Julius Evola


Julius Evola
Julius Evola
Nom de naissance Giulio Cesare Evola
Activités Philosophe, Écrivain, Poète, Dessinateur
Naissance 19 mai 1898
Rome
Décès 11 juin 1974
Rome
Langue d'écriture Italien
Mouvement École traditionaliste

Julius Evola, de son vrai nom Giulio Cesare Evola[1], né à Rome le 19 mai 1898 et mort à Rome le 11 juin 1974, est un penseur italien influencé en partie par l'école traditionaliste.

Sommaire

Biographie

Premières années et adolescence

Baron[2], il était descendant d'une famille de la petite noblesse sicilienne. Comme il le relate dans Le Chemin du cinabre, son enfance et son adolescence furent remplies par la lecture. Il fut particulièrement marqué par les œuvres de Oscar Wilde, Gabriele D'Annunzio et de Dimitri Merejkovski. Il s'intéressa aussi très tôt à la philosophie et tout particulièrement à Carlo Michelstädter, Otto Weininger, et surtout à Friedrich Nietzsche. Il fut également influencé par l'œuvre de Giovanni Papini, « champion de la primauté des forces spirituelles et de la mission civilisatrice de l'Italie[3] ».

Il fit des études techniques et mathématiques qui seront interrompues en 1917 par un engagement dans l'armée comme sous-lieutenant dans l'artillerie.

Entre temps, il avait commencé à s'intéresser aux formes les plus modernes de l'expression artistique, aux spiritualités orientales et à l'engagement politique, trois axes d'action qui structureront sa vie jusqu'à son décès.

L'artiste

Ses premières tentatives en tant que créateur dans le monde artistique sont caractérisées par une adhésion aux tendances les plus modernes. Intéressé par le dadaïsme, il contacte Tristan Tzara et entretient avec lui une correspondance soutenue. Il devient alors l'un des premiers dadaïstes italiens, se consacrant à la peinture et à la poésie. Il se lie également au futurisme et à son créateur Filippo Tommaso Marinetti, à qui il s'oppose néanmoins lors de la bataille pour l'entrée en guerre de l'Italie, en 1914-1915, déclarant que les motifs invoqués par celui-ci pour inciter l'Italie à faire la guerre aux Empires centraux ne sont que « la quintessence de la mentalité bourgeoise et démocrate qu'ils prétendent combattre ». Dès cette époque néanmoins, se prononce chez lui une tendance vers la religion ou, plutôt, le « religieux », dans un sens très général, la transcendance.

En 1917, alors âgé de 19 ans, il participe comme sous-lieutenant d'artillerie à la Première Guerre mondiale. S'il n'est pas alors nationaliste, il connaît une fascination pour les grands empires, y compris ceux qu'il doit combattre. Cette époque marque le début pour lui d'une crise existentielle, qui va bouleverser ses habitudes intellectuelles. Il ne supporte plus la « vie ordinaire » qu'il mène alors à Rome. À vingt-trois ans, il tente de mettre fin à ses jours.

Le penseur

Avant d'exécuter la sentence qu'il s'était lui-même rendue, il lit un texte bouddhiste. Il assimile ce qu'il ressent alors à une illumination. « Qui prend l'extinction comme extinction, et une fois ceci fait pense à l'extinction, réfléchit sur l'extinction, et se dit : “mienne est l'extinction” et se réjouit de l'extinction, celui-là ne connaît pas l'extinction », disait le texte. Ce suicide avorté sera une vraie mort pour Evola, mort à l'art et à la poésie qu'il a abandonnés en 1921 et 1922, et une naissance à la philosophie à laquelle il va désormais se consacrer. L'intérêt de cet auteur italien pour les traditions orientales se révèle alors pleinement. Dans L'uomo come potenza (L'Homme comme puissance) apparaît une conception du « moi » inspirée du tantrisme : le « moi » s'identifie au monde perçu, et inversement, pour se fondre dans l'Unité. L'attachement au monde sensible constitue le « voile de Maya », déjà mentionné par Schopenhauer, qu'il faut enlever pour s'unir au Soi.

