Ingrid Betancourt


Ingrid Betancourt

Íngrid Betancourt

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Íngrid Betancourt Pulecio
Íngrid Betancourt Pulecio
Íngrid Betancourt à Pise (Italie), en 2008.
Nationalité Colombie Colombie
France France
Seychelles Seychelles[1]
Naissance 25 décembre 1961
Bogotá, Colombie
Profession Politologue
Carrière Députée puis Sénatrice colombienne
Parti(s) Oxígeno Verde (1998 - 2005)
Plus haut poste (Colombie) Membre du Sénat de la République de Colombie
20 juillet 199823 février 2002
Second plus haut poste (Colombie) Membre de la Chambre des représentants de Colombie
20 juillet 199420 juillet 1998

Íngrid Betancourt Pulecio, née à Bogotá le 25 décembre 1961, est une femme politique franco-colombienne, ancienne sénatrice et activiste anti-corruption.

Elle est enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) le 23 février 2002 alors qu’elle fait campagne, malgré les avertissements de la police et de l’armée, dans une zone où la guérilla est fortement présente. Sa détention est fortement médiatisée, en particulier « sur le registre de l'émotion » en France[2], ce qui en fait un otage d’une valeur inestimable pour la guérilla. Le Gouvernement français essaye de la faire libérer en négociant avec les FARC et avec l'aide de Hugo Chávez, sans succès[2].

Elle est délivrée, en compagnie de 14 autres otages, lors de l’Opération Jaque menée par l'armée nationale colombienne le 2 juillet 2008, six ans et demi après son enlèvement[3]. Sa libération reçoit également un large écho dans les médias.

Elle est désignée présidente d'honneur des Verts mondiaux lors du congrès des Verts mondiaux de mai 2008 au Brésil[4].

Le Conseil de la Fondation du Forum Universale (Forum de Crans Montana) lui décerne le prix de la fondation 2009 pour sa contribution morale à l'apaisement des conflits dans le monde et à la promotion de la paix en général.

Sommaire

Biographie

Íngrid Betancourt est la fille de Gabriel Betancourt Mejía, ancien ministre colombien de l'Éducation (sous la dictature du général Gustavo Rojas Pinilla) et de Yolanda Pulecio Vélez, ancienne reine de beauté du département de Cundinamarca devenue sénatrice. Elle passe une partie de son enfance en France, lorsque son père obtient un poste à l’UNESCO. Elle fait ses études primaires à Paris (Assomption Lubeck) puis ses études secondaires au Lycée Français Louis Pasteur de Bogota [5].

Après son baccalauréat, elle retourne à Paris pour suivre les cours de l'Institut d'études politiques. Son père est alors ambassadeur de Colombie à l'UNESCO, et de nombreuses personnalités fréquentent la famille. C'est ainsi qu'Íngrid Betancourt fait la connaissance du poète Pablo Neruda, avec lequel sa famille garde un fort lien d'amitié jusqu'à sa mort en 1973[6].

Sa sœur, Astrid Betancourt, se marie avec Daniel Parfait, ancien ambassadeur de France en Colombie de 2000 à 2004, et depuis 2004 directeur des Amériques au Quai d’Orsay, s’occupant notamment du dossier colombienréf. à confirmer : [7]. Daniel Parfait a été nommé ambassadeur de France au Mexique le 17 avril 2008.

Après être rentrée en Colombie et avoir vécu la séparation de ses parents, Íngrid repart pour Paris et entre à l'Institut d'études politiques où elle a pour professeur Dominique de Villepin[7]. C'est là qu'elle fait la connaissance d'un Français, Fabrice Delloye, qu'elle épouse en 1981. De cette union naissent deux enfants, Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt.

Religion

Íngrid Betancourt est une catholique très fervente et témoigne sa foi publiquement. Elle a rencontré le pape, le 1er septembre 2008 en audience privée, et est ressortie enthousiaste de l'entretien : « un rêve », « une expérience inoubliable », « depuis ma libération je voulais le voir et l'embrasser »[8]. Elle a souligné dans une interview à la sortie de son entretien sa dévotion à Marie, ajoutant qu'elle plaignait « ceux qui ne connaissent pas la Vierge Marie »[9].

