Gouvernement tibétain


Gouvernement tibétain

Tibet

Gaden Phodrang Tibétain

1642 – 1959

Drapeau
Blason

Drapeau du Tibet et Emblème du Tibet

Devise : Le Gouvernement tibétain, palais de Ganden, victorieux en toutes directions
Espérer le meilleur, mais se préparer au pire

Hymne : Hymne national du Tibet

Accéder aux informations sur cette image commentée ci-après.

Carte du Tibet historique (les limites de celui-ci sont marquées par un trait marron)

Informations générales
Statut Gouvernement bouddhiste
Capitale Lhassa
Langue Tibétain
Religion Bouddhisme tibetain
Monnaie Srang et Tangka
Superficie
Superficie 2 500 000
Histoire et évènements
1642 Installation du 5e Dalaï Lama en tant que chef temporel du Tibet par Güshi Khan, un chef mongol
1903 Invasion Britannique entraînant la fuite du Dalaï Lama en Mongolie
1908 Invasion de la Chine entraînant la fuite du Dalaï Lama en Inde
1912 Déclaration de l'indépendance du Tibet et retour du Dalaï Lama.
1950 Invasion de l'armée de la République populaire de Chine
1959 soulèvement du peuple tibétain et fuite du Dalaï Lama en Inde



Dalaï Lama



Dési
Sileun (premier ministre)
17 novembre 1950-27 avril 1952 Lukhangwa
17 novembre 1950-27 avril 1952 Lobsang Tashi

Entités précédentes :

Le Gaden Phodrang ou Gouvernement tibétain est le système de gouvernement qui a été mis en place en 1642 par le 5e dalaï-lama au Tibet et s'est perpétué jusqu'en 1959 sous le 14e dalaï-lama.

Après sa fuite en exil en Inde, ce dernier proclama le 29 avril 1959 la création du gouvernement tibétain en exil. Le 17 mai 2002, il célébra le 360e anniversaire de son système gouvernemental connu sous le nom de Gaden Phodrang Chokley Namgyal. Cependant, ce gouvernement en exil n'a été reconnu par aucun État ni gouvernement[1],[2].

Sommaire

Histoire

Le Dalaï Lama dirigeait tant les affaires religieuses que civiles, à l'aide de 2 organes principaux du gouvernement : le Conseil religieux, Yik-tsang, composé de 4 membres de la communauté monastique et le Conseil des ministres, Kashag, composé de 4 membres, Shape, dont 3 laïcs et 1 religieux. Le premier ministre religieux, Chikyap Chempo, et le premier ministre d’État, Lönchen, faisaient la liaison entre les Conseils et le Dalaï Lama. L’ensemble des ministres du Conseil laïc contrôlait les affaires politiques, judiciaires, et fiscales du Tibet. Un ministre des Affaires étrangères sous la direction du Chigye Lönchen (premier ministre d’État) a été créé dans la première moitié du XXe siècle. Son rôle était consultatif. La politique extérieure a toujours été dirigée par le Dalaï Lama ou le régent. Il existait une Assemblée nationale, tsongdu, se réunissant dans des circonstances graves, constitué d’une cinquantaine de personnalités de Lhassa, dont les abbés des grands monastères. Son rôle était consultatif. Dans les provinces, le gouvernement était représenté au milieu du XXe siècle par 5 Chikyap pour l’U-Tsang (Lhassa et Shigatse), Gartok (Tibet occidental), Kham (Chamdo, Tibet oriental), Chang (Nagchuka, Tibet du nord) et Lhoka (Lho-dzong, Tibet du sud). Des Chikyap dépendaient les dzong-pön, commandants de forteresses, responsables du maintien de l’ordre et de l’impôt. Ils avaient une grande indépendance[3].

Avant 1912

En 1642, le chef mongol Güshi Khan a installé le 5e dalaï-lama, Ngawang Lobsang Gyatso, (1617-1682) comme chef spirituel et temporel du Tibet. Celui-ci a fondé le système gouvernemental de Gaden Phodrang, qui se perpétue sous le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso. Il a également commencé la construction du palais du Potala. Il a établi les relations amicales avec les chefs mandchous voisins en 1642, deux ans avant qu'ils ne prennent le pouvoir en Chine. Avant la mort en 1682 du 5e dalaï-lama, le Tibet est devenu un pays unifié sur un plan politique et religieux.

