Litterature russe


Litterature russe

Littérature russe

La littérature en langue russe proprement dite naît relativement tardivement au cours du XVIIe siècle, tout d'abord avec la poésie et le théâtre. Mais très tôt nait une très riche tradition romanesque, dominée par des écrivains tels que Pouchkine, puis Dostoïevski et Tolstoï. Le théâtre est marqué par la figure du dramaturge Tchekov. Au tournant du XXe siècle un nouvel élan littéraire est porté par la poésie symboliste puis futuriste, associé à une intense activité théorique. Le foisonnement de la vie littéraire russe est toutefois brisé par la répression politique du stalinisme. Depuis les années 1990, une nouvelle littérature russe renaît progressivement.

Sommaire

Les origines

Il n’existe en Russie aucun document écrit avant le XIe siècle. Il s’agit là d’une immense différence entre elle et l’Occident. Aborder la culture et la littérature russe nécessite donc une suppression de tout raisonnement « à l’occidentale », avec les préjugés qu'il induit. Par ailleurs, la Russie ne connaîtra pas de chevalerie (Joug Tatar) : aucun texte non religieux avant le XVIIe (hormis des récits populaires), et pas d’université avant celle de Lomonossov (Ломоносов), créée au XVIIIe siècle.

Il est intéressant de noter la dimension russe du mot "Littérature". Car si le mot actuel Literatura (Литература) désignerait ce qu’on appellerait « littérature », il s'agit bien évidemment d'un emprunt du XVIIIe. Slovenost (« Словесность ») était l’ancien mot qui signifie « art du mot ». Un art écrit, et surtout, un art oral.

Ainsi, la « Литература » caractérise ce qui relève de l’écrit et « Словесность » ce qui relève… du mot. Сначала было слово, « au commencement était le mot » (et non pas comme en Occident « le Verbe »). On peut noter cette dimension biblique du mot.

À partir du XIe siècle, l'opposition marquée et idéologique à l’Occident se traduit par le rejet de l’influence de Rome et de l’Allemagne. La Russie se réfère plus volontiers à Byzance, et au XIVe siècle Moscou récupère son héritage. Byzance détruite par les Turcs, Moscou devient « la nouvelle Byzance » et reprend l’aigle bicéphale comme symbole en héritière légitime.

Tradition orale

L’accentuation très forte de la langue russe lui donne un aspect incantatoire qui facilite la mémorisation : la poésie est, par exemple, encore déclamée de nos jours. Une langue ou la voix des poètes a souvent résonné comme celle de prophètes.

  • Populaire : chants, chansons accompagnant les travaux des champs, mariages, chants funèbres, ou tout simplement, pour le plaisir (vidé du religieux).
  • Pas de peinture ! Mais des dessins primitifs et des Loubok (лубок), dessins dans un style naïfs très audacieux au niveau du message → côté satirique, attaque contre les autorités ecclésiastique et étatique. Il y a donc une distance ironique par rapport à toute forme d’autorité.
  • Proverbes, dictons populaires, qui en Russie foisonnent.
  • Contes basés sur les myrrhes Slaves et au fond sur tous les rites païens qui font – toujours aujourd’hui – parti de la vie quotidienne. Certains croient encore aux esprits et Dieux Slaves.
Esprits qui hantent les contes et mythologies russes 

Lechii (Леший) : Génie des bois, le « Sylvain ». Un Lechii qui vous veut du mal dans la forêt vous court autour de façon à vous donner le vertige pour vous rendre fou. Il existe une manière de le contrecarrer : il faudrait mettre ses habits à l’envers.

Vokianoï (Водяной) : il vit dans l’eau près des moulins et capte l’âme des noyés qui ne trouvent jamais le repos. Il attire les hommes dans son royaume par les « руссалка » (Roussalka), créatures féminines à la voix extraordinaire. Les femmes connaissent un sort différent : les руссалка les chatouillent à mort.

