Préhistoire

Préhistoire
« Lucy », un fossile relativement complet d'Australopithecus afarensis découvert en Éthiopie en 1974

La Préhistoire est généralement définie comme la période comprise entre l’apparition de l’Humanité et l’apparition des premiers documents écrits, même si cette définition n’est pas sans poser des problèmes.

La préhistoire est aussi la discipline scientifique qui étudie cette période (voir préhistoire)[1].

Sommaire

Problèmes liés à la définition de la Préhistoire

La définition classique de la Préhistoire pose un certain nombre de problèmes, notamment en ce qui concerne les critères retenus pour son début et sa fin, mais aussi pour la datation de ses limites.

Début de la Préhistoire

Galet aménagé, Melka Kunture, Éthiopie

La Préhistoire commence avec l'apparition de l’Homme, or celle-ci est le fruit d’une lente évolution sur plusieurs centaines de milliers d’années, depuis un Hominidé indéterminé. Ce début varie selon les chercheurs en fonction des critères utilisés pour définir l’Homme, qui peuvent être anthropologiques, culturels voire philosophiques… Le genre Homo apparaît avec Homo rudolfensis (-2,9 Ma[2]) puis Homo habilis (-2,4 Ma), deux espèces qui ont coexisté en Afrique de l’Est. Ces deux espèces avaient adopté une locomotion bipède et produisaient probablement des outils, deux traits qui ont longtemps été considérés comme propres au genre humain. Des découvertes plus récentes ont montré que les Australopithèques qui ont précédé avaient eux aussi adopté une locomotion partiellement bipède. D’autre part, les plus anciennes industries lithiques sont contemporaines de représentants du genre Homo mais aussi de Paranthropes, formes robustes d’Australopithèques, et il est impossible de déterminer quel est l’auteur de ces industries.

Selon que l’on considère que l’Homme est représenté par le seul genre Homo ou également par le genre Australopithecus, la Préhistoire débute donc respectivement il y a environ 3 Ma ou il y a environ 5 Ma.

Fin de la Préhistoire

Tablette archaïque retrouvée à Kish.

L’utilisation de l’apparition de l’écriture, vers 3000 ans avant notre ère, comme critère marquant la fin de la Préhistoire est problématique à plus d’un titre :

  • celle-ci n’apparaît pas à la même date dans toutes les zones géographiques ;
  • il existe des sociétés n’ayant pas adopté l’écriture, dont la tradition orale est très forte, comme certaines civilisations d’Amérique précolombienne ou d’Afrique subsaharienne, qui ont peu de choses en commun avec les sociétés préhistoriques.

La notion de Protohistoire a été introduite pour les populations ne possédant pas elles-mêmes l’écriture, mais qui sont mentionnées par des textes émanant d’autres peuples contemporains[3]. Cette notion n’est pas entièrement satisfaisante.

Vers une définition économique et sociale

La tendance actuelle est de se baser sur des critères non plus chronologiques (trop fluctuants) mais économiques et sociaux :

Aspects historiques

Jacques Boucher de Perthes, l'un des pères de la Préhistoire

La chronologie de la Préhistoire a commencé à être établie au XIXe siècle, à la suite des travaux des grands systématiciens du siècle précédent, Carl von Linné, et surtout Buffon, qui avaient largement fait reculer la date de l’origine de la vie sur Terre.

En 1820, Christian Jürgensen Thomsen ordonne les collections de son musée en fonction des principaux matériaux utilisés et crée une classification dite des « trois âges » :

Si les deux dernières expressions sont encore couramment employées, la première est désormais tombée en désuétude. On lui préfère selon les cas les termes Paléolithique et Néolithique, introduits par John Lubbock en 1865[7].

  • Le Paléolithique, étymologiquement « âge de la pierre ancienne », est la période la plus ancienne, durant laquelle la pierre est seulement taillée (d'où aussi l'ancienne appellation d'« âge de la pierre taillée »).
  • Le Néolithique, étymologiquement « âge nouveau de la pierre », est la période plus récente, durant laquelle la pierre est taillée mais aussi travaillée par polissage (d'où aussi l'ancienne appellation d'« âge de la pierre polie »).

Les découvertes et les écrits de pionniers tels que Paul Tournal[8] (1827)[9], Jean-Baptiste Noulet (1851)[10] et surtout Jacques Boucher de Perthes[11]. contribuent à faire accepter l’idée de la très haute antiquité de l’Homme.

S’inspirant de la chronologie utilisée en Géologie, Édouard Lartet propose en 1861 une chronologie fondée sur les espèces successives de grands mammifères dominants. Seul l’Âge du Renne est encore parfois utilisé pour désigner le Magdalénien.

