Jacques-Rene de Brisay


Jacques-Rene de Brisay

Jacques-René de Brisay

Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville (1637-1710), fit toute sa carrière dans les dragons de Louis XIV, devenant général en Flandre, après s'être illustré lors de la guerre contre la Hollande, puis gouverneur de la Nouvelle-France du 1er août 1685 au 12 août 1689, à une époque où le Roi lui a demandé de réduire le nombre des coureur de bois, en tentant de moraliser leurs moeurs. Il fit face à l'aggravation des conflits avec les iroquois qui se sont terminés quelques mois après son départ par le massacre de Lachine, près de Montréal.

Sommaire

Une carrière dans les dragons, en Hollande puis en Flandre

Jacques-René de Brisay devint très jeune capitaine, en 1663, et prit part l’année suivante, à la campagne que le duc de Beaufort mena en Afrique du Nord contre les pirates algériens. Trois ans plus tard, il servait dans les Pays-Bas et fit toute la guerre de Hollande (1672-1676). En janvier 1668, il reçut le grade de capitaine des dragons puis devint colonel en 1675, à l'âge de 38 ans.

Le Roi le nomma en 1681 inspecteur général des dragons pour les provinces de Flandre, Picardie, Artois et Hainaut puis en 1683 général de brigade. Ses faits d'armes lui permettent d'obtenir la succession de Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre au poste de gouverneur général de la Nouvelle-France en janvier 1685, avec un traitement de 24000 livres par an jugé modeste. Le roi lui acheta cependant son régiment pour 60 000 livres, qu'il offrit ensuite au comte de Murcé, parent de Françoise de Maintenon.

La mission de mettre fin à la "paix honteuse" avec les iroquois

Le roi l'a choisi "comme l'un de ses plus estimés officiers, un homme qui par sa vertu travaillera au bien de la Religion, par sa valeur et son expérience remettra les affaires que Mr. de la Barre a comme abandonnées dans la paix honteuse qu’il vient de faire avec les Iroquois, Et par sa sagesse evitera toute sorte de difficultez et embarras avec vous », révèle son ordre de mission. Cette mission est souvent rappelée dans ses ordres, en général catégoriques et écrits, source de connaissance sur le Québec des années 1680.

Le nouveau gouverneur mit à profit les cinq mois qui s’écoulèrent entre sa nomination et l’embarquement pour rassembler des renseignements sur la Nouvelle-France, puis ébaucha, pour les soumettre au Roi, les grandes lignes de sa conduite. Il voyagea avec le nouvel évêque de Québec, Mgr Jean-Baptiste de Saint-Vallier.

Les jeunes canadiens lui parurent débauchés, indisciplinés, sans respect pour l’autorité. Il préconisa d'en expédier en France dans des régiments permanents. À sa demande, le roi mit à sa disposition six commissions dans les troupes de la marine en service dans la colonie. Cette initiative fut une réussite. Denonville recommanda que la France n’envoie plus d’officiers français dans la colonie.

Un contrôle plus strict des coureurs de bois

Denonville savait que le Québec comptait environ 600 coureur de bois continuellement hors de la colonie du Québec. Il en conclut que les fermes étaient à l’abandon et les familles à la charge publique. Jugeant QUE ses prédécesseurs avaient accordé trop de congés aux coureur de bois, il décida de n'en accorder que 25 par an, chaque congé donnant à son détenteur le droit d’expédier un canot de marchandises de traite des fourrures dans l’Ouest. Denonville institua aussi l'obligation pour les coureur de bois de s’inscrire aux registres à Montréal ou à Trois-Rivières, à l’aller comme au retour, et d'obtenir des missionnaires, dans les postes de l’Ouest, un certificat attestant leur bonne conduite.

Plus généralement, le gouverneur fit des rapports à Versailles soulignant que l’établissement des postes de l’Ouest avait été une grave erreur qui se soldait par l’affaiblissement de la colonie. Pendant son mandat de gouverneur, nombre de coureurs de bois furent exécutés pour des raisons autres que celles qui sont liées aux querelles commerciales et aux pillages, leur mode de vie étant jugé contraire aux bonnes moeurs.

Le projet de racheter la colonie de New-York

Le gouverneur conseilla aussi à Louis XIV qu'il achète au roi d'Angleterre Jacques II la province de New-York, que ce dernier avait repris aux hollandais en 1666, afin de protéger la Nouvelle-France de la menace des Iroquois. Quelques semaines après son arrivée, Denonville était déjà convaincu que les Iroquois ne s’en tiendraient pas aux termes du traité conclu avec La Barre, son prédecesseur au poste de gouverneur.