Domovoï (Домовой) : Génie de la maison. Il peut être bon comme mauvais. Quand un objet disparaît à la maison, c’est l’esprit du malin qui l’a pris, et il n’y a aucune chance de le retrouver… Sauf si l’esprit du bien le fait miraculeusement réapparaître.

L’inventivité populaire, d’une richesse incroyable, reste inconnue des élites et autorités, soulignant ainsi le cloisonnement entre les deux catégories. Les autorités s’opposent à ce type de création :

  • Pour le pouvoir ecclésiastique, il y a trop de paganisme.
  • Pour le l’autorité étatique, les attaques directes contre le pouvoir nuisent.
  • Car si le peuple craint le tzar, ce n’est que dans une certaine mesure. L’élite est alors dans une position inconfortable entre pouvoir religieux et étatique. Il faudrait « apporter la lumière au peuple », qui est méfiant. Les intellectuels comme le tzar redoutent son éventuelle violence.

« Dieu nous préserve du soulèvement populaire », dit Pouchkine.

Il y a donc en Russie, des deux côtés, une production artistique et intellectuelle. Il faudrait arriver à réconcilier les deux, ce que tentera de faire Pouchkine.

La tradition orale est fondamentale pour comprendre les enjeux sociaux-culturels russes. D’un point de vue technique, on observe le rythme comme une caractéristique première de cette tradition orale : assonances, rimes qui ne s’affichent pas en poésie, éléments toujours semblables… En russe, le rythme est donné sur l’accent tonique. En polonais, c’est sur l’avant dernière syllabe, et en français, sur la dernière. La mélodie en russe est basée sur le rythme. L’accent tonique peut varier en fonction des cas, confirmant son statut d’élément majeur.

Chaque genre est caractérisé par un registre, des règles (non écrites) qui lui sont propre : ce n’est pas figé, le rythme est particulier (les poètes du XIXe et du début XXe l’utilisèrent encore : rythme, mélodie…), le registre sémantique ainsi que le rôle du fantastique.

Le conte

Parmi les traditions orales, le conte populaire est resté particulièrement vivant. Raconté de génération en génération par des nourrices et des grands-mères, il a nourri les Russes de sa langue et de ses riches représentations. Pouchkine en a mis plusieurs en vers. Parmi les nombreux personnages du conte russe, nous pouvons citer quelques-uns de très célèbres.

Царь (le Tsar) : Il a trois fils. Le chiffre trois est celui de l’accomplissement. La troisième fois est la bonne. Иван Царевич (Ivan-Tsarévitch) : Il est le plus jeune fils du tsar, le plus malheureux, mais sur le chemin qui est le sien il sait se faire des amis car il est généreux. Vieillards, sorcières, animaux, tous l’aident et il finit par arriver au but de ses voyages et à bout de ses problèmes. La princesse : Vassilissa, ou Hélène, est malmenée par une mauvaise mère ou un mauvais père qu’elle doit tuer pour être libérée. Elle a le pouvoir de se transformer, bien souvent contre son gré, en oiseau ou autre animal. Баба-Яга (Baba Iaga) : La sorcière qui habite une maison sur des pattes de poules (избушка на курьих ножках)dans la foret profonde. Elle fait peur, mais pour devenir vraiment indépendant et trouver son chemin il faut passer chez elle. Kochei l’immortel : il est maléfique, retient ses victimes prisonnières sous une forme qui n’est pas la leur, en particulier la princesse. Les animaux : Le loup gris, l’ours, le lièvre borgne, le brochet, tous les animaux de la Terre russe lorsqu’ils sont épargnés par quelqu’un lui rendent plus tard bien des services…

Quels sont les caractéristiques du conte russe ?

