Jacques Ier Stuart


Jacques Ier Stuart

Jacques Ier d'Angleterre

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Jacques Ier
Roi d'Angleterre
King James I of England and VI of Scotland by John De Critz the Elder.jpg
Jacques Ier

Règne
24 mars 160327 mars 1625
&&&&&&&&&&&0803922 ans, 0 mois et 3 jours
Couronnement 1603
Dynastie Maison Stuart
Prédécesseur Élisabeth Ire
Successeur Charles Ier
Héritier Henri-Frédéric (1594-1612)
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Autres fonctions
Roi d'Écosse
Période
24 juillet 1567 - 27 mars 1625
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Monarque Jacques VI
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Prédécesseur Marie Stuart
Successeur Charles Ier

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Biographie
Naissance 18 juin 1566
Décès 27 mars 1625
Père Henry Stuart
Mère Marie Stuart
Consort(s) Anne de Danemark
Descendance Henri-Frédéric Stuart
Élisabeth d'Angleterre
Marguerite Stuart
Charles Ier
Robert
fils non baptisé
Marie Stuart
Sophie Stuart

England Arms 1603.svg
Monarques de Grande-Bretagne

Jacques Stuart (James Stuart ou Stewart ou Seumas Stiubhart en Écossais) (18 juin 1566 - 27 mars 1625) fut roi d'Écosse sous le nom de Jacques VI à partir de 1567, après une période de violences entre la monarchie et le parlement protestant, puis roi d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Jacques Ier de 1603 à 1625, succédant ainsi à Élisabeth Ire, qui n'était pas mariée, car il était arrière-petit-fils du roi d'Angleterre Henri VII.

Son arrivée sur le trône y installe une dynastie Stuart, d'une politique absolutiste, jusqu'en 1685.

Petit-fils de Marie de Guise, fils de Marie Stuart, reine d'Écosse et de son second mari Henry Stuart, lord Darnley (1545-1567), qui abdiqua en sa faveur le 24 juillet 1567. Jacques VI ayant à peine plus d'un an lors de son couronnement le 29 juillet 1567, la régence sera assumée de 1567 à 1570 par James Stuart Comte de Moray, demi-frère illégitime de sa mère, puis, après l'assassinat de ce dernier, le 11 janvier 1570, par Matthew Stewart (4e comte de Lennox) jusqu'à sa mort le 4 septembre 1571, par John Erskine, comte de Mar (en) jusqu'à son décès le 29 octobre 1572 et enfin par James Douglas, comte de Morton (en) jusqu'à son exécution le 2 juin 1581.

Partisan convaincu de l'absolutisme de droit divin, il en a lui-même établi la justification dans des ouvrages publiés avant son accession au trône d'Angleterre comme The true Law of free monarchies (1599). À Londres, Jacques Ier veut renforcer son pouvoir en prenant appui sur la religion anglicane, qui fait du roi le chef de l'Église nationale. Il en vient à persécuter les catholiques et les puritains. Ces derniers commencent à émigrer en masse vers le Nouveau Monde. Par la conspiration des poudres, les catholiques, quant à eux, tentent de se débarrasser du roi, en vain. Dans les dernières années de son règne, Jacques Ier accroît les haines contre sa personne en accordant sa confiance à un favori méprisable, le beau George Villiers, futur duc de Buckingham. Jacques Ier meurt le 27 mars 1625.

Sommaire

Enfance du roi Jacques VI d'Écosse

Naissance

King James I of England and VI of Scotland by Arnold van Brounckhorst.jpg

Jacques Charles Stuart fut le seul enfant de Marie Ire d'Écosse et de son second mari, Henri Stuart, duc d'Albany. Il descendait du roi Henri VII grâce à son arrière-grand-mère Marguerite Tudor, la sœur aînée d'Henri VIII[1]. Le règne de Marie sur l'Écosse fut peu sûr, tant pour elle que pour son mari, car ils étaient catholiques et durent faire face à une rébellion de nobles protestants. Leur mariage fut particulièrement difficile[2]. Lorsque Marie était enceinte de Jacques, son mari s'allia secrètement avec les rebelles et assassina le secrétaire privé de la reine, David Rizzio[3].

