Jean Charles Pierre Lenoir

Jean Charles Pierre Lenoir

Jean-Charles-Pierre Lenoir

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Jean-Charles-Pierre Lenoir - ou Le Noir - est né à Paris en 1732 et décédé à Paris en 1807. Issu d’une lignée de magistrats et de financiers, il est le fils de Jean Charles Joseph Lenoir (1687 – 1754), conseiller puis lieutenant civil au Châtelet de Paris.

Sommaire

Biographie

Il initie sa carrière par des charges judiciaires. Il occupe ainsi celles de conseiller au Châtelet de Paris (1752), de lieutenant particulier (1754), puis de lieutenant criminel au Châtelet de Paris (1759), de maître des requêtes (1765), et enfin de président au Grand Conseil (1768). Il est à cette occasion rapporteur de la commission du procès de la Chalotais et on l'envoie rétablir le Parlement de Pau et apaiser les esprits de celui de Provence.

Il est nommé lieutenant général de police le 30 août 1774, en succession de Sartine dont il est l'ami. Il s'oppose alors à la politique de Turgot, considérant que la libéralisation des grains est nuisible au peuple de Paris. Lenoir, pour qui la question frumentaire devait être considérée sous l'angle de ce que l'historien Edward Palmer Thompson a qualifié « d'économie morale de la foule », s'attache à défendre les idées de “juste prix” et de responsabilité paternelle du roi envers ses sujets. Turgot, pour s'en débarrasser, lui propose alors la place de lieutenant civil qu'il refuse.

Quand les premiers troubles de la Guerre des Farines se manifestent le 3 mai, les journaux à la main et les gazettes lui reprochent sa mauvaise gestion des troubles populaires, pire, à l'instar de la Correspondance secrète de Mettra (9 mai 1775), d'avoir participer à un complot, à un "pacte de famine" selon l'expression du temps. Il lui est demandé de donner sa démission le 4 mai. Joseph d'Albert, intendant de commerce chargé du département général des subsistances, « économiste très outré », proche de Turgot, est nommé pour lui succéder.

La crise passée, après la démission de Malesherbes, de Turgot et d'Albert, Lenoir retrouve la lieutenance générale de police le 17 juin 1776. Un mémoire imprimé adressé à Marie-Thérèse d'Autriche - Détail de quelques établissements de la ville de Paris, demandé par sa majesté impériale, la reine de Hongrie [1780])- témoigne de son activité dans le domaine de l'approvisionnement et de ses efforts en matière de salubrité et d'utilité publique. Il s'attelle à la création d’une école de boulangerie et d'ateliers d'ouvriers, à la création de halles au grain et de marché, marqué qu'il est par l'épisode de 1775. On lui doit aussi des mesures contre les incendies, pour la prohibition du cuivre et du plomb dans le transport et le conditionnement des denrées, l'établissement des piliers dans les carrières sud de Paris ainsi que l'éclairage continu des rues principales de la capitale. Toutes ses mesures révèlent les grandes lignes d'un programme hygiéniste et modernisateur qu'il défend dans ses Mémoires.

Un autre aspect bien connu de son office fut son rôle au sein de la police de la librairie, dans la traque des « mauvais livres » et le contrôle de l'imprimé. Son activité suscite une foule d'opposants et de détracteurs, à commencer par les littérateurs qui voient leurs ouvrages refusés ou les libellistes qu'il pourchasse.

Il attache une importance considérable à la surveillance des “mauvais sujets” et aux déplacements de étrangers dans la capitale. Il est de même fort attentif aux mouvements et aux humeurs de la population parisienne, à l'expression des mécontents et à tout ce qui peut troubler le corps social. Il dénonce à l'occasion les dangers du mesmérisme considéré comme un élément de désordre. Il dispose d'agents officiels et officieux pour mener à bien son office et entretient de bons rapports avec des écrivains et publicistes comme Brissot ou Beaumarchais. Ce dernier bénéfice de sa protection dans l'affaire Kornman. En somme, le maître-mot de son activité est bien celui de "contrôle social" et sa lieutenance apparaît à cet titre comme un jalon important dans le processus de naissance d'une police moderne.

Son activité et ses liens avec Calonne lui valent de nombreuses critiques de la part d'une partie de l'opinion que l'érige en symbole du “despotisme ministériel”. Il est ainsi la victime d'une série de pamphlets qui cherche à le noircir et fatigué par les assauts de ses ennemis, il démissionne de son office au mois d'août 1785. Il est peu de temps auparavant nommé comme intendant et garde du cabinet des livres, manuscrits, médailles et raretés antiques et modernes, puis garde de la Bibliothèque du Roi (1784) il occupe la présidence de la Commission royal des Finances (1785).