  • Des personnages
  • Le début « Жил был… » (Il était une fois…) mais aussi « … »
  • Le conteur crédibilise son récit en terminant par « J’y étais et j’y ai bu de la bière et de l’hydromel, ça m’a coulé sur les moustaches » (coté convivial : j’y étais pour quoi ? Pour boire…)

Même phénomène pour les chants épiques populaires :

  • On ne parle pas, ou rarement, de mariage, mais de couronne, d’anneau
  • Quelque chose de concret définit quelque chose d’abstrait
  • Beaucoup d’adresse à la nature, on lui parle
  • Simplicité de la syntaxe : peu de subordonné, facile à retenir, donc
  • Répétition trinaire : tout fonctionne par 3. Par exemple, dans un conte, le troisième épisode est pertinent (rien ne réussit la première ni la seconde fois) ; il y a toujours 3 fils, 3 épreuves → profond de l’inconscient humain, chiffres 3 et 7 perçus « magiques ».

Importance du rythme ternaire : en effet, on le retrouve dans la littérature, la poésie, les chants épiques…

  • La mer est toujours bleu marine,
  • la plaine est toujours широкоe (large)
  • La forêt est toujours тёмный (sombre), équivalent aux enfers: c’est un lieu d’initiation, d’épreuve.
  • Introduction parfois négative : « Non, ce n’est pas ceci cela… »
  • La Lune, месяц dans les contes, est toujours ясный (claire).
  • le loup сырий (gris), sauf chez Pouchkine, brun : Бурый волк. Par ailleurs, contrairement aux contes européens, le loup aide les bons, il ne manifeste aucune agressivité,
  • Emploi très fréquent des diminutifs : Руки (les mains) devient Ручки, et les mains de la princesse sont aussi « белие (blanches) »,
  • Bonhommie, ironie,

Les contes sont rassurants et on ne doit changer leur tradition.

Littérature vieux-russe

La littérature vieux-russe se constitue de rares ouvrages écrits en vieux-russe (à ne pas confondre avec le slavon d'Église) comme l'anonyme Dit de la campagne d'Igor (Слово о Полку Игореве). Les bylines, épopées orales, ont mélangé les traditions païennes et chrétiennes. L'influence de la littérature byzantine se fait sentir.

La littérature médiévale russe est écrite en slavon avec une très forte thématique religieuse. Le premier ouvrage en russe courant, l'autobiographie de l'archevêque Avvakoum, ne voit le jour que vers le milieu du XVIIe siècle.

Au début du XVe siècle, un nouveau titre semblable à celui de « grand prince » le supplante : Tzar (de César). L’Empire russe est construit sur le modèle de l’Empire romain et byzantin dont le tzar russe se veut l’héritier.

Sous Ivan IV, dit le Terrible (Иван Грозный) le territoire russe est unifiée. On sort d’une longue période de joug tatar. À sa mort, il n’y a pas de successeur légitime. L’aîné d’Ivan a été assassiné par son propre père. Fiodor est intellectuellement limité : pendant qu’il est officiellement tzar, c’est un conseiller très compétent d’Ivan IV qui prend les rênes : Boris Godounov. Quant à Dmitri, issu d’un second mariage, il n’est qu’un petit enfant quand Fiodor meurt. Mais en jouant avec un couteau, il s’égorge en tombant. Godounov est soupçonné de l'avoir assassiné. Godounov devient tzar. Son fils prend la suite : son règne sera court puisqu’il est assassiné. Les temps troubles (смутное время) commencent alors.

De 1610 à 1615, se succèdent des Boyards au Kremlin. Puis apparaît une personne inconnue, soutenue par le roi de Pologne, prétendant être Dmitri. Il aurait miraculeusement échappé à la mort. Il va arriver jusqu’au Kremlin, prendre Moscou et régner (peu de temps). Mais il a le tort de ramener avec lui des Polonais, catholiques, au Kremlin et de se marier avec une Polonaise, Marina Mniszek. Le peuple s’insurge et s’empare du Kremlin. Dimitri est tué. De nouveau, le désordre se réinstalle accompagné d’une famine et d’une crise économique sans précédent.

