Phenix


Phenix

Phénix

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Phénix par Friedrich Justin Bertuch, 1790-1830.

Le phénix, ou phœnix (du grec ancien φοῖνιξ / phoinix), représente un oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

Georges Cuvier (1769-1832) voyait en lui le Faisan doré (Chrysolophus pictus). Il a également été identifié aux oiseaux de paradis et aux flamands roses.

Des oiseaux fabuleux également appelés phénix se trouvent dans les mythologies chinoise (fenghuang) et persane (simurgh).

Sommaire

Mythe

Oiseau fabuleux, originaire d’Éthiopie et rattaché au culte du Soleil, en particulier dans l’ancienne Égypte et dans l’Antiquité classique. Le phénix était une sorte d’aigle mais de taille considérable; son plumage se parait de rouge, de bleu et d’or éclatant, et son aspect était splendide. Il n’existait jamais qu’un seul phénix à la fois; il vivait très longtemps: aucune tradition ne mentionne une existence inférieure à cinq cents ans. N’ayant pu se reproduire, le phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d’encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes. Des cendres de ce bûcher surgissait un nouveau phénix...

Le phénix perse

L'idée de l'oiseau se confond avec celle de la légèreté, de l'essence des choses et des êtres. Les oiseaux dont il est question incarnent la pensée opposée à la matière, l'intériorité de l'homme, son « moi profond, son esprit ». Un conte perse du XIIIe siècle écrit par Attar neyshaboury, Le langage des oiseaux, comprend 4 647 vers. C'est une épopée mystique où 30 000 oiseaux sont à la recherche de leur Roi. Le récit commence par un discours de bienvenue qui constitue une fonction rituelle et magique associant la « Huppe », un oiseau, (* *) porteur d'une couronne, et les autres oiseaux, qui représentent une humanité cherchante. Aussitôt, la foule des oiseaux inquiets se rassemblent et providentiellement la Huppe se présente comme messagère. Elle exhorte les oiseaux à partir pour un voyage difficile qui les conduira à la cour de leur Roi, un oiseau fabuleux, le Simorg (ou Simurgh. Tous les oiseaux comprennent l'intérêt fondamental de cette entreprise. Cependant presque aussitôt plus de dix mille d'entre eux s'excusent : ils sont, pour des raisons diverses, contents de leur sort ici-bas. La Huppe admoneste tout le monde, tranquillise les uns, encourage les autres et commence l'enseignement qui permettra d'entreprendre le voyage. Ils doivent s'engager dans les sept vallées qui marqueront les degrés initiatiques de leur ascension spirituelle. Ces vallées magiques et mystiques sont les vallées de la recherche, de l'amour, de la connaissance, de l'indépendance, de l'union, de la stupeur et du dénouement. C'est après avoir franchi ces vallées, en un long voyage dont la durée comprend souvent une ou plusieurs vies pleines d'embûches, voyage où la grande majorité des oiseaux périront, que les rescapés se voient refuser - ultime épreuve - l'accès tant espéré au palais de leur Roi : le Simurgh...

Le phœnix grec

La première mention du phénix se trouve dans un fragment énigmatique d'Hésiode :

« La corneille babillarde vit neuf générations d'hommes florissants de jeunesse; le cerf vit quatre fois plus que la corneille; le corbeau vieillit pendant trois âges de cerf; le phénix vit neuf âges du corbeau et nous vivons dix âges de phénix, nous, Nymphes aux beaux cheveux, filles de Zeus armé de l'égide[1]. »

Hérodote est le premier à fournir une version détaillée du mythe :

