Jorge Luis Borgès


Jorge Luis Borgès

Jorge Luis Borges

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Jorge Luis Borges
1969
1969

Naissance 24 août 1899
Buenos Aires
Décès 14 juin 1986
Genève

Jorge Luis Borges, né Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo[1] à Buenos Aires le 24 août 1899 et mort à Genève le 14 juin 1986, est un écrivain et poète argentin. Ses travaux dans les champs de l'essai et de la nouvelle sont considérés comme des classiques de la littérature du XXe siècle[2].

Sommaire

Biographie

L'enfance

Jorge Luis Borges est le fils de Jorge Guillermo Borges, avocat et professeur de psychologie féru de littérature[3] et de Leonor Acevedo Suárez, à qui son époux a appris l'anglais et qui travaille comme traductrice. La famille de son père était pour partie espagnole, portugaise et anglaise ; celle de sa mère espagnole et vraisemblablement portugaise aussi. Chez lui on parle aussi bien l'espagnol que l'anglais et depuis sa plus tendre enfance, Borges est donc bilingue, même s'il dira toute sa vie qu'il ne maîtrise pas parfaitement l'anglais[réf. nécessaire].

Les débuts littéraires

Après la Première Guerre mondiale, la famille Borges habite durant trois années à Lugano, à Genève où il étudie au collège Calvin, Barcelone, Majorque, Séville et Madrid. En Espagne, Borges est membre d'un mouvement littéraire d'avant-garde ultraïste. Son premier poème, Hymne à la mer, écrit dans le style de Walt Whitman, est publié dans le magazine Grecia.

Il retourne à Buenos Aires en 1921 et s'engage dans de multiples activités culturelles : il fonde des revues, traduit notamment Kafka et Faulkner, publie des poèmes et des essais.

À la fin des années 1930, il commence à écrire des contes et des nouvelles et publie l'Histoire universelle de l'infamie, qui le fait connaître en tant que prosateur.

Principalement connu pour ses nouvelles, il écrit aussi des poèmes et publie une quantité considérable de critiques littéraires. Il est également l'un des auteurs des récits policiers parodiques signés Bustos Domecq, écrits en collaboration avec son ami Adolfo Bioy Casares, et de chansons sur des musiques d'Astor Piazzolla.

En 1938 il obtient un emploi dans une bibliothèque municipale de Buenos Aires. C'est à cette époque qu'il écrit Pierre Ménard, auteur du Quijote, son premier conte fantastique. Il perd cet emploi en 1946 en raison de ses positions contre la politique péroniste. En 1955, le gouvernement « révolutionnaire » militaire qui chasse Juan Perón du pouvoir, nomme Borgès directeur de la Bibliothèque nationale. Il devient également professeur à la faculté de Lettres de Buenos Aires[4]. Comme son père avant lui, il souffre d'une grave maladie qui entraine une cécité progressive, laquelle deviendra définitive en 1955[5].

La reconnaissance internationale

C'est seulement dans les années 1960 que Borges fut découvert par la critique internationale. Si l'écrivain Roger Caillois fut l'un des premiers à en parler en France, c'est la revue Planète qui le fait connaître du grand public.

Opposé à « l’abominable dictature du général Perón »[5], il reste silencieux face aux crimes de la junte militaire au pouvoir en Argentine dans les années 1970 pendant la période qualifiée de « guerre sale », ce qui lui sera reproché. Il disait que le général Videla chef de la Junte était un homme bien élevé... La reconnaissance internationale de Borges commence au début des années 1960. En 1961, il reçoit le Prix Formentor, qu'il partage avec Samuel Beckett. Alors que Beckett est bien connu et respecté dans le monde anglophone, Borges est inconnu et non traduit — ce qui ne manque pas de susciter la curiosité des locuteurs anglophones. Le gouvernement italien le surnomma Commendatore et l'Université du Texas à Austin le recrute pour un an. La première traduction de son œuvre en anglais date de 1962, avec des lectures en Europe et dans la région des Andes les années suivantes. Borges reçoit de nombreuses distinctions, telles que le Prix Cervantes en 1979, le Prix Balzan en 1980 (pour la philologie, linguistique et critique littéraire) ou la Légion d'honneur en 1983.

