Jacques Anatole François Thibault


Jacques Anatole François Thibault

Anatole France

Anatole France
Anatole FranceA.jpg
Activité(s) Écrivain
Naissance 16 avril 1844
Paris
Décès 12 octobre 1924
Saint-Cyr-sur-Loire, Indre-et-Loire
Langue d'écriture français
Genre(s) Roman
Distinctions Prix Nobel de littérature
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Anatole France, de son nom exact François-Anatole Thibault[1], est un écrivain français, né le 16 avril 1844 à Paris, quai Malaquais, mort le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire). Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de la Troisième République dont il fut également l’un des plus importants critiques littéraires.

Il devint l’une des consciences les plus significatives de son temps, s’engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du XXe siècle[2].

Il reçut le Prix Nobel de littérature en 1921.

Sommaire

Biographie

Anatole France en 1919 par le sculpteur Antoine Bourdelle au musée d'Orsay de Paris.

Issu d’une modeste famille paysanne d'Anjou[3], son père, François-Noël Thibault, dit Noël-France[4], d’abord sous-officier légitimiste, démissionna au lendemain de la Révolution de 1830. Il tint sur le quai Malaquais, à Paris, une librairie (d’abord librairie France-Thibault, puis France) spécialisée dans les ouvrages et documents sur la Révolution française, fréquentée par de nombreux écrivains et érudits, comme les frères Goncourt. Le nom d’Anatole France lui vient ainsi de son père. C’est un diminutif de François[1]. Élevé dans la bibliothèque paternelle, Anatole en garda le goût des livres et de l’érudition, ainsi qu’une connaissance intime de la période révolutionnaire, arrière-plan de plusieurs de ses romans et nouvelles, dont Les dieux ont soif qui est considéré comme son chef d’œuvre.

De 1853 à 1862, Anatole France fait ses études à l’institution Sainte-Marie et au collège Stanislas. Bien qu’il soit un élève peu doué et souffrant d’être pauvre dans un milieu riche, il est remarqué pour ses compositions, dont La Légende de sainte Radegonde qui sera éditée par la librairie France et publiée en revue. Il obtient son baccalauréat en 1864[5].

À partir du début des années 1860, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père, qui juge très négativement les « barbouillages » de son fils. Sa carrière littéraire commence par la poésie ; amoureux de l’actrice Élise Devoyod, il lui dédie quelques poèmes, mais elle le repoussera en 1866. Il est disciple de Leconte de Lisle, avec qui il travaillera quelque temps comme bibliothécaire au Sénat. En janvier 1867, il écrivit une apologie de la liberté cachée sous un éloge du Lyon Amoureux de Ponsard. Il fait partie du groupe du Parnasse à partir de 1867. En 1875, il intégra le comité chargé de préparer le troisième recueil du Parnasse contemporain.

Anatole France par Théophile Alexandre Steinlen

En 1876, il publie Les Noces corinthiennes chez Lemerre, éditeur pour lequel il rédige de nombreuses préfaces à des classiques (Molière par exemple) ainsi que pour Charavay ; certaines de ces préfaces seront réunies dans Le Génie Latin. La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat, poste qu'il conserve jusqu'à sa démission, le 1er février 1890.

Anatole France se marie en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville (voir famille Mesnil) dont il aura une fille, Suzanne, née en 1881 et qui mourra en 1918. Les relations de France avec les femmes furent toujours difficiles. Ainsi avait-il, dans les années 1860, nourri un amour vain pour Elisa Rauline puis pour Elise Devoyod. En 1888, il engage une liaison avec Madame Arman de Caillavet, qui tient un célèbre salon littéraire de la Troisième République ; cette liaison durera jusqu’à la mort de celle-ci en 1910, peu après une tentative de suicide suite à une autre liaison de France avec une actrice lors d’un voyage en Amérique du Sud. Madame Arman de Caillavet lui inspire Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). Après une ultime dispute avec sa femme, qui ne supporte pas cette liaison, France quitte le domicile conjugal un matin de juin 1892 et enverra une lettre de séparation à sa femme[6]. Le divorce sera prononcé à ses torts et à ses dépens le 2 août 1893. Par la suite, France aura de nombreuses liaisons, comme celle avec Mme Gagey qui se suicidera en 1911.

Portrait par Steinlein.

