L'Etna

L'Etna
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L'Etna est un atelier de cinéma/vidéo expérimental fondé par et pour des cinéastes en 1997[1] à Paris.

Sommaire

Années 1990 : état des lieux

Les conditions qui ont présidé à la naissance de l’Etna sont de divers ordres. On constate, d'abord, au milieu des années 1990, un essoufflement du cinéma expérimental au profit de l’art-vidéo. C’est d’abord une question d’image(s) (au propre comme au figuré) : les institutions et les critiques, intéressés par les "images en mouvement" accordent plus de place et d’attention à l’art-vidéo; d’autre part, le matériel vidéographique (caméra légère, plus besoin de table de montage; l'arrivée du logiciel Final Cut permet de monter directement sur son ordinateur) est plus abordable financièrement.

Toutefois, les cours sur le cinéma expérimental se multiplient dans les facultés : Nicole Brenez, Stéphane Marti, Frédérique Devaux, Yann Beauvais, et quelques autres, dispensent un enseignement approprié. Les cassettes vidéo éditées par Pip Chodorov et sa société[2](mise sur pied en 1994) (films notamment de Jonas Mekas, de Stan Brakhage, de Maya Deren, de Patrick Bokanowski), circulent dans toute la France et au-delà. La maison d’édition Paris Expérimental fondée, en 1986, par le cinéaste Christian Lebrat (la seule dans le monde spécialisée dans l’édition d’ouvrages de ce type)[3] propose des textes de Jonas Mekas, Frédérique Devaux (sur le cinéma lettriste), Peter Kubelka, Dominique Noguez, ainsi que l'édition (ou la réédition) d'écrits de Germaine Dulac, Maya Deren, d'essais sur le cinéma cubiste, le Groupe Zanzibar, le cinéma futuriste, etc. Tout ceci crée une émulation, mais tournée vers le passé : les classiques du genre (films et textes) deviennent, enfin, accessibles : c'est déjà ça !

Des jeunes gens vont, néanmoins, vouloir repenser, de A à Z, cette scène expérimentale, et lui redonnent, ainsi, un second souffle. Ce sera un peu le chant du cygne du cinéma expérimental conçu en argentique, d'où sortiront de nombreux cinéastes présentés dans les festivals et édités en DVD. Nombre d'entre eux passeront rapidement à l'hybridation des formats et des supports, et au numérique par la suite, au sein même de l'Etna, qui y dispense, aujourd'hui, des stages appropriés.

Un certain nombre d’étudiants, venus en général de province, découvrent, sur grand écran ou lors de conférences (à Beaubourg notamment), le cinéma expérimental en venant terminer leurs études à Paris. Ils le connaissent, déjà, un peu, via les cassettes de Re:Voir et les livres de Paris Expérimental. Ils suivent régulièrement les séances de Lightcone[4], du Centre Pompidou, de la Cinémathèque française où Nicole Brenez vient de commencer ses séances régulières consacrées au cinéma expérimental (et programme des cinéastes de l'Etna dès 1999), et du Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris[5] (Cf. : appel à projets 2010)[6].

L’utilisation massive, par les "artistes de l'image", du support vidéo, a désertifié la scène ciné-expérimentale. De plus, ceux qui comme Frédérique Devaux ou Cécile Fontaine continuent de travailler en argentique ne trouvent plus de laboratoires professionnels susceptibles de développer des surimpressions multiples, des plans sur ou sous–exposés (bref, tout ce qui relève du travail spécifique - du et - sur le médium film). Ce phénomène est constaté par de nombreux ciné-artistes, en Europe, mais, aussi, en France où va se apparaître ce qu'on appelle le "mouvement des laboratoires", composé d'une série de laboratoires artisanaux qui s'équipent avec le matériel délaissé par les grandes sociétés, ou celui récupéré dans diverses brocantes. C'est, ainsi, qu'un certain nombre de laboratoires artisanaux vont se développer : le mouvement part, en 1992, de Grenoble[7]et gagne de nombreuses villes de l'Hexagone.

En 1996 est créé L’Abominable[8], à Asnières, par des cinéastes qui se sont aperçus que le laboratoire MTK de Grenoble (où ils se rendent pour travailler)[9] croule sous les demandes de cinéastes souhaitant travailler directement sur leurs films, et les développer eux-mêmes comme ils l'entendent: il devenait, donc, urgent de créer plusieurs laboratoires de ce type en France et ailleurs[10]. Ces laboratoires artisanaux (ou ateliers) prodiguent, au cours de stages donnés par des cinéastes confirmés et membres de la structure (certains sortent d'écoles professionnelles), un savoir-faire technique (prise de vue, montage, utilisation du banc-titre...) qui rend les réalisateurs autonomes. Mais ces laboratoires ne sont pas des prestataires de services, ceux qui veulent les utiliser doivent s'inscrire et y adhérer. Certaines de ces structures ne pouvaient assurer toute la chaîne de la fabrication de films (parfois complexes) : les adhérents bénéficient de tarifs réduits auprès de quelques succursales de Kodak (achat de pellicule) et de la laboratoires professionnels comme Neyrac qui assuraient certaines étapes de la postproduction.