Le 5e dalaï-lama fut le premier des dalaï-lamas à exercer un pouvoir temporel[4]. Il forma le gouvernement du Tibet dont la structure a été conservée jusqu’en 1959. Dans cette structure, le rôle du régent était confirmé en tant qu’institution. En 1645, le 5e dalaï-lama décida d’installer à Lhassa son gouvernement dans un bâtiment, le Potala, qu’il fit construire sur une colline où se trouvait un pavillon fondé par le roi Songtsen Gampo. Il édifia la partie blanche centrale du Potala, et la partie rouge fut ajoutée par Sangyé Gyatso en 1690. Le Potala devint le centre gouvernemental du Tibet. Tous les départements ministériels ainsi que le collège de Namgyal, fondé à Drépung en 1574 par le 3e dalaï-lama pour la formation monastique, furent transférés au Potala en 1649. Il fit recensé les monastères du Tibet, et réglementa leurs revenus et contributions aux dépenses d’État. Il créa l’école de médecine de Chakpori qui se perpétua jusqu’à sa destruction par l’armée chinoise en 1959, et un hôpital encore en fonctionnement de nos jours. Il organisa la hiérarchie religieuse ainsi que les relations extérieurs du Tibet[5].

Le gouvernement tibétain créé par le 5e dalaï-lama s'est laïcisé et structuré en passant de Drépung au Potala[6].

Le 14e dalaï-lama déclarait en 1962 : « Durant les 2 siècles et demi de gouvernement par les dalaï-lamas, jusque vers la fin du XIXe siècle de l'ère chrétienne, des relations personnelles et réciproques s'étaient instaurées entre les dalaï-lamas et les empereurs de Chine, les premiers représentant un gouvernement religieux, les seconds un gouvernement séculier quelque peu ténu. En 1728, l'empereur désigna 2 dignitaires, appelés Ambans, pour le représenter à Lhassa. Ils exerçaient une certaine autorité, mais toujours sous le gouvernement du dalaï-lama. »[7]

De 1912 à 1959

Organigramme du Ganden Phodrang ou gouvernement traditionnel du Tibet (1913-1951)

En 1912, après la révolution chinoise de 1911 et la chute de la dynastie Qing, le Tibet expulse les troupes et les autorités officielles chinoises.

Cette même année, sous la présidence de Yuan Shikai, un édit déclare que le Tibet, la Mongolie et le Xinjiang sont sur le même pied d'égalité que les provinces de la Chine proprement dite et font partie intégrante de la République de Chine. Des sièges sont réservés aux Tibétains à l'Assemblée nationale[8].

Selon l'association Friends of Tibet de Nouvelle-Zélande, le 13e dalaï-lama répond qu'il ne demande aucun titre du gouvernement chinois car il entend exercer son pouvoir spirituel et temporel au Tibet[9]. Cette lettre est depuis lors considérée comme une déclaration officielle d'indépendance par les Tibétains[10],[11], pour d'autres elle ne l'est que dans l'esprit[12]. Alfred P. Rubin, un expert américain en droit international constate que ces « déclarations d'indépendance » n'étaient aucunement des déclarations politico-juridiques mais simplement l'affirmation par le 13e dalaï-lama que la relation prêtre-protecteur (mchod-yon) entre les dalaï-lamas et les empereurs chinois s'était éteinte du fait de la fin de l'empire[13].

Cette indépendance n'a jamais été reconnue au plan international[14],[15],[16], la République de Chine continuant d'affirmer sa souveraineté sur le Tibet[17].

Non adhésion à la Société des Nations

Voir le chapitre « Les investigations du 13e dalaï-lama sur la Société des Nations » pour une présentation complète.

Selon Leo D. Lefebure, professeur en théologie, le 13e dalaï-lama n'a pas cherché à faire adhérer le Tibet à la Société des Nations ni à obtenir une reconnaissance internationale de l'indépendance proclamée[18].

L’historien tibétain Tsering Shakya affirme cependant que Charles Bell mentionne, dans ses lettres écrites en septembre 1927 et janvier 1928, les efforts des Tibétains pour s’informer au sujet de la SdN, et des possibilités d’y être admis. Il semble que le dalaï-lama ait demandé à Sonam Wangyal (Palhese), un Tibétain qui s’était rendu en Angleterre, de se renseigner sur la SdN. Bell lui permit de rencontrer le Dr George Freeland Barbour, un universitaire lié à l’Union de la SdN, un groupe de pression de la SdN[19],[20].