France s’est orienté tardivement vers le roman et connaît son premier succès public à 37 ans, en 1881, avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné par l’Académie française. Cette œuvre est remarquée pour son style optimiste et parfois féerique qui tranche avec le naturalisme qui règne alors.

Il devint en 1887 critique littéraire du prestigieux Temps[7].

Anatole France est élu, dès le premier tour, avec 21 voix sur 34 présents, à l’Académie française le 23 janvier 1896, au Fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le 24 décembre 1896.

Devenu un écrivain reconnu, influent et riche, Anatole France s’engage en faveur de nombreuses causes. Il tient plusieurs discours dénonçant le génocide arménien[8] et soutient Archag Tchobanian, rejoint Émile Zola, avec qui il s’est réconcilié, lors de l'affaire Dreyfus ; au lendemain de la publication de J'accuse, en 1898, il signe, quasiment seul à l’Académie française, la pétition dite « des intellectuels » demandant la révision du procès. Il rend sa Légion d'honneur après qu’on l’a retirée à Zola et refuse longtemps de siéger sous la Coupole. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire Contemporaine (1897 - 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d’une préfecture de province au temps de l’Affaire. C’est dans cette œuvre qu’il forge le terme xénophobe[9].

Signature d'Anatole France

France s’engage pour la séparation de l’Église et de l’État, pour les droits syndicaux, contre les bagnes militaires. Au début de la Première Guerre mondiale, il écrit des textes guerriers et patriotes, qu’il regrettera par la suite[10], mais milite en faveur d’une paix d’amitié entre Français et Allemands, ce qui suscitera l’indignation et l’hostilité, et lui vaudra des lettres d’insultes et des menaces de mort. Il prend position en 1919 contre le Traité de Versailles, signant la protestation du groupe Clarté intitulée « Contre une paix injuste », et publiée dans l’Humanité, 22 juillet 1919[11].

Anatole France par Auguste Leroux en 1906.

Ami de Jaurès et de Pressensé, il collabore dès sa création à l'Humanité, en publiant Sur la pierre blanche dans les premiers numéros. Proche de la SFIO, il est plus tard critique envers le PCF. S’il écrit un Salut aux Soviets, dans L'Humanité de novembre 1922, il proteste contre les premiers procès faits aux socialistes révolutionnaires en envoyant un télégramme dès le 17 mars. À partir de décembre 1922, il est exclu de toute collaboration aux journaux communistes. Anatole France, tout en adhérant aux idées socialistes, s’est ainsi tenu à l’écart des partis politiques, ce dont témoignent ses romans pessimistes sur la nature humaine, tels que L’Île des pingouins et surtout Les dieux ont soif (publié en 1912) qui, à cause de sa critique du climat de Terreur des idéaux utopistes, fut mal reçu par la gauche.

Il se marie en 1920 avec Emma Laprévotte. Il est lauréat en 1921 du prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, et le reçoit à Stockholm le 10 décembre.

En 1922, l’ensemble de ses œuvres (opera omnia) fait l’objet d’une condamnation papale (décret de la Congrégation du Saint-Office du 31 mai 1922)[12].

Pour son 80e anniversaire, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, il assiste à une manifestation publique donnée en son honneur le 24 mai 1924 au palais du Trocadéro. Il meurt le soir du dimanche 12 octobre à La Béchellerie, commune de Saint-Cyr-sur-Loire, à 23 h 26. À l'annonce de sa mort, le Président de la Chambre des députés Paul Painlevé déclare : « Le niveau de l'intelligence humaine a baissé cette nuit-là. »

Son corps est embaumé le 14 octobre, puis transféré à Paris et exposé Villa Saïd. Parmi les visiteurs, le président de la République, Gaston Doumergue vient lui rendre hommage dans la matinée du 17, suivi par le président du Conseil, Édouard Herriot. En contradiction avec ses dispositions testamentaires[13], des obsèques nationales ont lieu à Paris le 18 octobre, après quoi il est inhumé à Neuilly-sur-Seine, auprès de ses parents.

Le 19 novembre 1925, l'Académie française élit, après quatre tours de scrutin, Paul Valéry au siège d'Anatole France. Reçu dix-neuf mois après, il ne prononce pas une fois le nom de son prédécesseur, dans l'éloge qu'il doit prononcer, et le qualifie de lecteur infini, et donc lecteur se perdant dans ses lectures.