Jacques naquit le 19 juin 1566 au Château d'Édimbourg et, en tant que fils aîné de la reine et héritier direct, il devint directement duc de Rothesay et prince et grand steward Écosse. Élisabeth Ire d'Angleterre, en tant que marraine, lui envoya de magnifiques fonts baptismaux en or[4].

Le père de Jacques, Henri Stuart, fut assassiné le 10 février 1567 dans la maison des Hamilton, Kirk o'Field, à Édimbourg, peut-être pour venger la mort de David Rizzio. Marie était déjà une reine impopulaire et son mariage le 15 mai 1567 avec James Hepburn, quatrième comte de Bothwell, qui était largement suspecté du meurtre d'Henri, augmenta encore le ressentiment contre elle[5]. En juin 1567, les rebelles protestants arrêtèrent Marie et l'emprisonnèrent dans le château de Loch Leven (en); elle ne revit jamais son fils. Elle fut forcée d'abdiquer le 24 juillet en faveur de l'infant Jacques et de nommer régent son demi-frère illégitime, Jacques Stewart, Comte de Moray[6].

Régences

James Stuart (1er comte de Moray), régent lors de la minorité de Jacques

La prise en charge de Jacques fut confiée à John Erskine, comte de Mar, « afin qu'il soit préservé, nourri et élevé »[7]en sécurité au Château de Stirling[8]. Le garçon fut formellement couronné à l'âge de treize mois en tant que Jacques VI d'Écosse dans l'Église de Stirling le 29 juillet 1567[9]. Le sermon fut prononcé par le calviniste John Knox. Et, en accord avec les croyances religieuses de la plus grande partie des classes dirigeantes écossaises, Jacques fut élevé en tant que membre de l'Église d'Écosse. Son éducation fut surveillée par l'historien et poète George Buchanan) qui le frappa souvent, mais lui inspira également une passion pour la littérature et l'apprentissage qui l’anima toute sa vie[10].

En 1568, Marie s'échappa de prison, déclenchant une brève période de violence. Le Comte de Moray défit les troupes de Marie à la Bataille de Langside (en), la forçant à fuir vers l'Angleterre, où elle fut emprisonnée par Élisabeth. Le 22 janvier 1570, Moray fut assassiné par James Hamilton of Bothwellhaugh et remplacé comme régent par le grand-père paternel de Jacques, Matthew Stewart, comte de Lennox qui fut fatalement blessé une année plus tard lors d'un raid des partisans de Marie[11]. Le régent suivant, John Erskine, comte de Mar, mourut rapidement après avoir mangé chez James Douglas (4e comte de Morton), où il fut pris d'une violente maladie. Il décéda le 28 octobre 1572 à Stirling. Morton, qui devint régent à son tour, prouva de nombreuses manières qu'il était le plus compétents des régents de Jacques[12], mais se fit des ennemis à cause de sa rapacité[13]. Il perdit les faveurs de Jacques lorsque le Français Esmé Stewart (1er duc de Lennox) (en), Seigneur d'Aubigny, premier cousin du père de Jacques et futur comte de Lennox, arriva en Écosse et s'imposa rapidement comme le premier des puissants favoris du jeune roi[14]. Morton fut exécuté le 2 juin 1581, accusé tardivement de complicité dans le meurtre de Lord Darnley[15]. Le 8 août, Jacques fit de Lennox le seul duc d'Écosse[16]. Alors âgé de quinze ans, le roi devait rester sous l'influence de Lennox pendant encore une année[17].

Règne personnel en Écosse

Bien que protestant converti, Lennox n'avait pas la confiance des calvinistes écossais, qui notant les démonstrations d'affection entre le roi et son favori soupçonnèrent Lennox de "[travailler] à mener le roi dans la luxure"[18]. En août 1582, lors d'un épisode connu sous le nom de raid de Ruthven (en), les comtes protestants de Gowrie et d'Angus éloignèrent le roi dans le château de Ruthven (en) l'emprisonnèrent[19] et forcèrent Lennox à quitter l'Angleterre. Après sa libération en juin 1583, Jacques renforça son contrôle sur le royaume. Il promulgua les Black Acts pour imposer l'autorité royale sur l'Église. Entre 1584 et 1603, il établit un gouvernement royal efficace et une paix relative entre les Lords, assisté activement par John Maitland, qui dirigea le gouvernement jusqu'en 1592[20]. Une dernière tentative écossaise contre le roi intervint en août 1600 lorsque Jacques fut attaqué par Alexander Ruthven, le jeune frère du comte de Gowrie, dans le manoir de Gowrie[21]. Comme Alexander Ruthven avait été tué par le page de Jacques, John Ramsay, et que le comte de Gowrie avait lui aussi été tué dans le désordre qui suivit, il ne restait plus de témoins et le témoignage de Jacques suscita l'incrédulité[22].