Evola se lie à cette époque à de nombreux cercles « ésotéristes » romains de tous bords. En 1924, il commence à se mêler de politique et participe à l'écriture de Lo Stato democratico (L'État démocratique), un texte à la fois antifasciste et antidémocratique. Il fonde en 1927 le « groupe d'Ur », groupe de recherches ésotériques sur les traditions extra-européennes. Un an plus tard, il écrit un ouvrage qui va le rendre célèbre en Italie : Impérialisme païen (Imperialismo pagano). Il y attaque très violemment le christianisme et se tourne vers le fascisme, dans une volonté de retrouver la grandeur romaine antique. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'il a romanisé son nom en « Julius ». Cette époque est également marquée pour lui par la lecture intensive de l'œuvre de René Guénon. C'est sous cette influence qu'il quitte les thèses extrémistes d'Impérialisme païen pour revenir à la considération de la Tradition, et fonde la revue La Torre. On peut lire dans un éditorial de cette revue qu'elle est destinée à « défendre les principes qui pour nous seraient absolument les mêmes, que l'on se trouve dans un régime fasciste, communiste, anarchique ou démocratique. En eux-mêmes, ces principes sont supérieurs au plan politique ». La revue n'est guère appréciée par le régime fasciste qui l'interdit après à peine dix numéros en raison de ses interprétations hétérodoxes du fascisme et ses attaques contre la « culture squadriste ».

C'est à cette période que paraissent plusieurs essais sur le symbolisme traditionnel : La Tradition hermétique (La Tradizione ermetica, 1931), Masque et visage du spiritualisme contemporain (Maschera e volto dello spiritualismo contemporaneo, 1932), Le Mystère du Graal (Il Mistero del Graal, 1937) et en 1936 Le Mythe du Sang (Il Mito del Sangue), où il expose les conceptions de la race dans l'Antiquité et les théories racialistes du XVIIIe siècle, et qui sera suivi de Synthèse de doctrine de la race (Sintesi di dottrina della razza) en 1941. Il prend contact et fait participer à sa revue de grands auteurs, comme René Guénon, Paul Valéry, Gottfried Benn, etc.

En 1934, Evola avait publié son œuvre la plus célèbre, Révolte contre le monde moderne (Rivolta contro il mondo moderno), où il décrit la déchéance du monde moderne, annoncée par les traditions antiques.

Dans "le Yoga tantrique", Julius Evola, expose le coeur de la métaphysique Indienne, qui repose sur la conception simple fort ancienne et toujours actuelle, que l'homme "individu" est le monde qu'il vit. La représentation sociale par conséquent, telle que développée sous toutes ses formes, par un occident qui s'octroie une prédominance par le biais d'imposer celle-ci, est une occultation manifeste, un conditionnement à des limites, dont les conséquences sont que s'y laisser enfermer, c'est accepter une réduction de l'existence. Discuter de la métaphysique indienne en prenant référence sur les théologies diverses, revient à discuter de la liberté en prison.

Doctrine politique

Evola est un penseur antimoderne qui présente une vision de l'histoire comme mythe de l'éternel retour, comme chez Nietzsche ou Éliade[4]. Cette vision implique la conviction qu'il existe des castes, un principe organique de hiérarchie, polarité, entre l'inférieur et le supérieur, à l'image de la nature[5]. Sa doctrine est profondément élitiste, ancré dans une métaphysique de la politique entre autres, voir Métaphysique du sexe, de la guerre, etc. Il est un philosophe païen, qui estime que les monothéismes juif, chrétien ou musulman reflètent une dégénérescence dans l'histoire[6]. Il se positionne aussi contre démocratique et surtout le communisme qu'il considère aussi comme l'échelon le plus bas à atteindre sur l'échelle du politique[7] Étant italien, Julius Evola est associé au fascisme, par contre, pour lui, le fascisme est trop moderne, et donc, est encore loin d'incarner un régime traditionnel légitime, ce qui lui vaut de l'inimitié à l'intérieur du régime[8].Quant à ses liens avec l'Allemagne nationale-socialiste, sa critique du régime parle d'elle-même[9] , il y dénonce sa tendance au racisme biologique. Dans la veine d'Otto Weininger il prône une culture virile, fondée sur l'honneur et le courage et la fides qualité dont il déplore l'absence chez les dirigeants contemporain.

La seule différence notable que constate Évola entre le fascisme et le national-socialisme est que l'un ne partage pas le racisme biologique de l'autre. Le racisme évolien est métaphysique, voire spirituel. Il ne croit à la supériorité de la race, mais situe son argumentation au niveau de l'individu absolu, donc au-dessus de la nature dans sa conception aristotélicienne. Pour lui il s’agit d’une hiérarchie de cultures et de civilisations qui transcende le temps et l'espace.

