Jean Jamin


Jean Jamin
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Jean Jamin à l'Université de Rome, 20 avril 2009

Jean Jamin est un ethnologue et anthropologue français né le 26 avril 1945 à Charleville-Mézières dans une famille ouvrière ardennaise[1]. Il est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris) où il enseigne la méthodologie, l'épistémologie et l'histoire de l'anthropologie sociale et culturelle. Depuis dix ans, il s'est spécialisé dans l'anthropologie de la littérature et de la musique, notamment du jazz.

Sommaire

Biographie

Après des études de philosophie, de sociologie et d'ethnologie à la Sorbonne (devenue Université Paris V en 1969) ainsi qu'à la VIe section (sciences économiques et sociales) de l'École pratique des hautes études (EPHE) sous la direction de Denise Paulme et de Marc Augé, puis dans le cadre de l'ORSTOM (IRD actuel)[2]dont il est ancien élève, il a effectué des recherches ethno-historiques sur la révolte des Mau Mau (Kenya), des enquêtes ethnographiques sur l'initiation chez les Sénoufos (nord de la Côte d'Ivoire) et, dans le nord-est de la France et en Belgique, sur des groupes de chasseurs et de piégeurs. Sur tous ces terrains, proches ou lointains, il s'est attaché à analyser les formes d'apprentissage des pratiques sociales, les rites de passage à « l'âge d'homme », les processus de symbolisation et les modes de transmission des savoirs dits populaires ou traditionnels, tout en s'interrogeant à l'opposé sur les mécanismes de rétention de ces savoirs et sur la fonction sociale du secret (et des sociétés secrètes, en particulier « initiatiques »), dont, en France, il est un des premiers à avoir proposé une anthropologie[3].

Entré au Département d'Afrique noire du Musée de l'Homme en mars 1977, après un long séjour en Côte d'Ivoire, il a notamment participé aux expositions Rites de la mort (1979), Voyages et découvertes (1981), Côté femmes. Approches ethnologiques (1986), et, dès 1982, il est devenu l'un des principaux conseillers scientifiques des expositions temporaires du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (Suisse), conçues et montées par Jacques Hainard (Collections Passions, Le corps enjeu, Temps perdu/temps retrouvé, Le mal et la douleur , Le trou)[4].

C'est au Musée de l'Homme qu'il a créé en 1984 un Département d'archives de l'ethnologie, dirigé de 1986 à 1992 une équipe de recherche associée au Centre national de la recherche scientifique (RCP puis GDR[5] n° 847 : « Épistémologie et histoire du savoir ethnographique »), et fondé en 1986, avec Michel Leiris dont il est devenu, après la mort de celui-ci en 1990, l'exécuteur testamentaire, la revue Gradhiva – actuellement publiée par le musée du quai Branly – et la collection d'ouvrages anthropologiques « Les cahiers de Gradhiva » aux Éditions Jean-Michel Place.

En 1988, il a fait partie du comité d'édition du Dictionnaire d'ethnologie et d'anthropologie, publié en 1991 aux Presses universitaires de France sous la direction de Pierre Bonte et Michel Izard ; et, en 1993, il a été, avec Jean Bazin et Emmanuel Terray, l'un des membres fondateurs du Centre d'anthropologie des mondes contemporains de l'École des hautes études en sciences sociales, initié par Marc Augé[6].