Son œuvre

Thèmes et style

Anatole France (illustration dans La Plume, 1891)

Les principaux thèmes de son œuvre en prose émergent du recueil Balthasar et du roman plusieurs fois remanié Le Crime de Sylvestre Bonnard. Marie-Claire Blanquart signale entre autres[14] le personnage de l’érudit sensible, ridicule ou aimable, qui a sa vie derrière lui, la bibliothèque (qui possède une présence charnelle), l’action et la justice. Ces thèmes sont particulièrement exposés dans des discours ou des conversations par des personnages tels que Sylvestre Bonnard, Jérôme Coignard et M. Bergeret. Le style de France, souvent qualifié de classique[15], se caractérise par une ironie amusée, parfois douce et aimable, parfois noire et cruelle, qui exprime son scepticisme foncier à l’égard de la nature humaine, de ses aspirations et de la connaissance, en particulier l’histoire.

L’œuvre d’Anatole France tranche tant avec les courants littéraires de son temps (naturalisme) qu’avec la politique française en matière d’éducation après la guerre franco-allemande de 1870[16]. Contre l’éducation exclusivement scientifique prônée par Jean Macé ou Louis Figuier, il valorise la force réelle de l’imagination :

« Fermez-moi ce livre, mademoiselle Jeanne, laissez là, s’il vous plaît, « l’Oiseau bleu, couleur du temps » que vous trouvez si aimable et qui vous fait pleurer, et étudiez vite l’éthérisation. Il serait beau qu’à sept ans vous n’eussiez pas encore une opinion faite sur la puissance anesthésique du protoxyde d’azote ! » M. Louis Figuier a découvert que les fées sont des êtres imaginaires. C’est pourquoi il ne peut souffrir qu’on parle d’elles aux enfants. Il leur parle du guano, qui n’a rien d’imaginaire. — Eh bien, docteur, les fées existent précisément parce qu’elles sont imaginaires. Elles existent dans les imaginations naïves et fraîches, naturellement ouvertes à la poésie toujours jeune des traditions populaires[17].

Il refuse le réalisme de Zola, qu’il juge brutal, et, à l’esprit scientifique en littérature, il oppose des écrivains comme Dickens et Sand, car, pour lui :

« L’artiste qui ne voit les choses qu’en laid n’a pas su les voir dans leurs rapports, avec leurs harmonies [...]. »[18]

Ces œuvres comportent donc de nombreux éléments féériques et souvent proches du fantastique[19].

C’est dans le même esprit qu’il aborde l’histoire, se défiant des prétentions scientistes, non pour réduire cette discipline à une fable, mais pour souligner les incertitudes qui lui sont inhérentes. L’histoire est un thème qui revient souvent dans ses œuvres. Le style qu’il utilise pour en parler est caractéristique de l’ironie et de l’humour franciens :

« Si je confesse aujourd’hui mon erreur, si j’avoue l’enthousiasme inconcevable que m’inspira une conception tout à fait démesurée, je le fais dans l’intérêt des jeunes gens, qui apprendront, sur mon exemple, à vaincre l’imagination. Elle est notre plus cruelle ennemie. Tout savant qui n’a pas réussi à l’étouffer en lui est à jamais perdu pour l’érudition. Je frémis encore à la pensée des abîmes dans lesquels mon esprit aventureux allait me précipiter. J’étais à deux doigts de ce qu’on appelle l’histoire. Quelle chute ! J’allais tomber dans l’art. Car l’histoire n’est qu’un art, ou tout au plus une fausse science. Qui ne sait aujourd’hui que les historiens ont précédé les archéologues, comme les astrologues ont précédé les astronomes, comme les alchimistes ont précédé les chimistes, comme les singes ont précédé les hommes ? Dieu merci ! j’en fus quitte pour la peur. »[20]

France utilise plusieurs types d’ironie : il peut s’agir de faire parler naïvement des personnages en sorte que le lecteur en saisisse le ridicule ou bien d' exprimer avec loquacité l’antithèse de ce que l’auteur pense, en faisant sentir l’ineptie des propos tenus. Le premier genre d’humour est le plus léger et imprègne tout particulièrement L’Île des Pingouins, qualifiée de « chronique bouffonne de la France » par Marie-Claire Blanquart[21]. La seconde sorte d’humour se manifeste surtout par une ironie noire qu’illustre par exemple le conte Crainquebille, histoire d’une injustice sociale ; Anatole France fait ainsi dire à un personnage qui analyse le verdict inique prononcé par un juge :