Appel du Tibet aux Nations unies

Article détaillé : Appel du Tibet aux Nations unies.

Le 7 novembre 1950, le gouvernement du Tibet adressa aux Nations unies (ONU) un appel concernant l'invasion du Tibet par la Chine. Le Salvador proposa une résolution à l'Assemblée générale de l'ONU, mais en raison de la guerre de Corée qui se déroulait au même moment, et de l'hésitation de l'Inde, le débat sur l'appel du Tibet fut ajourné sine die le 24 novembre 1950.

La question de la reconnaissance internationale de la souveraineté du Tibet

Dans sa lettre au Secrétaire général de l'ONU datée du 9 septembre 1959, le 14e dalaï-lama donne une série d'agurments démontrant la reconnaissance internationale de la souveraineté du Tibet, notamment le fait que la Mongolie et la Grande-Bretagne ont signé des traités avec le Tibet (le Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet et la Convention de Simla), et que des représentants tibétains munis de passeports tibétains sont reçus par l'Inde, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis d'Amérique[21].

Selon Michael Harris Goodman, après l'invasion chinoise du Tibet, le Dalaï Lama partit de Lhassa pour Yatung dans la vallée de Chumbi en décembre 1950. Avant son départ, il nomma Lukhangwa et Lobsang Tashi, un haut fonctionnaire monastique, Premiers ministres (Sileun), et leur conféra les pleins pouvoirs du gouvernement du Tibet[22].

Dans son autobiographie Au loin la liberté, le dalaï-lama écrit qu'avec l'accord de Lukhangwa, de Lobsang Tashi et du Kashag, il envoya fin 1950 des délégations aux États-Unis, en Angleterre et au Népal dans l’espoir d’une intervention pour le Tibet, ainsi qu’en Chine pour négocier son retrait. Peu après, quand la présence chinoise se renforça à l’est, le dalaï-lama et les principaux membres du gouvernement partirent s’installer dans le sud du Tibet, à Yatung, à 300 km du Sikkim en Inde. Lukhangwa et Lobsang Tashi restèrent à Lhassa[23]. Peu après son arrivée à Yatung, il apprit que de ces délégations, la seule à être arrivée à destination fut celle envoyée en Chine. Depuis Chamdo, Ngapo Ngawang Jigmé adressa un long rapport au gouvernement tibétain expliquant qu’à moins d'obtenir un accord, Lhassa serait attaqué par l'APL, ce qui entraînerait de nombreux morts. Pour Ngapo, il fallait négocier, et il proposait d'aller à Pékin avec quelques adjoints entamer le dialogue avec les Chinois. Lukhangwa et Lobsang Tashi pensait que de telles négociations auraient dû avoir lieu à Lhassa, mais que la situation désespérée ne laissait pas le choix. Le dalaï-lama envoya donc Ngapo à Pékin avec 2 personnalités de Lhassa et 2 de Yatung, espérant qu'il ferait comprendre aux autorités chinoises que les Tibétains ne souhaitaient pas une « libération », mais uniquement la poursuite de bonnes relations avec la Chine[23]. Lukhangwa refusa d'entériner l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet[24].

Tous deux se firent des défenseurs de la liberté du Tibet dès l’arrivée de l'Armée populaire de libération (APL) à Lhassa, s’opposant aux tentatives des généraux chinois d’empiéter sur les droits du Dalaï Lama[22].

Après, le retour du Dalaï Lama à Lhassa, devant la famine générée par les réquisitions de nourriture par les militaires chinois, le dalaïè-lama demanda à Lukhangwa une médiation pour satisfaire les besoins de la population et les exigences des forces d’occupation. Lukhangwa suggéra qu'il n’y avait pas de raison de concentrer une armée si nombreuse à Lhassa, et que son rôle présumé étant la sécurité du pays, elle devrait se poster aux frontières. En réponse, le général chinois Chang Ching-wu affirma que selon l'accord en 17 points, l’armée chinoise était postée au Tibet, et qu'en conséquence, le gouvernement tibétain était dans l'obligation de pourvoir au logement et à la nourriture des soldats, et qu'ils partiraient lorsque le Tibet aura montré sa capacité d'auto administration. Lukhangwa répliqua que la seule menace frontalière du Tibet provenait des Chinois[22].

