Gwerz


Gwerz

Dans la musique bretonne, la gwerz (en breton, gwerz, au pluriel gwerzioù, signifie « ballade », « complainte ») est un chant racontant une histoire, depuis l'anecdote jusqu'à l'épopée historique ou mythologique. Les gwerzioù illustrent des histoires majoritairement tragiques ou tristes.

Sommaire

Caractéristiques

La [1] gwerz se caractérise par une mélodie parfois monotone, et de nombreux couplets, le tout en langue bretonne. L'interprétation fait la part belle à la voix, même si les gwerzioù récentes incluent quelques instruments discrets.

Exemples de gwerz anciennes

  • La "gwerz" intitulée "Les jeunes hommes de Plouyé"[2] conserve le souvenir de cette révolte des domaniers ( = paysans dans le cadre d'un contrat de domaine congéable des Monts d'Arrée au XVème siècle):
Écoutez tous, gens de Plouyé, écoutez bien ce qui va être publié
Que dans le jour et l'an soit faite l'estimation de ce qui appartient en propre à chacun de vous
Vos édifices et vos fumiers ; et qu'elle soit faite à vos frais ;
Et allez ailleurs, vous et les vôtres, avec votre argent neuf chercher un perchoir [...]
Adieu nos pères et nos mères ; nous ne viendrons plus désormais nous agenouiller sur vos tombes !
Nous allons errer, exilés par la force, loin des lieux où nous sommes nés,
Où nous avons été nourris sur votre cœur, où nous avons été portés entre vos bras.
Adieu nos saints et nos saintes ; nous ne viendrons plus vous rendre visite ;
Adieu patron de notre paroisse ; nous sommes sur le chemin de la misère[3].
  • Une autre gwerz, le Faucon, évoque aussi cette même révolte plus au sud dans le "Menez Du" ("Montagnes Noires")[4]. Elle évoque aussi toutefois Plouyé:
(...) Trente morts, mais trois mille entrèrent
Et mirent le feu dans Quimper.
Si bien que les bourgeois criaient:
Hélas, pitié, gars de Plouyé!
(...) Rentrez chez vos, gens de Plouyé
La Coutume sera gardée!
Les gars de Plouyé l'écoutèrent
Rentrons chez nous! Quittons Quimper!
Mais ce fut un choix malheureux:
Tous ne rentrèrent point chez eux.
  • Aymar de Bois de la Calande a rédigé en 1823 une étude érudite[5] sur une complainte de 30 couplets relatant le mariage malheureux survenu à Landeleau en 1565 de l'héritière du manoir de Keroulas avec François du Chastel, seigneur de Châteaugal. C'est la plus ancienne complainte en langue bretonne dont le texte a été conservé[6]. Elle a été traduite en français par Émile Souvestre dès 1834[7]. En résumé, la jeune héritière n'aimait pas le marquis de Mesle mais elle ne put fléchir sa mère dont la vanité se trouvait flattée d'une aussi riche alliance. La pauvre fille obéit mais, peu de temps après, elle mourut de chagrin de n'avoir pu être unie à celui auquel elle avait donné son cœur. Selon Édouard Vallin, cette gwerz était encore fréquemment chantée par les pâtres des Monts d'Arrée au milieu du XIXe siècle[8]. François-Marie Luzel en a recueilli une version à Duault (Côtes-du-Nord) [9]. La Villemarqué en a inclus une version dans le Barzaz Breiz.

Un exemple actuel : Denez Prigent

Un des plus célèbres auteurs et interprètes actuels de gwerzioù est Denez Prigent. Ses gwerz respectent la structure traditionnelle du genre, comme on peut le voir, par exemple, dans sa gwerz Copsa Mica. En effet, une gwerz aborde un événement catastrophique, mais ne le décrit jamais directement. Après une introduction, toujours présente, la parole est généralement donnée à un ou plusieurs personnages qui vivent l'histoire. Ils vont ainsi pouvoir raconter ce qui leur est arrivé, à eux, à leur famille, etc. Dans Copsa Mica, le début se place à l'extérieur de la ville et fait comprendre que la situation est grave : « À Copşa Mică le soleil s'est levé mais la nuit est restée ; les bois sont noirs, les collines sont noires, noirs les jardins et les maisons […] ». Pour le moment, on ne sait pas vraiment ce qui se passe. On voit ensuite arriver deux femmes qui marchent et qui se parlent. Leur dialogue développe le sujet proprement dit : on enterre quelqu'un, comme souvent à cet endroit. C'est l'occasion pour Katerina d'expliquer que tous ses enfants ont été obligés d'aller travailler à l'usine qui les a tous rendus malades ; certains sont déjà morts, les autres suivront.

Voir aussi

Notes et références

  1. François-Marie Luzel, dans son recueil bilingue Gwerziou Breiz-Izel, deux volumes, 1868 et 1874, met Gwzerz au masculin. Lire en ligne sur Wikisource.
  2. Texte intégral de la gwerz disponible http://chrsouchon.free.fr/plouyeof.htm
  3. Traduit du breton par Hersart De La Villemarqué, Chants populaires de la Bretagne. Barzaz Breiz, Paris, éd. de 1963, pp. 252-253
  4. Texte intégral de cette gwerz disponible http://chrsouchon.free.fr/falchunf.htm
  5. Aymar de Bois de la Calande, "L'héritière de Keroulas, romance bretonne du XVIe siècle", publiée en 1828 dans le "Lycée Armoricain" et retranscrite dans : Laurent, "Aymar Ier de Blois (1760-1852) et l'héritière de Keroulas"
  6. Guillorel, Eva. La complainte et la plainte : chansons de tradition orale et archives criminelles, 2008, consultable http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/35/46/96/PDF/theseGuillorel1.pdf
  7. Émile Souvestre, "L'héritière de Keroulas", Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1834
  8. Edouard Vallin, "Voyage en Bretagne: Finistère", précédé d'une "Notice sur la Bretagne au XIXe siècle", Comptoir de la Librairie de province (Paris), 1859, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105374d.image.hl.r=Landeleau.f233.langFR
  9. François-Marie Luzel, Gwerziou Breiz-Izel, Chants populaires de la Basse-Bretagne, volume 2, 1874. Lire en ligne sur Wikisource.

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