Mais il prône un fascisme plus radical :

« Nous ne sommes ni fascistes ni antifascistes. L'antifascisme ne correspond à rien pour des ennemis irréductibles de toute politique plébéienne et de toute idéologie nationaliste. [...] Quant au fascisme, il est trop peu. [...] Nous voudrions un fascisme plus radical, plus intrépide, un fascisme vraiment absolu, fait de force pure, inaccessible à tout compromis[10]. »

Lors de son procès en 1951, il soutiendra avoir défendu le fascisme en ce qu’il défend la tradition comme un principe supérieur.

Affinités avec l'Allemagne et le national-socialisme

Dans ses œuvres, Evola met souvent l'accent sur l'unité spirituelle entre les civilisations allemande et italienne[11].

En 1942, il publie Le Mythe du sang où, développant ce qu’il appelle « les caractères effectivement destructeurs du judaïsme[12] », il expose sa détestation de toutes les valeurs issues de la Bible et de toute la tradition juive, du christianisme et du catholicisme[13]. Il écrit encore : « Le front aryen et raciste considère le judaïsme comme une force destructrice pour toute race ou culture. »</ref> » Son racisme n'est pas biologique mais culturel et métaphysique. Son antisémitisme est « non-racial » en ce sens qu'il considère que les juifs ne forment pas une race pure, au sens biologique, moderne donc[non neutre], et pas plus que les peuples européens, du reste, qui ont été mélangés au cours de l'histoire. Mais ils forment cependant selon lui une entité à part, qui mérite d'être distinguée néanmoins, c’est-à-dire une entité culturelle.

Mais moins pour des raisons de race, que pour des raisons de spécificité culturelle, religieuse, en un mot : pour le monothéisme en somme, que le juifs ont apporté à l'humanité et qu'il exècre. C'est ainsi qu'il peut prétendre soutenir l'existence d'un être juif éternel, constant et nocif depuis les origines, et dont les caractéristiques tiennent au judaïsme, qui peut potentiellement, affirme-t-il, dominer les autres peuples ou les corrompre.

Hormis cette réserve sur le mot « race » par quoi il se distingue des théories racistes nazies, il partage toutes les accusations des nazis qui se trouvent dans le Protocole des Sages de Sion, célèbre faux, qui existe néanmoins, et dont l'auteur est encore inconnu, célèbre faux qui intéressa aussi Henry Ford en son temps[14] Celle-ci contribua à sa diffusion systématique, le plus largement possible, après lui avoir repris toute son inspiration. De ce faux (dont il n'ignore pas que c'en est un), Evola déclare que peu importe l'authenticité, parce qu'il dit la vérité, à savoir un complot mondial, un pouvoir secret, un projet de domination mondiale, de destruction des sociétés que les juifs pourrissent de l'intérieur, qu'ils détruisent comme un virus ronge un corps sain, qui apportent avec eux la dégénérescence.

Evola fait paraître en 1943 La Doctrine de l'Éveil (La dottrina del risveglio), une étude sur l'ascèse bouddhique, à laquelle il continue à s'intéresser en parallèle à ses préoccupations politiques. En quelque sorte, l'éveil bouddhique et le réveil de la civilisation déclinante par la faute de la modernité, sont associés dans son esprit.

Il est touché par un bombardement lors d'un passage à Vienne en 1945 qui le laissera paralysé des membres inférieurs. Il passera plusieurs années à l'hôpital.


Malgré ce qui est formulé dans le Mythe du sang, l'adhésion de Evola à l'idéologie raciste du national-socialisme est explicite dans ce texte : on y trouve une apologie de l'aryanité et une admiration pour l'audace national-socialiste qui ose reprendre et réanimer l'esprit « aryen » et « germain » des origines. Il dit bien, même, que le caractère ascientifique et idéologique des thèses racialistes et racistes ne lui échappe pas, mais ne constitue pas pour autant une objection qui pourrait leur être faite. Ce qui est à comprendre dans la ligne de ce qu'il pense du faux que constitue « le Protocole des Sages de Sion » mais qui doit être tenu pour vrai, affirme-t-il, même si son authenticité est peu vraisemblable. Autrement dit, son irrationalisme est assumé, pour peu qu'il s'agisse d'une nécessité pratique qui doit l'emporter sur la raison. Cette acceptation de l'irrationalité est à relier à sa logique de pensée : Evola soutient qu'un texte ou une idée, même contraires à la science, à la raison et à la connaissance factuelle, et bien qu'intenables de ces points de vue, doivent être tenus pour vrais à la mesure de leur intérêt ou leur utilité politique et pour l'action. De fait, ce texte ou cette idée peuvent malgré tout être valides. Car « une quantité d'idées, qui seraient considérées comme des fantaisies sans valeur scientifique par les “chercheurs” de nos universités, jouent un rôle très important, politique et éthique, dans la nouvelle culture germanique et inspirent des directives précises pour la formation systématique de la jeunesse ». Il partage par ailleurs l'idée complotiste faisant de la franc-maçonnerie une force subversive s'opposant au traditionalisme et qui serait le moteur des principaux bouleversements politiques depuis la Révolution française[15].