Carrière politique

En 1990, Íngrid Betancourt divorce, revient seule à Bogotá et entre au ministère colombien des Finances. Elle est élue députée en 1994 et crée son parti, Oxígeno Verde, en 1998. Elle est élue sénatrice la même année.

Elle épouse en 1997 Juan Carlos Lecompte, homme politique colombien, architecte de formation et publicitaire de métier.

Elle s'apprête à se présenter à l’élection présidentielle, et, malgré les avertissements de la police et de l’armée, fait campagne dans une zone où la guérilla est fortement présente, lorsqu'elle est enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie le 23 février 2002 près de Florencia, en compagnie de sa directrice de campagne, Clara Rojas.

Otage des FARC entre 2002 et 2008

2002

Lorsque les pourparlers avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie sont arrêtés en février 2002, le gouvernement d'Andrés Pastrana donne l’ordre à l’armée de reprendre la zone de 42 000 km2 cédée[réf. nécessaire].

Le samedi 23 février 2002, le président Pastrana part en hélicoptère vers San Vicente del Caguán (Colombie) dans le but de rendre officielle la présence des forces armées dans la commune. Les autorités refusent à Íngrid Betancourt la possibilité de voyager par voie aérienne avec les journalistes qui accompagnent le chef de l’État[10]. En effet, les lois colombiennes interdisent au président en exercice de voyager avec des candidats à la présidentielle. Horacio Serpa, candidat du parti libéral, sera lui aussi empêché de prendre l'hélicoptère. Alors en campagne présidentielle, Íngrid Betancourt décide de ne pas faire marche arrière pour soutenir le maire de San Vicente del Caguán, membre de son parti politique.

Íngrid Betancourt prend la route de Florencia (capitale du département) qui mène à San Vicente del Caguán, malgré les avertissements du gouvernement lui signalant la présence de guérilleros procédant à des barrages en certains endroits de la route. Alors qu'une dernière barrière militaire empêche le convoi de continuer et que les militaires annoncent la présence des guérilleros quelques kilomètres plus loin, la candidate donne l’ordre à son conducteur de poursuivre sa route après avoir signé un document dans lequel elle se rend responsable de cette décision. Íngrid Betancourt et Clara Rojas passent plusieurs barrages des FARC jusqu'à ce qu'elles soient arrêtées à Paujil (Caquetá)[11].

Cet enlèvement s’ajoute aux autres enlèvements de personnalités politiques colombiennes et est considéré comme un enlèvement politique.

De 2003 à 2006

L’opération dite du 14 juillet est une tentative de libération d’Íngrid Betancourt, qui a rapidement échoué. Elle a provoqué une tension dans les relations diplomatiques de la France avec la Colombie et le Brésil.

Le 9 juillet 2003, un avion de transport militaire français atterrit sur l’aéroport de Manaus, au Brésil, à la demande de la famille Betancourt, dans le but d’exfiltrer l'otage, dont la libération imminente est attendue sur la foi d'une information incertaine. À bord de l'avion se trouvent une équipe médicale et des diplomates, dont le chef-adjoint du cabinet du ministre des Affaires étrangères français, qui a décidé de l’opération. Le commandant de bord a obtenu l’autorisation d’atterrissage au prétexte de faire le plein de kérosène avant de regagner Cayenne. L’attitude des Français paraît suspecte aux yeux de la police brésilienne (refus d’inspection de l’avion, propos des Français concernant le « ramassage de quatre personnes » surpris par des Brésiliens). Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amori, informé le 12 juillet de cette présence française, contacte son homologue français qui fait allusion à une opération humanitaire. Le 13 juillet, l’avion doit décoller pour Cayenne, sur ordre du président Luiz Inácio Lula da Silva.

L’opération est rendue publique par l'hebdomadaire brésilien Carta Capital. Elle donne alors lieu à la convocation des ambassadeurs français au Brésil et en Colombie. Dominique de Villepin présente des excuses publiques le 31 juillet. La mission provoque une polémique, ayant été décidée par le ministre français des Affaires étrangères seul qui n'a informé ni le ministre de la Défense, ni le Premier ministre, ni le président de la République (lors d'un point de presse, Jacques Chirac a d'abord annoncé qu'il n'était pas au courant), ces points étant ensuite officiellement démentis[12],[13].

