme et d'antisémitisme[81]. Le cardinal Vingt-Trois archevêque de Paris reconnaît que de telles déclarations sont « une arête en travers de la gorge », mais rappelle que « l’excommunication ne visait pas les propos négationnistes mais l’ordination illégitime d’évêques. »[82]. Le 27 janvier 2009, le président de la conférence des évêques suisses rappelle également que « les quatre évêques ont maintes fois déclaré, qu'eux-mêmes et la fraternité, n'acceptaient pas la déclaration du concile Vatican II Nostra Ætate sur les relations avec le judaïsme et les religions non-chrétiennes ». Il fait aussi de l'acceptation du Concile Vatican II et en particulier de la déclaration Nostra Ætate un prérequis au rétablissement de la communion et à la levée des suspensions [39].

Communauté juive

Les propos négationnistes de l'évêque traditionaliste, concomitants à l'annonce de la levée d'excommunication, suscitent un vif émoi, voire de la colère, au sein des organisations juives, remettant en cause le dialogue interreligieux. Les rabbins italiens, puis américains, expriment leur « profond regret[41] » tandis que le Conseil central des juifs d'Allemagne suspend tout dialogue avec l'Église catholique et que la communauté juive, dans son ensemble, attend des éclaircissements de la part du Saint-Siège[83],[41]. Une fois les ambiguïtés levées, le voyage officiel du souverain pontife en Israël, quelques semaines plus tard, a lieu comme prévu. Lors de ce voyage, l'une des premières visites de Benoît XVI est pour le mémorial de Yad Vashem, où il parle nommément et sans équivoque des « six millions de Juifs » assassinés lors de la Shoah.

FSSPX

Après de nombreux échanges avec le Vatican[41], B. Fellay revient sur les déclarations de R. Williamson, précisant que celles-ci « ne reflètent en aucun cas la position de notre société »[84] et qu'il « lui a interdit, jusqu’à nouvel ordre, toute prise de position publique sur des questions politiques ou historiques ». Il demande ensuite « pardon au Souverain Pontife, et à tous les hommes de bonne volonté, pour les conséquences dramatiques d’un tel acte » au nom de la Fraternité Saint-Pie X. L’ambassadeur d’Israël au Saint-Siège note cependant que Bernard Fellay ne condamne pas explicitement le négationnisme en soi, se contentant d’utiliser l’adjectif « bien faible » d’« inopportun »[41].

Dès le lendemain d'une déclaration papale condamnant le négationnisme le 28 janvier[41], Floriano Abrahamowicz, le prêtre de la Fraternité responsable pour le nord-est de l'Italie relance la polémique par des propos ambigus, expliquant que « les chambres à gaz ont existé au moins pour désinfecter », mais ne sachant dire « si elles ont causé des morts ou non » au prétexte qu'il n'« [a] pas approfondi la question »[85]. Il prétend aussi que ceux qui s'indignent publiquement des propos de R. Williamson ne le font que pour embêter le Vatican[86]. Ce dernier est expulsé le 6 février de la branche italienne de la FSSPX « pour des motifs disciplinaires graves » et afin d'« éviter que l'image de la Fraternité Saint Pie X ne subisse des distorsions supplémentaires[87] ».

De manière plus générale, Gilles Karmasyn relève que depuis le début des années 1990, les lettres pastorales de Williamson sont émaillées de propos racistes, sexiste et antisémites sans que la FSSPX ait jamais pris ses distances vis-à-vis de ces propos[88]