« Ce dont il faut louer le président Bourriche, lui dit-il, c’est d’avoir su se défendre des vaines curiosités de l’esprit et se garder de cet orgueil intellectuel qui veut tout connaître. En opposant l’une à l’autre les dépositions contradictoires de l’agent Matra et du docteur David Matthieu, le juge serait entré dans une voie où l’on ne rencontre que le doute et l’incertitude. La méthode qui consiste à examiner les faits selon les règles de la critique est inconciliable avec la bonne administration de la justice. Si le magistrat avait l’imprudence de suivre cette méthode, ses jugements dépendraient de sa sagacité personnelle, qui le plus souvent est petite, et de l’infirmité humaine, qui est constante. Quelle en serait l’autorité ? On ne peut nier que la méthode historique est tout à fait impropre à lui procurer les certitudes dont il a besoin. »[22]

Analyse de ses œuvres majeures

Le Crime de Sylvestre Bonnard

Article détaillé : Le Crime de Sylvestre Bonnard.

Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut, est un historien et un philologue, doté d’une érudition non dénuée d’ironie :

« Savoir n’est rien - dit-il un jour - imaginer est tout. »

Il vit au milieu des livres, la cité des livres, mais se lance à la recherche, en Sicile et à Paris, du précieux manuscrit de la Légende dorée qu’il finit un jour par obtenir. Le hasard lui fait rencontrer la petite fille d’une femme qu’il a jadis aimée et, pour protéger l’enfant d’un tuteur abusif, il l’enlève. La jeune fille épousera par la suite un élève de M. Bonnard. Ce roman, qui fut jugé spirituel, généreux et tendre, fit connaître Anatole France.

Balthasar

Article détaillé : Balthasar.

Balthasar[23] est le premier recueil de nouvelles publié par Anatole France.

Thaïs

Article détaillé : Thaïs (roman).

Ce roman[24] est considéré comme une étape importante dans l’art d’Anatole France.

Les Opinions de Jérôme Coignard

Le Lys rouge

Article détaillé : Le Lys rouge.

L’Histoire contemporaine

Article détaillé : L’Histoire contemporaine.

A partir de 1895, France commença à écrire des chroniques pour L'Écho de Paris, sous le titre de Nouvelles ecclésiastiques. Ces textes formeront le début de L’Histoire contemporaine.

Autour d’un enseignant à l’université de Tourcoing, une tétralogie satirique de la société française sous la Troisième république, du boulangisme au début du XXe siècle.

L’Île des Pingouins

Article détaillé : L’Île des Pingouins.

Il s’agit d’une histoire parodique de la France constituée de nombreuses allusions à l’histoire contemporaine[25].

Maël, un saint homme, aborde une île des mers hyperboréennes où l’a poussé une tempête. Trompé par sa mauvaise vue, Maël baptise des pingouins qu’il a pris pour des hommes. Dieu, après avoir consulté les docteurs de l’Église pour résoudre le problème théologique de savoir si les Pingouins baptisés sont de ce fait des créatures de Dieu, décide de transformer les pingouins en hommes. France décrit alors leur histoire, les origines, les temps anciens, le Moyen Age, la Renaissance, les temps modernes et les temps futurs. Reflet de l’histoire de la France, l’histoire des Pingouins n’est qu’une « suite de misères, de crimes et de folies. Cela est vrai de la nation pingouine comme de toutes les nations. » L’affaire des quatre-vingt mille bottes de foin est ainsi une parodie de l’affaire Dreyfus. L’Histoire future décrit le monde contemporain et sa fuite en avant, un monde « où le goût s’était perdu des jolies formes et des toilettes brillantes », où règne « une laideur immense et régulière »… La condition humaine alterne alors entre constructions démesurées, destructions et régressions : « On ne trouvait jamais les maisons assez hautes... Quinze millions d’hommes travaillaient dans la ville géante... » C’est l’histoire sans fin, cycle infernal qui, pour France, rend improbable l’idée d’une société future meilleure.

