Gaudeamus Igitur

Gaudeamus Igitur

Gaudeamus igitur

Depuis des temps lointains, les hommes rêvent d’une langue universelle comme en témoigne l’histoire de la Tour de Babel.

Encore au XIXième siècle on caressait l’espoir d’y parvenir en créant le volapük et l’espéranto, ou l'ido au XXième siècle. Pourtant une langue a réuni l’occident de l’Antiquité jusqu’au delà du Moyen Age, c’est le latin.

On le parlait couramment, le chantait tant à l’église que dans la vie courante. Car toute activité occidentale littéraire fut latine d’abord, et si l’on chanta en français, il n’en reste pas de trace, tandis que les lettrés, et principalement les clercs (composés par les étudiants et les professeurs) chantèrent latin et notèrent nombre de leurs chansons.

Les étudiants commencèrent par allonger les chants officiels de couplets de leur cru. Ceux-ci se chantèrent d’abord sur le timbre grégorien, mais très vite encouragés par le succès de leur création, ils finirent par modifier et paroles et musique. Ce furent là les Tropes.

Tout à leur improvisation, un style nouveau, rapide et incisif se fit jour. Il était composé de vers courts, remplis d’assonances, à phrases musicales franches et symétriques, dans lesquelles de joyeuses onomatopées se mêlent au texte : « eia ! a, a, a ! ».

Le style populaire était né.

C’est au XIème siècle que l’on trouve une première trace d’un trope de Tu autem en langue d’oc. -Tu autem, Domine, miserere nobis était la formule qui terminait certaines leçons ou lectures chantées. La chansons française apparut peu après, dans un manuscrit rédigé entre 1096 et 1099, mais les chansons d’étudiants n’est pas mure pour l’abandon du latin. Le fait de s’exprimer dans cette langue du matin au soir, tant aux cours qu’avec ses connaissances (qui, parlant différents patois, ne se comprenaient que difficilement autrement) joua sans aucun doute l’effet d’un retardateur. « Ainsi, dans une petite ville de la Drôme, à Die, ne sont tenus de parler latin que les élèves des quatre premières classes ; mais il est interdit à tous, sous peine du fouet, de parler patois ; quant au français, on n’est fouetté que si l’on est surpris le parlant, après deux ou trois remontrances successives. Et ce qui se fait à Die s’observe à peu près partout. » In « Mœurs Intimes du Passé - Usages et Coutumes Disparus » Sixième série Docteur Cabanès édité par Albin Michel.


Les étudiants sont à présent organisés en corporations et dérivent vite sur des chants plus grivois. Les ordonnances épiscopales sont impuissante à faire taire ces « goliards » ou ces « cornards » qui se rassemblent en confréries de « clercs errants » et dont les « basochiens » seront au XVème siècle les fils spirituels.

La plus célèbre de ces confréries internationales fut, au XIIIème siècle, celle de Benediktbeuern, en Bavière, dont les satires sont tournées contre la curie romaine et les chansons grivoises, quoiqu’en latin, sont connues sous le nom de « Carmina Burana ».

Le Gaudeamus Igitur est avant tout une chanson d’étudiants bâtie sur le style de la sarabande. On ne peut en citer l’origine exacte, et les auteurs ne connaissant pas la propriété intellectuelle à cette époque, ne revendiquaient pas leurs œuvres.

On présume qu’elle fut composée au XIIIème siècle en s’appuyant sur un manuscrit latin de Strada, qui fut évêque de Bologne, daté de 1287, référencé à la Bibliothèque Nationale de Paris. Ce texte comporte des paroles pratiquement identiques aux derniers couplets de la chanson, mais sans apparition des mots Gaudeamus Igitur. Le manuscrit révèle une mélodie différente de la version chantée de nos jours.

On suppose qu’en 1717, Joh. Christian Grünthaus en composa la musique.

Un chansonnier manuscrit d’étudiant rédigé entre 1723 et 1750 est la seconde plus ancienne version latine connue et se trouve à la Westdeutsche Bibliothek de Marburg. Elle diffère encore considérablement de la chanson actuelle. Nous devons la première apparition connue du Gaudeamus Igitur dans sa version moderne à Chrétien Wilhelm kindleben, un théologien évangéliste né à Berlin en 1748 et décédé à Dresde en 1785. Il publia son « Studentenlieder » en 1781 (édité à Halle), et présente le chant page 52, doublé d’une traduction allemande. Il confesse à la page 56 avoir modifié de façon conséquente le texte latin d’origine.

Deux fac-similés datés1894 de cette oeuvre sont préservés au D.S. et à Harvard University. En 1782, la mélodie du Gaudeamus Igitur se trouve dans toutes les oreilles, puisque dans l’ « akademisches Liederbuch » d’August Niemann conservé à Yale University, trois poésies sont indiquées devant être chantées sur cet air.

Le premier document imprimé connu de la mélodie actuelle est dans le « Lieder für Freude der geselligen Freunden » édité à Leipzig en 1788, à la page 24. Pour terminer, faisons à présent la rencontre de ce chant, considéré de nos jours comme le « Chant International des Etudiants ».

Consultez les paroles en latin.

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[1] Dessins sur le Gaudeamus Igitur du commandant RoSWeLL

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