Licario


Licario
L’Empire byzantin sous Michel VIII en 1265.

Licario, appelé Ikarios (en grec : Ἰκάριος) par les chroniqueurs grecs, est un amiral byzantin d'origine italienne au XIIIe siècle. En désaccord avec les barons de l'Eubée, sa terre d'origine, il entre au service de l'empereur Michel VIII Paléologue et reconquiert la plupart des îles de la mer Égée[1]. En récompense, il reçoit l'Eubée comme fief et obtient le rang de mégaduc, ce qui fait de lui le premier étranger à obtenir une telle distinction.

Sommaire

Origines et premières années

Licario est né à Carystos sur l'île d'Eubée, aux mains des Vénitiens, d'un père vénitien et d'une mère originaire de l'île. Il est d'origine modeste mais capable et ambitieux. Il sert comme chevalier sous le seigneur tercier latin Guglielmo II dalle Carceri. Il se marie avec Felisa, la veuve de Narzotto, le frère de Guglielmo. Toutefois, cette union n'obtient pas l'accord de la famille de Felisa et se fait donc secrètement. Malgré cela, le mariage est annulé et, pour fuir la capture, Licario cherche refuge dans le fort d'Anemopylae près du cap Kafireas. Il se réfugie dans la forteresse et rassemble un petit groupe de partisans avec qui il pille les possessions environnantes appartenant aux nobles de l'île[2],[3],[4].

Au service de l'Empire byzantin

L'empereur Michel VIII qui recrute Licario.

À la même époque, l'Empire byzantin nouvellement restauré par Michel VIII Paléologue cherche à reprendre le contrôle de l'Eubée. Cette dernière est la possession insulaire majeure des Latins en mer Égée et constitue une base pour les activités de piraterie en direction des terres. De surcroît, située le long des côtes orientales de la principauté d'Achaïe, l'Eubée est un obstacle majeur à la reconquête complète de la Grèce. Déjà en 1269-1270, une flotte byzantine dirigée par Alexis Philanthropénos a attaqué et a pris possession de la ville d'Oraioi, l'une des principales forteresses latines de l'île[5].

S'opposant au refus persistant des barons de l'île à traiter avec lui, désirant se venger et avide de gloire et de richesse, Licario se présente lui-même à Philanthropénos et lui offre ses services. Philanthropénos l'amène à l'empereur qui est impatient d'utiliser les services d'Occidentaux talentueux. Il a déjà enrôlé plusieurs corsaires italiens à son service[3],[6]. Licario devient le vassal de l'empereur selon les règles féodales occidentales. En retour, il obtient le commandement d'importantes troupes impériales. Sous sa direction, les Byzantins peuvent maintenant monter d'importantes tentatives de reconquêtes des îles égéennes. De surcroît, l'armée byzantine est renforcée par la défection de nombreux Grecs présents sur ces îles[3],[4].

Les forces byzantines dirigées par Licario aux alentours de l'année 1272 lancent une campagne qui prend les forteresses eubéennes de Larmena, La Cuppa, Clisura et Manducho. Les seigneurs terciers lombards font appel à Guillaume II de Villehardouin et Dreux de Beaumont, maréchal du royaume angevin de Sicile pour combattre les Byzantins. Guillaume parvient à reprendre La Cuppa mais de Beaumont est défait lors d'une bataille rangée et se replie à la demande de Charles Ier d'Anjou[4]. Entre ces évènements et 1275, selon la chronique vénitienne de Marino Sanuto, Licario lui-même sert dans l'armée byzantine en Asie Mineure où il remporte une victoire contre les Turcs[2].

Conquête de l'Eubée et campagnes en mer Égée

En 1276, à la suite de leur grande victoire contre les seigneurs terciers lombards à la bataille de Démétrias, les Byzantins reprennent leur offensive en Eubée. Licario attaque sa ville natale de Carystos, siège de la seigneurie méridionale, et la prend à la suite d'un long siège au cours de l'année 1276. Michel VIII le récompense en lui donnant l'ensemble de l'île comme fief ainsi qu'une épouse grecque issue de la noblesse avec une riche dot. En retour, Licario promet d'envoyer 200 chevaliers à l'empereur. Peu à peu, Licario prend possession des forteresses latines sur l'île jusqu'en 1278 où seule la capitale Chalcis lui résiste encore[3],[7],[8].

En récompense, Licario obtient le titre de mega konostaulos, c'est-à-dire de chef des mercenaires latins. Finalement, il est nommé mégaduc à la suite de la mort de Philanthropénos vers 1296[9]. Il est le premier étranger à recevoir cette dignité[10],[11],[12]. Il dirige la marine byzantine lors d'une série d'expéditions contre les possessions latines en mer Égée. Skopelos est la première île à tomber aux mains des Byzantins alors que sa forteresse était réputée imprenable. Toutefois, Licario connaît les carences dans l'approvisionnement en eau de la forteresse et cette dernière tombe lors de l'été particulièrement sec de l'année 1277. Son seigneur, Filippo Ghisi est capturé et envoyé à Constantinople. Ses autres possessions (Skyros, Skiathos et Amorgos) sont prises peu après[8],[13]. À la suite de ces victoires, Licario conquiert les îles de Cythère et Anticythère au large de la côté méridionale du Péloponnèse puis Kéa, Astypalée et Santorin dans les Cyclades. La grande île de Lemnos est aussi prise bien que son seigneur, Paolo Navagaioso, résiste pendant près de trois ans avant de se rendre[14].

