Jerome Joseph Goris


Jerome Joseph Goris

Jérôme Joseph Goris

Jérôme-Joseph Goris, né le 6 mai 1761 à Catillon-sur-Sambre (Nord), est un militaire français.

Il avait à peine 17 ans lorsqu'il s'enrôla, le 10 octobre 1778, comme soldat dans les Gardes françaises. Il fut promu, le 30 avril 1791, au grade de caporal. Congédié par grâce, il rentra dans ses foyers le 14 décembre 1792.

Au premier appel que la France fit à ses défenseurs, Goris, quoique marié et père de plusieurs enfants, s'arracha aux douceurs des affections de famille et aux soins de ses affections domestiques pour marcher à la frontière. Il fut unanimement élu capitaine de la 2e compagnie du 6e bataillon du Nord le 20 octobre 1792, et fut proclamé chef de bataillon le 4 du même mois. Il fit les campagnes de 1792 et 1793 à l'armée du Nord. Le 2 avril 1793, pendant qu'il était, avec son bataillon, à Bruay-sur-l'Escaut, entre Condé et Valenciennes, Goris est informé de la trahison de Dumouriez ; il rassemble aussitôt les officiers de son bataillon et leur déclare formellement que, si le général transfuge a l'audace, comme il l'avait annoncé, de venir les passer en revue, son intention est de lui brûler la cervelle. Ses officiers lui ayant promis de le seconder, il prit ses dispositions pour n'être point surpris par les escadrons qui escortaient le général déserteur. Inébranlable dans sa résolution, il attendit avec impatience ; mais, comme il ne se présentait point, Goris craignant que le moindre retard pût être funeste au salut de l'armée, prit sur lui de faire battre la générale.

La nouvelle de la trahison de Dumouriez se propage dans les rangs, les soldats, indignés et furieux, veulent marcher à sa recherche pour en faire prompte justice ; mais le commandant Goris ne croyant pas avoir des forces suffisantes pour tenter un coup de main dont la réussite était douteuse, s'opposa à une pareille entreprise ; il parvint à les calmer, et les conduisit à Valenciennes, où ils furent reçus aux acclamations des habitants et de la garnison.

C'est ainsi que le patriotisme et l'énergie d'un seul homme, en donnant à temps l'éveil à toute l'armée, préserva la France du malheur de voir toutes ses places fortes livrées à l'ennemi. D'autres se sont attribué l'honneur d'avoir dévoilé ce complot, mais il est certain que l'initiative en appartient tout entière au 6e bataillon du Nord et à Goris. Blessé d'un coup de feu au côté droit, le 8 messidor an II, à la bataille de Fleurus, il fit ensuite les campagnes des ans III, IV, V, VI, VII, VIII et IX aux armées de Sambre-et-Meuse, du Rhin, de Angleterre, de Naples et d'Italie. À l'organisation de l'an IV, le commandant Goris passa avec son bataillon dans la 17e demi-brigade d'infanterie de ligne.

Le 1er floréal an V, au passage du Rhin, et dans le moment le plus critique, le général en chef plaça Goris en avant de Diersheim en lui ordonnant de tenir jusqu'à la dernière extrémité, afin d'empêcher l'ennemi de tourner le village. À peine Goris avait-il pris position, que nos troupes, repoussées par des forces supérieures, laissèrent le bataillon de la 17e isolé et livré à lui-même. L'artillerie des Autrichiens emportaient des files entières, le désordre et le découragement se mettaient dans les rangs de ces braves. Cependant, le brave Goris se porte en avant du front de bataille, et là, pour ranimer le courage des siens, il leur dit d'une voix ferme : « Soldats, je suis devant vous ! » La vue de leur chef, qui affronte ainsi avec tant de sang-froid un danger certain, inspire de la confiance aux plus timides, les rangs se resserrent, et, par sa bonne contenance, le bataillon imposa aux Autrichiens, et contribue puissamment au succès de cette journée.

Nommé chef de brigade dans le même corps le 18 nivôse an VII, il fut dirigé le 28 du même mois sur Bénévent. En arrivant aux Fourches caudines, la 17e, à la tête de laquelle il marchait, se vit cernée par un corps de 9 à 10 000 hommes. Sommé de se rendre, Goris répondit par le pas de charge, se fit jour à la baïonnette et sauva son corps d'une entière destruction. Ce fait d'armes fut mentionné à l'ordre du jour du général en chef de l'armée de Naples, et valut, au chef de brigade Goris, les félicitations du gouvernement.

Le 10 floréal suivant, il se distingua de nouveau à la prise de Salerne, les Britanniques ayant débarqué des troupes dans cette ville, interceptaient les communications de l'armée avec les deux Calabres. La 17e demi-brigade avec un bataillon italien sous les ordres du général Watrin, fut chargée de les rétablir. Les Britannico-Napolitains, postés sur la montagne qui domine Salerne, étaient protégés, en outre, par le feu d'une frégate britannique, embossée à peu de distance de la route. La position était difficile à enlever, mais Goris, sans calculer, se précipite vers l'ennemi.

Marchant à mi-côte pour arriver au château, et placé entre le feu de la frégate et celui des troupes britannico-napolitaines, il gravit la montagne et s'avance au pas de charge la baïonnette en avant. Nos soldats escaladent le château, en brisent les portes, et, à un signal convenu, toute la colonne se précipite dans la ville, d'où les Britanniques sont chassés, après avoir éprouvé une perte considérable en tués et blessés. Cette action éclatante fut mentionnée honorablement dans le rapport du général Watrin.

Le 1er messidor de la même année, jour où commença la bataille de la Trebbia, Goris, avec sa demi-brigade, soutint Ie choc d'une colonne russe qui se trouvait sur les derrières de la division Dombrowski. Quoique les ennemis eussent des forces douze fois supérieures aux siennes, il fit une résistance opiniâtre et ne se rendit qu'après avoir perdu les deux tiers de son monde et épuisé toutes ses munitions. Cet acte de dévouement sauva la division Dombrowski. Rentré des prisons de l'ennemi peu de temps après, il continua de faire la guerre aux armées d'Italie pendant les ans VIII et IX.

Créé membre de la Légion d'honneur le 19 frimaire an XII, il fut nommé colonel du 14e régiment d'infanterie légère le 15 nivôse suivant, et reçut la croix d'officier de l'Ordre le 23 prairial de la même année. Employé à l'armée d'Italie pendant la campagne de l'an XIV, il servit, en 1806 et 1807, à celle de Naples, et passa, en 1808, aux îles Ioniennes, où il resta jusqu'en 1811.

Général de brigade le 6 août de cette dernière année, il fut employé, par ordre du même jour, dans la 30e division militaire (Rome), et passa, le 16 juin 1812, au commandement du département des Grande Armée le 1er mars 1813, il combattit à Lutzen avec sa valeur accoutumée, et y fut grièvement blessé d'un coup de biscaïen qui lui fracassa le genou droit. Il rentra en France par autorisation du 17 mai 1813 pour guérir sa blessure.

Pendant le premier séjour des Bourbons en France, il resta en non-activité ; mais après le retour de l'Empereur de l'île d'Elbe, il fut envoyé à Laon pour y organiser les gardes nationales. Admis à la retraite le 6 octobre 1815, il vivait au sein de sa famille, lorsque les réactionnaires de cette époque le dénoncèrent comme conspirateur et le firent condamner à l'exil. Il est mort le 9 novembre 1828.

Son fils, Simon Daniel GORIS, suivit les traces de son père dès l'âge de 16 ans et mourut au combat à 24 ans, en 1812.

Source

« Jérôme Joseph Goris », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition] (Wikisource)

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