En 1586, Jacques signa le Traité de Berwick avec l'Angleterre. L'exécution de sa mère en 1587, qu'il dénonça, l'aida à libérer la voie pour sa succession au sud de la frontière[23]. Durant la crise de l'Invincible Armada de 1588, il assura Élisabeth de son soutien "en tant que fils naturel et compatriote de son pays"[24]. Comme le temps passait et qu'Élisabeth demeurait célibataire, la succession au trône d'Angleterre devint l'une des priorités de la politique de Jacques.

Mariage

Anne de Danemark, par John de Critz, vers 1605.

Durant sa jeunesse, Jacques avait été loué pour sa chasteté car il montrait peu d'intérêt pour les femmes; après la mort de Lennox, il continua à préférer la compagnie des hommes[25]. Un mariage approprié était toutefois nécessaire pour renforcer sa monarchie et le choix se porta sur Anne de Danemark, la fille cadette du roi Frédéric II de Danemark, alors âgée de quatorze ans. Peu après un mariage par procuration en août 1589, Anne s'embarqua pour l'Écosse mais fut forcée de débarquer en Norvège à cause des tempêtes. Apprenant que la traversée avait été abandonnée, Jacques, dans ce que Willson appelle "l'un des épisodes romantiques de sa vie"[26] s'embarqua pour aller chercher Anne personnellement[27]. Le couple se maria formellement au vieux palais de l'évêque d'Oslo le 23 novembre et, après avoir séjourné à Elseneur et à Copenhague, il retourna en Écosse en mai 1590. Selon tous les témoignages, Jacques fut tout d'abord sous le charme d'Anne et dans les premières années de leur mariage, il semble lui avoir toujours montré de la patience et de l'affection[28]. Mais entre 1593 et 1595, Jacques fut lié amoureusement avec Anne Murray, la future Lady Glamis, qu'il appelait "ma maîtresse et mon amour". Le couple royal eut trois enfants qui survécurent: Henri Frédéric, prince de Galles, qui mourut, probablement de typhoïde en 1612 à l'âge de 18 ans; Élisabeth d'Angleterre, qui devint plus tard reine de Bohême; et Charles, le futur roi Charles Ier d'Angleterre. Anne précéda son mari dans la mort en mars 1619.

Théorie de la monarchie

En 1597 et 1598, Jacques écrivit deux œuvres, The Trew Law of Free Monarchies et Basilikon Doron, dans lesquels il établit une base idéologique pour la monarchie. Dans la Trew Law, il exposa le concept de droit divin, exposant que pour des raisons bibliques, les rois sont placés plus haut que les autres hommes, bien que "la marche la plus élevée soit la plus élevée"[29]. Le document propose une théorie absolutiste de la monarchie dans laquelle le roi peut imposer de nouvelles lois par prérogative royale, mais doit également tenir compte des traditions et de Dieu.

Basilikon Doron, écrit comme un livre d'instruction pour le prince Henri alors âgé de quatre ans, est plus un guide pratique pour devenir roi.[30] Malgré les banalités et les conseils moralisateurs, le livre est bien écrit, constituant la meilleure prose de Jacques[31]. Les conseils de Jacques à propos des parlements, qui les voit principalement comme la cour du roi, laissent présager des difficultés avec le Parlement anglais.

Le trône anglais

La proclamation comme roi d'Angleterre

Article détaillé : Union des Couronnes.
La mort de la reine Élisabeth Ire sans héritier direct permis à Jacques d'accéder au trône d'Angleterre