La mobilisation pour demander la libération d'Íngrid se poursuit en France. Le chanteur Renaud écrit une chanson en son honneur (Dans la jungle) et organise différents concerts de soutien (notamment le 23 février 2006 au Zénith de Rouen ou au Zénith de Paris en novembre 2007).

2007

La présidente d'Argentine Cristina Fernández de Kirchner avec Yolanda Pulecio, la mère d'Íngrid Betancourt (30 mai 2007)

Un otage des FARC, le sous-officier colombien Jhon Frank Pinchao, parvenu à s'échapper, s'exprime sur ses difficiles conditions de détention et livre des indices dans la recherche d'Íngrid Betancourt. Il indique avoir rencontré l'otage le 28 avril 2007 et affirme qu'elle a essayé à cinq reprises de s'échapper[14].

Le président Álvaro Uribe annonce le 4 juin qu'il a libéré sans condition le chef guérillero des FARC, Rodrigo Granda, à la demande expresse de son homologue français Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, Álvaro Uribe a annoncé la libération à venir de plus de 150 rebelles repentis afin d'inciter la guérilla à libérer ses otages. Au lendemain de sa libération, le chef guérillero a critiqué ce processus, qualifiant les rebelles repentis de « déserteurs » et « obscurs personnages qui s'autoproclament commandants de troupes inexistantes ». « La louable intervention du président français en faveur de ma liberté a été dévoyée par M. Uribe et d'autres fonctionnaires du gouvernement qui y ont vu l'opportunité qu'ils recherchaient pour tenter de diviser les FARC », a déclaré Rodrigo Granda[réf. nécessaire] qui a en revanche apporté ses remerciements à Nicolas Sarkozy.

Rodrigo Granda est depuis, recherché par Interpol à la suite d'une demande d'un juge paraguayen pour sa présumée implication dans l'enlèvement et le meurtre de la fille de l'ancien président de la République du Paraguay, Raúl Cubas[15].

Le 30 novembre 2007 les autorités colombiennes diffusent une vidéo de Betancourt[16].(récupérée avec une lettre de 12 pages d'Íngrid Betancourt à sa famille, suite à l'arrestation à Bogota de trois hommes appartenant aux FARC) qui daterait vraisemblablement du 24 octobre 2007[réf. nécessaire]. Elle y apparaît la tête baissée, extrêmement amaigrie et les cheveux très longs. L'otage n'y prononce pas le moindre mot.

Le 1er décembre 2007, les FARC ont laissé entendre qu'ils souhaitaient voir le président français Nicolas Sarkozy jouer un rôle accru dans le processus en cours concernant le sort des otages de la guérilla, dont Íngrid Betancourt, le gouvernement colombien aussi [réf. nécessaire]. Le 6 décembre, Nicolas Sarkozy adresse deux messages[17] (l'un radiodiffusé, l'autre télédiffusé) à destination des FARC et des otages. Le président français en appelle à la fibre humanitaire du chef des FARC, Manuel Marulanda, pour libérer le plus rapidement possible Íngrid Betancourt et exprime son rêve « de voir Íngrid au milieu des siens pour Noël ».

Le lendemain de la parution de la vidéo, des extraits de la lettre qu'Íngrid Betancourt a adressée à sa mère[18] sont rendus publics. La franco-colombienne y raconte la vacuité des jours, les vexations quotidiennes et la fatigue des longues marches imposées par la fuite permanente des guérilleros. Elle explique également que ce qui compte le plus pour elle dorénavant, est d'entendre la voix de ses enfants par l'intermédiaire d'une radio abîmée en sa possession. Elle demande précisément à ce que trois messages hebdomadaires lui soient envoyés par ce biais les lundis, mercredis et vendredis. Radio France internationale, captée dans la jungle colombienne, a répondu à la demande du Comité de soutien à Íngrid Betancourt. Après un premier envoi de message le 7 décembre, l'opération est prévue pour se prolonger jusqu'à la libération de l'otage[19].

Íngrid Betancourt a reçu l'aide de l'Église catholique romaine, qui a joué un rôle actif dans les négociations[20].