Annexes

Notes et références

  1. Unité des chrétiens, article faisant l'historique des relations entre le Vatican et la FSSPX sur le site www.catholique.org.
  2. Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre - 6 mai 1975
  3. Émile Poulat in Nelly Schumacher, « Intégrisme, un terme qui vient de loin », entretien avec Émile Poulat in croire.com, 15/11/2006, article en ligne
  4. Statuts de la FSSPX
  5. avis de la FSSPX quant à sa situation juridique
  6. a , b  et c Décret d'excommunication de Mgr Lefebvre, 1er juillet 1988 par le Préfet de la congrégation pour les Evêques sur le site Sacrosanctum-concilium
  7. Jurisprudence de 1997 cassant la décision du ministère de l'intérieur qui ne reconnaissait plus la dimension cultuelle de la FSSPX
  8. « De nouveaux prêtres intégristes : un défi au Vatican », Le Progrès, 28 juin 2009.
  9. Chiffres par la FSSPX, le nombre de fidèles était donné jusqu'à l'automne 2006
  10. Journal TV d'A2 le 30 juin 1988
  11. Communiqué des évêques de Paris au sujet de la prise de Saint-Nicolas du Chardonnet, le 26 février 1977
  12. Déclaration de Mgr Lefebvre aux journalistes le 21 octobre 1974
  13. Lettre de l'évêque de Fribourg à Mgr Lefebvre le 6 mai 1975 sur le site sacrosanctum-concilium
  14. Document donnant le pouvoir de juridiction à un évêque.
  15. Notification de la suspense par la congrégation des évêques le 22 juillet 1976
  16. Article de l'Osservatore Romano du 26 juillet 1976 sur le site sacrosanctum-concilium
  17. Entrevue au Figaro, 4 août 1976
  18. Journal télévisé d'A2, le 29 août 1976
  19. Lettre de Mgr Lefebvre aux futurs évêques, le 29 août 1987.
  20. Sermon de Mgr Lefebvre aux ordinations de 1982
  21. le texte de la lettre Quattuor abhinc annos
  22. Pétition au Saint-Père de 1985
  23. « C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est “moyen général de salut”, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. » Catéchisme de l'Église catholique, § 816.
  24. Protocole d'accord du 5 mai 1988 entre le Saint Siège et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X
  25. Lettre de Mgr Lefebvre au Cardinal Ratzinger - 6 mai 1988
  26. Monition canonique du 17 juin 1988
  27. Motu proprio Ecclesia Dei, le 2 juillet 1988, sur le site du Vatican
  28. « La grande illusion des ralliés », par l'abbé Aulagnier, éditorial de Fideliter n°96, Nov-dec 1993
  29. « Une évolution se dessine parmi les catholiques traditionalistes... », Le Figaro, 22 février 2001.
  30. « Traditionalisme catholique : un ralliement au Brésil et ses conséquences pour Ecône », de Jean-François Mayer, in Religioscope, 25 janvier 2002.
  31. Décret 118/2006, « érection de l'Institut du Bon Pasteur », le 8 septembre 2006, sur le site d’Item
  32. « 30 juillet 2006 : cérémonie d'abjuration », sur le site de La porte latine
  33. « Communiqué de Mgr Fellay » du 7 juillet 2007 sur le site de la porte latine
  34. « Lettre aux fidèles » du 20 juillet 2007 sur le site de la porte latine
  35. Le décret a été rendu public le 24 janvier.
  36. (it) Décret de la Congrégation pour les évêques sur la levée de l'excommunication sur le site du Vatican et (fr) Traduction non officielle en français sur le site de la Conférence des évêques de France.
  37. Traduction du décret par l'agence Zenit.
  38. Notion définie par le droit canon, art. 205
  39. a  et b http://www.zenit.org/rssfrench-19987
  40. Stéphanie Le Bars, « Le scepticisme des catholiques après la réintégration des évêques intégristes », in Le Monde, 26/01/2009, article en ligne
  41. a , b , c , d , e , f  et g Isabelle De Gaulmyn, « Benoît XVI s’explique sur la levée des excommunications », in La Croix, 28/01/2009, article en ligne
  42. La Croix du 25 janvier 2009
  43. Les Catholiques, page 309, Henri Tincq, éditions Bernard Grasset & Fasquelle, 2008.
  44. « Une nouvelle étape dans le dialogue doctrinal avec les lefebvristes », Famille chrétienne, 9 juillet 2009.
  45. Nicolas Senèze, « Le dialogue avec les intégristes confié à la Congrégation pour la doctrine de la foi », La Croix, 9 juillet 2009.
  46. « Interview exclusive de Mgr Tissier de Mallerais », La Vie, 3 juillet 2009.
  47. « Lettre (présumée) du cardinal Darío Castrillón-Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé, à Mgr Bernard Fellay de la Fraternité Saint Pie X », le 5 avril 2002
  48. « Réponse de la congrégation des évêques sur la situation juridique de la FSSPX », le 31 octobre 1996, publié en mai 1997 par le diocèse de Sion, sur le site sacrosanctum-concilium
  49. Éléments sur la validité des mariages
  50. (it) Interwiew du Cardinal Hoyos par Simone Ortolani sur le site Nihil obstat, le 16 mars 2007.
  51. Le courrier de Rome Année XXXVI n° 265 sur le site La porte latine
  52. « Le schisme introuvable », conférence de l'abbé Simoulin, le 17 mars 1997.
  53. voir « Ce siège est-il vacant », par l’abbé Dominique Boulet, FSSPX et Réflexions, Janvier 2006 - Mgr Williamson