Il s'est occupé, dès 1991, de la publication des œuvres inédites de Michel Leiris, du regroupement et de l'édition de ses travaux ethnologiques, du tri et de l'organisation de ses archives. En 1995, avec Christophe Barreyre, il a réalisé le film Michel Leiris ou l'homme sans honneur, sur une musique de Michel Portal, dans la série Écrivains du XXe siècle diffusée sur France 3. Ces travaux d'éditions critiques l'ont amené a réorienté ses propres recherches vers une anthropologie de la littérature, du cinéma et de la musique, et en particulier du jazz, animant de 2001 à 2009, avec l'ethnologue Patrick Williams, un séminaire d'« anthropologie du jazz » à l'EHESS, dirigeant des mémoires et thèses sur ce thème[7], tout en continuant de s'intéresser, d'un point de vue anthropologique et historique, aux phénomènes d'« oralité seconde » (Walter J. Ong) aussi bien qu'aux relations entre textes, images et sons. C'est dans cette perspective qu'il a notamment réalisé deux montages numériques audiovisuels, l'un de 63 minutes en mai 2008 sur le ballet La Création du Monde qui fut créé à Paris en 1923, à partir d'un fonds mythologique africain, par Blaise Cendrars (pour l'argument), Fernand Léger (pour les décors et costumes) et Darius Milhaud (pour la musique) ; l'autre de 67 minutes en avril 2009 sur l'univers romanesque de William Faulkner et son comté imaginaire de Yoknapatawpha (Mississippi), intitulé Le nom, le sol et le sang, mettant l'accent sur les rapports de parenté et d'alliance au sein d'une « société multiraciale », tels qu'ils peuvent être appréhendés à travers une œuvre de fiction qui n'en demeure pas moins vraie et heuristique en ce qui concerne la théorie de « l'inceste du deuxième type » et la « circulation des humeurs », sang, sperme et lait (Françoise Héritier). Ces deux montages ont été présentés en France (EHESS, Collège de France, Université Paris VII, Université Paul-Valéry-Montpellier III, Université d'Aix-Marseille, Résidence Lucien-Paye, Cité universitaire internationale), et en Italie (Université de Rome II « Tor Vergata », Centre culturel français de Rome).

Élu en 1993 à l'École des hautes études en sciences sociales, il a succédé en 1996 à Jean Pouillon à la tête de la revue d'anthropologie L'Homme, fondée en 1961 par Émile Benveniste, Pierre Gourou et Claude Lévi-Strauss, et publiée par les Éditions de l'EHESS. Depuis 2006, il anime en outre à l'EHESS, avec le philosophe François Flahault, un séminaire de recherche sur le thème « Anthropologie générale et philosophie » qui l'a amené à préciser et développer ses réflexions sur la fiction et la « prose du monde » (Maurice Merleau-Ponty), dont son ouvrage récent, FAULKNER. Le nom, le sol et le sang (Paris, CNRS Éditions, 2011), présente une première synthèse.

Il est actuellement membre du Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture (LAHIC), unité mixte de recherches du CNRS, de l'EHESS et du Ministère de la Culture, qui fait partie de l'Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (IIAC).