Lors d'une réunion début 1952, le général Chang Ching-wu annonça l'absorption des troupes de l'armée tibétaine dans l'APL, se référant à l’article 8 de l'accord en 17 points. Lukhangwa répliqua que les Tibétains n’acceptaient pas l'accord en 17 points et qu’il n’était pas respecté par les Chinois. Il demanda la raison de cette décision, alors que selon l’accord, les Tibétains étaient libres de leur choix. Perplexe, le général Chang changea de méthode, suggérant de remplacer le drapeau tibétain des casernes tibétaines par le drapeau chinois. Lukhangwa répondit que dans ce cas, les Tibétains retireraient le drapeau chinois, ce qui embarrasserait les Chinois[22].

Trois jours plus tard Fan Ming, un autre général chinois, demanda à Lukhangwa s’il ne s’était pas trompé dans ses précédentes déclarations. Comme il les a réitérées, le général chinois l’accusa d’entretenir des relations avec des puissances impérialistes étrangères et cria qu’il demanderait au Dalaï Lama sa destitution[22].

À la demande des généraux chinois, les deux premiers ministres tibétains, Lukhangwa et Lobsang Tashi, furent congédiés par le dalaï-lama le 27 avril 1952[25].

En 1956, la réintégration des deux premiers ministres fut une des quatre demandes formulées par les ministres tibétains alors que le dalaï-lama se trouvait en Inde, et qu’il hésitait à retourner au Tibet sans conciliation de la part des Chinois, tant la situation était devenu tendue. En 1957, Lukhangwa quitta le Tibet pour s'exiler à Kalimpong[26], où il rencontra le dalaï-lama, à qui il conseilla de ne pas retourner au Tibet[22].

En mars 1959, un soulèvement eut lieu à Lhassa, entraînant une répression de la part de l'Armée populaire de libération et la fuite du dalaï-lama en Inde. Après le départ de ce dernier, qui était président du Comité préparatoire depuis avril 1956, le premier ministre Zhou Enlai prit un arrêté proclamant la dissolution du gouvernement tibétain – qui était resté en place même après l'arrivée de l'Armée populaire de libération[27] – et son remplacement par le Comité préparatoire pour l'établissement de la région autonome du Tibet. Le 10e panchen-lama, jusque là vice-président du Comité préparatoire, assuma dès lors les fonctions de président[28],[29].

Les réformes du 14e dalaï-lama

Dans ses jeunes années, l'observation et la discussion avec les gens ordinaires comme les balayeurs et les prisonniers l’ont principalement préoccupé et lui inspirèrent des réformes. Choqué par l'utilisation de la cangue, il libéra tous les prisonniers quand il accéda au pouvoir[30]. Durant les quelques années où il a dirigé le Tibet dans une collaboration difficile avec les Chinois, le dalaï-lama a institué des réformes majeures ainsi qu'il le déclare dans un entretien. Il rapporte avoir établi un système judiciaire indépendant et aboli le système de dette héréditaire, qui était, explique-t-il, « le fléau de la communauté paysanne et rurale », piégeant celle-ci dans une servitude envers l'aristocratie [31].

Selon le gouvernement chinois, il fallut toutefois attendre la dissolution du gouvernement du Tibet (28 mars 1959) et le lancement de la Réforme démocratique (2 juillet 1959) pour que le servage et l'esclavage soient abolis. Anna Louise Strong rapporte que les dettes féodales furent annulées le 17 juillet 1959 par le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet[32].

Après 1959

La création du gouvernement tibétain en exil fut proclamée le 29 avril 1959. Initialement basé à Mussoorie, dans l'Uttarakhand en Inde du nord, son siège fut transféré à Dharamsala en 1960. Après la fuite du Tibet du 14e dalaï-lama, suivi de la plupart des membres de son gouvernement en 1959, il reconstitua un gouvernement en exil, l'Administration centrale tibétaine, dont la mission est à la fois de prendre en charge les réfugiés tibétains et de restaurer la liberté au Tibet[33].