En 1869, Gabriel de Mortillet propose une nouvelle chronologie de la Préhistoire, en 14 époques successives nommées d’après les sites où elles ont été décrites et où elles sont bien représentées ; si certaines ont été abandonnées, la plupart de ces époques sont encore utilisées aujourd’hui comme l’Acheuléen, le Moustérien, le Solutréen ou le Magdalénien[12],[13].

La chronologie a également été précisée par Henri Breuil, notamment en ce qui concerne la position stratigraphique de l’Aurignacien[14].

Divisions actuelles de la Préhistoire

La classification actuelle fait toujours référence à un certain nombre de périodes, de durées très inégales, fondées sur les particularités de leurs cultures matérielles. Ces catégories basées sur l’étude des vestiges durables (industrie lithique essentiellement, mais aussi industrie osseuse, puis céramique et métallurgie) se sont beaucoup affinées avec les outils de recherche modernes.

Ces périodes ont avant tout une signification chronologique, rarement une signification culturelle. Pour les périodes anciennes du Paléolithique, les différences culturelles entre les industries sont difficiles à mettre en évidence et les variations peuvent aussi être liées à la fonction des sites ainsi qu’aux types de matériaux utilisés.

Le Paléolithique est un terme à connotation chronologique, créé par John Lubbock en 1865 ; il désigne l’époque de la Préhistoire durant laquelle l’Homme était encore partout un chasseur-cueilleur.

Le Paléolithique est subdivisé en trois ou quatre grandes périodes selon les auteurs :

Préhistoire de l'Afrique et de l'Eurasie

Préhistoire de l'Europe

Âges préhistoriques
Holocène   La Tène   Protohistoire
  Hallstatt
Âge du fer
  Bronze final  
  Bronze moyen
  Bronze ancien
Âge du bronze
    Chalcolithique    
  Néolithique Préhistoire
Mésolithique / Épipaléolithique
Pléistocène     Paléolithique supérieur  
    Paléolithique moyen
    Paléolithique inférieur
  Paléolithique
Âge de la pierre

Paléolithique

  • Paléolithique supérieur (arrivée de Homo sapiens en Europe)
    • Industries dites de transition (40 000 - 30 000 ans environ), au sein desquelles le débitage laminaire se généralise, comme le Châtelperronien, en France et en Espagne[38],[39], et l'Uluzzien en Italie[40].
    • Artisans : probablement l'homme de Néandertal pour le Châtelperronien[41], inconnu pour les autres industries de transition.
    • Aurignacien (40 000 – 29 000 ans) : première culture de l’Homme moderne en Europe[42],[43]. L’Aurignacien se caractérise par un débitage laminaire et lamellaire[44], des outils caractéristiques comme les grattoirs sur lame d’une forme étranglée ainsi que des pointes de sagaies à base fendue pour faciliter leur emmanchement. L'art mobilier et pariétal font leur apparition, avec de nombreuses statuettes et des figurations pariétales en grottes, notamment dans la grotte Chauvet[45],[46].
    • Gravettien (29 000 – 21 000 ans) : il se caractérise par l’apparition d’une retouche abrupte particulière, permettant de créer un dos sur les lames, une surface plane plus facile à encoller sur une sagaie avec de la glu ou du mastic[47]. Les grottes sont toujours ornées (grotte Cosquer[48], Gargas[49], Mayenne-Sciences[50]), avec en particulier des mains négatives et des ponctuations. Dans toute l’Europe, apparaissent des statuettes féminines aux fesses rebondies, surnommées Vénus, aux hanches généreuses et à la poitrine énorme et tombante, comme la Vénus de Willendorf[51],[52]. Il pourrait s’agir de symboles de fécondité.
    • Solutréen (21 000 – 18 000 ans), seulement identifié à l'ouest du Rhône, en France[53],[54],[55], en Espagne[56] et au Portugal[57]. Les tailleurs solutréens façonnaient des outils extrêmement fins, retouchés sur les deux faces, au tranchant fin et effilé[58]. Le plus célèbre est l'outil surnommé « feuille de laurier », en raison de sa finesse. C’est également au Solutréen qu’apparaissent deux outils majeurs : l’aiguille à chas, qui permet de coudre les vêtements, et le propulseur, qui permet de démultiplier la puissance et la distance de jet des sagaies[59].
    • Épigravettien, présent à l'Est du Rhône, en France et en Italie[60].
    • Badegoulien (19 000 - 17 000) : connu seulement en France et en Suisse, il correspond à l'ancienne dénomination « Magdalénien ancien ». Il se différencie nettement du Magadalénien stricto sensu du point de vue technique (débitage d'éclats) et typologique (abondance des grattoirs et des outils archaïques, rareté des burins et des lamelles à dos)[61],[62],[63],[64].
    • Magdalénien (17 000 – 9 000 ans) : le Magdalénien est le dernier complexe du Paléolithique supérieur, qui voit la fin de la dernière glaciation et l’apparition progressive des conditions climatiques actuelles[65]. Le grand développement du travail de l’os et du bois de cervidé culmine avec l’invention du harpon. Ces matériaux sont utilisés pour réaliser des armes de chasse[66]. Les magdaléniens pratiquent une chasse souvent considérée comme spécialisée, car certains sites ne livrent les restes que d'une seule espèce, comme le cheval ou le renne[67]Des sites spécialisés dans l'abattage d'une seule espèce sont toutefois connus dès le Paléolithique moyen (cf. Coudoulous, La Borde) ; les sites spécialisés n'impliquent pas pour autant que les groupes ne consommaient qu'une seule espèce tout au long de l'année et donc qu'ils pratiquaient une chasse spécialisée[68],[69]. Sur certains sites, le saumon est pêché de façon intensive[70]. L’exploitation des territoires acquiert une plus grande extension : il arrive que des matières premières ou des coquillages soient retrouvés à des centaines de kilomètres de leur lieu d'origine, mais il est alors difficile de savoir s'il s'agit d'acquisitions directes ou par échange[71]. L'art pariétal est particulièrement riche et diversifié (Rouffignac[72], Niaux[73], Roc-aux-Sorciers[74], Altamira[75], etc.). Le Magdalénien est présent en Europe occidentale (Péninsule ibérique, France, Suisse, Allemagne et Pologne[76]).