Une idée doit être acceptée à la hauteur de son utilité pour l'action et pour la conviction des masses. En politique Evola professe un pragmatisme cynique et un triomphe de la force qui décide de la vérité.

Pour Evola, l'efficacité en acte vaut pour critère de vérité : si une idée est utile, elle est vraie, quel que soit l'avis des esprits savants et quels que soient les arguments rationnels qui pourraient l'invalider. On a affaire à une pensée de la force pure : la force prime sur l'esprit et c'est la force d'une idée qui fait sa vérité ; une idée est vraie parce qu'elle est opportune et utilisable au service d'un objectif qui requiert la force.

Aucune restriction à la violence qui triomphe sous le règne du national-socialisme , ne se trouve sous la plume de Evola. À vrai dire la seule critique que Evola ait à adresser au national-socialisme, c'est que celui-ci n'accomplit pas son programme, à savoir, dans le domaine juridique, la création d'un nouveau droit public allemand, anti-positiviste et inspiré par l'idée raciale qui remonte, affirme-t-il, aux origines « aryennes » et « germaniques » (mythiques, qu'il leur assigne). C'est pourquoi le problème juridique est finalement réduit à la simple hygiène raciale, affirme-t-il dans sa critique qui voudrait voir s'accomplir un véritable national-socialisme pur et radical, c’est-à-dire radicalement tourné vers la restauration de l'origine (mythique).

Pour l'État il en va de même selon l'idée critique d'Evola. Sa réalisation ne coïncide pas avec le principe proclamé, à savoir que la légitimation du Führertum (direction par le Führer) devrait résider uniquement dans le Volk (soit le peuple au sens ethnique). Evola déplore encore que ce que réalise le national-socialisme , — soit un nationalisme déterminé, par le moyen d'un État autoritaire et fort —, ne correspond cependant pas aux formes originaires aryennes et germaniques qu'il voudrait voir accomplir, en guise de renouveau allemand. Car Evola identifie le droit germain au droit romain ancien (ce dernier qu'il distingue lui-même de sa version libérale moderne) et qu'il caractérise par la présence d'un Rex d'origine divine, au-delà du chef exceptionnel (Dux, Imperator, ou Heretigo) élu par consentement et acclamation. Le chef politique comme dieu incarné ou figure divine des anciennes théocraties, est en somme son idéal.

Nourri de bouddhisme, il partage, mais en partie seulement, avec Martin Heidegger et Carl Schmitt le dessein du réveil de l'Allemagne et de la renaissance de la germanité, comme C.G. Jung dans son essai Wotan en 1936, contre la modernité c’est-à-dire contre l'américanisme et le communisme tout à la fois. Entre les Soviétiques et les Américains, le national-socialisme est supposé inventer une troisième voie, celle d'un empire européen germanique et païen, ni capitaliste, ni socialiste, sous la conduite de l'Allemagne. Mais à la différence des deux auteurs précédents, Evola, voit le destin de l'Allemagne dans un retour à ses origines mythiques et à ses racines anciennes mythifiées, une Allemagne revenue à ses fondements germaniques et romains antiques, retrouvant sa fondation théologique ancienne, plus que théologico-politique (chrétienne). En cela, sur la question du théologico-politique, il se distingue complètement de Carl Schmitt à qui il s'oppose. Et en tant qu'il adhère à une mythologie des origines et un retour à celles-ci, il est aussi éloigné que possible d'Heidegger. Evola se nourrit, en effet, d'une mythologie des temps du paganisme apolitique (non grec), c’est-à-dire des temps des figures théologiques d'avant le judaïsme et le christianisme, d'avant la politique au sens grec, et à côté et en dehors de la tradition juive et chrétienne.