Les dieux ont soif

Article détaillé : Les dieux ont soif.

Les dieux ont soif[26] est un roman paru en 1912, décrivant les années de la Terreur à Paris, France, entre l’an I et l'an II (1793 et 1794). Sur fond d’époque révolutionnaire, Anatole France, qui pensait d’abord écrire un livre sur l’inquisition, développe ses opinions sur la cruauté de la nature humaine et sur la dégénérescence des idéaux de lendemains meilleurs.

Le personnage principal, Evariste Gamelin, un révolutionnaire fanatique, et les autres personnages sont tous entraînés par la mécanique tragique d’un pouvoir absolu altéré de sang, et France les peint avec leurs soucis et leurs plaisirs quotidiens, avec parfois un sens du détail sordide qui révèle la perversité des instincts humains. Les acteurs et responsables de la Terreur, dirigeant le pays avec des idées abstraites, veulent faire le bonheur des hommes malgré eux. Evariste Gamelin, peintre raté, devient un juré du Tribunal révolutionnaire, condamnant à mort avec indifférence. Il sera victime lui aussi de cette logique terroriste. À côté de ce jeu du pouvoir et de la mort, la vie et la nature poursuivent leur cycle, incarné par la maîtresse de Gamelin, Élodie.

« C’est un grand analyste d’illusions. Il en pénètre et en sonde les plus secrets replis comme s’il s’agissait de réalités faites de substances éternelles. Et c’est en quoi consiste son humanité : elle est l’expression de sa profonde et inaltérable compassion. » Joseph Conrad

La Révolte des anges

Article détaillé : La Révolte des anges.

"La révolte des anges" adopte un mode fantastique pour aborder un certain nombre de thèmes chers à Anatole France : la critique de l'Eglise Catholique, de l'armée et de la complicité de ces deux institutions. L'ironie est souvent mordante et toujours efficace. L'histoire est simple : des anges rebellés contre Dieu descendent sur terre, à Paris précisément, pour préparer un coup d'état (si l'on peut dire) qui rétablira sur le trône du ciel celui que l'on nomme parfois le diable, mais qui est l'ange de lumière, le symbole de la connaissance libératrice... Les tribulations des anges dans le Paris de la 3° République sont l'occasion d'une critique sociale féroce. Finalement, Lucifer renoncera à détrôner Dieu, car ainsi Lucifer deviendrait Dieu, et perdrait son influence sur la pensée libérée.

Les Personnages

Sylvestre Bonnard

Jérôme Coignard

Monsieur Bergeret

Influence et postérité

Anatole France au travail
Anatole France, mai 1923

Anatole France fut considéré comme une autorité morale et littéraire de premier ordre. Il fut reconnu et apprécié par des écrivains et des personnalités comme Marcel Proust (on pense qu'il fut l'un des modèles ayant inspiré Proust pour créer le personnage de l'écrivain Bergotte dans À la recherche du temps perdu), Marcel Schwob et Léon Blum. On le retrouve également dans Sous le soleil de Satan, croqué par Georges Bernanos dans le personnage de l'académicien Antoine Saint-Marin. Il était lu et exerçait une influence sur les écrivains qui refusaient le naturalisme, comme l’écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki. Ses œuvres furent publiées aux éditions Calmann-Lévy de 1925 à 1935. Anatole France fut également, de son vivant et quelque temps après sa mort, l'objet de nombreuses études.

Mais, après sa mort, il fut la cible d'un pamphlet des surréalistes, Un cadavre qui ne ménage personne, auquel participèrent Drieu La Rochelle et Aragon, auteur d'un texte intitulé : « Avez vous déjà giflé un mort ? » dans lequel il écrivait : « Je tiens tout admirateur d'Anatole France pour un être dégradé. » Pour lui, Anatole France était un « exécrable histrion de l’esprit », représentant de « l’ignominie française ». André Gide le jugea un écrivain « sans inquiétude » qu'« on épuise du premier coup ». La réputation de France devint ainsi celle d’un écrivain officiel au style classique et superficiel, auteur raisonnable et conciliant, complaisant et satisfait, voire niais, toutes qualités médiocres qu’incarnerait principalement M. Bergeret[27]. Mais nombre de spécialistes de l’œuvre de France considèrent que ces jugements sont excessifs et injustes, ou qu’ils sont même le fruit de l’ignorance, car ils en négligent les éléments magiques, déraisonnables, bouffons, noirs ou païens[27]. Pour eux, l’œuvre de France a souffert et souffre encore d’une image fallacieuse.