L'un de ses plus farouches adversaires de l'époque est sans doute Jean-Louis Carra, qui l'accuse de malversation et d'abus de pouvoir. Un ouvrage en particulier nous donne une bonne idée de la légende noire qui se met alors en place à ses dépens. Dans l'An 1787  : précis de l'administration de la bibliothèque du Roi, il est dépeint comme l'un des « monstres humains, de ces fléaux de corruption » qui n'a de cesse de « fouiller dans l’intérieur des familles et d’en publier les secrets et les faiblesses pour amuser la cour et la ville » (op. cit. p. 14) et « dont la fausseté de cœur et l'obscurité dans les idées sont les preuves les plus signalées d'une difformité morale absolue, et d'une organisation perfide » (op. cit. p. 3).

Après avoir participé à l'Assemblée des notables et redouté les premiers moment de la Révolution, il démissionne en 1790 et se retire en Suisse où il bénéficie de la générosité d'anciens amis et membres du gouvernement. Pour contrer les effets de brochures et des recueils qui dénoncent son "despotisme", à l'instar de la Police de Paris dévoilée de Pierre Louis Manuel, il entreprend la rédaction de ses Mémoires, afin de justifier le bilan de son administration, pour réaffirmer ses principes et témoigner de l'humanité dont il fit preuve à la tête de la police. Son entreprise, qui devait rester à l’état de brouillon, s'apparente un traité sur la police en quatorze titres, dont seuls les cinq premiers ont une forme définitive. Elle se présente comme une apologie manifeste de la police sous l’Ancien Régime, mais révèle aussi « un homme des Lumières, pragmatique, qui souhaite réformer l’État en douceur », comme en témoigne les travaux de Vincent Milliot. Son manuscrit et les notes de ses secrétaires sont conservés à la bibliothèque municipale de la ville d'Orléans. On peut les consulter sous leur forme numérisée.

Les progrès des armées françaises lui font gagner Vienne où il reçoit un bon accueil. Il est à l'occasion présenté à l'empereur Paul Ier qui lui propose un poste à la Cour de Russie. Mais il décide de regagner Paris en 1802. Ruiné, il est entretenu par le nouveau gouvernement qui le consulte sur des problèmes d'administration. À en suivre la notice de la biographie de Michaud (op. cit. p. 132), « un homme à qui il avait rendu service, et qui était devenu riche, lui offrit une petite maison de campagne ». Il mourut à Paris cinq ans après son retour, âgé de 75 ans.

Sources

  • Jean-Louis Carra, L'an 1787 : précis de l'administration de la bibliothèque du Roi, sous M. Lenoir,(s.l),1788.
  • Pierre Louis Manuel, La Police de Paris dévoilée, avec Gravure et Tableau, II tomes, Paris Garnery, 1791, 2 vol, in –8.
  • Andrea de Nerciat (attribué à), Julie philosophe, 2 tomes, Paris, 1791, t. II, p. 6 – 11.
  • Jean-Charles-Pierre Lenoir, Détail sur quelques établissements de la ville de Paris, demandé par sa majesté impériale, la reine de Hongrie, Paris, 1780, 65 p.
  • Idem, Mémoires manuscrits, Bibliothèque municipale de la ville d'Orléans, ms 1421, 1422, 1423.

Bibliographie

  • Robert Darnton, « Le lieutenant de police J.C.P. Lenoir, la Guerre des Farines, et l'approvisionnement de Paris à la veille de la Révolution » Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 16 (1969), pp. 611-624.
  • Maxime de Sars (comte), Le Noir, lieutenant de police, 1732 – 1807, Paris, 1948.
  • Georges Lefebvre, « Les papiers de Lenoir », Annales historiques de la Révolution française, t. IV, 1927, p. 300.
  • Louis-Gabriel Michaud (ed.), Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, 1843-1865, t. 24, p. 131-133.
  • Vincent Milliot, « Jean-Charles-Pierre Lenoir (1732-107), lieutenant général de police de Paris (1774-1785) : ses « Mémoires » et une idée de la police des Lumières, dans Mélanges de l’École Française de Rome, t. 115, 2003, p. 777-806.
  • Henri Diné, Un intendant de Poitiers sous Louis XVI : Boula de Nanteuil, Paris, 1963. (Boula de Nanteuil était le gendre de Le Noir)

Liens externes

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