Apparaît un deuxième imposteur, encore soutenu par la Pologne, qui se mariera avec… Marina Mniszek ! Il n’arrivera pas jusqu’au Kremlin, immédiatement massacré par la population.

Du point de vue culturel, ce temps chaotique est paradoxalement riche. Sous l'impulsion des Polonais, la Russie s'ouvre au monde extérieur. Alors nation forte de l’Europe, le royaume Polono-Lituanien est des plus raffinés.

Cette période d'incertitude s'achève avec l'élection d'un tzar en 1615. Ce sera Michel Romanov, premier d’une longue dynastie (jusqu’à Nicolas II). C’est un homme modéré, mesuré, avec une certaine autorité. À la fin du XVIIe, son fils légitime Alexis, Алексей Михаловичь « le très paisible », lui succède. Son règne est marqué par de nombreuses réformes. Sa deuxième femme, Natalia Narychkina s’intéresse quant à elle beaucoup à ce qui se passe en Europe, et exerce sur son mari une grande influence. Elle introduit en particulier le théâtre venu d’Occident et met en place une troupe permanente.

Le XVIIIe siècle

La modernisation de la Russie

C'est surtout avec le règne de Pierre le Grand que la culture russe se sécularise. Ainsi, on arrive progressivement à une littérature, une peinture, une musique russe au début du XVIIIe. L’amorce a bien lieu à la fin du XVIIe, mais l’essentiel débute au tout début XVIIIe, avec la création de Saint-Pétersbourg en 1703.

Pierre le Grand fonde le premier journal russe (gratuit) : « Ведомости » (Les Nouvelles). Mais le pays est encore en grande partie analphabète. Une réforme de l’alphabet simplifie les caractères cyrilliques, en s'inspirant de l'alphabet latin moderne. Le cyrillique tel qu’on le lit aujourd’hui provient d’une seconde réforme de la langue par Lénine en 1917. En outre, de nombreuses écoles et institutions sont créées : l’Académie de Marine, l’École du Génie (d’où sortira un certain Dostoïevski), l’École de Médecine de Moscou, l’Académie des Sciences, ainsi que le premier musée de Russie : la Kunstkamera (Кунсткамера), située à côté du palais d’Hiver.

Pierre le Grand ne prête cependant pas un intérêt profond pour la littérature et l’art. C’est avant tout quelqu’un de pratique, comme l’attestent ses réformes sur les académies ou l’administration en général. De même, les premiers livres imprimés en caractères cybiles sont des guides pratiques concernant l’art militaire, ou encore un manuel de correspondance.

Après sa mort en 1725, l’Empire russe est marqué par les tzarines : très peu d’hommes régneront, et leur héritage est très minime. C'est à cette époque que se parachève la construction de Saint-Pétersbourg, Pierre le Grand ne s’étant occupé que de la partie militaire. Ce sont les impératrices qui vont orner la ville, avec des architectes français et italiens pour la plupart. L’œuvre d’occidentalisation entamée par Pierre est orientée dans un contexte culturel.

Les genres littéraires

Sous Pierre le Grand, les chansons d’amour sont tolérées, ce qui est un changement essentiel. En effet, l’amour devient « autorisé », victime autrefois des désignations les plus dures. Ses chansons reprennent la tradition orale avec son système stylistique, ses images, et la poétique nouvelle du lyrisme européen.

On autorise également la littérature narrative : apparition de récits d’aventure, qui ne sont autres que des imitations de romans de chevalerie. Les « Повести » (traduit par « nouvelle » en français, alors que « Повесть » signifie « narration ») sont le plus souvent des adaptations au contexte russe de récits étrangers. On retrouve même des caractéristiques du conte populaire.

Le héros traditionnel de ces ouvrages est généralement un noble russe entreprenant, courageux, audacieux, et attiré par l’occident: idéal de l’homme nouveau, pour l’élite.