Reflétant cet oubli relatif et cette méconnaissance, les études franciennes sont aujourd’hui rares et ses œuvres, hormis parfois les plus connues, sont peu éditées.

Oeuvres

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Voir sur Wikisource : Anatole France.

Éditions
  • Œuvres Complètes, Calmann-Lévy, 1925 - 1935
  • Anatole France, Œuvres, Édition de Marie-Claire Bancquart, La Pléiade, 1984 - 1994. ISBN 2-07-011063-X, ISBN 2-07-011125-3, ISBN 2-07-011211-X, ISBN 2-07-011361-2
Poésies
Romans et nouvelles
Souvenirs
Théâtre
  • Au petit bonheur, un acte (1898)
  • Crainquebille, pièce (1903)
  • La Comédie de celui qui épousa une femme muette, deux actes (1908)
  • Le Mannequin d'osier, comédie (1928)
Histoire
  • Vie de Jeanne d'Arc (1908)
Critique littéraire
  • Alfred de Vigny, étude (1869)
  • Le Château de Vaux-le-Vicomte (1888)
  • Le Génie latin (1913), recueil de préfaces
Critique sociale
  • Opinions sociales (1902)
  • Le Parti noir (1904)
  • Vers les temps meilleurs (1906), recueil de discours et lettres
  • Sur la voie glorieuse (1915)
  • Trente ans de vie sociale; tome I, 1897-1904 (1949), et tome II, 1905-1908 (1953), commentés par Claude Aveline; tome III, 1909-1914 (1964) et tome IV, 1915-1924 (1973), commentés par Claude Aveline et Henriette Psichari; seconde édition (1971)

Adaptations

Théâtre

  • Crainquebille

Musique

Filmographie

Anatole France sur l'IMDb[28]

Des adaptions des œuvres d'Anatole France furent réalisées de son vivant. Il apparaît dans un documentaire de Sacha Guitry en 1915, Ceux de chez nous.

Citations

Monument aux morts de Mazaugues avec la phrase de Marx citée par Anatole France
  • « Un dictionnaire, c'est tout l'univers par ordre alphabétique. »
  • « Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans le ciel agité de l'automne, les premiers dîners à la lampe et les feuilles qui jaunissent dans les arbres qui frissonnent. Je vais vous dire ce que je vois quand je traverse le Luxembourg dans les premiers jours d'octobre alors qu'il est plus triste et plus beau que jamais car c'est le temps où les feuilles tombent une à une sur les blanches épaules des statues. Ce que je vois dans ce jardin c'est un petit bonhomme qui, les mains dans les poches et sa gibecière au dos, s'en va au collège en sautillant comme un moineau... » (Le Livre de mon ami)
  • « Le lecteur n'aime pas à être surpris. Il ne cherche jamais dans l'histoire que les sottises qu'il sait déjà. Si vous essayez de l'instruire, vous ne ferez que l'humilier et le fâcher. Ne tentez pas l'éclairer, il criera que vous insultez à ses croyances (... ) Un historien original est l'objet de la défiance, du mépris et du dégoût universel. » (L'Île des pingouins, Préface).
  • « De tous les vices qui peuvent perdre un homme d'État, la vertu est le plus funeste : elle pousse au crime. » (La Révolte des Anges)
  • « La guerre et le romantisme : fléaux effroyables ! » (La Révolte des Anges)
  • « Je ne connais ni juifs ni chrétiens. Je ne connais que des hommes, et je ne fais de distinction entre eux que de ceux qui sont justes et de ceux qui sont injustes. Qu'ils soient juifs ou chrétiens, il est difficile aux riches d'être équitables. Mais quand les lois seront justes, les hommes seront justes. » (Monsieur Bergeret à Paris)
  • « L'union des travailleurs fera la paix dans le monde », cette citation, faussement attribuée à France (c'est une traduction de Marx), se trouve notamment sur le Monument aux morts pacifiste de Mazaugues dans le Var.
  • « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »
  • « Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être. » (Le Jardin d'Épicure, 1894)
  • « Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l'Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C'est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l'art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque » (La Vie en Fleur, 1922, réédition Œuvres, tome IV, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1994, p. 1118)