« On range aussi dans la même classe un autre oiseau qu'on appelle phénix. Je ne l'ai vu qu'en peinture; on le voit rarement ; et, si l'on en croit les Héliopolitains, il ne se montre dans leur pays que tous les cinq cents ans, lorsque son père vient à mourir. S'il ressemble à son portrait, ses ailes sont en partie dorées et en partie rouges, et il est entièrement conforme à l'aigle quant à la figure et à la description détaillée. On en rapporte une particularité qui me paraît incroyable. Il part, disent les Égyptiens, de l'Arabie, se rend au temple du Soleil avec le corps de son père, qu'il porte enveloppé dans de la myrrhe, et lui donne la sépulture dans ce temple. Voici de quelle manière : il fait avec de la myrrhe une masse en forme d'œuf, du poids qu'il se croit capable de porter, la soulève, et essaye si elle n'est pas trop pesante; ensuite, lorsqu'il a fini ces essais, il creuse cet œuf, y introduit son père, puis il bouche l'ouverture avec de la myrrhe : cet œuf est alors de même poids que lorsque la masse était entière. Lorsqu'il l'a, dis-je, renfermé, il le porte en Égypte dans le temple du Soleil[2]. »

Hérodote, qui tire probablement ses informations d'Hécatée de Milet, considère donc le phénix comme un oiseau réel, qu'il rapproche du bénou, un oiseau sacré égyptien. Vivant sur la benben ou sur le saule sacré d'Héliopolis, le bénou est une manifestation du dieu et du dieu Osiris; il est associé au cycle sothiaque. Cependant, certains détails cités par Hérodote ne cadrent pas avec les conceptions égyptiennes : ainsi de l'apparition tous les 500 ans et de l'ensevelissement du père[3]. On a suggéré une mauvaise compréhension par Hérodote du symbole égyptien[4] : il aurait interprété comme une filiation physique la relation entre le bénou et les divinités dont il est le (manifestation temporaire)[5]. Selon d'autres, le phénix que décrit Hérodote n'aurait en réalité pas de rapport avec le bénou, mais serait la variante grecque du mythe oriental de l'oiseau du soleil; ce phénix aurait symbolisé très tôt la « grande année », c'est-à-dire la durée nécessaire à un cycle équinoxial complet, et son association au cycle sothiaque serait postérieure[6].

Le phénix romain

« Alors que chez Ovide, Pline et Tacite, le vieux phénix se décompose pour engendrer le nouveau, c’est chez Martial et Stace qu’apparaît le thème du bûcher, par analogie avec les pratiques funéraires romaines.  »

— Françoise Lecocq, L’empereur romain et le Phénix, p. 28

L'effigie du phénix figure sur les monnaies de Trajan et de Constantin Ier.

Le phénix chrétien

Phénix renaissant de ses cendres, enluminure du Bestiaire d'Aberdeen
Phénix ornant un chapiteau, Abbaye aux Dames, Saintes, XIIe siècle.

L'oiseau mythique évoque donc également le feu créateur et destructeur. Comme le Soleil, le Feu symbolise l'action fécondante[réf. nécessaire]. En consumant, il purifie et permet la régénération. Lucifer, le « porteur de lumière », précipité dans les flammes de l'enfer, incarne le feu qui ne consume pas et exclut de la régénération[réf. nécessaire]. Dans certaines crémations rituelles, le feu est aussi considéré comme véhicule ou messager du monde des vivants vers celui des morts.

Tout le Moyen Âge a vu en lui le symbole de la résurrection du Christ[réf. nécessaire].

Le griffon était également une représentation du Christ, venant du fait que c'est un animal terrestre (corps de lion) et aérien (ailes d'oiseau). La partie terrestre représentant le corps du Christ et sa présence sur Terre parmi les Hommes et la partie aérienne représentant « Dieu », sa partie spirituelle[réf. nécessaire].

Héraldique

Phénix en héraldique

Le phénix (ou phœnix), figure héraldique imaginaire, est un oiseau sur un bûcher en flammes. Cet oiseau ressemble beaucoup à l'aigle héraldique et il est même parfois défini comme une de ses variantes. Il est représenté de face, tête de profil, ailes étendues, sur son bûcher, appelé «immortalité».

Ci-contre les armes des Malet de Lussart : d'azur à un phénix sur son immortalité, regardant le soleil, le tout d'or, qui illustre bien la parenté avec l'aigle, réputé seul capable de regarder le soleil en face.