2008

Le 5 février 2008, deux millions de Colombiens manifestent contre les FARC. La gauche n'a pas appelé à manifester, mais la droite la plus dure et les para-militaires sont alors marginalisés car ils perdent leur monopole de la fermeté anti-FARC. Jusqu'alors critiqué par les deux camps et par une partie des médias, Alvaro Uribe apparaît comme le grand gagnant. La manifestation, dont il n'est pourtant pas l'instigateur[21], le met en position de force face aux FARC comme face aux paramilitaires et leurs soutiens, jusque dans son propre parti, où le scandale de la parapolitique bat son plein. Quatre dirigeants paramilitaires dont la tête a été mise à prix sont tués par la police, arrêtés ou extradés dans les trois mois qui suivent la grande manifestation, tandis que l'arrestation un an plus tôt de Jorge Noguera Cotes, ex-chef des services secrets, après des révélations de presse fracassantes, a fragilisé tout l'édifice paramilitaire.

Le 28 février 2008, un otage des FARC libéré quelques jours auparavant informe la France de l'état de santé alarmant d'Íngrid Betancourt. Il aurait précisé à Nicolas Sarkozy qu'Íngrid Betancourt subissait de multiples sévices, vivait dans des conditions inhumaines et était extrêmement affaiblie après avoir contracté une hépatite B. Le président de la République s'est exprimé sur le sujet le jour-même, disant entre autres que la libération de l'otage était une question de vie ou de mort et qu'il était prêt à venir chercher Íngrid Betancourt à la frontière colombienne si telle était une condition posée par les FARC. Les enfants de l'otage se sont dits "extrêmement angoissés" par la situation de leur mère[22].

Le 1er mars 2008, à la suite d'une opération menée par l'armée colombienne, Luis Edgar Debia Silva, dit Raúl Reyes, considéré comme le numéro 2 des FARC, est tué en territoire équatorien (à 1,8 km de la frontière colombienne), avec plusieurs autres membres importants de la guérilla[23]. Si le gouvernement colombien considère ce résultat comme l'un des coups les plus durs portés aux FARC, et s'en félicite, la famille d'Íngrid Betancourt s'inquiète de ce qu'il puisse avoir des répercussions négatives sur son éventuelle libération.

Concernant les circonstances de la mort du numéro deux des FARC et ses conséquences sur le sort d’Íngrid Betancourt l’ambassadeur de France en Équateur a laissé entendre quelques jours après la mort de Raúl Reyes que les États-Unis seraient impliqués, sans apporter plus de précision. Par ailleurs Fabrice Delloye, ex-mari d'Íngrid Betancourt, dans une interview au journal France Soir précise que le 26 février, une réunion à Panama a réuni les délégués des pays médiateurs (Espagne, France, Suisse, NDLR) et le haut-commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Respreto. Selon lui les délégués ont annoncé qu’ils allaient rencontrer Raul Reyes. L'officiel colombien leur aurait répondu que c'était très bien de vouloir rencontrer Reyes. Or toujours selon Fabrice Delloye, dans la nuit du 1er mars, le président colombien, Alvaro Uribe décide sciemment de faire abattre Reyes en territoire équatorien sans prévenir les présidents des États médiateurs, ni le président Correa alors qu’il commet un acte de guerre dans son pays.

Dans une interview au journal colombien Cambio, la sénatrice Piedad Córdoba confirme et précise que Noël Saez, assesseur du gouvernement français aurait confié à l'un de ses amis qu'il se sentait responsable de la mort de Reyes, car il croyait que c'est suite à son appel que le chef guérillero avait été localisé.[réf. nécessaire]

Lors d'un point de presse officiel le 7 mars 2008, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, confirme que la France est en contact avec le numéro deux des FARC, Raúl Reyes, quelques jours avant sa mort, alors que le 5 mars 2008, Laurent Wauquiez, porte-parole du premier ministre français François Fillon, affirme qu'il n'est « pas récemment » en contact avec Paris à propos d'Íngrid Betancourt[24].