Il adhère à une mythologie païenne qu'il trouve chez les « anciens Germains » et dans le bouddhisme, tentant un syncrétisme audacieux. Syncrétisme où le mène à la fois son refus de la politique au sens grec, soit la démocratie et le règne de la loi, ainsi que son refus de la civilisation issue du judaïsme et du christianisme, qui enseigne à ne pas croire en la seule force humaine, parce que la justice est plus forte que la force, et qui apprend par conséquent à croire en la force de la faiblesse, si elle a pour elle la justice, et apprend donc la possibilité qu'il y a pour le faible de vaincre le fort. David contre Goliath, ou la figure du Christ, résument cette sagesse.

Evola, lecteur de Nietzsche, inspiré du bouddhisme, se trouve aux antipodes de cette sagesse et en vint à admirer le national-socialisme et croire en son avenir, mené par son paganisme exacerbé, son désir mythique de grandeur, de force, et de revanche sur le destin, ou renaissance, qu'accompagne et provenant de son rejet de la modernité en crise.

Le sens de l'aryanité

C'est en 1934 qu'Evola se rend pour la première fois en Allemagne, pour y donner une série de conférences. La figure aristocratique d'Evola est appréciée en certains milieux, comme le Herrenklub de Berlin, au deuxième Congrès des Études nordiques et dans les universités. Par contre, il est tenu en suspicion par le régime nazi, car il critique vivement le théoricien du national-socialisme, Alfred Rosenberg, pour son manque de « compréhension pour la dimension sacrée et de la transcendance ». De plus, l'aristocrate qu'est Evola n'apprécie guère le caractère outrageusement plébéien et vulgaire du régime hitlérien. Dans son maître ouvrage Révolte contre le monde moderne, publié en 1934, il avait déjà souligné qu'un véritable chef impose le respect par sa seule présence et non par la violence, qui est toujours un indice de faiblesse spirituelle. Sa non-adhésion au Parti fasciste lui crée également des problèmes. En 1941, cela le retiendra même de s'engager sur le front soviétique où il avait été tenté de combattre parce que le communisme constituait la plus grande menace pour le rétablissement d’une civilisation de type traditionnel en Europe. Mais c'est surtout sa vision élevée de l'aryanité, telle que conçue en Inde traditionnelle et reprise par le Bouddha, qui le rend suspect aux yeux des nazis. Evola affirme que le mot sanskrit « arya » désigne d'abord et avant tout une noblesse du cœur, une élévation spirituelle, avant d'être une question de sang. Il avance même qu'on peut être Juif et bon aryen à la fois. Après les conférences qu'Evola prononce en Allemagne en 1938, le Reichführer SS Heinrich Himmler approuve le rapport d'un officier proposant d'interdire à Evola toute activité publique en Allemagne et de ne lui apporter aucune aide, tout en le maintenant sous surveillance. Le baron Evola échappa de justesse à l’interdiction de séjour grâce à l’intervention d’un proche de Himmler, le SS-Brigadeführer Karl Maria Willigut (alias Karl Maria Weisthor).

C’est aussi en 1938 qu’Evola visite la Roumanie, où il fait connaissance avec Corneliu Zelea Codreanu, qu’il décrit comme « une des figures les plus dignes et les mieux orientées spirituellement » qu’il lui ait été donné de rencontrer. Il se lie aussi d’amitié avec le grand historien des religions Mircea Eliade.

Après la guerre

Après la guerre il reste un penseur de référence pour l'extrême droite néofasciste italienne et pour le courant de la Nouvelle droite païenne tels Claudio Mutti, Jean-Paul Lippi, Alain de Benoist, comme ce dernier l'expose clairement dans ses écrits sur Evola[16] . Il sera arrêté dans le cadre de l'affaire du Front d'action révolutionnaire et accusé de reconstitution du Parti fasciste. Lors de son procès en 1951 il ne dissimulera ses idées politiques en faveur du fascisme et reconnaîtra fréquenter le Front d'Action Révolutionnaire qu'il influence : « J’ai défendu, et je défends, des “idées fascistes”, non en tant qu’elles étaient “fascistes”, mais dans la mesure où elles reprenaient une tradition supérieure et antérieure au fascisme, où elles appartenaient à l’héritage de la conception hiérarchique, aristocratique et traditionnelle de l’Etat — conception ayant un caractère universel et qui s’est maintenue en Europe jusqu’à la Révolution française. En réalité, les positions que j’ai défendues et que je défends en tant qu’homme [...] ne doivent pas être dites “fascistes”, mais traditionnelles et contre-révolutionnaires ». Dans l'optique de la dite politique contre-révolutionnaire, il est incontestable qu’Evola a considéré que le fascisme et le national-socialisme se situaient globalement « du bon côté », comme l'écrit un de ses défenseurs et commentateurs, Alain de Benoist. Il est considéré par la droite radicale, comme elle se nomme elle-même, et les divers courants du neofascisme, de même que par les commentateurs critiques opposés, comme le penseur privilégié du néo-fascisme italien jusqu'à sa mort, en 1974. Il donnera également des armes idéologiques au groupe Ordre nouveau et à des fractions du Mouvement social italien.