Naissance de l’Etna

Deux étudiants en cinéma, Hugo Verlinde[11] et Sébastien Ronceray[12], créent, en 1997, l’association "Le Cinéma Visuel", destinée à promouvoir le film expérimental, d'abord, en familiarisant les membres de la structure avec les outils (caméras, tables de montage...) et en transmettant ce savoir. Un groupe, rapidement formé, ne veut plus se contenter de gérer un simple laboratoire (c’est-à-dire d’agir uniquement en techniciens), mais souhaite, également, repenser le cinéma expérimental dans toutes ses dimensions : esthétiques, philosophiques; agir, aussi, au niveau de la diffusion. Les “ work in progress” des membres sont régulièrement présentés, en interne, lors séances (les "assemblées visuelles") où chacun s'exprime sur le travail des autres. Ce groupe se distingue, dès ses débuts - par cette volonté de revoir et de redéfinir le mode de fabrication, de diffusion; mais, aussi, la pensée sur le cinéma expérimental-, des autres laboratoires.

En mars 1998, l'association organise à Censier une séance de films expérimentaux réalisés par les cinéastes du groupe. La jeune Johanna Vaude y est remarquée, et sera la première, de sa génération, à avoir une visibilité, et à monter que le cinéma expérimental se renouvelle en cette fin des années 1990. D'autres projections ont lieu, dans divers endroits, mais aussi au local parisien du groupe: : on y note des hommages à des cinéastes connus ou reconnus. En octobre 1998, des membres de l'association créent la revue Exploding, dont le numéro 1 est une monographie, à plusieurs voix, de Stan Brakhage. À cette occasion, la dénomination de la structure change et devient Le Cinéma Visuel Braquage. La revue continue jusqu’en 2006, avec un numéro de 300 pages contenant des entretiens avec près d'une cinquantaine de cinéastes[13].

Les projections se multiplient au siège de l’association (mais pas seulement) liées à la sortie d’un numéro de la revue où lors de programmations diverses.

Tout ceci nécessite beaucoup d’énergie et de travail. En 2000, le groupe se scinde en trois[14]. L’atelier (qui formait, à l'origine, le pivot central de l'association) prend le nom de l’Etna, l’unité programmatrice devient « Braquage : aménagements expérimentaux »[15], et la revue continue, jusqu’en 2006, avec le même nom mais dans d’autres locaux[16]. L'association initiale se scinde en trois : Hugo Verlinde et Othello Vilgard gèrent l'Etna, Sébastien Ronceray et Élodie Imbeau fondent Braquage, la direction d'Exploding demeure collégiale (on y retrouve, dans les divers sommaires, des membres de l'Etna et de Braquage, ainsi que de nombreux rédacteurs invités), mais devient une association autonome. Les trois structures entretiendront des liens amicaux.

L’Etna aujourd’hui

C'est un lieu de création, de formation et d'échanges autour du cinéma expérimental[17].

L'association a pour vocation d'assurer l'indépendance matérielle d'auteurs soucieux de recherches, de propositions pratiques et formelles en matière de cinéma. Les cinéastes adhérents peuvent venir y travailler avec l'aide d'outils mis en commun (super 8, 16 mm et la vidéo digital (DV)).

Ce lieu de transmission d'un certain savoir-faire propose aussi, régulièrement, des ateliers de formations au cinéma sur support pellicule et numérique (prise de vues, développement, interventions sur pellicules, montage virtuel, etc.). L'organisation régulière de projections dans l'atelier permet en outre aux cinéastes d'échanger autour de ces pratiques, de partager leurs visions et leurs questionnements. Les séances à l'extérieur sont aussi l'occasion de faire connaître les films faits à l'Etna et les visions du cinéma comme espace de "recherches" et de liberté qu'ils transportent à un plus vaste cercle. Les cinéastes de l'Etna adhèrent, pour la plupart, à des coopératives de diffusion indépendantes comme Lighcone[18], Cinédoc[19]ou le Collectif Jeune Cinéma (CJC)[20] et sont montrés dans de nombreux festivals.

Comme l’écrit Nicole Brenez [21]: « En termes qualitatifs : depuis la fondation de l’association, une centaine de membres se sont inscrits, quatre cents stagiaires sont venus se former aux techniques expérimentales, une centaine de films ont été tournés. Quelle maison de production peut afficher de tels résultats, qui découlent de nécessités existentielles et non de stratégies économiques ? Mais ce serait de peu d’importance si l’éruption ne s’avérerait avant tout qualitative : la hauteur de vue, l’intelligence historique, la générosité et l’émulation qui règnent à l’Etna imprègnent les films d’auteurs singuliers, les films collectifs réalisés en atelier et contaminent aussi les films de cinéastes proches de l’association »[22].

Participent ou ont participé, entre autres, aux activités de l'Etna les cinéastes suivants  : Hugo Verlinde, Othello Vilgard, Sébastien Ronceray, Élodie Imbeau, Lionel Soukaz, Carole Arcega, Johanna Vaude, Stéphane du Mesnildot, David Matarasso, Viviane Vagh, Catherine Bareau, Christophe Karabache, Philippe Cote, Dominik Lange, Xavier Baert, David Bart, Sébastien Cros, Marc Plas, Ta Minh Van, Yves-Marie Mahé, Derek Woolfenden...


Références

Liens externes


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article L'Etna de Wikipédia en français (auteurs)

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