Dès lors les FARC présentent cette action militaire comme un "grave revers"[25] pour la libération d'Íngrid Betancourt et d'autres otages, qui était, selon la guérilla, en cours de négociation avec les présidents français, équatorien et vénézuélien (négociations confirmées à des degrés divers par ces trois pays). Raúl Reyes aurait en effet été, selon les FARC, leur porte-parole dans ces difficiles négociations. L'évènement entraîne également une crise entre la Colombie et les pays voisins : l’Équateur, qui proteste contre l'incursion de l'armée colombienne sur son territoire, et le Venezuela, que la Colombie accuse d'appuyer les FARC, en se basant sur des documents retrouvés dans l'ordinateur portable de Raúl Reyes. Un groupe d'experts en affaires internationales, dont John Womack, de l'Université Harvard, et Larry Birns, du Conseil des Affaires hémisphériques des USA ont précisé selon un compte rendu rapporté par TeleSUR que la Colombie avait exagéré à des fins politiques le contenu de ces ordinateurs. Selon eux mais également selon José Miguel Insulza « de manière évidente il n'existe pas de preuves qui lient le Venezuela avec les rebelles colombiens » notamment sur le plan financier.

Dans la nuit du 28 au 29 mars 2008, un Falcon 900, envoyé par l'Élysée, s'est posé « discrètement » sur la piste de Cayenne, en Guyane française (information reprise dans le Journal du Dimanche du 30 mars 2008) : il s'agit d'un avion médicalisé, garé sur une base militaire, en attente d'un dénouement dans l'affaire Betancourt, et la libération de l'otage, après qu'un médiateur colombien a affirmé jeudi 27 mars 2008 qu'Íngrid Betancourt serait atteinte d'une hépatite B, d'une leishmaniose et souffrant de malnutrition. Suite à ces informations plus qu'alarmantes, le Président Colombien Álvaro Uribe, lance un appel aux FARC le même jour, en proposant la libération de tous les guérilleros y compris les prisonniers FARC condamnés pour crime contre l'humanité, en échange de la libération d'Íngrid Betancourt (proposition jugée « illégale » par le ministère colombien de la Justice et l'ONU le 28 mars).

Par la suite, le dimanche 30 mars 2008, cet avion redécollera de la base militaire de Rochambeau, à 15 km de Cayenne, en Guyane française, pour rejoindre Paris (décollage à 6h56 heure locale, 11h56 heure de Paris). L'avion repart vide : certaines sources militaires évoquent alors une opération de renfort pour l'opération « Harpie », destinée à lutter contre la clandestinité, lancée un mois plus tôt par Nicolas Sarkozy, président de la République francaise : une certaine confusion plane alors sur les raisons exactes des fonctions réelles de l'avion (resté 36 heures à Rochambeau). L'Elysée confirmera dans la journée qu'un autre avion médicalisé reste en alerte permanente à Villacoublay, base militaire située près de Paris, prêt à décoller à tout moment, en cas de dénouement dans l'affaire Betancourt.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre français, François Fillon, affirmera au journal télévisé de 20 h de TF1, en France, que le pays reste prêt à accueillir des guérilleros des FARC, qu'il qualifiera de « militants », si eux-mêmes libèrent Íngrid Betancourt. Dans une interview sur France Inter, le Premier ministre français ira plus loin en proposant le statut de réfugié politique aux guérilleros du FARC[26]. L'association France Terre d'asile réagira promptement en rappelant que le statut de réfugié politique ne peut être accordé à une personne dont on aura de sérieuses raisons de penser qu’elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l’humanité[27]. La réponse des FARC sur ces événements et la proposition relayée par Paris et Bogota se fait alors attendre.

Mardi 1er avril 2008, le journal La Tribune rapporte la publication lundi par l’Agence de presse bolivarienne, basée au Vénézuela, d'un communiqué des FARC. Dans cette lettre datée du 20 mars, Iván Márquez, un des sept leaders des Forces armées révolutionnaires de Colombie, explique qu’après l'attaque, qui a causé la mort du commandant Raúl Reyes, il était clair qu’« il n’y aurait pas de rencontre avec la délégation française en vue d’étudier la libération d’Íngrid ».

Après une réunion avec le comité de soutien à Íngrid Betancourt, Nicolas Sarkozy enregistre un second message à l'adresse des FARC et de Manuel Marulanda, mardi 1er avril 2008, pour lui demander de « libérer immédiatement Íngrid Betancourt » ; il ajoute : « Ce serait un crime de ne pas la relâcher ».