Le 13 juin 1687, l’expédition qu'il lança contre les iroquois quitta Montréal, avec 832 hommes des troupes de la marine, plus de 900 hommes de milice et environ 400 Indiens alliés. L’avant-garde captura plusieurs Iroquois en embuscade le long du fleuve. Au fort Frontenac, l’intendant de Champigny, qui avait devancé le gros de l’expédition, s’empara d’un certain nombre de Goyogouins et d’Onneiouts afin de les empêcher de porter aux villages iroquois, situés au sud du lac, la nouvelle de l’approche de l’armée française.

Un autre groupe d’Iroquois, soi-disant neutres, qui habitaient un village près du fort, furent aussi capturés pour les mêmes raisons. En tout, 50 à 60 hommes et 150 femmes et enfants furent faits prisonniers. On les expédia à Montréal afin qu’ils servent d’otages au cas où des Français tomberaient aux mains des Iroquois.

Une cinquantaine d'iroquois envoyés en France

Laissant derrière lui, au nouveau fort construit près des chutes du Niagara, une garnison de 100 hommes sous le commandement du sieur de Troyes, Denonville intercède avec Versailles pour ce que cette garnison puisse être faite d'hommes mariés, à une époque où les liaisons entre indiennes et coureur de bois sont critiqués en France. Il insiste en même temps pour ne pas y mettre trop d'hommes afin d'éviter "la maladie de ce pays d'être trop dispersés".

Puis il ramena sans encombre son armée à Montréal le 13 août. Avant de se lancer en campagne, Denonville avait reçu ordre du ministre de la marine Jérôme de Pontchartrain de faire autant de prisonniers iroquois qu’il le pourrait et de les expédier en France pour les faire servir sur les galères du roi.

Il expédia en France 36 des 58 prisonniers iroquois, mais il donna clairement à entendre qu’il aurait mieux aimé n’en rien faire, pria qu’on les traite avec humanité et qu’on les renvoie au Canada. Seulement 13 revinrent, les autres ayant succombé à la maladie soit en France soit au cours de la traversée.

Renversement d'alliance et massacre de Lachine

Denonville délégua à Versailles, avec un projet pour conquérir New York, Hector de Callière, futur gouverneur de la Nouvelle-France et commandant en second. Selon ce projet, un corps expéditionnaire de 800 hommes devait partir du Canada pour aller raser Albany (ex-Fort Orange) pendant qu’une escadre de six frégates portant 1200 hommes, venue directement de France, s'installerait à Manhattan qui deviendrait une base d’où les envahisseurs iraient ravager la côte de la Nouvelle-Angleterre jusqu’à Boston.

En apprenant de la bouche des Anglais d’Albany que l’Angleterre et la France étaient en guerre, les Iroquois abandonnèrent toute idée de paix. Auparavant, le gouverneur de New York avait tenté de les empêcher d’attaquer les établissements canadiens, suivant en cela les ordres reçus de Londres, et avait plutôt encouragé les attaques dans l’Ouest. Les Iroquois pouvaient maintenant déclencher une attaque contre le Canada.

Denonville n’était pas encore au courant du renversement d'alliance en Europe après la Glorieuse révolution anglaise, avec le renversement de Jacques II, l'allié de Louis XIV. Pendant qu'il attendait impatiemment les délégués iroquois pour la ratification du traité de paix, ceux-ci levaient des troupes. À l’aube du 5 août, environ 1500 guerriers s’abattirent inopinément sur le village de Lachine, situé à quelques milles de Montréal, près des rapides du même nom. Vingt-quatre colons furent tués, et 70 à 90 furent faits prisonniers, dont 42 ne revinrent jamais. Sur 77 maisons, 56 furent rasées par les iroquois et leurs alliés indiens de la Confédération des Cinq nations.

La nomination, ou plutôt le grand retour de Louis de Buade de Frontenac, jugé pus modéré dans la colonie, à la succession de Denonville remonte au mois d’avril 1689, soit quatre mois avant ce massacre de Lachine. Louis XIV dans une dépêche en date du 1er mai 1689, exprime son entière satisfaction des mesures prises par Denonville. Le 31 mai, il signa le document qui donnait à Denonville l’ordre de rentrer en France: «pour vous donner de l’employ dans mes armées où je suis persuadé que vous me servirez avec la mesme application, le mesme zèle et le mesme succez que vous avez fait par le passé ».

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

  • L'épée et la plume, par Arnaud Balvay
  • Indiens et Français dans le Pays d'en Haut, 1660-1715, Gilles Havard.
  • The Great Peace of Montreal of 1701, par Gilles Havard, Phyllis Aronoff, Howard Scott.

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1685 - 1689
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