Épipaléolithique

Parfois appelé Paléolithique final[77], l'Épipaléolithique marque la fin des temps glaciaires et est caractérisé par un radoucissement généralisé, accompagné en Europe d'un important développement du couvert forestier et donc d'une modification des faunes (disparition des espèces grégaires de milieu ouvert, en particulier du renne, et développement des espèces forestières, notamment le cerf ou le sanglier). Des cultures matérielles plus localisées et changeant plus rapidement succèdent au Magdalénien. Les expressions artistiques se font nettement plus discrètes (galets striés ou peints) et sont rarement figuratives[78].

Mésolithique

Le Mésolithique est la période durant laquelle l’Homme, encore chasseur-cueilleur, est confronté à la fin de l’époque glaciaire et à la modification de l’environnement, avec en particulier le développement des forêts[77],[79].

Néolithique

Le Néolithique est la période marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l’adoption par les groupes humains d’une économie de production fondée sur l’agriculture et l’élevage, et impliquant le plus souvent une sédentarisation[80].

Préhistoire de l'Amérique

Dates importantes

Notes et références

  1. Leclerc, J. et Tarrête, J. (1988), « Préhistoire », in Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, pp. 899-900.
  2. a et b Ma = Million d'années
  3. Leclerc, J. et Tarrête, J. (1988), « Protohistoire », in: Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, p. 905.
  4. « Mode d'acquisition de la nourriture par la chasse et la cueillette », TLFi
  5. Cf. notamment Otte, M. (2001), La Protohistoire, De Boeck - Wesmael, 396 p.
  6. Ledetraad til Nordisk Oldkyndighed, 1836.
  7. Lubbock, J., Prehistoric Times, Londres, Williams and Norgate, 1865.
  8. Paul Tournal sur le site Le Petit Narbonnais.
  9. Some account of the progress of natural history, during the year 1828, as reported to the academy of sciences at Paris by the baron Cuvier par Mrs. Bowdich, The magazine of natural history, Vol. II, n° 10, p. 409-428 (1829).
  10. Sur un dépôt alluvien, renfermant des restes d'animaux éteints, mêlés à des cailloux façonnés de la main de l'homme, découvert à Clermont près de Toulouse (Haute-Garonne) par J.-B. Noulet, Mémoires de l'académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles lettres de Toulouse, 5ème série, T. IV, p. 265 (1860).
  11. Jacques Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes, Treuttel&Wurtz, 1847.
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Voir aussi

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Bibliographie

  • Dictionnaire de la Préhistoire, sous la direction d'A. Leroi-Gourhan, PUF, Paris, 1988 (rééd. 1994).
  • La Préhistoire dans le monde, sous la direction de J. Garanger, PUF, Paris, 1992.
  • L'invention de la Préhistoire, une anthologie, Presses Pocket, 1992.

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