Quand Juan Perón revient d'exil et est réélu président en 1973, Borges renonce à son poste de directeur de la bibliothèque nationale.

En 1975, après la mort de sa mère, Borges se met à voyager partout à travers le monde et ce jusqu'à la fin de sa vie[6].

Borges se marie deux fois. En 1967 il épouse une vieille amie, Elsa Astete Millán, qui est veuve depuis peu. Le mariage dure trois ans. Après le divorce, Borges retourna chez sa mère. Pendant ses dernières années, Borges vit avec son assistante, María Kodama, avec qui il étudia l'anglo-saxon pendant plusieurs années. En 1984, ils publient des extraits de leur journal, sous le nom d'Atlas, avec des textes de Borges et des photographies de Kodama. Ils se marient en 1986, quelques mois avant sa mort.

Borges est mort d'un cancer à Genève en 1986 ; il avait choisi de retourner à la fin de sa vie dans la ville où il avait étudié. Il a été incinéré au cimetière des Rois.

Appréciation critique

Borges en 1963,
photo de Alicia D'Amico

Borges privilégie l'aspect fantastique du texte poétique, rejetant une écriture rationnelle qu'il juge insuffisante et limitée. Certains considèrent Borges comme l'une des influences majeures du réalisme magique latino-américain. D'autres y voient au contraire un écrivain universel dans lequel peut se reconnaître toute l'humanité.

Son travail est profondément érudit, et à l'occasion délibérément trompeur (Tlön uqbar orbis tertius). Il traite souvent de la nature de l'infini (La bibliothèque de Babel, Le livre de sable...), de miroirs, de labyrinthes et de dérive (le jardin aux sentiers qui bifurquent), de la réalité, de l'identité ou encore de l'ubiquité des choses (La loterie de Babylone).

« Jorge Luis Borges est l'un des dix, peut être des cinq, auteurs modernes qu'il est essentiel d'avoir lus. Après l'avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. » a dit de lui Claude Mauriac.

Borges est devenu aveugle assez jeune mais de façon progressive, ce qui eut une forte influence sur ses écrits. Dans une de ses nouvelles, L'Autre, il se rencontre lui-même plus jeune, sur un banc, et se livre à quelques prédictions : « Tu deviendras aveugle. Mais ne crains rien, c'est comme la longue fin d'un très beau soir d'été ». À ce sujet, il raconte dans l'Essai autobiographique que cette cécité était probablement d'origine héréditaire et que certains de ses ascendants avaient connu la même infirmité. N'ayant jamais appris le braille, il dut compter sur sa mère pour l'aider, puis sur son assistante Maria Kodama. Il se faisait lire journaux et livres et dictait ses textes.