Notes et références

  1. a  et b François-Anatole Thibault est le nom précis indiqué sur son acte de baptême (voir Georges Girard, La Jeunesse d’Anatole France, p. 19, Gallimard, Paris, 1925). Anatole France n’est pas un pseudonyme, mais le nom d’usage qui lui fut donné dès le plus jeune âge et qu’il utilisa lui-même : son prénom Anatole est associé au diminutif de François, France, que portait aussi son père. Anatole France est formel sur ce point :
    « Sachez donc que je n’ai pas choisi un pseudonyme. Je n’ai pas proprement de pseudonyme. Le nom de France est un sobriquet plus ancien que moi [...] » Lettre de France à Ludovic Naudeau, citée par Georges Girard, Ibid., p. 34.
  2. « Romancier de son siècle, mué malgré lui en augure statufié, et ses demeures en lieux de pèlerinage : autour de 1914, France le bien-nommé s’égale à la littérature. » Olivier Barrot, Anatole France ou l’esprit de son temps, in Anatole France au tournant du siècle, Omnibus, 2000.
  3. Ascendants de Jacques-Anatole THIBAULT ALIAS FRANCE - GeneaStar
  4. Né le 4 nivôse an XIV (25 décembre 1805) à Luigné, près du bourg de Saulgé-l'Hôpital, François-Noël Thibault quitte son village à vingt ans. Il se marie le 29 février 1840 avec Antoinette Gallas à la mairie du 4e arrondissement de Paris. La même année, il devient propriétaire d'une librairie sise 6, rue de l'Oratoire du Louvre. Il s'installe au 9, quai Voltaire en 1853.
  5. Le 5 novembre 1864 : Édouard Leduc, Anatole France avant l'oubli, Publibook, 2006, p. 28
  6. Voir Édouard Leduc, Anatole France avant l'oubli, p. 117, où la lettre est intégralement reproduite.
  7. Articles publiés chaque samedi, repris dans La Vie littéraire à partir de 1888.
  8. Discours prononcé à la Sorbonne, lors du meeting « Hommage à l’Arménie ».
  9. Monsieur Bergeret à Paris, § 8.
  10. cf. Sur la voie glorieuse.
  11. Lire le fichier DjVu : L’Humanité - 22 juillet 1919.
  12. cf. Index librorum prohibitorum.
  13. Dans son dernier testament, daté du 17 mars 1923, Anatole France entre Emma et son petit-fils Lucien Psichari, la première héritant de la Villa Saïd, le second de La Béchellerie. Voir Édouard Leduc, Anatole France avant l'oubli, p. 300, note 21.
  14. Voir l’analyse de Marie-Claire Blanquart, in Préface au Crime de Sylvestre Bonnard, Folio.
  15. Anatole France revendiquait pour lui-même une influence de la culture grecque :
    « J’étais disposé, en ce temps-là, à prendre pour miennes les idées d’autrui. Je me suis corrigé depuis, et je sais maintenant combien je dois à mes semblables, aux anciens comme aux modernes, à mes concitoyens ainsi qu’aux peuples étrangers, et notamment aux Grecs à qui je dois tout, à qui je voudrais devoir davantage, car ce que nous savons de raisonnable sur l’univers et l’homme nous vient d’eux. » La Vie en fleur - Chapitre I
  16. Ibid.
  17. La Bibliothèque de Suzanne, in Le Livre de mon ami.
  18. Article du Temps, 18 avril 1876.
  19. M. Pigeonneau raconte l’histoire d’un érudit hypnotisé par l’intermédiaire d’un chat.
  20. M. Pigeonneau, p. 40 - 41.
  21. Ibid.
  22. Crainquebille, IV. « Apologie pour M. le président Bourriche. »
  23. Le recueil est disponible intégralement sur Wikisource : Balthasar.
  24. Texte disponible sur Wikisource : Thaïs.
  25. Texte disponible sur Wikisource : L’Île des Pingouins.
  26. Texte disponible sur Wikisource : Les dieux ont soif.
  27. a  et b Selon Claude Aziza, Anatole France inconnu.
  28. Voir aussi : DvdToile.

