Kim Il-Sung

Kim Il-Sung

Kim Il-sung

Kim Il-sung est un nom coréen ; le nom de famille, Kim, précède donc le prénom.
Kim Il-sung
Kim Il Sung en 1984
Hangeul 김일성
Hanja 金日成
Romanisation révisée Gim Il-seong
McCune-Reischauer Kim Il-sŏng

Kim Il-sung (15 avril 1912 - 8 juillet 1994) a été le fondateur et le premier dirigeant de la Corée du Nord de 1948 jusqu'à sa mort.

Kim Il-sung a occupé les postes de Premier ministre de 1948 à 1972 et de Président de la République à partir de 1972, mais la véritable source de son pouvoir était son poste de Secrétaire général du Parti du travail de Corée. Il était couramment désigné du titre de Grand Leader (위대한 수령, widaehan suryŏng).

Sommaire

Premières années

Né sous le nom de Kim Song-ju à Pyongyang, Kim Il-sung est l'ainé de trois fils. Sa famille s'installe en Mandchourie, où Kim passe l'essentiel de sa jeunesse et de sa scolarité, sauf deux années, en 1924 et 1925, pendant lesquelles il fréquente l'école Changdok près de Pyongyang.

En 1929, il est exclu de son école sans doute suite à sa participation à une petite organisation communiste. Il est possible qu'il ait fait un temps de prison pour cette participation, mais c'est peu après qu'il change de nom et c'est en 1932 qu'il rejoint ou organise un premier groupe de résistant à l'occupant japonais qui a transformé la Mandchourie en Manchoukouo[1]. Comme d'autres groupes de partisans coréens, il s'intègre aux forces communistes chinoises qui s'organisent peu à peu entre 1931 et 1935 pour combattre les japonais. C'est au sein de la Seconde Armée, surtout active dans l'est de la Mandchourie, que Kim s'illustre et se hisse au grade de commandant de division (une centaine d'hommes)[2]. Mais le fait d'armes qui lui vaut d'être reconnu par les Japonais comme un des résistants les plus notoires à abattre absolument est un raid qu'il organise le 4 juin 1937 sur Pochonbo, une ville coréenne, en coordination avec une association de résistance locale. Il occupe la ville une journée avant de se retirer en Mandchourie, poursuivi par des policiers Japonais qu'il défait dans une embuscade[3].

C'est à cette époque qu'il rencontre son épouse Kim Jong-suk, qui est également la mère de l'actuel dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-il. Née le 24 décembre 1919, elle est également de ces Coréens installés en Mandchourie et semble avoir rejoint la guérilla communiste dès 1935.

Kim Il Sung en 1946

En 1940, alors que les forces japonaises lancent une offensive destinée à liquider la guérilla communiste, Kim devient commandant d'une des trois Armées plus particulièrement actives dans le sud de la Mandchourie. Dans les combats qui s'ensuivent, la guérilla est balayée, et Kim est le seul commandant qui n'est pas tué ou capturé. Poursuivi par les Japonais qui sont renseignés par des résistants capturés, dont l'ancien supérieur de Kim, il finit par se replier en 1941 en Union soviétique avec ce qui reste de sa Division et est intégré dans une unité internationale de l'Armée rouge[4] où il atteint le grade de capitaine[5] ou de major[6]. Il existe des rapports sur des incursions de Kim en Mandchourie, mais il ne semble pas avoir participé aux combats qui suivent la déclaration de guerre de l’URSS et l’invasion du Mandchoukuo par les forces soviétiques le 8 août 1945[7]. C'est donc dans un Pyongyang occupé par les soviétiques qu'il débarque le 19 septembre 1945 avec son groupe de résistants coréens [8]. Selon certaines sources, lui et ses camarades sont en uniforme de l'Armée Rouge, Kim Il-sung portant les insignes de capitaine ou de major[9].

Modernisation économique et indépendance politique

Article détaillé : Économie de la Corée du Nord.

Après la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du Nord a reconstruit rapidement son économie en s'industrialisant « au rythme de Chollima », le cheval ailé des légendes coréennes qui parcourait 1 000 li par jour. Le taux de croissance économique, estimé à plus de 10 % par an dans les années 1960, se ralentit ensuite puis devient négatif au début des années 1990, sous l'effet de la disparition des démocraties populaires en URSS et en Europe de l'Est qui prive la Corée du Nord de ses partenaires traditionnels.