Outre les fictions, son œuvre est abondante et largement appréciée. On y trouve des critiques de films et de livres, y compris une réhabilitation du roman policier, considéré comme plus digne héritier de la littérature classique que le nouveau roman. Lui seul, dit-il, se situe dans la continuité de la littérature avec un plan, une introduction, une intrigue et une fin. On trouve également parmi ses écrits de courtes biographies et de plus longues réflexions philosophiques sur des sujets tels que la nature du dialogue, du langage, de la pensée, ainsi que de leurs relations. Il explore aussi empiriquement ou rationnellement nombre des thèmes que l'on trouve dans ses fictions, par exemple l'identité du peuple argentin. Dans des articles tels que L'histoire du Tango et Les traducteurs des Mille et Une Nuits, il écrit avec lucidité sur des éléments qui eurent sûrement une place importante dans sa vie. Il existe de même un livre qui réunit sept précieuses conférences dans diverses universités, qu'on peut considérer comme sept essais, clairs, ordonnés, d'une simplicité dérivant de leur caractère oratoire, et profondément enrichissants. Dans ce petit recueil de savoir, Les Sept Nuits (Siete Noches), on retrouve un texte sur les cauchemars, sur les Mille et une nuits, sur la Divine Comédie de Dante, sur le bouddhisme et d'autres simples thèmes que Borges exploite et nous fait partager avec l'autorité didactique et la simplicité pédagogique d'un véritable professeur, érudit de la littérature. De même, son œuvre poétique est profondément intéressante. Écrits entre 1923 et 1977, ses poèmes retrouvent les thèmes philosophiques sur lesquels se base Borges pour construire la pluralité de son œuvre. Des poèmes comme El Reloj de Arena (Le Sablier) ou El Ajedrez (Les Échecs) reconstruisent les concepts borgiens par excellence, comme le temps, instable et inéluctablement destructeur du monde, ou le labyrinthe comme principe de l'existence humaine, mais d'un point de vue poétique, condensé dans des images surprenantes. Ces poèmes sont réunis dans Antologia Poética 1923-1977 (Recueil Poétique).

En collaboration avec Adolfo Bioy Casares, il écrit Six problèmes pour Don Isidro Parodi, qui met en scène un prisonnier que viennent voir plusieurs individus. Ils lui exposent leur problème, que Don Isidro résout chaque fois. Ces six nouvelles policières ont été écrites entre 1914 et 1918.

Œuvres

  • Ferveur de Buenos Aires (Fervor de Buenos Aires) (1923)
  • Lune d'en face (Luna de frente) (1925)
  • Inquisiciones (1925)
  • Cuaderno San Martín (1929)
  • Evaristo Carriego (1930)
  • Discussion (Discusión) (1932)
  • Histoire universelle de l'infamie (Historia universal de la infamia) (1935)
  • Histoire de l'éternité (Historia de la eternidad) (1936)
  • Fictions (Ficciones) (1944) (le recueil contient la célèbre nouvelle « La bibliothèque de Babel ») (ISBN 2-07036-614-6)
  • L'Aleph (El Aleph) (1949) (ISBN 2-07029-666-0)
  • Enquêtes puis Autres inquisitions (Otras inquisiciones) (1952)
  • L'Auteur puis L'auteur et autres textes (El hacedor) (1960) (ISBN 2-07024-037-1)
  • L'autre, le même (El otro, el mismo) (1964)
  • Pour les six cordes (Para las seis cuerdas) (1965)
  • Éloge de l'ombre (Elogio de la sombra) (1969)
  • Le rapport de Brodie (El informe de Brodie) (1970) (ISBN 2-07037-588-9)
  • An autobiographical essay (1970) Jorge Luis Borges et Norman Thomas Di Giovanni
  • L'or des tigres (El oro de los tigres) (1972)
  • Livre des préfaces puis Préfaces avec une préface aux préfaces (Prólogos con un prólogo de prólogos) (1975)
  • Le livre de sable (El libro de arena) (1975) (ISBN 2-07037-461-0)
  • La rose profonde (La rosa profunda) (1975)
  • La monnaie de fer (La moneda de hierro) (1976)
  • Libro de sueños (1976).
  • Qu'est-ce que le bouddhisme? (Qué es el budismo?) (1976) (ISBN 2-07032-703-5)
  • Histoire de la nuit (Historia de la noche) (1977)
  • Sept nuits (Siete noches) (1980)
  • Livre de préfaces suivi de Essai d'autobiographie (1980) (ISBN 2-07037-794-6)
  • Le Chiffre (La Cifra) (1981)
  • Neuf essais sur Dante (Nueve ensayos dantescos) (1982)
  • Atlas (1984)
  • Les conjurés (Los conjurados) (1985)
  • Le Martin Fierro (1985) trad. Bernard Lesfargues - Éditions Curandera, (ISBN 2-86677-022-1), 1985
  • Conversations à Buenos Aires (Dialogos Jorge Luis Borges Ernesto Sábato) (1996) Jorge Luis Borges - Ernesto Sábato (ISBN 2-26404-042-4)
  • Ultimes dialogues (1996) Jorge Luis Borges - Osvaldo Ferrari (ISBN 2-87678-013-5)

En collaboration avec Margarita Guerrero:

Par ailleurs, Borges a publié un grand nombre de chroniques, notamment dans Proa (1924-1926), La Prensa (1926-1929), Sur et El Hogar (1936-1939).

