Jozef Pilsudski


Jozef Pilsudski

Józef Piłsudski

  • (pl) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en polonais intitulé « Józef Piłsudski ».
Jozef Pilsudski en 1930

Józef Klemens Piłsudski, né le 5 décembre 1867 à Zułów, près de Vilnius et mort le 12 mai 1935 à Varsovie, était un homme politique polonais, leader du Parti socialiste polonais, Naczelnik państwa (Chef d'État, 1918-1922), premier ministre polonais (1926-1928, puis 1930), depuis 1920, dictateur du régime Sanacja, dits des colonels pendant la Seconde République, de 1926 à sa mort.

Il était connu sous les pseudonymes suivants: Wiktor, Mieczysław, Ziuk, Pan Marian; plus tard souvent appelé Dziadek (Papi) ou bien Marszałek (Maréchal), ou encore Komendant (Commandant) par ses anciens soldats.

Patriote et populaire, il était considéré comme le vainqueur de la guerre russo-polonaise (1919-1921), et de la lutte pour l'indépendance de la Pologne.

Sommaire

Enfance et jeunesse

Piłsudski collégien

Józef Klemens Piłsudski est né le 5 décembre 1867 à Zalavas ((pl) Zułów), dans l'ancienne République des Deux Nations, actuellement en Lituanie, dans une famille polonaise noble (Szlachta) de tradition patriotique.

Son père, Józef (1833-1902), avait lutté contre les Russes durant l'Insurrection de Janvier en 1863, pendant laquelle il était commissaire du Gouvernement National dans le district de Kauno. Sa mère, Maria Bilewiczówna (1842-1884), l'avait initié à la littérature polonaise et au patriotisme dès sa jeunesse. Elle appelait sont fils Ziuk.

A cause des mauvais investissements de son père et d'un incendie dévastateur, la famille est obligée à quitter la maison familiale et de s'installer à Vilnius en 1874. Il y fréquente le collège tout comme son son frère Bronisław. Ils y sont soumis à une intense russification, mais ils trouvent toutefois un appui dans leur famille, qui assure aux enfants une éducation patriotique. En 1882, les deux frères (avec leurs amis) créent un cercle d'autoformation: Spójnia, qui fait venir des livres polonais de Varsovie.

Etudes à Kharkiv

En septembre 1884, sa mère, gravement malade depuis des années, meurt. Un an après, Józef réussit l'examen du baccalauréat (il obtient d'excellentes notes en histoire et en géographie mais de plus médiocres en langues sauf en français). En automne 1885, il commence ses études de médecine à l'Université nationale de Kharkiv, en Ukraine. Il y milite dans plusieurs organisations étudiantes notamment dans l'organisation populiste Narodniki. Les 2 et 3 mars 1886, il participe à une manifestation étudiante et se retrouve parmi les 150 personnes arrêtées par la police du tsar. Après avoir terminé sa première année, il quitte l'Ukraine pour l'université de Tartu (Estonie). Mais il n'est pas autorisé à la fréquenter à cause de son activité dans l'opposition.

C'est à cette période qu'il lit le poète révolutionnaire polonais Adam Mickiewicz, mais aussi Karl Marx, même si son chauvinisme lui fait rejeter tout internationalisme.

Arrestation et déportation

Avec son frère Bronisław, il s'engage dans une cellule révolutionnaire de Saint-Petersbourg, Frakcji Terrorystycznej Narodnej Woli, dont faisait partie le propre frère de Lénine, Alexandre Oulianov. Il assure la cache des membres traqués, tandis que son ainé est chargé de l'intendance des armes et des explosifs. Le 13 mars 1887, le tsar de Russie Alexandre III est visé dans un attentat à la bombe, et une vingtaine de militants sont arrêtés, dont Josef et Bronislaw.

Il est condamné le 1er mai 1887 à cinq ans de travaux forcés (son frère à 15 ans) qu'il effectue à Kirensk, près d'Irkoutsk. Le trajet dure sept mois, par l'Oural et Krasnoïarsk, par le chemin de fer et en partie à pied. Il y rencontre sa première compagne, Leonarda Lewandowska. Même si sa noblesse lui permet des conditions meilleures, Piłsudski organise des mutineries et des grèves de la faim. Il est libéré affaibli en 1892.

Le Parti socialiste polonais

À son retour à Vilnius, il reprend des études de droit, où il rencontre son futur ennemi politique, le nationaliste Roman Dmowski, et une deuxième femme, militante socialiste et divorcée Maria Juszkiewiczowa, née Koplewska.