Mercredi 2 avril 2008, le gouvernement français annonce l'envoi d'une mission humanitaire composée de Noël Saez (ancien consul français à Bogotá), Daniel Parfait (diplomate) et un médecin pour « accéder à notre compatriote Íngrid Betancourt ».

Dans un communiqué via leur agence de presse ANNCOL, ils auraient qualifié l'attitude de Nicolas Sarkozy de naïve.

Le 8 avril la guérilla des FARC a qualifié « d'irrecevable » la mission humanitaire, excluant ainsi d'agir sous « la pression médiatique ».

De plus, les FARC assurent à travers un communiqué diffusé par l'agence ANNCOL et rapporté dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur du 3 avril que la France est un pays capitaliste, que son président est de droite et qu'ils ne savent pas quelles sont les limites de la sincérité du président français. Comme le rapporte également l'agence proche de la guérilla, ils gardent le souvenir de la fâcheuse expérience de l'appel téléphonique de membres du gouvernement français qui a permis de localiser le camp de Raúl Reyes, ce qui a servi à l'armée colombienne, avec le soutien des États-Unis, à procéder à son exécution.

Libération

Íngrid Betancourt rencontre Madonna sous les yeux de la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner, à la Casa Rosada en décembre 2008.
Article détaillé : Opération Jaque.

Íngrid Betancourt est libérée le mercredi 2 juillet 2008, avec 14 autres otages, par une opération de l'armée nationale colombienne[28].

Retour en France

Le surlendemain de sa libération elle décide de rejoindre la France. Elle rencontre à son arrivée le président de la République française Nicolas Sarkozy et les associations qui ont œuvré à sa libération[29]. Le lendemain elle suit des examens médicaux à l'hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce et déjeune avec l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, qui fut également son professeur[30]. Elle est reçue par le Sénat le 8 juillet[31] puis par l'Assemblée nationale ainsi que par l'ancien président de la République Jacques Chirac le lendemain[32].

Le 14 juillet, Nicolas Sarkozy lui remet les insignes de chevalier de la Légion d'honneur lors de la garden-party de l'Élysée.

Critiques

Le déferlement médiatique qui accompagne sa présence en France, en particulier lors de sa visite à Lourdes le 13 juillet 2008, suscite des critiques[33], notamment par ses connotations religieuses.

Le 26 février 2009 a paru aux États-Unis un livre Out of Captivity[34] écrit par Marc Gonsalves, Tom Howes et Keith Stansell, trois co-otages d'Íngrid Betancourt durant 5 ans et demi. Ils dressent un portrait très peu flatteur de leur ex-camarade de détention, fustigeant « son égoïsme, son orgueil et son arrogance » ainsi que sa façon d'avoir tenté de prendre le contrôle du camp où ils étaient codétenus[35],[36]. Elle aurait par ailleurs mis la vie de ces otages en danger en disant aux guérilléros que ces trois hommes étaient des membres de la CIA[37]. Ayant réussi à garder sa radio, elle aurait refusé de communiquer aux autres prisonniers les informations qu'elle avait entendues[35]. Keith Stansell pour sa part, va jusqu'à affirmer qu'elle volait de la nourriture et qu'elle essayait de prendre le contrôle du camp de prisonniers[36]. Gonsalves, qui noua une certaine amitié avec Betancourt[38], a cependant nuancé le propos de Stansell en affirmant qu'elle « ne rendait pas la vie facile aux guérilleros »[36].

Clara Rojas dénonce également l'attitude de Betancourt en la qualifiant de « mesquine ». Terme également employé par Juan Carlos Lecomte, pour qui elle est de plus « égoïste »[39].

Dans le magazine français Elle du 7 mars 2009, Patricia Balme, la chargée de communication d'Ingrid Betancourt, ajoute qu'elle ne répondra à aucune accusation portée contre elle.

Le Point décrit en détails dans un de ses articles ce qui suscite une polémique et analyse la personnalité de Betancourt [40].

Et après ?

Íngrid Betancourt en 2008.

Dans une entrevue à la radio colombienne Radio Caracol, Íngrid Betancourt affirme à la fin du mois de septembre 2008 que, bien qu'elle rêve de retourner en Colombie, elle se sait en danger dans ce pays parce que, pour les FARC, elle reste « un objectif militaire ».