Un autre exemple du Phénix est le blason de la commune de Sermaize-les-Bains.

Le phénix et la littérature

Semis de roses et phénix (mosaïque)

Dans l'Antiquité, parmi de nombreux autres auteurs, Tacite en parle dans ses Annales (6,28) et Solin le mentionne (38, 1). Le Carmen de ave phœnice, attribué à Lactance est l'un des textes antiques les plus riches sur cet oiseau fabuleux. À la Renaissance, Rabelais le mentionne dans le Le Cinquième Livre (V, 29, Comment nous visitasmes le pays de Satin) :

« J’y vy quatorze Phœnix. J’avois leu en divers autheurs qui n’en estoit qu’un en tout le monde, pour un age ; mais, selon mon petit jugement, ceux qui en ont escrit n’en veirent onques ailleurs qu’au pays de tapisserie, voire fut-ce Lactance Firmian. »

Guillaume du Bartas lui consacre un long développement dans le Cinquième Jour de La Sepmaine ou la Création du monde (v. 551-598) :

« Le celeste Phœnix commença son ouvrage
Par le Phœnix terrestre, ornant d'un tel plumage
Ses membres revivans que l'annuel flambeau
De Cairan jusqu'en Fez ne void rien de plus beau. »

Au XVIIIe siècle, le phénix alimente l'imaginaire de plusieurs auteurs de récits fantastiques ou merveilleux. On le trouve par exemple dans le conte philosophique de Voltaire, La Princesse de Babylone.

Un ouvrage de Mary Summer Rain se rapporte également au phoenix : "L'envol du Phénix. No-Eyes parle des changements à venir". Récit retraçant les visions partagées entre la vieille guérisseuse Chippewa aveugle No-Eyes et la jeune Summer Rain. Le récit se situe en 1982-1983, il évoque des changements planétaires attendus dans les deux décennies à venir : effondrement économique, catastrophes naturelles, divers accidents, agitation sociale, révoltes. Cependant, le point culminant sera "la venue de l'Age de la Paix" et "la renaissance de l'Arbre Sacré" dans le Grand Cercle des Nations, quand le Phénix ressuscité planera en paix au-dessus de la Terre.

De nos jours, l'une des représentations les plus connues est celle de J. K. Rowling dans son best-seller Harry Potter, où l'on trouve Fumseck, le phénix de Dumbledore, dont deux plumes ont servi à la fabrication des baguettes de Harry et Voldemort, son rival qui rêve de le tuer. Il apparaît aussi dans les livres illustrés par Jane Ray, Terre, Feu, Eau, Air et Contes Mythologiques.

L'image de phénix se retrouve également dans le manga Saint Seiya avec le personnage d'Ikki.

Étymologie

Le terme grec φοῖνιξ / phoinix renvoie à plusieurs sens : l'oiseau lui-même, mais aussi la couleur rouge, le toponyme et l'ethnonyme « phénicien », le palmier-dattier[7]. Son étymologie reste encore mystérieuse : on a suggéré une origine égyptienne — le nom de l'oiseau bnu, prononcé *boin-, aurait été adapté en phoinix en grec — ou une origine sémitique, et plus particulièrement phénicienne.

Références

  1. Fragment 304 West = Plutarque, Sur la disparition des oracles (XI). Traduction citée par Paul-Augustin Deproost.
  2. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] (II, 72). Extrait de la traduction de Philippe Larcher, 1850.
  3. Arpád Miklós Nagy, « Le Phénix et l'oiseau-benu », actes du colloque international de Caen, p. 68 et suivantes. Cité par Gosserez, p. 96.
  4. Marialouise Walla, Der Vogel Phoenix in der antiken Literatur und der Dichtung des Laktanz, Vienne, 1969, p. 81-82. Cité par Gosserez, p. 97.
  5. Nagy, op. cit., p. 169. Cité par Gosserez, p. 97.
  6. Van den Broek, p. 119.
  7. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, Paris, 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article φοῖνιξ, p. 1217-1219.