Le 14e dalaï-lama est depuis 1959 le détenteur du pouvoir exécutif de ce gouvernement en exil. Cependant, il a instauré progressivement un régime démocratique. Ainsi, les autorités tibétaines créèrent le 2 septembre 1960 le Parlement tibétain en exil, l'Assemblée des députés du peuple tibétain. Le 10 mars 1963, la Constitution, fondée sur la Déclaration universelle des droits de l'homme, fut promulguée et appliquée au sein du gouvernement tibétain en exil.

En mars 2002, le 14e dalaï-lama a déclaré : « Depuis la création du Gouvernement du Gaden Phodrang au Tibet, voila près de 360 ans, nous les Tibétains avons maintenu notre culture de non-violence et de compassion. Étant donnée la situation internationale et nos propres conditions, nous avons greffé en exil les valeurs de démocratie et de modernité à notre système traditionnel. C'est, bien sûr, une motif de fierté et de joie pour nous. Nous avons maintenant besoin de faire des efforts pour réaliser un système démocratique autonome au Tibet. »[34]

Le 17 mai 2002, le Gouvernement tibétain en exil a célébré le 360e anniversaire de son système gouvernemental connu sous le nom de Gaden Phodrang Chokley Namgyal, mis en place quand le 5e dalaï-lama a assumé l'autorité sur le Tibet en 1642[35].

La question de la reconnaissance du gouvernement tibétain en exil

Selon N. Ram et aussi Barry Sautman (avec Shiu-hing Lo), depuis sa création, le gouvernement tibétain en exil n'a été reconnu par aucun État ni gouvernement de par le monde[1],[2].

En mai 2011, le président de la région autonome du Tibet, Padma Choling, a déclaré que « son gouvernement est le seul gouvernement légal représentant les Tibétains », ajoutant « qu'aucun pays au monde ne reconnaît le "gouvernement en exil" »[36].

Cependant, Tsepon W.D. Shakabpa rapporta au dalaï-lama que le premier ministre indien Lâl Bahâdur Shâstrî lui avait fait part, lors d'un entretien en 1966, du fait que l'Inde avait décidé de reconnaître gouvernement tibétain en exil à de son retour de Tachkent, mais celui-ci y succomba d'une crise cardiaque[37].

Selon Anne-Marie Blondeau, les gouvernements, ne souhaitant pas affronter la République populaire de Chine en raison de la compétition internationale dont ses marchés font l’objet, évitent de prendre parti en évoquant le « statut peu clair » du Tibet et n’abordent pas l’autodétermination des Tibétains, même s’ils évoquent les violations des droits de l’homme au Tibet[38].

Le gouvernement tibétain en exil ouvrit des bureaux du Tibet pour faciliter ses contacts extérieurs. Le Népal qui avait maintenu un consulat à Lhassa depuis le XVIIIe siècle fut le premier pays à accepter cette représentation[39].

Entre 2002 et 2009, la Fondation des échanges Taïwan-Tibet a servi de canal de communication semi-officiel entre Taïwan et le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, en Inde[40].

Les États-Unis ont créé la fonction de coordinateur spécial pour le Tibet le 30 octobre 1997, elle fut inscrite en 2002 dans le Tibetan Policy Act[41],[42],[43],[44],[45].

Selon Pierre-Antoine Donnet, la position soviétique a varié selon sa politique envers la Chine. Dans les années 1960 marquées par la rupture sino-soviétique, Moscou mis en doute le caractère historique de la souveraineté de la Chine sur le Tibet. Le 30 avril 1980, lors d'un séjour à New Delhi, L. V. Scherbakov, directeur de l'information du Conseil Soviétique pour les Affaires Religieuses, déclara que son pays était « toujours disposé à aider toute nation qui se bat pour l'indépendance et la justice » ajoutant que l'URSS n'avait pas reçu de demande du peuple tibétain[46].

