Grisou


Grisou

Le grisou (le mot vient de grégeois) est un gaz naturel qui se dégage des couches de charbon et des terrains encaissants. Très redoutées des mineurs, les explosions causées par ce gaz, appelées coups de grisou, ont causé de nombreuses victimes.

Le grisou par Constantin Meunier
Le grisou a tué des milliers de mineurs, ici en Allemagne à Dortmund où 130 mineurs ont été sortis morts de la mine suite au « coup de grisou » du 11 février 1925

Sommaire

Composition du grisou

La composition des grisous des bassins houillers britannico-franco-belgo-rhénan varie entre les limites suivantes :

En principe, on peut donc assimiler ce grisou à du méthane, gaz extrêmement combustible.

Propriétés du grisou

Sa masse volumique est de 0,72 kg/m3 et sa densité par rapport à l'air est de 0,558. De plus, il est inodore et incolore.

À pression et température ordinaires, les teneurs limites d'inflammabilité sont de 5,6 et 14 %. La combustion a une allure explosive entre 6 et 12 %.

L'inflammation d'un volume gazeux constitué d'un mélange d'air et de grisou, dans les travaux souterrains, entraîne :

  • la production d'une flamme dont l'expansion est assez limitée ;
  • la formation d'une onde de pression élevée qui se propage très loin à des vitesses de l'ordre de 250 m/s ;
  • le dégagement de gaz brûlés (CO2 et CO) ;
  • la combustion du méthane peut mettre le feu à des matières aisément inflammables, en particulier à des poussières de charbon soulevées par le souffle de la flamme.

L'équation de combustion du méthane est la suivante : CH4 + 2 O2 → CO2 + 2 H2O

Grisouscopie

La grisouscopie est la recherche qualitative du grisou à la lampe ordinaire à flamme.


Grisoumétrie

La grisoumétrie est la mesure de la teneur en grisou.

Des grisoumètres, basés sur la combustion catalytique du grisou sur un fil de platine allié, sont utilisés pour la détection du grisou. Le premier appareil a été mis au point par l'ingénieur général Gustave Léon en 1900, perfectionné dans les années 1950 par le Centre d'études et de recherches des Charbonnages de France (CERCHAR) pour aboutir à la série des Verneuil 52 dont quelques centaines d'exemplaires étaient couramment utilisés dans les mines françaises jusqu'à leur fermeture vers les années 2000.

Récupération et valorisation du grisou

À Avion et Divion dans l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais ainsi qu'à Lourches (ancienne fosse Désirée-La Naville) près de Valenciennes, le grisou est récupéré, purifié et injecté dans le réseau public de distribution de gaz naturel. Grâce à ces installations une partie importante du méthane (gaz explosif et gaz à effet de serre) émis par la partie centrale de ce bassin houiller est récupérée et valorisée.

Cette récupération et valorisation a d'abord été faite par l'entreprise publique Méthamine créée par Charbonnages de France qui a ensuite créé Gazonor afin de vendre cet outil et entreprise au secteur privé (vendu 26 millions d'euros à European Gas Limited). Depuis le 1er mars 2007 Gazonor est l'unique exploitant des trois sites valorisant 12 térawatts-heure par an de gaz soit l'équivalent de la consommation d'une ville de 60 000 habitants. À lui seul le site d'Avion valorise 8 térawatts-heure par an.

Un gisement potentiel de 100 milliards de m3 de gaz qui sommeillerait dans les mines désaffectées du bassin lorrain a fait l'objet d'une demande d'exploitation par le groupe australien European Gas Limited, même s'il reste une forte inquiétude pour l'étanchéité de la collecte[1] et d'éventuels risque de pollution de l'eau des nappes, ou de désordres dans le sous-sol (si la collecte se fait avec injection d'eau sous très haute-pression afin de fracturer les couches de charbon ou schistes comme aux Etats-Unis).

Le coup de grisou

Le coup de grisou est une explosion accidentelle de gaz dans une mine, liée à son exploitation. Il s'agit d'un accident souvent mortel, et très redouté des mineurs ; il est en général aggravé par un effondrement des galeries, et parfois par un coup de poussière, si bien qu'il est souvent difficile de savoir après-coup si c'est le gaz ou la poussière qui a provoqué la catastrophe.