Dès 1601, lors des dernières années de la vie d'Élisabeth Ire, certains politiciens anglais, dont son premier-ministre Sir Robert Cecil[32] entretinrent une correspondance secrète avec Jacques pour préparer à l'avance une succession sans heurt. En mars 1603, alors que la vieille reine était de toute évidence à l'agonie, Cecil envoya à Jacques un brouillon de la proclamation de son accession au trône anglais. Élisabeth mourut dans les premières heures du 24 mars et Jacques fut proclamé roi à Londres plus tard le même jour[33]. Lorsque Jacques se dirigea vers le sud, ses nouveaux sujets se rassemblèrent sur son passage, soulagés avant tout que la succession n'ait provoqué ni révolte, ni invasion[34]. Lorsqu'il entra à Londres, il fut accueilli par une foule nombreuse[35]. Jacques fut couronné roi d'Angleterre, devenant Jacques Ier le 25 juillet. La cérémonie du couronnement donna lieu à des mises en scènes allégoriques élaborées par les poètes dramatiques Thomas Dekker et Ben Jonson. Une épidémie de peste qui éclata alors limita cependant l'ampleur des festivités[36].

Les débuts du règne anglais

Malgré cette transition sans heurt et la chaleur avec laquelle il avait été accueilli, Jacques faillit perdre la vie à deux reprises la première année de son règne, avec les conspirations de Bye et la Main Plot, qui conduisirent à l'arrestation, entre autres, de Lord Cobham et de Sir Walter Raleigh[37]. Ceux qui espéraient un changement gouvernemental de la part de Jacques furent tout d'abord déçus lorsqu'il maintint en place les conseillers d'Élisabeth dans le Conseil Privé, comme cela avait été secrètement conclu avec Robert Cecil[38], mais Jacques y appela bientôt Henry Howard et son neveu, Thomas Howard, ainsi que cinq nobles écossais[39] dont il se rallia ainsi le soutien durable. Dans les premières années du règne de Jacques, la gestion quotidienne du gouvernement resta sous le contrôle étroit du perspicace Robert Cecil, qui deviendra Comte de Salisbury, assisté efficacement par Thomas Egerton, que Jacques fit bientôt Baron Ellesemere et Lord Chancellor, ainsi que par Thomas Sackville, bientôt Comte de Dorset qui resta en tant que Lord Treasurer[40]. Jacques fut ainsi libre de se concentrer sur les problèmes les plus importants, tels qu'un projet d'union plus étroite entre l'Angleterre et l'Écosse, les questions de politique étrangère, et sur ses loisirs, notamment la chasse[41].

Jacques avait l'ambition de construire une union personnelle des couronnes d'Écosse et d'Angleterre pour établir une Union des Couronnes permanente sous un seul roi, un seul parlement et une seule constitution. Ce plan rencontra l'opposition des deux pays[42]. En avril 1604, le parlement anglais refusa sa requête de prendre le titre de "Roi de Grande-Bretagne" pour des raisons de droit[43]. Six mois plus tard, il prit quand même ce titre par proclamation[44].

Jacques eut plus de succès en politique étrangère. Il consacra tous ses efforts à mettre fin à la longue guerre anglo-espagnole qui avait commencé en 1585. En août 1604, grâce à l'habileté diplomatique de Robert Cecil et d'Henry Howard, un traité de paix fut signé entre les deux pays. Jacques donna un grand banquet pour célébrer l'occasion[45]. La reconnaissance de la liberté de culte pour les Catholiques d'Angleterre restait, toutefois, un objectif majeur de la politique espagnole, causant un dilemme constant pour Jacques. On se méfiait de ce dernier à l'étranger pour sa répression envers les catholiques, mais il était encouragé par le Conseil privé à être encore moins tolérant[46].

La vision de Jacques à propos d'Élisabeth Ire et de Marie

La conspiration des poudres

Article détaillé : Conspiration des poudres.
Gravure du XVIIe siècle : les artisans de la conspiration des poudres

A la veille de l'ouverture de la deuxième session du premier parlement de Jacques, le 5 novembre 1605, un soldat nommé Guy Fawkes fut découvert dans les caves du bâtiment du parlement, gardant une pile de fagots de bois, non loin de trente-six barils avec lesquels il avait l'intention de faire exploser la Maison du Parlement et de causer la destruction, comme Jacques le nota, "non seulement de ma personne, ni de celle de ma femme et de mes enfants, mais l'ensemble du corps de l'État en général"[47]. La découverte sensationnelle de la Conspiration des poudres catholique, comme elle fut rapidement nommée, causa un soulagement national que Salisbury exploita pour obtenir des subsides du Parlement plus élevés que tous ceux qui avaient été obtenus jusque ici, à l'exception d'un seul pour Élisabeth Ire[48].