Elle affirme par ailleurs qu'elle n'a aucune intention de participer à nouveau à la vie politique colombienne. Elle explique toutefois qu'elle reste mobilisée pour obtenir la libération des otages restants aux mains des FARC, et qu'il existe « d'autres façons » d'aider son pays, y compris depuis l'étranger[41].

Le 16 novembre 2008, le journaliste Mathieu Deslandes révèle dans le JDD qu'Íngrid Betancourt va exiger des comités qui se sont mobilisés pour sa libération qu'ils n'utilisent plus son nom.

Le 22 novembre 2008, à l'Hôtel de Ville de Paris, Íngrid Betancourt a expliqué aux 200 membres de comités de soutien venant de France et de toute l'Europe, qu'elle ne voulait plus que son nom soit utilisé[42]. En conséquence, la « Fédération internationale des comités Íngrid Betancourt » (Ficib) a adopté le nom « Fédération internationale des comités libertad pour la libération des otages en Colombie » (Ficlloc). Son logo a également été modifié. Il ne reprend plus le visage d'Íngrid, mais une main sortant de trois fils barbelés et le slogan « Libertad »[43].

Il se pourrait qu'Ingrid Betancourt fasse ses débuts comme animatrice de télévision, Alexia Laroche-Joubert ayant des projets pour elle[44].

Publications

  • Sí sabía, 1996 : enquête sur le financement de la campagne électorale d'Ernesto Samper par le cartel de Cali
  • La Rage au cœur, XO Editions, 2001 (ISBN 2845630131) ; éditions Pocket, 2002 (ISBN 2266120166)

Notes et références

  1. La nouvelle vie d'Ingrid Betancourt - Le Nouvel Observateur, 21 août 2008
  2. a  et b « Betancourt : un échec diplomatique », L'Express, 10 juillet 2008
  3. Íngrid Betancourt a été libérée, RFI
  4. (en) Global Greens Second Congress 2008 - Ingrid Betancourt Resolution sur globalgreens.org, consulté le 26 février 2009.
  5. EducWeb, "Site EducWeb, partie Questions réponses"
  6. « Íngrid Betancourt, la course contre la montre », Le Nouvel Observateur, 13 décembre 2007
  7. a  et b « Colombie: "Pour les FARC, Íngrid Betancourt vaut de l'or" », L'Express, 31 mars 2008
  8. « Ingrid Betancourt très émue par Benoît XVI », Le Figaro, mardi 2 septembre 2008, p. 9
  9. Interview sur Radio Vatican le 1er septembre 2008
  10. Maurice Lemoine, « La Colombie d’Íngrid Betancourt » sur Le Monde diplomatique, avril 2006, monde-diplomatique.fr, p. 1, 12 et 13. Consulté le 16 décembre 2007
  11. L'émission Un jour, une heure sur France 2 a procédé à une reconstitution des évènements, dans le cadre d'une enquête intitulée Íngrid Betancourt, les secrets d'un enlèvement La vidéo de l'émission.
  12. France 2, « entretien du ministre des affaires étrangères M. Dominique de Villepin avec France 2 », 27 juillet 2003, ministère des affaires étrangères. Consulté le 25 janvier 2008
  13. Axel Gyldèn, « Quand Paris voulait doubler Bogota » sur L'Express, 22 avril 2007, lexpress.fr. Consulté le 25 janvier 2008
  14. Revue de presse de mai 2007
  15. Mandat d’arrêt international contre le commandant des FARC, Rodrigo Granda, libéré grâce à Nicolas Sarkozy - Un journalisme d'investigation
  16. une vidéo de preuve de vie d'Íngrid Betancourt sur Comité IDF pour la libération d'Íngrid Betancourt, Clara Rojas et tous les otages en Colombie. Consulté le 25 janvier 2008
  17. les messages de Nicolas Sarkozy sur Comité IDF pour la libération d'Íngrid Betancourt, Clara Rojas et tous les otages en Colombie. Consulté le 25 janvier 2008
  18. la lettre d'Íngrid Betancourt sur Comité IDF pour la libération d'Íngrid Betancourt, Clara Rojas et tous les otages en Colombie. Consulté le 25 janvier 2008
  19. Le message d'espoir des enfants d'Íngrid sur Radio France internationale, rfi.fr. Mis en ligne le 7 décembre 2007, consulté le 16 décembre 2007
  20. Article d'Angola Press
  21. Article de RFI
  22. AFP: Sarkozy appelle les FARC à ne pas laisser mourir Betancourt, angoisse de la famille
  23. (es) Communiqué de l'armée Colombienne
  24. Raúl Reyes n'allait ni libérer Íngrid Betancourt ni rencontrer Nicolas Sarkozy - Un journalisme d'investigation
  25. Une transfuge des Farc assure que les guérilleros "craquent" - Yahoo! Actualités
  26. Astrid Betancourt · Un journalisme d’investigation
  27. Dernière minute Íngrid Betancourt · Un journalisme d’investigation
  28. {{lien Opération Jaqueweb|url=http://www.rtlinfo.be/news/article/145793/--Íngrid+Betancourt+a+été+libérée|site=www.rtlinfo.be|titre=Íngrid Betancourt est libre|date=2 juillet 2008|consulté le=2 juillet 2008}}.
  29. Le Point du 4 juillet 2008, Ingrid Betancourt est en France
  30. AFP: Ingrid Betancourt a déjeuné avec Dominique de Villepin à Paris
  31. Les sénateurs français debout pour saluer Ingrid Betancourt
  32. Le Figaro - Flash actu : Chirac rend hommage à Betancourt
  33. François-Bernard Huygue, « Cathodique et catholique : Ingrid sanctissima »
  34. Lire le livre en ligne, sur le site de l'éditeur.
  35. a  et b « États-Unis : trois ex-otages racontent leur relation difficile avec Ingrid Betancourt », AFP, 26 février 2009
  36. a , b  et c « Dans un livre, trois ex-otages américains des FARC ne sont pas tendres avec Ingrid Betancourt », Associated Press
  37. « L'icône Betancourt mise à mal dans un livre », Le Monde, 27 février 2009
  38. (en) « Book Casts Harsh Light on Ex-Hostage in Colombia », The New York Times, 27 février 2009
  39. « Ingrid Betancourt : Clara Rojas la critique sévère ! », sur voici.fr
  40. http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-04-17/polemique-ingrid-betancourt-ange-ou-demon/920/0/335902
  41. (es)Íngrid Betancourt, de nuevo objetivo militar de las Farc
  42. Ingrid Betancourt ne veut plus qu'on utilise son nom, nouvel Obs.
  43. Ingrid Betancourt exige de retomber dans l'anonymat, Voici.
  44. « Ingrid Bétancourt va-t-elle devenir animatrice télé ? » sur le blog de Jean-Marc Morandini