Un exemple en est l’Histoire du marin russe Vassili Kariotsky et de la belle reine Iraklia de la terre Florentine. L’aventure se passe à l’étranger, dans le ton du merveilleux (il devient roi de la terre florentine et épouse la reine). Le choix d'un marin comme héros dénote une certaine modernité (la flotte russe existe depuis très peu).

Mais malgré tout, tout le XVIIIe est marqué par l’hégémonie de la poésie. Des auteurs comme Antioch Kantemir, Vasily Trediakovski, et Mikhaïl Lomonossov au début du XVIIIe siècle forment la première vague littéraire russe. En poésie Gavril Derjavine, en prose Nikolaï Karamzine et Alexandre Radichtchev, au théâtre Alexandre Soumarokov et Denis Fonvizine défrichent des genres littéraires pour l'instant inexistants.

Vers l’élaboration d’une langue littéraire

Le XVIIIe siècle est une période déterminante marquée par une grande querelle concernant l'utilisation du vieux russe (ou slavon) ou du russe populaire comme langue littéraire. En 1743, Lomonossov (Ломоносов), fondateur de la première université de Moscou, écrit un traité de rhétorique en posant le dilemme du slavon. En 1745, le poète Trediakovski (Тредиаковский) envisage la création d’une langue littéraire, mélange de la langue populaire et du slavon.

C'est finalement cette solution qu'adopte Lomonossov en 1755 avec la première Grammaire russe. Il s’agit là de la première normalisation de la langue. La langue russe écrite emprunte par ailleurs à l'étranger de nombreux termes techniques. Le vocabulaire de la marine est ainsi emprunté au hollandais, le vocabulaire militaire à l'allemand, et les termes conceptuels proviennent souvent du français.

Naissance du roman russe

On traduit par ailleurs de plus en plus de romans occidentaux qui suscitent réflexion, comme les romans de l’abbé Prévost (à l’origine du premier débat littéraire en Russie), Madame de Scudéry, Scarron ou Lesage.

Le débat prend une dimension importante. Différentes sensibilités s'affirment :

Les conservateurs : Ils emportent dans un premier temps le débat. Le poète Soumarokov (Cyмapоков) explique que « lire des romans est une inutile et regrettable perte de temps »(référence manquante). Kherakov (Xepaков) ajoute qu'« on ne tire pas profit de la lecture des romans »(référence manquante).

Les opposants : Porochin (traducteur de l’Abbé Prévost entre autres) argumente que les romans (à l’européenne) jouent un rôle social. Le succès grandissant des traductions entraîne l'apparition de romans russes qui auront beaucoup de succès.

Fédor Emin (1735 ?-1770) fut le premier romancier en langue russe, bien que d'origine étrangère. Il combine les modèles d’intrigues les plus répandus en les russifiant, et use d'un style médiocre. Mais ses romans comblent l'attente du public russe naissant et rencontrent un réel succès. Dans ses romans, dont le plus connu est « La fortune inconstante » (1763), on trouve une sorte de mélange fantastique/réel, des amours difficiles, les poncifs du roman d’aventure, mais aussi des tableaux réalistes des mœurs de l’époques. Le fait que ces romans aient été écrits directement en russe explique pour une part leur succès. L’auteur affirme également que certaines aventures lui sont arrivées personnellement, rendant le lecteur enthousiaste.

Mais l’exemple de l'écrivain Mikhail Tchoulkov (1743 ?-1793) reflète bien un certain paradoxe : plutôt conservateur, il considère l’écriture de roman comme une activité insignifiante. Il est cependant intéressé par le fait que la langue d’Emin soit familière. Et il écrira lui-même dans le parler contemporain de Moscou. Ce fait révèle le besoin d'élaborer une langue écrite adaptée à la réalité de la Russie contemporaine.