Il déplore cependant l'absence d'une vraie droite, vraiment radicale et l'absence de forces susceptibles d'aller dans le sens qu'il préconise pour la réalisation de ses idées politiques : dans "Fascisme vu de droite", il écrit : « Il faut dire qu’aujourd’hui il n’y a pas en Italie une Droite digne de ce nom » . Et, dans " Le Chemin du Cinabre" il écrit encore : « En dehors de l’adhésion de représentants des jeunes générations, attirés surtout par les fondements que les doctrines traditionnelles offrent à une orientation de Droite, les personnes qualifiées arrivées à maturité qui, dans le domaine des études et en partant des positions que j’ai défendues ou fait connaître, sont allées plus loin pardes développements personnels sérieux, méthodiques et médités [...] ces personnes sont pratiquement inexistantes[17] ».



Il écrit en 1958 Métaphysique du sexe (Metafisica del Sesso), qui expose sa vision de l'histoire comme une décadence de plus de deux millénaires où triomphe le féminin et se perdent les valeurs viriles héroïques et guerrières et où il reprend ses études sur le symbolisme, ici étendues à de nombreuses traditions ésotériques avec pour point d'ancrage l'acte sexuel.

En 1961, il publie Chevaucher le tigre (Cavalcare la tigre) qui contient de nombreuses critiques du monde moderne, en continuation avec ses précédents ouvrages.

Il meurt le 11 Juin 1974 et ses cendres sont dispersées dans une crevasse du Mont Rose[18].

La doctrine

La pensée de Julius Evola se présente comme éminemment magique et guerrière. Il adhère à la « tradition primordiale hyperboréenne », c'est-à-dire à la métaphysique commune à toutes les traditions antiques. Ses écrits identifient l'aspect « héroïque et guerrier » comme facteur de révélation des forces magiques supérieures ou « solaires » dans le monde. Dans un monde qui a perdu la présence des êtres divins (« rois magiques ») des origines, Evola, y compris dans ses analyses symboliques, révèle la prééminence de l'élément guerrier au sommet de la hiérarchie sociale, au-delà des revendications d'une éventuelle caste sacerdotale qu'il qualifie d'usurpateur des rites magiques. Dans cette rivalité, il voit une lutte éternelle entre forces « solaires » et « lunaires », ou principes « masculins » et « féminins », pour dominer l'Histoire.

Evola voit dans l'histoire une vaste décadence continue, la perte de traditions (mythiques)[19], l'effondrement des valeurs viriles et le triomphe de la féminité[20]. Avec ces interprétations et son recours constant à une mythologie archaïsante puisée dans la tradition de l'Inde ancienne (tantrisme, bouddhisme) il s'agit chez lui d'un rejet total des valeurs politiques modernes, de sorte qu'il ira jusqu'à rejeter également leurs racines et sources grecques. Du fait de cette dimension mythologisante qui est sa grille d'interprétation de l'histoire, certains de ses lecteurs appartenant à la "Nouvelle droite[21]" ont voulu le rapprocher de René Guénon. De même que l'apologie des valeurs aristocratiques et guerrières, jointes à une certaine hostilité au christianisme que l'on trouve chez Nietzsche ces mêmes interprétations à le rapprocher de celui-ci, bien que les perspectives soient totalement distinctes. Pour les rares individus « restés debout dans ce monde en ruines », Julius Evola dévoile dans son ouvrage La Doctrine de l'Éveil des techniques concrètes de libération spirituelle redécouvertes, provenant des enseignements de l'ascèse bouddhiste des origines.