Voir aussi

Articles connexes

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Bibliographie

  • Moreau de Mautour "Essai sur les erreurs populaires", livre premier, 1731.
  • Louis Charbonneau-Lassay, Le Bestiaire du Christ, Milano, Arche, 1940.
  • Paul-Augustin Deproost, « Les métamorphoses du phénix dans le christianisme ancien », dans Folia Electronica Classica no 8 (juillet-décembre 2004) [lire en ligne]
  • Marcel Detienne, Les Jardins d'Adonis. La mythologie des aromates en Grèce, Gallimard, Paris, 1989 (1re édition 1972), p. 57-68.
  • Silvia Fabrizio-Costa (éd.), Phénix : mythe(s) et signe(s), actes du colloque international de Caen (12-14 octobre 2000), Frankfurt, Peter Lang, 2001.
  • Laurence Gosserez, « Le phénix coloré (d'Hérodote à Ambroise de Milan) », Bulletin de l'association Guillaume Budé vol. 1 (1995), p. 94-117.
  • Thomas P. Harrison, « Bird of Paradise: Phoenix Redivivus », dans Isis, vol. 51, no 2 (juin 1960), p. 173-180.
  • Jean Hubaux et Maxime Leroy, Le mythe du phénix dans les littératures grecque et latine, Liège et Paris, 1939.
  • Françoise Lecocq, « L’empereur romain et le phénix », Phénix : mythe(s) et signe(s) (colloque de Caen, 12-14.10.2000), éd. S. Fabrizio-Costa, Peter Lang, Berne, 2001, p. 27-56.
  • Françoise Lecocq, « Le renouveau du symbolisme du phénix au XXe s. », Présence de l’Antiquité grecque et romaine au XXe siècle (colloque de Tours, 30.11-02.12.2000), éd. R. Poignault, coll. Caesarodunum n° XXXIV-XXXV bis, 2001, p. 25-59.
  • Françoise Lecocq, « Les sources égyptiennes du mythe du phénix », L’Égypte à Rome (colloque de Caen, 28-30.11.2002), éd. F. Lecocq, Cahiers de la MRSH-Caen no 41, 2005, 2 ° éd. rev. et corr. 2008, p. 211-266.
  • Françoise Lecocq, « L’iconographie du phénix à Rome », Images de l’animal dans l’Antiquité. Des figures de l’animal au bestiaire figuré (colloque de Caen, 23-24.2005, dir. C. Février), à paraître aux Presses univ. de Caen ; preprint en ligne sur [1], p. 73-106.
  • Françoise Lecocq, « L’œuf du phénix. Myrrhe, encens et cannelle dans le mythe du phénix », L’animal et le savoir, de l’Antiquité à la Renaissance (colloque de Caen, 09.05.2006, dir. C. Février), à paraître aux Presses univ. de Caen ; preprint en ligne sur [2], p. 107-130.
  • Françoise Lecocq, « Le roman indien du phénix ou les variations romanesques du mythe du phénix », Présence du roman grec et latin (colloque de Clermont-Ferrand, 23-25.11.2006, dir. R. Poignault), à paraître dans la coll. Caesarodunum n° XL-XLI bis (15 p.).
  • Françoise Lecocq, « Le phénix dans l'oeuvre de Claudien : la fin d'un mythe », Claudien, histoire, mythe et science (colloque de Saint-Étienne, novembre 2008, dir. F. Garambois-Vasquez), à paraître dans les Actes (15 p.).
  • R. Van den Broek, The Myth of the Phoenix according to Classical and Early Christian Tradition, Études préliminaires aux religions orientales dans l'Empire romain, vol. 24, Leyde, 1972.
  • Francesco Zambon, Alessandro Grossato, Il mito della fenice in Oriente e in Occidente, Venezia, Marsilio Editori, 2004.
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