Annexes

Bibliographie

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  • Annette Antoniu, Anatole France, critique littéraire, Université de Nancy, 1929, 288 p.
  • Claude Aveline :
    • Anatole France 1844-1924, Traits, 1948, 118 p.
    • Le Livre d'or du centenaire de Anatole France : 1844-1944, Paris, Calmann-Lévy, 1949, 304 p.
  • Marie-Claire Bancquart :
    • Anatole France, polémiste, Paris, A.CG Nizet, 1962, 688 p.
    • Anatole France, un sceptique passionné, Paris, Calmann-Lévy, 1984, 438 p. (ISBN 2702113249)
    • Anatole France (en collaboration avec Bernard Leconte), Paris, Julliard, 1994, 270 p. (ISBN 2260001408)
    • Anatole France: humanisme et actualité. Actes du colloque pour le cent cinquantième anniversaire de la mort d'Anatole France, Bibliothèque historique de la ville de Paris, samedi 5 mars 1994 (avec Jean Dérens, Jean Louis Curtis, Michel Autrand), Bibliothèque historique de la ville de Paris, 1994, 134 p. (ISBN 2906869503)
  • Albert Bédé et Jean Le Bail, Anatole France vu par la critique d'aujourd'hui, 1925
  • Félix Boilot, L'Humour d'Anatole France, Paris, PUF, 1933
  • Charles Maurice Braibant, Du boulangisme au Panama : le secret d'Anatole France, Denoël et Steele, 1935, 343 p.
  • Georg Morris C. Brandes, Gyula Halász, Stevan Josifović, Anatole France, Kultura Könyvkiadó és Nyomda R. T., 1908
  • Jean-Jacques Brousson, Anatole France en pantoufles, Crès et Cie, 1924, 378 p.
  • Pierre Calmettes, La grande passion d'Anatole France, Seheur, 1929, 259 p.
  • Léon Carias :
    • Anatole France, Paris, Rieder, 1931, 96 p.
    • Les Carnets intimes d'Anatole France (en collaboration avec Claude Aveline), Émile-Paul frères, 1946, 175 p.
  • Raphaël Cor, M. Anatole France et la pensée contemporaine : étude décorée de douze compositions dont huit portraits du maître écrivain dessinées, Paris, E. Pelletan, 1909, 96 p.
  • Michel Corday, Anatole France d'après ses Confidences et ses Souvenirs, 1927
  • Gabriel des Hons :
    • Anatole France et Racine: un peu du secret de l'art de France (en collaboration avec Charles Maurras), Le Divan; 1925, 177 p.
    • Anatole France et Jean Racine ou la Clé de l'Art, Francien, 1927
  • Jos L.Dirick, Franciana Opinions - Anecdotes - Pensées de Monsieur Anatole France, 1925
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  • Henri Mondor, L'Affaire du Parnasse - Stéphane Mallarmé et Anatole France, Fragrance, 1951
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  • Nicolas Ségur :
    • Conversations avec Anatole France, ou Les mélancolies de l'intelligence, Paris, E. Fasquelle, 1925, 204 p.
    • Dernières conversations avec Anatole France, Fasquelle, 1927
    • Anatole France Anecdotique, 1929
  • Ernest Seillère :
    • La Jeunesse d'Anatole France, Éditions de la Nouvelle revue critique, 1934, 253 p.
    • Anatole France, Critique de son temps, Éditions de la Nouvelle revue critique, 1934, 253 p.
  • Jacques Stuffel :
    • Anatole France par lui-même, Paris, Le Seuil, 1954
    • Anatole France, Paris, Le Seuil, 1957, 190 pages
    • Anatole France et Madame de Caillavet : lettres intimes, 1888-1889, Librairie A.-G. Nizet, 1984, 175 p.
  • Edith Tendron, Anatole France inconnu, Éditions du CEFAL, 1995, 240 p. (ISBN 2871300461)
  • Gonzague Truc, Anatole France : l'artiste et le penseur, Paris, Librairie Garnier, 1924, 148 p.
  • David Tylden-Wright, Anatole France, Walker, 1967, 344 p.
  • André Vandegans, Anatole France, les années de formation, Paris, Nizet, 1954, 378 p.
  • Pierre Aubery, Anatole France et la révolution bolchevique, Arras, Impr. S.E.P., 1954

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