Le conflit avec le Parlement

Cette entente entre le monarque et le parlement après la Conspiration des poudres représenta une entorse à la règle. Dans les faits, c'est la session précédente de 1604 qui détermina l'attitude qui allait être celle de chaque camp pour le reste du règne, bien que les difficultés initiales relevassent davantage de l'incompréhension mutuelle que de l’hostilité délibérée[49]. Le 7 juillet 1604, Jacques reporta la session parlementaire après avoir failli à gagner son soutien sur une union complète des couronnes ou sur les subsides financiers[50].

Au fur et à mesure que règne de Jacques progressait, son gouvernement dut faire face à des difficultés financières croissantes, notamment à cause de l'inflation grimpante[51], mais également en raison de la prodigalité et de l'incompétence financière de sa cour. En février 1610, Salibury, partisan de la participation du parlement au gouvernement[52] proposa un plan, le « Grand Contrat », par lequel le Parlement, moyennant dix concessions de la part du roi, s'engagerait à voter un crédit forfaitaire de 600 000 £ pour payer les dettes du roi et lui allouer une pension annuelle de 200 000 £[53]. Les négociations traînèrent tellement en longueur que Jacques perdit patience et renvoya le Parlement[54]. Le même processus se répéta lors du Parlement stérile de 1614 que Jacques dissout au bout de huit semaines pendant lesquelles le Parlement avait tergiversé sans lui accorder l'argent demandé[55]. Jacques se passa ensuite du parlement jusqu'en 1621, employant des administrateurs tels que Lionel Cranfield, un homme d'affaire habile qui sut récolter et économiser de l'argent pour la couronne ; ainsi la vente de titres de noblesse (dont beaucoup furent créées pour l'occasion) fournit-elle une source de revenus supplémentaire[56].

Portrait de Jacques Ier par Nicholas Hilliard, 1603-1609

L'alliance espagnole

À la recherche d'une autre source potentielle de revenus, la couronne anglaise songea à un mariage entre le prince de Galles, Charles et l’Infante d'Espagne Marie qui aurait apporté une dot espagnole[57]. Ce projet incita Jacques à maintenir la paix avec l'Espagne et donc à éviter les dépenses militaires [58]. Les bénéfices de la paix pouvaient être maintenus tant que duraient les négociations, ce qui pourrait expliquer pourquoi Jacques les fit traîner en longueur pendant près de dix ans[59]. Soutenue par Howards et d'autres ministres et diplomates crypto-catholiques qui formaient le « parti espagnol », cette politique causa une profonde méfiance dans l'Angleterre protestante.

Toutefois, le déclenchement de la Guerre de Trente Ans mit en péril la politique de paix de Jacques, notamment après que son beau-fils, l'Électeur palatin Frédéric V fut chassé de Bohême par l'Empereur Ferdinand II en 1620 et que les troupes espagnoles eurent envahi simultanément ses territoires du Rhin. La situation devint critique lorsque Jacques convoqua finalement le parlement en 1621 pour financer une expédition militaire de soutien à son beau-fils[60]. Le Parlement n'apporta d'un côté que des subsides insuffisants pour financer des opérations militaires d'envergure et de l'autre, se souvenant des attaques navales lucratives contre la « Flotte de l'Or » sous Élisabeth Ire, en appela à une guerre déclarée contre l'Espagne[61]. En novembre 1621, menés par Sir Edward Coke, ils présentèrent une pétition demandant non seulement la guerre avec l'Espagne, mais également le mariage du prince Charles avec une princesse protestante, ainsi que le renforcement des lois anti-catholiques[62]. Jacques leur demanda catégoriquement de ne pas usurper les prérogatives royales, faute de quoi ils risquaient une punition[63], ce qui les amena à revendiquer leurs droits, dont la liberté de parole. Jacques fit supprimer ces protestations des registres et procéda à une nouvelle dissolution du Parlement[64].