Littérature russe moderne

Le romantisme, au début du XIXe siècle voit l'éclosion d'une génération talentueuse avec Vassili Joukovski mais surtout Alexandre Pouchkine, Mikhaïl Lermontov et Fiodor Tiouttchev.

Ce siècle sera le siècle d'or de la littérature russe et plus particulièrement du roman avec Dostoïevski, Gogol, Gontcharov, Leskov, Saltykov-Chtchédrine, Tolstoï, Tourguéniev. Parallèlement, les autres domaines littéraires se développent aussi avec le fabuliste Ivan Krylov, les poètes Evguéni Baratynski, Konstantin Batyouchkov, Alexandre Nekrassov, Alexis Tolstoï, Fiodor Tiouttchev et Afanassi Fet, le collectif satirique Kosma Prioutkov. Anton Tchekhov développe à la fois une œuvre théâtrale essentielle, mais aussi tout un registre d'histoires très courtes qui en fait un des auteurs russophone les plus marquants.

Le XXe siècle

Symbolisme et futurisme

Le début du XXe siècle voit une vive activité dans le champ poétique avec l'éclosion de beaucoup de tendances telles le symbolisme puis l'acméisme et le futurisme russe. De nombreux poètes participent à ce nouvel âge d'or : Anna Akhmatova, Innocent Annenski, Andreï Biély, Alexandre Blok, Valéry Brioussov, Marina Tsvetaïeva, Sergueï Essénine, Nikolaï Goumilev, Daniil Harms, Vélimir Khlebnikov, Ossip Mandelstam, Vladimir Maïakovski, Boris Pasternak, Fiodor Sologoub ou Maximilien Volochine.

C'est également une période d'intense activité critique et théorique, avec le développement du formalisme russe.

La période soviétique

Après la révolution d'Octobre, de nombreux écrivains russes s'exilent, notamment à Berlin, puis à Paris, où de nombreuses revues littéraires en russe sont éditées (La Pensée russe). En 1921, Nikolaï Goumilev, mari d'Akhmatova, est exécuté pour activités pro-impériales.

Mais avec le démarrage de la NEP, une relative liberté est accordée aux écrivains, et certains exilés choisissent de revenir en Russie (Victor Chklovski, Andreï Biély, et plus tard, Maxime Gorki).

La vie littéraire reprend tant bien que mal, malgré les tracasseries du pouvoir et la précarité de l'économie. Des groupes tels que les Frères de Saint-Sérapion ou le mouvement de l'Obériou essaient de renouveler l'esthétique du roman ou de la poésie. Une certaine critique de la société trouve même droit de cité, comme dans les romans satiriques de Ilf et Petrov ou L’Envie de Iouri Olecha (1927). Mikhaïl Cholokhov publie le Don paisible qui lui vaudra le prix Nobel de littérature en 1965.

L'arrivée au pouvoir suprême de Joseph Staline en 1930 marque la fin de la relative liberté accordée aux écrivains russes par le pouvoir bolchévique. Une esthétique officielle se met en place : le réalisme socialiste. Cette doctrine littéraire est simple, il s'agit d'utiliser le talent des écrivains pour vanter les mérites et les réussites du régime ainsi que pour expliquer la propagande officielle. Le régime s'occupe d'organiser la vie littéraire et l'orientation des thèmes via l'Union des écrivains qui relève directement du commissaire politique Andreï Jdanov. Toutefois la Literatournaïa gazeta (Gazette littéraire) garde une relative indépendance d'esprit.