La même année, il rejoint le Parti socialiste polonais (PPS) nouvellement créé à Paris. Le PPS est alors tiraillé entre nationalistes et internationalistes, et Józef Piłsudski prend rapidement parti pour les premiers. Piłsudski décide alors de publier une revue avec son ami Stanisław Wojciechowski, Robotnik (l'ouvrier), imprimée clandestinement dans la banlieue de Vilnius. Lors du deuxième congrès de l'Internationale ouvrière tenu à Paris de juillet à août 1896, il défend avec des proches comme Ignacy Daszynski ou Ignacy Mościcki, l'indépendance de la Pologne comme exigence vitale pour les ouvriers polonais. Le PPS devient alors officiellement nationaliste.

En février 1900, la police russe découvre à Vilnius l'imprimerie clandestine de son journal, Robotnik, auquel il contribuait sous un faux nom. Il est d'abord condamné à 5 ans de détention en Sibérie, mais simule une maladie mentale et réussit à se faire interner dans un hôpital psychiatrique de Saint-Petersbourg. Il s'en évade un an après, avec l'aide de sa femme, et du PPS, qui ne peut se passer de lui, et se cache à Łódź (alors dans l'Empire Austro-Hongrois) sous un faux nom. Pour ses proches, sa détention à l'asile aurait affecté sa santé mentale: il semble devenu colérique et dépressif.

Revenu à Riga, il occupe l'un des plus hauts dirigeants du PPS, mais rejette de plus en plus le socialisme du POSDR russe: l'indépendance de la Pologne est primordiale. Il se passionne pour "l'art de la guerre", et découvre les thèses de Carl von Clausewitz.

Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), il se rend à Tokyo, dans l'espoir de mener une alliance avec le Japon, pour déclencher une insurrection contre Nicolas II. Mais cette initiative est empêchée par son rival nationaliste, Roman Dmowski, qui se contente d'une plus grande autonomie dans l'Empire russe, plutôt que d'une indépendance incertaine.

De retour, Piłsudski se rend au Comité Central Révolutionnaire du parti, qui décide de la radicalisation du parti. Des grèves sont alors organisées, parfois violentes, comme celle du 13 novembre 1904 à Varsovie, pour protester contre la mobilisation dans l'armée russe. Il crée une milice armée, « Organizacja Bojowa PPS » (organisation combattante du PPS, OB-PPS), qui sont à l'origine d'attentats contre les russes.

Au début de 1905, le 7e Congrès du PPS est organisé, et les « Jeunes Loups » du parti isolent Piłsudski, ne partageant pas son point de vue indépendantiste. Au congrès de Vienne en 1906, la rupture est consommée entre les partisans de Piłsudski et ses opposants: celui-ci crée le PPF-Fraction révolutionnaire (notamment avec Tomasz Arciszewski et Kazimierz Pużak) gardant le journal Robotnik et l'« Organizacja Bojowa », tandis que les « jeunes » organisent le PPS-Lewice ("la gauche", qui rejoindra Rosa Luxemburg au SDKPiL avant de créer le Parti communiste polonais). Le mouvement connaissant désormais des difficultés financières, Piłsudski ira même jusqu'à s'impliquer personnellement le 26 septembre 1906 dans l'attaque d'un fourgon blindé à Bezdany (nord-est de Vilnius). Parmi l'équipe était présente Aleksandra Szczerbińska, qui deviendra sa deuxième femme (après le décès de la première, en 1921 ; Piłsudski étant redevenu catholique entre temps). En 1909, il lui fut proposé de se faire initier à la franc-maçonnerie, ce qu'il refusa.

En 1908, il renomme l'organisation armée OB-PPS en Związek Walki Czynnej (Union pour la lutte active [ou Union pour la lutte armée, selon les traductions], ZWC), divisée en plusieurs sections locales, parmi lesquelles: la sienne à Cracovie, et celle de Władysław Sikorski à Lwów. Le but de cette organisation paramilitaire, plus que d'être le bras armé du PPS, était de former la future armée polonaise. En 1912, Piłsudski est élu à la tête de l'organisation. En novembre 1912, les sections de Galicie ainsi que plusieurs partis clandestins locaux anti-russes s'unissent à Vienne au sein d'un « Commission provisoire des partis indépendants et confédés ».