En 1623, le Prince Charles, alors âgé de 23 ans, décida avec Buckingham de prendre l'initiative de se rendre incognito en Espagne[65] afin de solliciter directement la main de l'Infante ; cette initiative s'avéra catastrophique[66]. L'Infante prit Charles en grippe et les Espagnols imposèrent une série de préalables inacceptables au mariage, dont la conversion de Charles au catholicisme et son séjour d'un an en Espagne en tant qu’otage diplomatique. Le prince et le duc retournèrent en Angleterre en octobre sans l'Infante et dénoncèrent immédiatement le traité, à la plus grande joie du peuple britannique[67]. Désabusés par leur visite en Espagne, Charles et Buckingham se rallièrent à la politique espagnole de Jacques, appelant à une alliance française et à la guerre contre les Habsbourg[68]. Conscients du coût de l'opération, ils persuadèrent Jacques de convoquer un autre Parlement, qui siégea en février 1623. Pour une fois, la violence des sentiments anti-catholiques au sein du parlement trouvait un écho à la Cour, où le contrôle politique passait de Jacques à Charles et Buckingham[69] ; ceux-ci faisaient pression sur le roi pour qu'il déclare la guerre et renvoie le Lord Treasurer, Lionel Cranfield, opposé à leur plan en raison des dépenses qu'il allait engendrer[70]. Le résultat de cette nouvelle session du Parlement fut ambigu : Jacques refusait toujours de déclarer la guerre, mais Charles crut que le Parlement s'engageait à financer la guerre contre l'Espagne, conviction qui contribua à aggraver ses problèmes avec le Parlement durant son propre règne[71].

Les défis religieux

La conspiration des poudres a renforcé l'oppression des catholiques et Jacques prit de dures mesures pour les contrôler. En mai 1606, le parlement adopta une loi qui demandait à tout citoyen de faire serment d'allégeance qui comprenait notamment de renier l'autorité du pape sur le roi[72]. Jacques était conciliant avec les catholiques qui firent ce serment[73] et il toléra les crypto-catholiques même à la cour[74]. Cependant, il prit dans la pratique des mesures encore plus dures vis-à-vis des catholiques que celles qui avaient été prises durant le règne d'Élisabeth. Vis-à-vis du clergé puritain avec qui il débattit durant la Conférence d'Hampton de 1604[75], Jacques fut d'abord strict en renforçant la confirmité, introduisant un sentiment de persécution parmi les puritains[76], mais les expulsions devinrent moins nombreuses à la fin de son règne. L'un des succès notables de la Conférence d'Hampton fut l'adoption d'une nouvelle traduction de la bible, complétée en 1611, et qui fut connue sous le nom de Bible du roi Jacques, considérée comme l'un des chefs d'œuvre de l'anglais moderne naissant[77]. En Écosse, Jacques essaya d'amener l'Église écossaise aussi près que possible de l'Église anglaise et rétablit l'épiscopat, générant une forte opposition[78]. En 1618, les évêques de Jacques imposèrent ses Cinq articles de Perth lors de l'Assemblée générale, mais ces règles rencontrèrent une grande résistance[79]. Jacques devait laisser une Église d'Écosse divisée à sa mort, ce qui sera une source de problèmes futurs pour son fils[80].

Les favoris

George Villiers, duc de Buckingham, par Peter Paul Rubens, 1625.

Salisbury mourut en 1612, peu regretté par ceux qui se réjouissaient de remplir le vide du pouvoir[81]. Jusqu'à la mort de Salisbury, le système administratif élisabéthain qu'il avait présidé continua à fonctionner avec une efficacité relative. Depuis ce moment, toutefois, le gouvernement de Jacques entra dans une période de déclin et de discrédit[82]. La disparition de Salisbury donna à Jacques l'idée de gouverner seul et d'être son propre premier-ministre avec son jeune favori écossais, Robert Carr, vicomte de Rochester, effectuant nombre des anciennes fonctions de Salisbury. Mais l'incapacité de Jacques à s'occuper de près des affaires officielles exposa le gouvernement aux luttes de clan[83].

Le parti d'Howard, composé de Northampton, Suffolk, du beau-fils de Suffolk William Knollys, de Charles Howard et de Sir Thomas Lake, prit bientôt le contrôle d'une grande partie du gouvernement. Même le puissant Carr, incapable de porter les responsabilités qui pesaient sur lui et souvent dépendant de son ami intime Thomas Overbury pour s'occuper des papiers du gouvernement[84], passa dans le camp d'Howard après avoir entamé une relation avec la comtesse d'Essex, Frances Howard, fille du comte de Suffolk. Jacques aida Frances Howard à obtenir l'annulation de son mariage afin qu'elle puisse se remarier avec Robert Carr. En été 1615, il apparut que Sir Thomas Overbury, qui était mort en septembre 1613 à la Tour de Londres, où il avait été enfermé sur ordre du roi avait été empoisonné[85]. Parmi les suspects du meurtre figuraient Frances Howard et Robert Carr, ce dernier ayant été remplacé par un jeune homme nommé George Villiers en tant que favori du roi. L'implication du roi dans un tel scandale provoqua beaucoup de rumeurs dans le public et ternit irréparablement la cour de Jacques avec une image de corruption et de dépravation[86]. La chute des Howard qui suivit laissa George Villiers, désormais premier duc de Buckingham, sans concurrence à la tête du gouvernement dès 1618[87].

