Sakoku


Sakoku

Sakoku (鎖国?, littéralement « fermeture du pays ») est le nom donné à la politique isolationniste japonaise, instaurée lors de la période Edo (précisément entre 1641 et 1853) par Iemitsu Tokugawa, shogun de la dynastie des Tokugawa. Le terme de « sakoku » ne fut créé qu'au XIXe siècle.

Une jonque chinoise au Japon, au début de la période de sakoku (ukiyo-e 1644-1648)

La politique d'isolement commença par l'expulsion des ecclésiastiques, puis par la limitation des ports ouverts aux étrangers, l'interdiction d'entrer ou sortir du territoire pour tout japonais sous peine de mort, l'expulsion de tous les étrangers et la destruction des navires capables de naviguer en haute mer.

Le Commodore Matthew Perry mit un terme à cette politique en 1853.

Sommaire

Le commerce sous le sakoku

En théorie, les seules influences étrangères permises étaient celles des Hollandais (par l'intermédiaire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) sur l'île artificielle de Dejima dans la baie de Nagasaki, mais le commerce avec la Chine était aussi géré à Nagasaki. Des échanges commerciaux avec la Corée avaient lieu via la province Tsushima (aujourd'hui dans la Préfecture de Nagasaki) et avec le Royaume des Îles Ryûkyû via la province de Satsuma (aujourd'hui dans la Préfecture de Kagoshima). Outre ces échanges commerciaux directs dans les provinces périphériques, tous ces pays envoyaient régulièrement des missions diplomatiques au siège du Shogunat à Edo. Ces missions parcourant le pays donnaient l'occasion aux habitants d'apercevoir des bribes de ces cultures étrangères.

Tashiro Kazui a montré que les échanges entre le Japon et ces États étaient classés en deux catégories. Il a classé dans un premier groupe les échange avec la Chine et les Pays-Bas « dont les relations étaient sous la juridiction directe du bakufu de Nagasaki » et dans un second groupe, le royaume de Corée et le royaume des Îles Ryûkyû « qui commerçaient respectivement avec les provinces de Tsushima (le clan Sō) et Satsuma (le clan Shimazu)[1] »

Ces deux groupes correspondaient grossièrement à un schéma d'importation pour le premier groupe et d'exportation pour le second. L'exportation nippone vers la Corée et les îles Ryûkyû pouvait être exportés par la suite vers la Chine depuis ces pays.

Les raisons du sakoku

traité japonais sur l'anatomie, publié en 1774, un exemple de rangaku. Musée national des Sciences à Tōkyō.

La politique d'isolement était aussi bien un moyen de contrôler le commerce avec les autres nations qu'une façon d'affirmer la place du Japon dans une nouvelle hiérarchie en Asie orientale, s'affranchissant des relations tributaires que le pays entretenait avec la Chine depuis des siècles. Plus tard le sakoku fut le principal rempart contre l'exploitation des ressources minérales (telles que le cuivre et l'argent) japonaises par les nations étrangères. Bien que l'exportation d'argent via Nagasaki fut stoppée par le bakufu, l'exportation d'argent vers la Corée continua dans des proportions relativement élevées[1].

Pendant le sakoku, le Japon se tient au courant des avancées technologiques occidentales en étudiant les traités médicaux et les autres documents en néerlandais obtenus à Dejima. Cette méthode était appelée « rangaku » (études hollandaises). Quand la politique d'isolement prit fin quelques années avant l'ère Meiji, en 1853, par la convention de Kanagawa sous les pressions du commodore Matthew Perry, le rangaku devint obsolète. Après la fin de la politique d'isolement beaucoup d'étudiants (comme Kikuchi Dairoku) sont envoyés étudier à l'étranger, et beaucoup d'étrangers sont employés au Japon (voir oyatoi gaikokujin).

Les tentatives de rupture du sakoku

Beaucoup de nations coloniales tentèrent sporadiquement de rompre l'isolationnisme japonais pendant les XVIIIe et XIXe siècle. Des navires russes, américains, et français essayèrent d'établir en vain des relations avec le Japon.

Esquisse japonaise du HMS Phaeton dans le port de Nagasaki en 1808.
  • En 1778, un marchand de Yakutsk du nom de Pavel Lebedev-Lastoschkin arrive à Hokkaido avec une petite expédition. Il offre des présents et demande poliment à commercer sans résultat.
  • En 1787, le comte de la Pérouse (1741–1788) navigue dans les eaux japonaises. Il visite les îles Ryukyu, et le détroit entre l'île d'Hokkaido et l'île de Sakhaline, lui donnant son nom.
  • En 1791, deux navires américains commandés par l'explorateur John Kendrick font une halte de 11 jours sur l'île de Kii Oshima, au sud de la péninsule de Kii.
  • De 1797 à 1809, plusieurs navires américains commercèrent à Nagasaki sous pavillon hollandais, à la requête de Pays-Bas qui étaient dans l'incapacité d'envoyer leurs propres navires en raison de leur conflit avec le Royaume-Uni pendant les guerres napoléoniennes[2].
  • En 1804 un envoyé russe nommé Nikolai Rezanov, navigue jusque Nagasaki pour négocier des échanges commerciaux. Le bakufu refusa sa demande, et la Russie attaquèrent Sakhaline et les îles Kuril les trois années qui suivirent, amenant le bakufu à construire des lignes de défenses à Ezo.
  • En 1808, la frégate britannique HMS Phaeton, combattant les embarcations hollandaise dans le pacifique, fait halte à Nagasaki sous pavillon hollandais et obtient des vivres par la force des armes.
  • En 1811, le lieutenant russe Vasily Golovnin pose le pied sur l'île de Kunashiri, et est emprisonné deux années par le bakufu.