À la fin de l'année 1279 ou au début de l'année 1280, Licario retourne sur l'île d'Eubée au nord de la ville d'Oraioi et se dirige ensuite vers Négrepont. Ses forces comprennent de nombreux mercenaires espagnols et catalans ainsi que d'anciens partisans de Manfred Ier de Sicile ayant fui en Grèce à la suite de la mort de Manfred lors de la bataille de Bénévent contre Charles Ier d'Anjou. Alors qu'il atteint Négrepont, le tercier Giberto II dalle Carceri, le frère de Felisa ainsi que Jean Ier de la Roche, le duc d'Athènes, décident de combattre Licario. Les deux armées se rencontrent près du village de Vatondas, au nord-est de Négrepont. Licario y remporte une importante victoire et Jean de la Roche est capturé tandis que Giberto est soit tué (selon Sanudo) soit capturé et emmené comme prisonnier à Constantinople où il aurait trouvé la mort (selon Nicéphore Grégoras)[14],[15].

Suite à cette bataille, la ville de Négrepont semble sur le point d'être conquise par Licario. Toutefois, ce dernier se heurte à la résistance du cousin de Jean, Jacques de la Roche, gouverneur d'Argos et de Nauplie, et du baile vénitien[N 1] Niccolo Morosini Rosso qui conduisent la défense de la ville. Face à cette résistance et au risque de l'intervention de Jean Ier Doukas, le dirigeant de la Thessalie, Licario doit abandonner le siège de la ville[16],[17]. Il décide de réduire les quelques forteresses encore aux mains des Latins dans l'île, dont il se rend entièrement maître à l'exception de la ville de Négrepont. Il mène avec sa flotte d'autres expéditions, contre les îles de Sifnos et de Serifos qui repassent sous le contrôle byzantin, avant de lancer un raid contre le Péloponnèse[18],[19].

Licario se rend ensuite à Constantinople où il se présente à Michel VIII Paléologue avec ses différents prisonniers. Alors qu'il est au sommet de sa gloire vers 1280, Licario disparaît des sources et la suite de son existence est inconnue. Il est probable qu'il soit mort à Constantinople[20],[21],[22].

Bilan

Les conquêtes de Licario ne sont que temporaires et n'empêchent pas l'éviction progressive de Byzance par les Vénitiens et les autres seigneurs latins. Même en Eubée, les conquêtes importantes de Licario sont récupérées par les barons lombards avant 1296[23],[24]. Néanmoins, les victoires de Licario accroissent le prestige de Michel VIII auprès des Latins. L'historien Deno John Geanakoplos le classe parmi les généraux ayant causé le plus de tort aux seigneurs latins de Grèce avec Jean Paléologue, le frère de l'empereur[12],[25],[24].

Notes

  1. Représentant de la République de Venise sur l'île.

Références

  1. Nicol 2008, p. 81
  2. a et b Setton 1976, p. 425
  3. a, b, c et d Fine 1994, p. 190
  4. a, b et c Geanakoplos 1959, p. 236
  5. Geanakoplos 1959, p. 235-237
  6. Geanakoplos 1959, p. 209-211, 234
  7. Geanakoplos 1959, p. 295
  8. a et b Setton 1976, p. 426
  9. Bréhier 1970, p. 340
  10. Geanakoplos 1959, p. 211
  11. Geanakoplos 1959, p. 297
  12. a et b Bartusis 1997, p. 60
  13. Geanakoplos 1959, p. 295-296
  14. a et b Geanakoplos 1959, p. 296
  15. Setton 1976, p. 426-427
  16. Setton 1976, p. 427
  17. Geanakoplos 1959, p. 296-267
  18. Fine 1994, p. 190-191
  19. Setton 1976, p. 427-428
  20. Fine 1994, p. 191
  21. Setton 1976, p. 428
  22. Geanakoplos 1959, p. 298-299
  23. Fine 1994, p. 243-244
  24. a et b Nicol 2008, p. 80
  25. Geanakaplos 1959, p. 299

Sources

  • (en) Mark C. Bartusis, The Late Byzantine Army : Arms and Society, 1204-1453, Voir en ligne, Philadelphie, Pennsylvania : Université of Pennsylvania Press, 1997 (ISBN 0812216202) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • Louis Bréhier, Les institutions de l'Empire byzantin, Paris, Albin Michel, 1970 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • (en) John Van Antwerp Fine, The Late Medevial Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Voir en ligne, University of Michigan Press, 1994 (ISBN 0472082604) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • (en) Deno John Geanakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West, 1258-1282 - A Study in Byzantine-Latin Relations, Voir en ligne, Harvard University Press, 1959 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • Donald MacGillivray Nicol (trad. Hugues Defrance), Les derniers siècles de Byzance, 1261-1453, Texto, 2008 (ISBN 978-2-84734-527-8) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • (en) Kenneth Meyer Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571 : Volume 1. The Thirteenth and Fourteenth Centuries, Voir en ligne, Independence Hall, Philadelphia : The American Philosophical Society, 1976 (ISBN 0871691140) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article .
  • C. Chapman, Michel Paléologue, restaurateur de l'Empire byzantin (1261-1282), Paris, 1926 .
  • Raymond-J. Loenertz, Les Ghisi, dynastes vénitiens dans l'archipel (1207-1390), Florence, Léo S. Olschki, 1975 .
  • Raymond-J. Loenertz, « Les seigneurs tierciers de Négrepont de 1205 à 1280 », dans Byzantion, vol. 35, 1965 .
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