Œuvres

  • Chevaucher le tigre, Éditions La Colombe, 1964.
  • Métaphysique du sexe, Payot, 1968.
  • Ecrits sur la Franc-maçonnerie, Éditions Pardès, 1987.
  • Eléments pour une éducation raciale, Éditions Pardès, 1984.
  • Essais politiques, Éditions Pardès, 1988.
  • Explorations, Éditions Pardès, 1989.
  • Hiérarchie et démocratie (avec René Guénon), Les Editions de l'Homme libre, 1999.
  • Impérialisme païen, Éditions Pardès, 2004.
  • La Doctrine aryenne du combat et de la victoire, Éditions Pardès, 1987.
  • La Doctrine de l’éveil, Éditions Archè, 1976.
  • L’Arc et la massue, Éditions Trédaniel, 1983.
  • La Tradition hermétique, Éditions Traditionnelles, 1983.
  • Le Chemin du cinabre, Éditions Archè, 1983.
  • Le Fascisme vu de droite, Éditions Pardès, 1981.
  • Le Mystère du Graal, Éditions Traditionnelles, 1974.
  • Le Mythe du sang, Les Editions de L’Homme libre, 1999.
  • Le Petit livre noir, Rémi Perrin, 1999.
  • Les Hommes au milieu des ruines (préface du prince Borghese), 1965, Éditions Pardès, 2005.
  • Le Taoisme, Éditions Pardès, 1989.
  • L’Europe ou le déclin de l’Occident, Rémi Perrin, 2000.
  • Le Yoga tantrique, Fayard, 1971.
  • Masques et visages du spiritualisme contemporain, Éditions Pardès, 1972.
  • Méditations du haut des cimes, Éditions Pardès, 1986/ seconde édition (nouvelle traduction et textes inédits): Editions du Lore, 2006.
  • Métaphysique de la guerre, Editions Arché, 1980.
  • Orient et Occident, Editions Archè, 1982.
  • Phénoménologie de la subversion, Les Editions de L’Homme libre, 2004.
  • Révolte contre le monde moderne, L’Âge d’Homme, 1991. (ré-imp. Mars 2009 en coédition avec Guy Trédaniel).
  • Symboles et mythes de la tradition occidentale, Éditions Archè, 1980.
  • Synthèse de doctrine de la race, Les Éditions de L’Homme Libre, 2002.
  • Tous les articles de Ur et Krur (1927-1928-1929), Introduction à la magie (1955), Éditions Archè, 1986.
  • Trois aspects du judaïsme, Editions de l'Homme Libre, 2006
  • Ur et Krur, Introduction à la magie, Ur 1927, Éditions Archè, 1983.
  • Ur et Krur, Introduction à la magie, Ur 1928, Éditions Archè, 1984.
  • Ur et Krur, Introduction à la magie, Krur 1929, Éditions Archè, 1985.
  • Virilité spirituelle, Éditions Ars magna, 2006.

Études sur Julius Evola

  • Guyot-Jeannin, Arnaud (éd.) : Dossier H Julius Evola, Éditions L'Âge d'Homme, 1997.
  • Philippe Baillet, Julius Evola ou la sexualité dans tous ses « états », Hérode, 1995.
  • Andrea Bedetti, Dadaïsme et tradition, Evola, le philosophe au pinceau, Éditions Ars magna, 2004.
  • Antoine Dectot de Christen, Evola : Guides des citations, Éditions Pardès, 2008.
  • David Bisson, La Pensée politique de Julius Evola (1898-1974), Mémoire de maîtrise, Rennes 1, 1996.
  • Christian Bouchet, Les Liaisons dangereuses de Julius Evola, Éditions Ars magna, 2003.
  • Christophe Boutin, Politique et tradition, Julius Evola dans le siècle, Kimé, 1992.
  • Jean-Luc Coronel, Julius Evola, penseur politique, doctrine et influence, Mémoire, IEP Aix, 1989.
  • Alexandre Douguine, Julius Evola et la Russie, Éditions Ars magna, 2005.
  • Arnaud Guyot-Jeannin, Enquête sur la tradition aujourd’hui, Guy Trédaniel, 1996.
  • Arnaud Guyot-Jeannin, Evola et la Tradition, Éditions Ars magna, 2000.
  • Arnaud Guyot-Jeannin, Julius Evola, Éditions L'Âge d'Homme, 1997.
  • H. T. Hansen, Julius Evola et la « révolution conservatrice » allemande, Deux Etendards, 2002.
  • Collectif, Evola – Envers et contre tous !, collection Orientation dirigée par Thierry Jolif, Avatar Éditions, 2010.
  • Jean-Paul Lippi, Evola, Éditions Pardès, 1999.
  • Jean-Paul Lippi, Julius Evola, métaphysicien et penseur politique,Éditions L'Âge d'Homme, 1998.
  • Claudio Mutti, Julius Evola et l’islam, Éditions Ars magna, 2004
  • Claudio Mutti, La Grande influence de René Guénon en Roumanie, suivi de Julius Evola en Europe de l’Est, Akribeia, 2002.
  • Mark Sedgwick, Against the modern world, traditionalism and the secret intellectual history of the twentieth century, Oxford, 2004.
  • Paolo Taufer, Les Jeunes et les ruines de Julius Evola, Éditions du Sel, 2005.
  • Julius Evola. Le visionnaire foudroyé, Copernic, 1977.