Prévention des coups de grisou

La première mesure consiste à éviter les flammes nues et les étincelles. Les lampes de mineur à flamme ont vite évolué vers une flamme protégée : l'air entre par un tamis spécial pour alimenter la flamme, l'atmosphère globale n'est pas en contact avec elle. C'est pour cette raison aussi que la mécanisation des mines s'est faite, au départ, en utilisant l'air comprimé. L'acheminement et l'utilisation de l'électricité dans les mines grisouteuses nécessitent des précautions particulières. Les moteurs électriques et autres générateurs d'étincelles électriques, tels que les contacteurs, doivent être enfermés dans des « enceintes ou coffrets antidéflagrants » qui empêchent la propagation vers l'atmosphère ambiante d'une éventuelle inflammation de l'atmosphère peut-être grisouteuse contenue dans l'enceinte antidéflagrante.

Le frottement du métal des pics à main et des marteaux-piqueurs sur les pyrites de fer présentes dans le massif de charbon ne produisent pas théoriquement d'étincelles assez chaudes pour enflammer le gaz (moins de 350 °C).

La deuxième mesure consiste à détecter le grisou, qui est incolore et pratiquement inodore. La légende prétendant qu'on emmenait jadis des oisillons dans des cages au fond des mines (ils succombaient en présence de gaz, avertissant les mineurs) est en grande partie erronée. En effet, le grisou n'est pas toxique, il peut remplacer l'oxygène de l'air (anoxie) si sa concentration est supérieure à 30% auquel cas il est déjà trop tard. Les oiseaux sont en revanche sensibles au monoxyde de carbone (autre ennemi invisible des mineurs), produit par l'oxydation des poussières de charbon. Ils réagissent la plupart du temps en gonflant leur plumage.

Les lampes de mineur à flamme protégées permettaient également de détecter le grisou : si l'air entrant par le tamis antidéflagrant était chargé de gaz, il se produisait une combustion visible (dite « auréole ») du grisou autour de la flamme normale, ce qui permettait d'apprécier la teneur en grisou de l'air.

On utilise maintenant des détecteurs appelés « grisoumètres », basés sur la combustion catalytique du grisou sur un fil de platine allié. Le premier appareil a été mis au point par l'ingénieur général Léon en 1900, perfectionné dans les années 1950 par le Centre d'études et de recherches des Charbonnages de France (CERCHAR) pour aboutir à la série des « Verneuil 52 » dont quelques centaines d'exemplaires étaient couramment utilisés dans les mines françaises jusqu'à leur fermeture vers les années 2000.

D'autres caractéristiques physiques du grisou (indice de réfraction, absorption sélective dans l'infra-rouge, etc.) ont également été utilisées, en particulier pour réaliser des télégrisoumètres enregistreurs permettant de surveiller automatiquement de la surface, avec des alarmes automatiques, l'atmosphère grisouteuse en de nombreux points d'une mine.

Liste de coups de grisou

Abréviations des pays : BE : Belgique. CA : Canada. CN : Chine. DE : Allemagne. FR : France. GB : Grande-Bretagne. IN : Inde. JP : Japon. RU : Russie. UKR: Ukraine.

Dans les années 2000, c'est la Chine qui recense le plus d'accidents miniers, avec 80 % des décès mondiaux pour seulement 35 % de la production de charbon mondiale ; 6 000 personnes sont mortes dans les mines chinoises en 2004[36].

D'après un récent article de la Société de l'industrie minérale, paru pour le centenaire de la catastrophe de Courrières, au total, on pouvait estimer en mars 2005 à 42 614 le nombre de mineurs tués lors des différentes catastrophes (c'est-à-dire ayant fait plus de 50 victimes, inondations et incendies compris) qui se sont produites entre le XVIe et le XXIe siècle.

Voir aussi

Bibliographie

  • Courrières 1906 - Les enseignements d'une catastrophe, Société de l'industrie minérale, mars 2005.
  • G. Léon, « Essai sur un grisoumètre électrique », Annales des Mines, II, 10e série, juillet 1902, p. 1-27.
  • A. Monomakhoff, « Le nouveau grisoumètre "Verneuil 54" », Revue de l'industrie minérale, avril 1957, vol. 39, n° 4.
  • A. Monomakhoff, « Exemple de transmission par paires spécialisées. Centrale de télégrisoumétrie », Revue de l'industrie minérale, vol. 46, n° 11, novembre 1964.
  • Émile Zola, Germinal, 1884-1885.