Relations personnelles

Jacques eut, durant toute sa vie, d'étroites relations avec des courtisans masculins, plus particulièrement avec Esmé Stewart, Robert Carr, le premier comte de Somerset, et George Villiers, le premier duc de Buckingham. Il y a eu des débats entre les historiens pour discuter de la nature de ces relations: "Le témoignage de sa correspondance et les récits contemporains ont conduit quelques historiens à conclure que le roi était homosexuel ou bisexuel. En fait, la question est obscure"[88]. Dans le Basilikon Doron, Jacques plaçait la sodomie parmi les crimes à ne jamais pardonner. À l'âge de vingt-trois ans, Jacques et 300 de ses hommes portèrent secours à Anne de Danemark qui était échouée sur la côte norvégienne. Ils se marièrent et eurent sept enfants, certaines sources disent neuf. Jacques eut également une relation de deux ans avec Anne Murray.

Dernière année

La dernière année du règne de Jacques vit Buckingham consolider son contrôle sur Charles pour assurer son propre futur. Le roi était souvent malade et devint progressivement une figure périphérique, rarement capable de venir à Londres. Au début de 1625, Jacques est frappé par de graves attaques d'arthrite, de goutte et, en mars, il tomba sérieusement malade, eut de fortes fièvres et une attaque cardiaque. Il mourut finalement au Manoir de Theobald le 27 mars durant une violente attaque de dysenterie, avec Buckingham à son chevet[89]. Les funérailles eurent lieu le 7 mai. L'archevêque de York John Williams fit le sermon en comparant Jacques au roi Salomon[90].

Héritage

Le roi fut largement pleuré. Malgré tous ses défauts, Jacques n'avait jamais complètement perdu l'affection de son peuple qui avait profité d'une paix ininterrompue et de taxes relativement basses durant son règne. Une fois au pouvoir, Charles et Buckingham entreprirent une série d'expéditions militaires imprudentes qui se soldèrent par un échec humiliant[91]. Jacques laissa à Charles une croyance fatale dans le droit divin des rois, combiné à un dédain du Parlement qui culminera avec la Guerre civile anglaise et l'exécution de Charles. Jacques avait souvent négligé les affaires du gouvernement pour se consacrer à ses loisirs, tels que la chasse ; de plus, sa dépendance vis-à-vis de ses favoris et une cour déchirée par les scandales mina l'image de respect de la monarchie construite prudemment par Élisabeth Ire[92].

Toutefois, la stabilité du gouvernement de Jacques en tant que roi d'Écosse, ainsi que lors de la première partie de son règne anglais, ainsi que ses vues relativement éclairées en matière de religion et de guerre, lui valurent une réévaluation de plusieurs historiens récents, qui ont sauvé sa réputation d'une tradition de critiques issues des historiens anti Stuart du milieu du XVIIe siècle[93].

Descendance

Vers 1589, Jacques Ier épouse Anne de Danemark (1574-1619), (fille de Frédéric II de Danemark), avec laquelle il a 8 enfants:

Jacques Ier se remarie avec Lady Frances Howard.

Anecdotes

  • La première colonie britannique permanente sur le continent américain fut nommée Jamestown en son honneur (littéralement ville de Jacques).
  • C'est sous le règne de ce roi qu'eut lieu le drame de la famille Sawney Bean.