Notes

  1. Selon Jean-Paul Lippi, Evola, Pardès, 1999, p. 7, il fit « le choix de latiniser son prénom pour témoigner de sa fidélité aux idéaux dont il distinguait l'influence formatrice dans la romanité impériale ».
  2. Mario Dolcetta a mis en doute le titre de baron de Julius Evola dans un article paru dans L'Italia settimanale, n° 25, 1994, repris in Andrea Bedetti, Dadaïsme et tradition, Ars magna, 2004, p. 9.
  3. Pierre Milza, L'Europe en chemise noire. Les extrêmes droites en Europe de 1945 à aujourd'hui, Flammarion, collection « Champs », 2002, chapitre IV, « Le néo-fascisme en Italie du début des années 1950 à la fin des années 1970 », p. 95.
  4. ELIADE, Mircéa, Le mythe de l'éternel retour, Gallimard, coll: « Folio essai », Paris, 1969, 182 p.
  5. EVOLA, Julius, Les hommes au milieu des ruines, chap: III et IV, Pardès, Paris, 1984, 281 p.
  6. EVOLA, Julius, Révolte contre le monde moderne, Age d'Homme, Lausanne, 2009, 457 p.
  7. EVOLA, Julius, Les hommes au milieu des ruines: chap: IV, Op. Cit.
  8. SEDGWICK, Mark J., Contre le monde moderne: chap: 5, Dervy, Paris, 2008, 394 p.
  9. EVOLA, Julius, Le fascisme vu de droite, Pardès, Paris, 1979, 196p.
  10. La Torre, n°5, avril 1930.
  11. Voir Les hommes au milieu des ruines.
  12. Dans Les hommes au milieu des ruines, le chap. XIII développe sa pensée au sujet de la conspiration juive, dont il ne croit pas à son existence
  13. Là, il s'inspire de Nietzsche, plus précisément de l'Antéchrist de Nietzsche.
  14. Le juif international, Henry Ford.
  15. Julius Evola, Le mystère du Graal et l'idée impériale gibeline, Éditions traditionnelles, Paris, p.259
  16. voir par exemple : Alain de Benoist : Julius Evola
  17. Le chemin du Cinabre, Archè-Arktos, Milano-Carmagnola 1982.
  18. Pour Jean Parvulesco, intime d'Evola au terme de sa vie, la fin qu'il s'est choisie revêt un sens bien précis : « Enfin, si Julius Evola a tenu à ce que ses cendres fussent confiées à une faille secrète du Mont Rosa, c'est parce qu'il comptait que celui-ci, avec son glissement en avant, les ramène – quand cela devra se faire – au jour, dans la vallée d'en-bas, et qu'à ce moment-là il l'emportera sur sa mort ; ou bien plus encore. » (« Un entretien politique inédit avec Jean Parvulesco », Rébellion, n° 28, janvier-février 2008).
  19. Pierre-André Taguieff, « Julius Evola penseur de la décadence. Une “métaphysique de l’histoire” dans la perspective traditionnelle et l’hyper-critique de la modernité », in Politica Hermetica,1, L’Age d’homme, Lausanne 1987
  20. dans "la Métaphysique du sexe", et comme exposé par par Jean-Paul Lippi ; Jean-Paul Lippi, Julius Evola, métaphysicien et penseur politique,Éditions L'Âge d'Homme, 1998
  21. tel Jean-Paul Lippi, qui s'est fait une spécialité du commentaire de J. Evola : Jean-Paul Lippi, Julius Evola, métaphysicien et penseur politique,Éditions L'Âge d'Homme, 1998

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