Józef Piłsudski
Blason de la famille Piłsudski, du Clan Kościesza

Ses conceptions politiques concernant la Pologne différaient radicalement de celles de futur nationaliste Roman Dmowski, qui pensait possible une autonomie dans l'empire russe, ou éventuellement une alliance avec celui-ci. Piłsudski, au contraire, était partisan de l'alliance avec l'Allemagne et de la création de la Fédération Międzymorze comprenant la Pologne, la Lituanie, la Biélorussie, et l'Ukraine, État tampon entre l'Allemagne et la Russie.

Après la Première Guerre mondiale, il devient le 1e président de la Pologne (Chef de l'État : Naczelnik Państwa) de 1918 à 1922. Artisan de l’indépendance et de la souveraineté retrouvées de la Pologne. Il lutta activement contre le bolchévisme en repoussant l'attaque des Russes en 1920. À partir de 1926, il reprend (et cumule) des fonctions dans le gouvernement (ministre des affaires militaires entre autres) et oriente la Pologne de plus en plus vers un régime dictatorial, pensant protéger le pays d'éventuelles agressions extérieures (Allemagne, Union soviétique). Assistant à la montée de deux totalitarismes: soviétique puis nazi en Europe, Piłsudski a tenté dès 1933 de prévenir la catastrophe qu’il percevait clairement. Pragmatique, préoccupé par le sort de son pays et de l’Europe, l’homme d’État polonais avait essayé, dès Rapallo, Locarno, en percevant la montée en puissance de la Russie et de l’Allemagne, de prévenir les dirigeants des démocraties occidentales, ses alliés, et de les faire réagir et proposant en 1933 aux Français la « guerre préventive » contre Hitler. La réponse de la France fut que la convention franco-polonaise était défensive et non offensive, et que la société française ne tolèrerait pas d’action franco-polonaise contre Monsieur Hitler.

Dans sa lutte contre les mouvements jugés terroristes, Piłsudski a créé en 1934 le camp d’isolement de Bereza Kartuska, qui devait fonctionner un an pendant la période trouble de la Nuit des Longs Couteaux en Allemagne, de l’assassinat de Kirov en URSS, et du déchaînement par le Kremlin de l’action anti-polonaise du NKVD, dite « Opération POW », mais qui resta ouvert jusqu’en 1939. Paradoxalement, ceux des communistes polonais qui y furent détenus ont tous survécu à la liquidation physique de leurs camarades du KPP à Moscou.

Il est mort le 12 mai 1935. Son corps repose à la cathédrale du château royal de Wawel à Cracovie, et son cœur près de sa mère à Vilnius. A sa mort des témoignages de reconnaissance lui furent donnés par les minorités nationales et religieuses, qui perdaient un défenseur, ainsi que le signalait l’Ambassadeur de France dans son rapport du 15 mai 1935 :

Les organisations des minorités s’associent au deuil en proclamant des appels et des résolutions. C’est ainsi qu’hier, à Varsovie, au cours d’une réunion d’organisations ukrainiennes, fut prononcé un discours émouvant et votée une résolution. La communauté juive de Varsovie convoqua une réunion où furent prises une série de décisions ; un télégramme de circonstance au Président de la République fut rédigé, le mot d’ordre fut donné de participer massivement aux funérailles, des cérémonies funèbres furent annoncées dans les synagogues et la décision fut prise d’éditer une monographie consacrée à Pilsudski et à la question juive. Les organisations de la minorité allemande ont également voté des résolutions de circonstance et leurs journaux en berne célébraient chaleureusement la mémoire du Maréchal (cf. Archives du Quai d’Orsay, rapport n° 300 du 15/05/1935).

Voir aussi

Bibliographie

  • Casimir Smogorzewski: Joseph Pilsudski et les activistes polonais pendant la guerre (1914-1918), 1929
  • Joseph Beck, Dernier rapport. Politique polonaise 1926-1939. Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, [1951]
  • Jules Laroche, La Pologne de Pilsudski. Souvenirs d'une ambassade (1926-1935). Paris, Flammarion, [1953]
  • Wacław Jędrzejewicz: Józef Piłsudski (Éditions L'Âge d'Homme, 1986)
  • Jean Sikora: Joseph Pilsudski (1867-1935) - La Pologne: Survivre pour exister. (Éditions Bellona, 2004)

Ouvrages

  • Joseph Pilsudski, L'Année 1920. Paris, La Renaissance du Livre, 1929, (335 pages)

Liens externes

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Références

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