Références

  1. a et b (en) N. Ram, N. Ram, Tibet - A Reality Check, in Frontline, India's National Magazine from the publishers of THE HINDU, Volume 17 - Issue 18, sep. 02-15, 2000 : « there is not a single country and government in the world that disputes the status of Tibet, that does not recognize Tibet as part of China, that is willing to accord any kind of legal recognition to the Dalai Lama's government-in-exile based in Dharamsala. »
  2. a et b (en) Barry Sautman, (avec Shiu-hing Lo), The Tibet Question and the Hong Kong Experience, in Occasional Papers/Reprints Series in Contemporary Asian Studies, No. 2 - 1995 (127), 82 pp., p. 25 : « On the Tibetan side, first, the government-in-exile more than 35 years after its inception remains unrecognized by any state. »
  3. Fosco Maraini, Tibet secret (Segreto Tibet), préface de Bernard Berenson, traduction de Juliette Bertrand (ouvrage orné de 68 héliogravures d’après les photographies de l’auteur), Arthaud, Grenoble, 1954. (ouvrage paru en 1951)
  4. Dalaï-Lama, Mon pays et mon peuple. Mémoires, 1999, Olizane, (ISBN 2-88086-018-0), p. 60
  5. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, édition Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel. (ISBN 2226133178), Voir le chapitre « Lobsang Gyatso »
  6. Roland Barraux, op. cit., p. 142-143
  7. DIIR, Tibet, environnement, développement, Editions Prajna, 1992
  8. (en) Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon - China, Tibet, and the Dalai Lama, University of California Press, 1997, p. 31 (ISBN 978-0-520-21951-9).
  9. (en) Brief history of Tibet, Friends of Tibet (NZ).
  10. Françoise Robin (INALCO), Le vers libre au Tibet : une forme littéraire de l'intime au service d'un projet collectif, in D'un Orient l'autre, actes des 3es journées de l'Orient, Bordeaux, 2-4 octobre 2002 (ss dir. de Jean-Louis Bacqué-Grammont, A. Pino, S. Khoury), Peeters Publishers, 2005, 606 p., pp. 573-601, p. 583 : « vingt-deux jours après son retour à Lhassa en janvier 1913, il proclame la rupture des liens de suzerain à vassal qu'entretenaient la Chine mandchoue et le Tibet, puisqu'une république chinoise avait remplacé le régime dynastique bouddhique des Mandchous (note 30 : On trouvera ce texte (considéré par les Tibétains comme une déclaration d'indépendance, ce que rejettent les autorités chinoises), dans Goldstein 1993: 60-61). »
  11. Roland Barraux, Histoire des Dalaï Lamas - Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Albin Michel, 1993; réédité en 2002, Albin Michel (ISBN 2226133178).
  12. (en) Bradley Mayhew et Michael Kohn, Tibet, Lonely Planet, 2005, p. 32 : « Tibetans have since read this reply as a formal declaration of independence. It certainly was in spirit if not quite in letter ». (La version de 2008 du livre ne comporte pas cette dernière phrase.)
  13. (en) Barry Sautman, “All that Glitters is Not Gold”: Tibet as a Pseudo-State, in Maryland Series in Contemporary Asian Studies, No 3-2009 : « A US international law scholar who studied Tibet’s “declarations of independence” found they were not political-legal declarations at all, but merely the 13th Dalai Lama’s affirmations that the mchod-yon (priest-patron) relationship between Dalai Lamas and Chinese emperors had been extinguished due to the end of the empire (note : Alfred P. Rubin, “Tibet’s Declarations of Independence,” AJIL 60 (1966):812-814 and Rubin, “A Matter of Fact,” AJIL 60 (1966):586 ».
  14. (en) N. Ram, N. Ram, Tibet - A Reality Check, in Frontline, India's National Magazine from the publishers of THE HINDU, Volume 17 - Issue 18, sep. 02-15, 2000 : « there is not a single country and government in the world that disputes the status of Tibet, that does not recognize Tibet as part of China, that is willing to accord any kind of legal recognition to the Dalai Lama's government-in-exile based in Dharamsala. » (traduction : Il n'est pas un pays ni gouvernement au monde qui conteste le statut du Tibet, qui ne reconnaisse que le Tibet fait partie de la Chine et qui soit disposé à accorder une quelconque reconnaissance juridique au gouvernement tibétain en exil du dalaï-lama à Dharamsala).