Bibliographie indicative

  • Contacts et antagonismes culturels en pays kikuyu (Kenya), Paris, Institut d'ethnologie, 1973.
  • Les Lois du silence. Essai sur la fonction sociale du secret, Paris, François Maspéro, 1977.
  • Aux origines de l'anthropologie française. Les Mémoires de la Société des observateurs de l'Homme en l'an VIII, Paris, Le Sycomore, 1978 (en collaboration avec Jean Copans), 2e édition revue et augmentée : Paris, Jean-Michel Place, 1994.
  • « Un sacré collège ou les apprentis sorciers de la sociologie », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXVIII, 1980, pp. 5-30
  • La Tenderie aux grives chez les Ardennais du plateau, Paris, Institut d'ethnologie, 1979.
  • Exotismus and Dichtung, Francfort/Main, Qumran Verlag, 1982.
  • « Objets trouvés des paradis perdus. À propos de la Mission Dakar-Djibouti », dans J. Hainard & R. Khaer (eds), Collections Passion, Musée d'ethnographie de Neuchâtel, 1982, pp. 69-100.
  • « De la généalogie considérée comme un assassinat », dans Études rurales, n° 95-96, 1984, pp. 221-240.
  • (éd.) « Le Texte ethnographique », Études rurales, n° 97-98, 1985 (en collaboration avec Françoise Zonabend).
  • (éd.) Côté femmes. Approches ethnologiques, Paris, L'Harmattan et Musée de l'Homme, 1986 (en collaboration avec Dominique Champault).
  • « L'ethnographie mode d'inemploi. De quelques rapports de l'ethnologie avec le malaise dans la civilisation », dans J. Hainard & R. Khaer (eds), Le Mal et la douleur, Musée d'ethnographie de Neuchâtel, 1986, pp. 45-79.
  • « L'histoire de l'ethnologie est-elle une histoire comme les autres ? », dans Revue de synthèse, n° 3-4, 1988, pp. 460-483.
  • (éd., présentation et annotation), Le Bulletin du Musée d'ethnographie du Trocadéro (1931-1934), Paris, Jean-Michel Place, 1988.
  • (éd., présentation et annotation), Michel Leiris, Journal 1922-1989, Paris Gallimard, 1992.
  • (éd., présentation et annotation), Michel Leiris, Operratiques, Paris, POL, 1992.
  • (éd., présentation et annotation), Michel Leiris, L'Homme sans Honneur. Notes pour le sacré dans la vie quotidienne, Paris, Jean-Michel Place, 1994.
  • (éd., présentation et annotation), Michel Leiris, Journal de Chine, Paris, Gallimard, 1994.
  • (éd., présentation et annotation), Michel Leiris, Miroir de l'Afrique, Paris, Gallimard, 1996.
  • « Anthropologie fin de siècle », dans L'Homme, n° 143, 1997, pp. 165-178.
  • « Fausse erreur », dans L'Homme, n° 146, 1998, pp. 249-263.
  • (éd.), « Jazz et anthropologie », L'Homme, 158-159, 2001 (en collaboration avec Patrick Williams).
  • (éd.), « Archives et anthropologie », Gradhiva, 30-31, 2002 (en collaboration avec Françoise Zonabend).
  • (éd., présentation et annotation), La Règle du jeu de Michel Leiris, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2003 (en collaboration avec N. Barberger, D. Hollier, C. Maubon, P. Vilar et L. Yvert).
  • (éd.), « Espèces d'objets », dans L'Homme, n° 170, 2004.
  • « Voix sans issue. À propos de Strange Fruit », dans L'Homme, n° 170, 2004, pp. 199-230.
  • « Fictions haut régime. Du théâtre vécu au mythe romanesque », dans L'Homme, n° 175-176, 2005, pp. 165-202.
  • « Sonner comme soi-même. Ce que ne nous disent pas les vies de Billie Holiday », dans L'Homme, n° 177-178, 2006, pp. 179-198.
  • « Anthropologie d'un tube des Années folles », dans Gradhiva, n° 4 (nouvelle série), 2006, pp. 4-33 (en collaboration avec Yannick Séité).
  • « Vues de Casablanca », dans L'Homme, n° 185-186, 2008, pp. 241-251.
  • « L'Afrique en tête », dans L'Homme, n° 185-186, 2008, pp. 401-440.
  • « Les maux et les nombres. Éditorial », dans L'Homme, n° 189, 2009, pp. 7-10.
  • « De Dakar a Djibouti o el ataúd de Queequeg », dans Nicolás Sánchez Durá & Hasan G. López Sanz, La misión etnográfica y lingüística Dakar-Djibouti y el fantasma de África , Valencià, Museu de la II-lustració i de la Modernitat (MuVIM), Lampreta CG (Espagne), 2009, pp. 145-179.
  • « Fenêtre sur files (hommage à Claude Lévi-Strauss) », dans L'Homme n° 193, 2010, pp. 9-16.
  • Une anthropologie du jazz, Paris, CNRS Éditions, 2010 (en collaboration avec Patrick Williams).
  • (éd.) « Auto-biographie, ethno-biographie », dans L'Homme, n° 195-196, 2010 (en collaboration avec Daniel Fabre et Marcello Massenzio).
  • FAULKNER. Le nom, le sol et le sang, Paris, CNRS Éditions, 2011.

Notes et références

  1. Voir l'article « Du lycée Chanzy au Collège de France », dans L'Ardennais du 3 novembre 2010 : www.lunion.presse.fr/article/ardennes.
  2. Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer ; Institut de Recherche pour le Développement.
  3. Voir Les Lois du silence. Essai sur la fonction sociale du secret (Paris, François Maspéro, 1977), ouvrage numérisé et en consultation libre sur le site : hal.archives-ouvertes.
  4. Voir Patrick Ferla et Jacques Hainard, L'Ethnographie en cent images, Gollion (Suisse), Infolio Éditions, 2010.
  5. Recherche Coopérative sur Programme ; Groupement de Recherche.
  6. Voir Marc Augé, Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, 1994.
  7. Voir Jean-Pierre Digard, « Horizon, trajets jazzistiques en anthropologie », dans L'Homme, n° 197, 2011, pp. 111-138, et Francis Marmande, « Une anthropologie du jazz », dans Critique, n° 773, octobre 2011, pp. 792-802.

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