Voir aussi

Notes et références

  1. Guy, p. 54
  2. Guy, pp. 236–7, pp. 241–2, p. 270
  3. Guy, pp 248–50.
  4. Croft, p. 11.
  5. Willson, p. 18.
  6. Guy, pp. 364-365.
  7. Lettre de Marie au Comte de Mar du 29 mars 1567, citée par Stewart, p. 27.
  8. Willson, p. 18; Stewart p. 33.
  9. Croft, p. 11.
  10. Croft, pp. 12-13.
  11. Croft, p. 13.
  12. Stewart, p 45; Willson, pp 28–29.
  13. Croft, p 15.
  14. Stewart, pp 51–63.
  15. Stewart, p. 63.
  16. Stewart, p. 63.
  17. Wilson, p. 35.
  18. Croft, p. 15.
  19. Stewart, p. 66
  20. Croft, p. 17, p. 20.
  21. Stewart, pp. 150-157.
  22. Stewart, p. 154; Croft, p. 45.
  23. Croft, p. 22.
  24. Croft, p. 23.
  25. Croft, pp. 23-24.
  26. Willson, p. 85
  27. Stewart, pp. 107-110.
  28. Willson, pp. 85-95.
  29. Cité par Willson, p. 131.
  30. Willson, p. 133.
  31. Willson, p. 132; Croft, pp. 134-135.
  32. Croft, p. 48.
  33. Croft, p. 49; Willson, p. 158.
  34. Croft, p. 50.
  35. Stewart, p. 169.
  36. Stewart, p. 172.
  37. Croft, p. 51.
  38. Croft, p. 51.
  39. Croft, p. 51.
  40. Croft, p. 51.
  41. Croft, p. 51.
  42. Croft, pp. 52-54.
  43. Willson, p. 250.
  44. Willson, pp. 249-252.
  45. Croft, pp. 52-53.
  46. Croft, p. 118.
  47. Stewart, p. 219.
  48. Croft, p. 64.
  49. Croft, p. 63.
  50. Croft, p. 62
  51. Croft, p. 69.
  52. Croft, p. 76.
  53. Croft, pp. 75-81.
  54. Croft, p. 80.
  55. Willson, p. 348.
  56. Willson, p. 409.
  57. Willson, p. 357.
  58. Schama, Vol. II, p. 59.
  59. Kenyon, pp. 88-89.
  60. Willson, pp. 408-416.
  61. Willson, p. 421.
  62. Willson, p. 421.
  63. Willson, p. 442.
  64. Willson, p. 243.
  65. Croft, p. 118.
  66. Croft, pp. 118-119.
  67. Shama, p. 64; Croft, p. 120.
  68. Croft, pp. 120-121.
  69. Krugler, pp. 63-64.
  70. Croft, p. 125.
  71. Croft, p. 126.
  72. Stewart, p. 225.
  73. Willson, p. 228.
  74. Croft, p. 162.
  75. Croft, p. 156.
  76. Willson, pp. 201 et 209; Croft, p. 156; Stewart, p. 205.
  77. Willson, pp. 213-215; Crof, p. 157.
  78. Croft, p. 164.
  79. Croft, p. 166; Willson, p. 320.
  80. Croft, p. 167.
  81. Willson, p. 269.
  82. Willson, p. 333.
  83. Willson, pp. 334-335.
  84. Willson, p. 349.
  85. Lindley, p. 146.
  86. Davies, p. 20.
  87. Willson, p. 397.
  88. Bucholz, p. 208
  89. Selon certaines rumeurs, le roi aurait été empoisonné par Buckingham. Croft, pp. 127-128.
  90. Croft, pp. 129-130.
  91. Stewart, p. 348.
  92. Croft, p. 129.
  93. Croft, pp. 6-8.

Sources

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « James I of England ».

Bibliographie

  • Bucholz, Robert and Newton Key (2004). Early Modern England, 1485–1714: A Narrative History. Oxford: Blackwell. ISBN 0-631-21393-7.
  • Croft, Pauline (2003). King James. Basingstoke and New York: Palgrave Macmillan. ISBN 0-333-61395-3.
  • Guy, John (2004). My Heart is My Own: The Life of Mary Queen of Scots. London and New York: Fourth Estate. ISBN 1-84115-752-X.
  • Kenyon, J.P. Stuart England. Harmondsworth, England, Penguin Books, 1978.
  • Schama, Simon. A History of Britain. New York, Hyperion, 2001.
  • Stewart, Alan (2003). The Cradle King: A Life of James VI & I. London: Chatto and Windus. ISBN 0-7011-6984-2.
  • Willson, David Harris ([1956] 1963 ed). King James VI & I. London: Jonathan Cape Ltd. ISBN 0-224-60572-0.

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