Bibliographie

  • Christian Nicaise, La violence de Jorge Luis Borges ou L'épreuve du photomontage, Rouen, éd. L'Instant perpétuel, 1995.
  • Jean-Clet Martin, Borges. Une biographie de l'éternité, éd. de L'éclat.
  • Roger Parisot, Qui suis-je? Borges, Éditions pardès
  • Julia Romero, Jorge Luis Borges. Lecture d'une œuvre. Éditions du temps, (ISBN 2-84274-278-8)
  • Annick Louis, Borges face au fascisme. T1 : Les Causes du présent. Aux lieux d'être, coll. « Mondes contemporains », (ISBN 978-2-91606-312-6)
  • Annick Louis, Borges face au fascisme. T2 : Les Fictions du contemporain. Aux lieux d'être, coll. « Mondes contemporains », (ISBN 978-2-91606-332-4)
  • Juan Andreu, "Borges, un escritor comprometido"

cité dans "Le siècle du vent", Mémoire du feu" de Eduardo Galeano, page 135

Citations

  • « Je ne peux pas être d’accord avec une théorie qui prêche la domination de l’État sur l’individu. »[7]

Cinéma

  • Invasion, film réalisé par Hugo Santiago en 1968, en collaboration avec Jorge-Luis Borges, sur une idée de Jorge-Luis Borges et Adolfo Bioy Casares;
  • La Strategia del Ragno (la Stratégie de l'araignée), film réalisé par Bernardo Bertolucci en 1970, d'après Thème du traître et du héros (Fictions);
  • El Sur (le Sud), film réalisé par Carlos Saura en 1992;
  • Borges par Borges , documentaire TV réalisé par Alain Jaubert en 2003;
  • Dans le film Le Nom de la Rose , réalisé par Jean-Jacques Annaud d'après l'oeuvre d'Umberto Eco, le Maître de l'Abbaye et Bibliothécaire aveugle Jorge de Burgos est une caricature de Jorge Luis Borges, la tour octogonale de la bibliothèque et ses perspectives dignes de Piranese faisant référence à la Bibliothèque de Babel, la célèbre nouvelle de Borges.

Notes et références

  1. Le nom complet n'est pas utilisé, conformément aux usages en Argentine.
  2. « Jorge Luis Borges » dans l'Encyclopædia Britannica (version en ligne consultable au 22 mars 2009).
  3. « Il a essayé en vain de devenir écrivain... Il a composé de très bons sonnets... » a dit de lui Borges.
  4. Selon Jean de Milleret, in Cahier de L'Herne, Borges, 1981.
  5. a  et b Interview dans le Monde diplomatique
  6. Borges crée la surprise en déclarant qu'il considérait Abraham Lincoln comme « le plus grand criminel de guerre du XIXe siècle ». Selon lui, la guerre de Sécession n'était motivée que par le souci du pouvoir fédéral de récupérer les impôts des États sudistes, qui ne rentraient évidemment plus dans les caisses de Washington. Interrogé sur l'importance de la cause défendue, à savoir l'abolition de l'esclavage, il demanda si le fait de le faire abolir vingt ou trente ans plus tôt dans le Sud justifiait la mort de plus de 600 000 hommes et la mutilation de plusieurs dizaines de milliers d'autres. Borges confirma ces propos dans une Radioscopie qu'il eut avec Jacques Chancel et dont le texte a été publié en collection de poche.
  7. Entretien accordé au Monde diplomatique
  8. The Guardian 25.02.2002

Voir aussi

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Liens externes

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