  54. Depuis, l'abbé Barthe est revenu sur ces positions
  55. Depuis l'abbé Daniel Dolan, ordonné évêque en 1993, a participé à la création d'une « fraternité Saint-Pie-V », sédévacantiste.
  56. Abbé de Caqueray, supérieur du district de France de la FSSPX, « le devoir politique » sur le site La porte latine
  57. article de Mgr Tissier de Mallerais, « L'État catholique et la religion », sur le site La porte latine
  58. a  et b Invitation et affiche du pélerinage du 22 septembre 2007, accompagné d'une Adresse au Maréchal Pétain par Mgr Lefebvre (13 avril 1987 à l’Ile d’Yeu), sur le site de La Porte latine
  59. Photos du pélérinage, bénédiction de la tombe de Pétain par l’abbé de Cacqueray, 22/09/2007, sur le site du Prieuré de Saint-Louis
  60. Günther Nonnenmacher, « Ein Politikum », in Frankfurter Allgemeine Zeitung, 29/01/2009 article en ligne, cité par Marie Béloeil, Benoît XVI, un pape bien mal avisé, in Courrier international, 29/01/2009, article en ligne
  61. Manuel Abramovicz, « À l'extrême droite de Dieu », sur le site RésistanceS, 25/01/2009.
  62. Les événements relatés par l'organe de communication de la FSSPX.
  63. « pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l'usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. »
  64. Lettre de Mgr Bouilleret, 15 janvier 2008, sur le site Catholicae disputatio
  65. Un évêque négationniste va être réhabilité Le Nouvel Observateur le 23 janvier 2009
  66. Fac-similé de la lettre de Bernard Fellay, in The Remnant newspaper, 23/01/2009 ; voir aussi Le Nouvelliste du 26 janvier 2009, p. 6, ou La Croix qui présentent une version différente de la réaction de B. Fellay, datée du 24 janvier.
  67. http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=10239792
  68. http://dinoscopus.blogspot.com/2009/01/letter.html
  69. « L'évêque négationniste exprime ses “sincères regrets” au pape », agence AFP, 30/01/2009 dépêche en ligne
  70. Négationnisme: les excuses de Williamson “insuffisantes” pour le cardinal Barbarin, agence AFP, 31/01/2009dépêche en ligne
  71. « L’évêque négationniste a des “regrets” », in Le Parisien, 31/01/2009, article en ligne
  72. « Évêque négationniste : le Vatican à nouveau contraint de s'expliquer », 04/02/2009, article en ligne
  73. « Il s'agit de preuves historiques, pas d'émotions. Et si je trouve des preuves alors je rectifierai. Mais cela va prendre du temps », affirme-t-il dans une interview à l'hebdomadaire Der Spiegel le 9 février 2009 ; in « L'évêque négationniste Richard Williamson persiste et signe », Le Monde, 07/02/2009.
  74. Mgr Williamson relevé de son poste de directeur de séminaire sur http://www.dici.org/. Consulté le 9 février 2009
  75. « Holocaust-denier removed from Argentine seminary », Reuters, Feb. 8, 2009
  76. « Sommé de partir, l'évêque négationniste Williamson a quitté l'Argentine », in cyberpresse, 24/02/2009, article en ligne
  77. « Le Saint-Père et mon supérieur, Mgr Bernard Fellay, m'ont demandé de reconsidérer les remarques que j'ai faites à la télévision suédoise il y a quatre mois, en raison de leurs si lourdes conséquences », souligne Mgr Williamson dans un communiqué publié à son arrivée à Londres. Il ajoute aussi qu'« en examinant ces conséquences, je peux dire sincèrement que je regrette d'avoir fait ces remarques, et que si j'avais su à l'avance tout le mal et les blessures qu'elles allaient susciter, spécialement pour l'Église, mais aussi pour les survivants et les familles des victimes de l'injustice sous le Troisième Reich, je ne les aurais pas faites » ; « Mgr Williamson demande pardon à l'Église et aux victimes de l'Holocauste », in agence Zenit, 26/02/2009, article en ligne
  78. a  et b « L'étau se resserre autour de Mgr Williamson », in Le Figaro, 28/02/2009, en ligne
  79. « Négationnisme : les regrets de l'évêque Williamson ne convainquent pas », agence AFP, 28/02/2009, dépêche en ligne
  80. Réactions du président des évêques de France, du Vice-président de la Conférence des évêques de France et de l'Archevêque de Bordeaux
  81. The Remnant newspaper, 2009
  82. Cité par [1].
  83. « Evêque : les Juifs d'Allemagne suspendent le dialogue avec les catholiques », in Le Monde, 29/01/2007, article en ligne
  84. Sous entendu la Fraternité Saint-Pie X.
  85. « Réintégration des intégristes : un prêtre relance la polémique », in Le Figaro, 29/01/2009, article en ligne
  86. « Vatican attempts to calm Holocaust row hit by Floriano Abrahamowicz », in The Times, 29/01/2009, article en ligne
  87. Anita S. Bourdin, « La Fraternité Saint Pie X expulse Don Floriano Abrahamowicz », in agence Zenit, 08/02/2009, article en ligne
  88. Richard Williamson un fanatique sans limite, Gilles Karmasyn, PHDN

Bibliographie

  • Luc Perrin, l'affaire Lefebvre, cerf, 1989, 128p, (ISBN 2204031283)
  • Gérard Leclerc, Rome et les lefebvristes, Salvator, sept. 2009

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