Très rapidement, les écrivains réfractaires seront contraints à l'exil, à la prison, au camp de travail. Les poètes futuristes Vladimir Maïakovski et Marina Tsvetaïeva choisiront le suicide. Cette répression, associée à des conditions matérielles très dures dues à la Second Guerre mondiale conduiront à la disparition de la quasi-totalité du milieu littéraire russe. Dans le même temps, l'école de critique et de théorie littéraire russe est mise au pas. Roman Jakobson s'installe aux États-Unis, Victor Chklovski et Mikhaïl Bakhtine sont réduits au silence. Certains auteurs, pour contourner la censure, s'abritent derrière le genre du conte pour enfants (Daniil Harms) ou de la bibliographie historique (Iouri Tynianov). Mais la plupart des auteurs (Mikhaïl Boulgakov, Boris Pasternak, Andreï Platonov, Ossip Mandelstam, Iouri Olecha, Isaac Babel ou Vassili Grossman) continuent leur travail littéraire de manière parfois clandestine, en espérant être publiés de manière posthume ou à travers le régime des samizdat (publications artisanales clandestines).

Les auteurs en exil comme le prix Nobel Ivan Bounine, Alexandre Kouprine ou Vladimir Nabokov réussissent à vivre de leur travail, gardent leur liberté créatrice mais ne peuvent atteindre leur public, le public russophone, que par samizdat.

Dans l'URSS d'après Staline, le socialisme réel reste le seul style littéraire autorisé mais les auteurs publiant sous samizdat ont plus de libertés. Surtout les auteurs peuvent vivre de leur travail et craignent moins la répression et l'internement. Les premiers récits concernant le goulag commencent à circuler en samizdat, tels ceux du prix Nobel Alexandre Soljenitsyne ou de Varlam Chalamov. Vénédict Erofeiev continue son travail de publication par samizdat.

Dans la période de déclin de l'union soviétique, les Russes émigrés reçoivent en Occident une reconnaissance assez forte tels le prix Nobel Joseph Brodsky ou le nouveliste Sergueï Dovlatov. Leur œuvre n'est alors connue en URSS que par samizdat.

Il faudra attendre la politique de perestroïka entamée à la fin du des années 1980 pour que des écrivains dissidents soient officiellement publiés.

Littérature russe contemporaine

À la fin du XXe siècle, la littérature russe doit passer une phase délicate : celle de la renaissance, par-delà le sel semé par des décennies de socialisme soviétique. Les besoins de cette période sont de deux types : former et découvrir de nouveaux talents et créer une économie de l'édition en Russie. Les maisons d'édition trouvent de l'argent pour se développer en vendant des romans de piètre qualité littéraire. Peu d'écrivains, comme Viktor Pelevine ou Vladimir Sorokine sortent du lot. Les maisons d'édition publient peu des œuvres étouffées sous la période communiste ou connues par samizdat.

La poule aux œufs d'or de l'édition russe est, comme partout ailleurs, la littérature policière. Les polars empreints d'ironie de Daria Dontsova connaissent un grand succès. Les 50 romans policiers qu'elle a pour l'instant écrits se sont vendus à des millions d'exemplaires et sont traduits dans plusieurs pays européens.

Au début du vingt-et-unième siècle la demande du public russe s'est fortement accrue, en qualité comme en quantité. En conséquence, l'économie de l'édition russe est obligée de fournir ses clients en cherchant et rémunérant de nouveaux talents littéraires. Le nombre de maisons d'édition et les tirages augmentent.

Un certain nombre d'écrivains russes sont désormais populaires en Europe occidentale et en Amérique du Nord, telles Tatiana Tolstaïa ou Lïoudmila Oulitskaïa. Les polars de Boris Akounine avec son personnage fétiche Eraste Fandorine sont publiés en Europe et en Amérique du Nord. Alexandra Marinina, la plus grande écrivain de roman policiers en Russie a réussi à exporter ses livres en Europe et a bénéficié d'un grand succès en Allemagne.

La littérature plus traditionnelle trouve aussi un nouvel essor avec des auteurs venus de régions éloignées comme Nina Gorlanova de Perm avec ses histoires sur les difficultés quotidiennes et les joies de l'intelligentsia provinciale ou encore Youri Rytkhéou de Tchoukotka qui raconte les problèmes identitaires des Tchouktches.

Sources

Liens

Voir aussi

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