  15. Thomas Heberer, professeur de science politique et des études asiatiques à l'université de Duisburg-Essen en Allemagne, déclare au quotidien Die Tageszeitung : « No country in the world has ever recognized the independence of Tibet or declared that Tibet is an 'occupied country'. For all countries in the world, Tibet is Chinese territory. » (traduction : Aucun pays au monde n'a jamais reconnu l'indépendance du Tibet ni déclaré que le Tibet était un pays occupé. Pour tous les pays du monde, le Tibet est territoire chinois. Cf. (en) West is 'waging a new Cold War against China, Chinadaily.com, 17 mars 2008.
  16. (en) Wen Mu, Commentaire sur les « Sept questions sur le Tibet » de Elizabeth Gleick, Le quotidien du peuple en ligne, 26 juin 2009 : « Aucun pays du monde n'a reconnu officiellement sur le plan diplomatique l'indépendance du Tibet. »
  17. Dans une note diplomatique datée du 15 mars 1943 et destinée au gouvernement britannique, le gouvernement des États-Unis lui fait savoir qu'il ne remet pas en question la revendication de la République de Chine quant au fait que la constitution chinoise énumère le Tibet au nombre des régions constituant le territoire de la République de Chine. Cf. (en) A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, M.E. Sharpe, 1996, 352 pages, pp. 84-85 : « The Chinese constitution lists Tibet among areas constituting the territory of the Republic of China. ».
  18. (en) Leo D. Lefebure, 200 years in Tibet: glimpses in fact and film, in Christian Century, vol. 115, N. 8, 03-11-98, pp. 258-263 : « (...) the 13th Dalai Lama had not sought to join the League of Nations or to obtain widespread international recognition of the independence of Tibet ».
  19. Tsering Shakya, Tibet and the League of Nations with Reference to Letters Found in The India Office Library, under Sir Charles Bell's Collections in The History of Tibet: The modern period:1895-1959, the encounter with modernity, Alex McKay, pp. 329-336.
  20. Tsering Shakya, op. cit., p 331
  21. The Political Philosophy of His Holiness the XIV Dalai Lama, Selected Speeches and Writings, 1998, Edité par A.A. Shiromany, Tibetan Parliamentary and Policy Research Centre, dalaï-lama, lettre au Secrétaire général de l'ONU datée du 9 septembre 1959, « Sixth, the sovereign status has also been recognised by other powers. In 1948 when the Trade Delegation from the government of Tibet visited India, France, Italy, the United Kingdom, and the United States of America, the passport issued by the Tibetan government was accepted by the governments of these countries. »
  22. a, b, c, d, e et f Michael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Editeur Claire Lumière, 1993, (ISBN 2905998261)
  23. a et b Dalaï Lama, Au loin la liberté, autobiographie, Fayard 1990, Livre de poche, 1993 (ISBN 225306498X), p. 86, p. 93-95, p. 203-204.
  24. In 1952 Lukhangwa told Chinese Representative Zhang Jingwu "It was absurd to refer to the terms of the Seventeen-Point Agreement. Our people did not accept the agreement and the Chinese themselves had repeatedly broken the terms of it. Their army was still in occupation of eastern Tibet; the area had not been returned to the government of Tibet, as it should have been." My Land and My People, Dalai Lama, New York, 1992, p.95
  25. « La crise était arrivée à son maximum, et j’étais face à une décision extrêmement difficile. J’admirais le courage de Lukhangwa, mais je devais choisir entre le laisser continuer son travail ou satisfaire les Chinois [qui exigeaient sa démission]. Deux considérations entraient en jeu : la sécurité de Lukhangwa, et le futur de notre pays. Il était évident que Lukhangwa avait déjà mis lui même sa vie en danger [par son opposition aux Chinois], et si je refusais de le démettre de ses fonctions, il y avait de grandes chances pour que les Chinois se débarrassent eux-mêmes de lui. Ma vision des choses a grandement évolué pendant cette période de tension. Je pensais que si nous continuions à nous opposer aux autorités chinoises et à les mettre en colère, cela ne pourrait que nous enfermer dans le cercle vicieux de la répression et du ressentiment populaire. Et finalement, on en arriverait certainement à des violences physiques. La violence était inutile. Nous ne pouvions pas nous débarrasser des Chinois par des moyens violents. Ils gagneraient toujours si nous les combattions, et c’est notre population désarmée et désorganisée qui serait la première victime. Notre seul espoir était de persuader les Chinois de tenir