Filmographie

Musique française

Liens internes

Notes et références

  1. « Méthane en Lorraine », (en) Lorraine sur European Gas Limited. Consulté le 17 octobre 2010
  2. (en) « Monongah Mine Disaster ». Consulté le 17 octobre 2010
  3. (en) « WV Mine Disasters 1884 to Present ». Consulté le 17 octobre 2010
  4. « Le charbon » sur Charbonnages de France. Consulté le 17 octobre 2010
  5. (en) « Nouveau bilan : 25 morts dans un coup de grisou en Ukraine » sur Xinhuanet. Consulté le 31 octobre 2011
  6. (en) « China’s Death Rate for Mine Workers 100 Times that of U.S. » sur The Epoch Times. Consulté le 17 octobre 2010
  7. (en) « 33 personnes tuées suite à un coup de grisou dans le centre de la Chine » sur Xinhuanet. Consulté le 31 octobre 2011
  8. (en) « 166 morts dans une mine chinoise : la sécurité mise à l'index » sur L'Usine Nouvelle. Consulté le 31 octobre 2011
  9. « Récents accidents dans des mines russes: la série noire se poursuit » sur RIA Novosti. Consulté le 17 octobre 2010
  10. (en) « Liaoning mine blast toll rises to 210, rescue underway » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  11. (en) « 72 confirmed dead in Shanxi coal mine blast » sur People's Daily Online. Consulté le 17 octobre 2010
  12. (en) « 51 feared dead after China mine blast » sur ABC News. Consulté le 17 octobre 2010
  13. (en) « 65 miners killed in Xinjiang gas explosion» sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  14. (en) « Gansu mine blast kills 29, 19 injured » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  15. (en) « After the smoke clears... » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  16. (en) « Deputy governor penalized for colliery blast » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  17. (es) « Sepultan víctimas explosión de mina en Colombia  » sur Terra USA. Consulté le 17 octobre 2010
  18. « Tragédie de la mine Oulianovskaïa: sabotage ou facteur humain? » sur RIA Novosti. Consulté le 17 octobre 2010
  19. (en) « Death toll rises to 17 in China coal mine accident » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  20. (en) « 14 killed in Shanxi coal mine blast » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  21. (en) « Death toll in N. China mine blast rises to 28 » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  22. (en) « Death toll rises to 13 in S.China mine gas explosion » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  23. « Coup de grisou: 38 morts et 179 mineurs remontés à la surface dans le Kouzbass » sur RIA Novosti. Consulté le 17 octobre 2010
  24. (en) « Coal mine blast kills 13 in north China » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  25. « Explosion dans une mine russe: le bilan s'alourdit à 11 morts » sur RIA Novosti. Consulté le 17 octobre 2010
  26. (en) « Death toll from coal mine gas leak rises to 32 » sur China Daily. Consulté le 17 octobre 2010
  27. (ru) « Скончался горняк, госпитализированный после аварии на шахте Засядько » sur Korrespondent, 30 novembre 2007. Consulté le 17 octobre 2010
  28. « Un nouvel accident de mine en Chine fait au moins 73 morts » sur AFP. Consulté le 17 octobre 2010
  29. « Coup de grisou en Chine: le bilan s'alourdit » sur Cyberpresse. Consulté le 17 octobre 2010
  30. « Un coup de grisou dans une mine turque fait 17 morts » sur Le Monde. Consulté le 17 octobre 2010
  31. Revue Mines & Carrières, n°170, p 40
  32. « Chine: au moins 21 mineurs tués par un coup de grisou » sur The Canadian Press. Consulté le 17 octobre 2010
  33. « Une explosion dans une mine fait 20 morts en Chine » sur Le Monde. Consulté le 17 octobre 2010
  34. « Coup de grisou en Colombie: quatorze mineurs tués, sept disparus » sur La Croix. Consulté le 27 janvier 2011
  35. « Vingt-neuf morts dans un accident de mine en Chine » sur Le Monde. Consulté le 30 janvier 2011
  36. « Au moins 203 morts dans un accident minier en Chine », dans Libération, 15 février 2005

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