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • Delphine Caroff, Ingrid Betancourt ou la médiatisation de la tragédie colombienne, L'Harmattan, coll. « Questions contemporaines », Paris, Budapest et Turin, 2 juin 2004, 196 p., (ISBN 978-2747567428)
  • Juan Carlos Lecompte, Au nom d'Ingrid (praduction d'Isabelle Gugnon), Denoël, coll. « Impacts », Paris, 17 février 2005, 221 p., (ISBN 978-2207256855).
  • Jacques Thomet, Ingrid Betancourt : Histoire de cœur ou raison d'État ?, éditions Hugo et Compagnie, coll. « Hugo doc », Paris, 13 janvier 2006, 221 p., (ISBN 78-2755600728)
  • Yolanda Pulecio Betancourt, Ingrid, ma fille, mon amour, éditions Robert Laffont, Préface et traduction de Christiane Rancé, Paris, 2 novembre 2006, 259 p. + 8 p. de planches illustrées, (ISBN 978-2221107980)
  • Ingrid Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt, Lettres à maman : par-delà l'enfer, Préface d'Élie Wiesel, éditions du Seuil, Paris, 4 janvier 2008, 61 p., (ISBN 978-2020977739)
  • Jean-Jacques Kourliandsky, Ingrid Betancourt : par-delà les apparences (avec une préface de préface de Rafael Jorba), éditions Toute Latitude, 1er avril 2008, 121 p., (ISBN 978-2-35282-018-5)
  • Pascal Drouhaud, FARC: Confessions d'un guérillero, Choiseul éditions, 15 février 2008, 204 p., (ISBN 978-2-916722-16-0)

Liens externes


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