pacifiquement les promesses qu’ils avaient faites dans l’Accord en 17 points. Il n’y avait que la non-violence qui pouvait nous ramener un peu de cette liberté que nous avions perdu, mais peut-être après des années de patience. Et cela signifiait la coopération dès que possible, et une résistance passive pour toute chose impossible à accepter. L’opposition violente n’était pas seulement impraticable mais aussi non-éthique, immorale. C’était là non seulement une de mes croyances profondes mais aussi un des enseignements du Bouddha, et en tant que leader spirituel du Tibet je devais m’y soumettre. Nous pouvions être humiliés, et nos possessions les plus chéries sembler être perdues pour un moment, nous devions malgré tout rester humbles. J’étais sûr de cela. J’acceptais donc avec tristesse les recommandations du Cabinet et demandait au premier ministre Lukhangwa de quitter son poste ». Violence et non-violence dans la lutte tibétaine
  26. (en) Tsering Shakya (2000) The Dragon in the Land of Snows - A history of modern Tibet since 1947, Penguin Compass, Columbia University Press, (ISBN 978-0140196153), p. 96-101, 108-111 et 127
  27. (en)[PDF] Ernst Steinkelner, A Tale of Leaves. On Sanskrit Manuscripts in Tibet, their Past and their Future, in Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences, Amsterdam, 2004 : « The traditional Tibetan government, which had been allowed to remain in office even after the Chinese forces arrived in 1951, had been abolished in 1959. »
  28. (en) National Uprising, sur le site officiel du gouvernement tibétain en exil.
  29. (en) Arrêté du premier ministre Zhou Enlai dissolvant le gouvernement local du Tibet tel que publié dans le New York Times du 29 mars 1959 : « the decision is that from this day the Tibet Local Government is dissolved and the Preparatory Committee for the Tibet Autonomous Region shall exercise the functions and powers of the Tibet Local Government. During the time when the Dalai Lama Dantzen-Jalsto, chairman of the Preparatory Committee for the Tibet Autonomous Region, is under duress by the rebels, Panchen Erdeni Ghuji-geltseng, vice-chairman of the Preparatory Committee, will act as the chairman (...) ». Source : Robert V. Daniels (ed.), A documentary history of communism, vol. 2, Communism and the World, I. B. Tauris & Co. Ltd, London, 1985, 448 p. (ISBN 1-85043-035-7), p. 78.
  30. Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, ISBN 2259198910, p 285
  31. Johann Hari : Dalai Lama interview, The Independent (7 June 2004). « In the brief years he was in charge of Tibet, in uneasy alliance with the Chinese, the Dalai Lama instituted major reforms of his own. He established an independent judiciary and abolished inheritable debt, which was, he explains, "the scourge of the peasant and rural community", trapping them in servitude to the aristocracy ».
  32. (en) Strong, Anna Louise, When serfs stood up in Tibet, Beijing, New World Press, 1976 [lire en ligne], « VIII Lhalu's serfs accuse »  : « All "feudal debts" had been outlawed by the resolution passed July 17 by the Preparatory Committee for the Tibet Autonomous Region ».
  33. (en) Structure of the Tibetan Government-in-Exile.
  34. His Holiness the Dalai Lama's Message to the Third Session of Tibetan Assembly, 22 March 2002
  35. Tibetans Observe 360th Anniversary of Rule by the Dalai Lamas
  36. Le chef du gouvernement du Tibet exclut toute négociation avec l'illégal « gouvernement en exil », Le Quotidien du peuple en ligne, 20-05-2011.
  37. Claude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, Ch 24, p 302, 2000, Calmann-Lévy
  38. Anne-Marie Blondeau in Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, 2002, (ISBN 2-226-13426-3), p. 89
  39. Roland Barraux, op. cit., p. 345
  40. Mongolian and Tibetan Affairs Commission sidelining Taiwan-Tibet Exchange Foundation?, 24 juin 2009, Tibetan Review
  41. Le Congrès américain vient de réaffirmer avec force son soutien financier à l’égard du Tibet
  42. Nomination d'un coordinateur spécial européen sur le Tibet
  43. Tibet : un peuple en danger
  44. Interview de Samdhong Rinpoché
  45. Special Coordinator for Tibetan Issues
  46. Pierre-Antoine Donnet, Tibet mort ou vif, Édition Gallimard; 1990: Nouv. éd. augm 1993, (ISBN 2070328023) p. 296

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