Kim Il-sung a défini la diplomatie nord-coréenne selon une politique d'équilibre et d'indépendance à l'égard de ses deux puissants voisins communistes, la Chine et l'URSS, ce qui a longtemps contribué à lui donner une image meilleure que celle d'autres dirigeants socialistes auprès des chefs d'État et de gouvernement occidentaux[10]. Conformément à cette volonté d'indépendance, les troupes soviétiques ont quitté la Corée dès la fin de l'année 1948 et la Corée du Nord n'a jamais adhéré au CAEM.

Dans le domaine religieux, l’Église catholique a dénoncé des persécutions, à l'origine de l'ouverture d'un procès en béatification de 53 martyrs morts entre 1949 et 1952.

Dès 1960 puis à nouveau en 1972, Kim Il-sung a effectué des propositions en vue d'une réunification pacifique de la Corée finalisées dans le projet d'une « République confédérale démocratique de Koryŏ », consistant à proposer (selon une formule pouvant être comparée à celle aujourd'hui envisagée pour la Chine et Taïwan) un seul État pour deux systèmes[11].

Sa mort, survenue lors d'une attaque cérébrale, a donné lieu à d'immenses scènes de pleurs dans toute la Corée du Nord, souvent interprétées comme surréalistes en Occident. Des récits des réfugiés nord-coréens témoignent toutefois de l'affection sincère des Nord-Coréens envers leur président[12]. Cependant, selon Hwang Jang-yop, les scènes d'émotion étaient causées par la combinaison du culte de la personnalité voué à Kim Il-sung et de la peur de représailles. Ainsi, le parti menait des enquêtes sur l'intensité du chagrin de la population, dont il déduisait leur loyauté ; les patients qui ne sortaient pas des hôpitaux et ceux qui continuaient de boire ou de faire la fête après l'annonce de la mort étaient punis[13].

Le culte du Grand Leader

La vénération dont Kim Il-sung a été et est toujours l'objet en Corée du Nord s'inscrit dans une filiation confucéenne qui a déifié les empereurs de Corée et affirmé le principe du respect de l'autorité, des pères et des maîtres. Ce « respect », selon le terme utilisé par les Nord-Coréens, est aussi interprété par les Occidentaux comme un culte de la personnalité propre au stalinisme. Tous les Nord-Coréens portent le badge du Grand Leader. Son portrait orne l'ensemble des bâtiments officiels et est accroché dans tous les logements privés en Corée du Nord.

Portrait officiel de Kim Il-sung.

Le « Grand Leader » a reçu le titre posthume, en 1998, de « Président éternel ». Il est le père de l'actuel chef du pays, Kim Jong-il, « le cher dirigeant » : la Corée du Nord constitue ainsi le seul cas en date de 2009 d'une succession dynastique dans un État se réclamant du socialisme, et plus précisément des idées du juche définies par le président Kim Il-sung.

Le corps de Kim Il-sung est désormais dans l'ancien palais présidentiel de Kumsusan à Pyongyang, transformé pour l'occasion en mausolée. De nombreux Nord-Coréens, notamment les habitants de Pyongyang, vont à l'occasion des dates anniversaires du calendrier révolutionnaire, se recueillir devant la dépouille du « Cher Dirigeant ». Ces rassemblements donnent lieu à de longues files d'attentes se poursuivant loin jusqu'à l'extérieur du batiment. Ce type de scène rappelle également, à l'époque de l'URSS, les longues processions devant le mausolée de Lénine. Kim Il-sung est l'un des quatre dernier chefs d'États de l'ancien bloc de l'Est avec Lénine, Mao Zedong et Hô Chi Minh à être embaumé et non enterré. Il est possible pour les rares touristes en partance pour la RPDC d'aller visiter le site à condition d'en obtenir l'accord préalable des autorités de Pyongyang et d'être vétu pour l'occasion de manière très formelle, Kim Il-sung restant encore à ce jour la plus haute personnalité du régime en tant que « Président Éternel ».