En 1825, sur une proposition de Takahashi Kageyasu, le bakufu émet l'« Ordre de repousser les navires étrangers » (Ikokusen uchiharairei), ordonnant aux autorités côtières d'arrêter ou exécuter les étrangers accostant. Cet ordre ne fut pas toujours suivi en raison de l'opposition de certains officiels tel que Sadanobu Matsudaira.

Esquisse japonaise du Morrison, ancré à Uraga en 1837.
  • En 1837 un homme d'affaires américain à Canton, nommé Charles W. King, tente d'établir des relations commerciales, en retournant au Japon avec trois marins japonais, parmi eux Otokichi, échoués quelques années plus tôt sur les côtes de l'Oregon. Il parvient jusqu'à Uragawa avec le Morisson, un navire marchand désarmé mais le navire doit faire demi-tour face au tir de barrage.
  • En 1842, suite aux nouvelles de la défaite de la Chine dans la guerre de l'opium et aux critiques internes suite à l'incident du Morisson, le bakufu suspend le décret d'exécution des étrangers et émet l'« Ordre de ravitaillement en bois et en eau » (Shinsui kyuyorei) permettant aux navires étrangers de faire halte au Japon.
  • En 1844, une expédition navale commandée par le capitaine Fornier-Duplan visite Okinawa le 28 avril, 1844. Le commerce est refusé mais le père Forcade est autorisé à rester avec un traducteur.
L'1846, de la mission ratée de James Biddle, dépeint par un artiste japonais.
  • En 1846, le commandant James Biddle, envoyé par le gouvernement américain pour ouvrir des relations commerciales, ancre ses deux navires dans la baie d'Edo (actuelle baie de Tōkyō), dont un navire armé de 72 canons, mais aucun accord n'est trouvé.
  • En 1846, l'amiral français Cécille arrive à Nagasaki, mais n'a pas l'autorisation d'accoster.
  • En 1848, le capitaine James Glynn accoste à Nagasaki, conduisant la première négociation fructueuse avec le Japon. James Glynn recommande au Congrès américain que les négociations sur l'ouverture du Japon soient appuyées par une démonstration de force, ouvrant la voie à l'expédition de Perry.
  • En 1849, le Royal Navy britannique entre dans le port d'Uraga pour conduire une étude topographique. À son bord l'expatrié Otokichi sert de traducteur et pour éviter les ennuis avec les autorités nippones se fait passer pour un Chinois ayant appris le japonais par son père, un supposé marchand ayant fait des affaires à Nagasaki.

Le 8 juillet 1853, le commodore Matthew Perry de l'US Navy s'ancre en baie d'Edo (actuelle baie de Tōkyō) avec quatre navires de guerre : le Paixhans dont sont équipés ses vaisseaux. Il demande que le Japon ouvre des relations commerciales avec l'Occident. Ces navires deviendront connus sous le nom de kurofune, les « navires noirs ».

La fin de l'isolement

Document japonais de 1854 relatant la visite de Perry.

L'année suivante, à la Convention de Kanagawa (31 mars, 1854), le commodore Perry revient avec sept navires de guerre et force le Shogun à signer le « traité de paix et d'amitié » établissant des relations diplomatiques officielles entre le Japon et les États-Unis d'Amérique. Durant les cinq années qui suivirent, le Japon signe d'autres traités similaires avec d'autres pays occidentaux. Ces traités étaient globalement perçus par les Japonais comme iniques, ayant été contraints par la « politique de la canonnière », et comme un signe de la volonté impérialiste occidentale d'inclure le Japon dans le plan de conquête que subissait le continent asiatique. Ces traités donnaient aux nations étrangères, entre autres mesures, le contrôle des tarifs d'importations et le droit d'extraterritorialité sur tous leur ressortissants visitant le Japon. Ces traités restèrent un point d'achoppement avec l'Occident jusque la fin du siècle.

Notes et références

  1. a et b Tashiro, Kazui. « Foreign Relations During the Edo Period: sakoku Reexamined. » Journal of Japanese Studies. Vol. 8, No. 2, Summer 1982.
  2. K. Jack Bauer, A Maritime History of the United States: The Role of America's Seas and Waterways, University of South Carolina Press, 1988, p. 57

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Sakoku de Wikipédia en français (auteurs)

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