L'ère officielle pour la datation des actes, en Corée du Nord, débute à sa naissance en tant qu'année d'origine de l'ère juche. Elle débute au 1er janvier et non au 15 avril, date anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung qui est l'une des fêtes nationales de la Corée du Nord

Selon un reportage d'enquête exclusive (M6), Kim Il-sung - tout comme Kim Jong-Il, font l'objet de chansons patriotiques, d'histoires apprises par coeur dès le plus jeune âge à l'école, ainsi que de chants et de quasi-prières sur les lieux de travail. De nombreuses réalisations monumentales à sa gloire (inscriptions laudatives sur des montagnes, mausolées, musées) sont également l'objet de pélerinages réguliers, montrés de facon régulière sur la seule chaîne de télévision nationale. Les images du grand leader ainsi que de son fils sont montrées un peu partout en Corée du Nord (notamment dans la rue, dans les écoles, ou dans les rames de métro).

Une orchidée a été baptisée Kimilsungia par référence au président Kim Il-sung.

Notes

  1. Les historiens nord-coréens retiennent le 25 avril 1932 comme date de la création de ce qui deviendrait l'Armée du Peuple Coréen
  2. La connaissance que Kim avait du chinois et son éducation chinoise lui servirent lorsque l'armée de guérilla fut secouée par des incidents visant les coréens, soupçonnés d'intelligence avec les Japonais
  3. Le raid est décrit de manière grandiloquente par l'agence de presse nord-coréenne KCNA
  4. Dont le nom officiel était la 88e Brigade ou Division. Bradley K. Martin (Under the Loving Care of the of the Fatherly Leader, (ISBN 0312322216), p. 48) précise que la 88e Brigade était une unité de reconnaissance. Voir aussi Dae-Sook Suh, Kim Il Sung: the North Korean Leader, (ISBN 0231065728), p. 50
  5. Selon Bradley K. Martin
  6. Selon Dae-Sook Suh qui cite cependant les deux informations sans réellement se prononcer. Les témoignages les plus crédibles - tel celui du major Lebedev, sont cependant ceux parlant du grade de capitaine
  7. Le mouvement des troupes soviétiques s'arrête au 38e parallèle nord suite au débarquement des forces américaines à Incheon le 8 septembre
  8. Une quarantaine d'hommes selon Lebedev
  9. Les sources sur le fait qu'il portait cet uniforme sont toutes des témoignages, tel celui du major général Nikolai Lebedev, et certains auteurs considèrent parfois ces sources avec circonspection, tel Sung Chul-yang dans The North and South Korean Political Systems. A comparative analysis, (ISBN 1565911059), p. 369-370
  10. En 1981, François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, avait ainsi effectué un voyage en Corée du Nord pour renforcer sur la scène internationale sa stature de candidat à l'élection présidentielle. La France n'a toutefois pas établi de relations diplomatiques avec la Corée du Nord après 1981 et elle reste à ce jour le seul État de l'Union européenne, avec l'Estonie, à ne pas reconnaître la République populaire démocratique de Corée. (voir l'article détaillé sur les relations entre la Corée du Nord et la France)
  11. Voir l'article détaillé réunification de la Corée
  12. Dans un récit de recueil de témoignages auprès de plusieurs dizaines de Nord-Coréens, notamment réfugiés en Chine et en Corée du Sud, les journalistes Juliette Morillot et Dorian Malovic, chef du service « Asie » au quotidien La Croix, soulignent que « Tous [les Nord-Coréens rencontrés] éprouvent une grande nostalgie des années Kim Il-sung. Un "Grand Leader" aimé et pas seulement « vénéré aveuglément », comme on voudrait trop nous le faire croire, un Grand Leader qui au lendemain de la guerre a transformé aux yeux de toute une génération un pays pauvre et détruit en un pays où chacun avait de la nourriture, un toit, un métier, l'accès à l'éducation : la République populaire démocratique de Corée » (extrait d'Évades de Corée du Nord, Belfond - Presses de la Cité, novembre 2004, p. 11-12).
  13. Hwang Jang-yop, The Problems of Human Rights in North Korea (3)

Voir aussi

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